Une activité respectable

Partout où je suis, quand l’ennui me saisit, je lis, cherche à lire des mots, comme un poisson jeté dans le panier du pêcheur au bord de l’eau cherche à happer l’air pour survivre.
C’est un oxygène, un élixir, les mots pour tuer le temps, rendre celui-ci respirable. Je pense que nous sommes tous ainsi dans ces moments creux, à la recherche de vocables, même illisibles.
Surtout illisibles, ils prennent plus de temps !

N’importe quel mot, tout est bon à lire quand on n’a rien d’autre à faire et qu’on a oublié d’emporter son livre.
Le menu du jour écrit sur l’ardoise ou la mention « inox 10-18 » gravée sur la fourchette, lus jusqu’à plus faim en attendant l’assiette au restaurant …
La liste des ingrédients sur le pot de confiture en attendant le refroidissement du café …
Les noms de chiens commençant par la lettre de l’année chez le vétérinaire ;
Les affiches, particulièrement celles déchirées qui permettent de deviner la suite ;
Les mots translucides en filigrane sur le beau papier à lettre en attendant de trouver nos propres mots à l’encre bleue ;

Curieusement, ce qu’il faudrait avoir lu attentivement quelque part pour se diriger correctement, eh non, on ne l’a pas lu, et on s’égare ! Il manquait alors l’ennui, ingrédient indispensable de la lecture passive du réjouissant n’importe quoi.
Les mots les plus lus passivement furent sans doute ceux-ci :

À propos de la lecture, et de l’écriture, j’ai lu l’été dernier un petit livre très attachant sur lequel il n’est pas du tout dangereux de se pencher :

      Julia Kerninon, Une activité respectable, éd. La Brune au Rouergue, 2017.

Autobiographie de cette jeune femme, semble-t-il.
Quand elle avait cinq ans, sa mère lui avait offert une machine à écrire électrique, pesant un poids faramineux. Ses parents vivaient au milieu des livres. Tout concourait à son destin d’écrivain.
Je reprends l’une de ses formules : composer de la musique avec des phrases.
Elle est musicienne, a le sens du rythme, des phrases longues, courtes, imagées.
Je n’ai pas su aimer son roman intitulé Buvard. Bizarre, je n’ai pas accroché ; mais ce livre-là m’est un vrai plaisir.

Désir, plaisir

      Mais toutes les chansons
      Racontent la même histoire
      Il y a toujours un garçon
      Et une fille au désespoir
      Elle l’appelle
      Et il l’entend pas
      Il voit qu’elle
      Mais elle ne le voit pas

      Mon premier c’est désir
      Mon deuxième est plaisir
      Mon troisième c’est souffrir ouh ouh…
      Et mon tout fait des souvenirs, ouh, ouh …

La chanson de Voulzy dit tout du phénomène du plaisir.

Ayant écouté le philosophe Yan Marchand, auteur notamment de certains Petits Platons , j’ai exploré, dans le dictionnaire historique de la langue française, l’étymologie du mot désir.
C’est sidérant !

Le verbe désirer vient du latin desiderare, qui est composé du préfixe à valeur privative de et du mot sidus, sideris = astre.

Le verbe latin desiderare signifie « cesser de contempler l’astre ».
De là « considérer l’absence de l’astre » avec une forte idée de regret.

L’idée première de « regretter l’absence » (qu’on retrouve dans l’expression demander la lune, elle aussi du registre céleste) s’est effacée derrière l’idée positive de « souhaiter, chercher à obtenir ».
Le mot déverbal désir désigne ainsi l’aspiration, le souhait.

Comme dit la chanson, il y a, avant le désir, l’absence, le manque, la négation, et après lui viendra le plaisir, qui est dans l’instant, dans l’action et non dans le résultat, fugitif, cédant le pas à la souffrance, ne pouvant se prolonger, se retrouver que dans le souvenir … ouh, ouh …

Le sautillant monocle de Robert

    François Kollar, Appartement de Coco Chanel au Ritz : livre ouvert et lunettes, 1937, Médiathèque de Charenton-le-Pont, notice.
      Il est déroutant d’imaginer les nombreux siècles avant l’invention des lunettes, au cours desquels les lecteurs déchiffraient péniblement un texte aux contours nébuleux, et émouvant d’imaginer leur soulagement extraordinaire dès lors qu’ils purent disposer des lunettes et voir, presque sans effort, une page d’écriture. Un sixième de l’humanité est myope ; chez les lecteurs, la proportion est plus forte, près de quatre-vingt-quatre pour cent.

      Alberto Manguel, extrait de Une histoire de la lecture.

À quand remonte l’invention des lunettes ?

La première représentation de lunettes qui nous est connue se trouve dans le portrait du cardinal Hugues de Saint Cher (théologien mort en 1263), peint par Tommaso da Modena en 1352.

Le fou de livres finit par avoir besoin de lunettes. C’est ainsi que Dürer illustra le livre de Sébastien Brandt publié en 1494, La nef des fous :

      Frontispice d’Albrecht Dürer pour la première édition de Nef des Fous de Sébastien Brandt, page wikipedia

Le mot lunettes féminin pluriel est attesté depuis 1398 au sens d’instrument pour améliorer la vue.
L’invention de cet instrument a eu lieu en Italie vers la fin du XIIIème ou le début du XIVème siecle (source : dictionnaire historique de la langue française, éd. Le Robert).
C’est pourquoi, je suppose, l’artiste italien Tommaso da Modena a dessiné, de manière anachronique, le cardinal français avec des lunettes, nouveauté dans son propre pays.

    Antonio Pisannello (vers 1395-vers 1455), Trois têtes d’hommes l’un d’entre eux portant des bésicles, dessin, D.A.G. Louvre, notice

Autres lunettes italiennes, à la pointe de la modernité !
Rondes bien sûr, comme de petites lunes.

Bésicles, binocle, monocle, pince-nez, verre, carreau, lorgnon, culs de bouteille …

Le mot bésicles, nom féminin pluriel, est intéressant car il renseigne sur la matière de cet instrument. A l’origine, en 1328, on disait en moyen français béricle, nom singulier, qui venait de béryl, la pierre précieuse utilisée pour fabriquer les verres de lunettes et les loupes.
Le nom de cette pierre se retrouve dans le mot allemand Brille = lunettes, et l’espagnol berilles.

Le verbe briller pourrait venir aussi de la pierre brillante béryl, berillus en latin, mais ce n’est qu’une hypothèse.

Les lunettes me font toujours penser à Swann et je pense que Raphaël Enthoven aurait pu rédiger un chapitre « lunettes » ou « monocle » dans son dictionnaire amoureux de Proust :

      (notice de la gravure)

      Comme la vue de Swann était un peu basse, il dut se résigner à se servir de lunettes pour travailler chez lui, et à adopter, pour aller dans le monde, le monocle qui le défigurait moins. La première fois qu’elle [Odette] lui en vit un dans l’oeil, elle ne put contenir sa joie : « Je trouve que pour un homme, il n’y a pas à dire, ça a beaucoup de chic ! Comme tu es bien ainsi ! tu as l’air d’un gentleman. Il ne te manque qu’un titre ! » ajouta-t-elle, avec une nuance de regret.

      Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Un amour de Swann.

Les lunettes ou le monocle chez Charles Swann sont sages, s’embuent d’émotion, et essuyées avec mélancolie, elles expriment sa délicatesse, sa tristesse naturelle, sa résignation.

Le monocle fait aussi partie du charme de Robert de Saint Loup, le cher ami du narrateur, et ce monocle, indissociable de l’uniforme du sous-off’, saute, tressaille, valse, voltige et précède son propriétaire, se brandit, se cale sous l’arcade cintrée du sourcil, filtre le sourire, tombe comme le regard en vrille.
Il traduit sa gaîté et aussi son inconstance, sa légèreté, comme l’a analysé Philippe Berthier dans son essai sur Saint Loup.

Le narrateur est impressionné par l’apparition de Saint Loup au Grand Hôtel de Balbec, grand jeune homme blond, mince, vif, élégant :
Ses yeux, de l’un desquels tombait à tout moment un monocle, étaient de la couleur de la mer.

J’aime bien aussi les lunettes rondes et félines de Foujita !

    Léonard Foujita, Autoportrait, 1926, mba Lyon, notice.

Les Bourgeois

Un gros roman se fait assez discret dans cette rentrée littéraire, celui d’Alice Ferney, Les Bourgeois,
on en parle beaucoup moins que des autres livres, je me suis hâtée de le lire.
La lecture m’a offert dix jours de bonheur.

L’histoire d’une famille bourgeoise habitant dans le XVIème arrondissement de Paris n’est pas un sujet consensuel de nos jours, mais beaucoup de familles nombreuses catholiques de toute la France se retrouveront dans ce portrait délicat, écrit avec finesse, tact, grâce et bienveillance.

J’aime la couverture qui correspond bien au livre. Enfance, bonheur, simplicité, années soixante, fleurs champêtres, authenticité, douceur, vieille photo d’un temps perdu.

L’histoire s’étale sur tout le vingtième siècle, Henri Bourgeois et Mathilde ont dix enfants nés entre 1920 et 1940, quarante petits-enfants suivront, la famille se ramifie comme un arbre, avec son tronc patriarche et ses branches multiples … les guerres se succèdent, les moeurs changent, contre vents et marées la famille sans cesse agrandie se réunit toujours, corps continué, corps de temps, corps de sang … les souvenirs s’accumulent, l’esprit Bourgeois, esprit grand bourgeois, tient bon, pétri de foi, de tradition, d’honneur, l’argent n’ayant jamais été une finalité mais le moyen de rendre les enfants heureux.

Le récit des années de la seconde guerre mondiale fait penser à la Suite Française d’Irène Némirovsky.
L’analyse de cette époque est subtile, comment approuver le Général de Gaulle et rester fidèle au maréchal Pétain ?
Les naissances nombreuses, les mères vouées à la maternité, m’ont fait penser à ce très beau, très lent film de 2016, Eternité.
J’ignorais, quand j’ai vu ce film, qu’il était adapté du roman d’Alice Ferney, L’élégance des veuves.

Les Bourgeois explore aussi le bouleversement de la vie des femmes.
On peut être aujourd’hui mère de famille nombreuse sans se sentir poule pondeuse !

Le pinceau voyage

    Charles Desavary, Corot peignant en plein air à Saint Nicolas-lez-Arras, photographie, musée d’Orsay, notice
      Gris de Payne
      Jaune de Naples
      Havane
      Orpin de Perse
      Rouge d’Andrinople
      Terre de Sienne
      Vert anglais
      Rouge de Venise

      Mon pinceau voyage
      traçant les contours
      d’une pomme cosmopolite

      Simon Martin, extrait de Comment je ne suis pas devenu peintre, éd. Cheyne, 2015

Et l’on se prend à poursuivre le voyage des couleurs …
Bleu de Prusse, bleu France, bleu turquoise, rose indien, terre de Cassel, Parme, Bordeaux, Sinople, Moreau …

Ce petit livre vert, des éditions Cheyne que longtemps je chérirai, est une merveille de poésie douce, picturale, colorée, sensuelle, qui rend hommage à des peintres et sait émouvoir des lecteurs de tous âges.
Simon Martin écrit aussi pour les enfants,
on s’étonne, d’un coeur d’enfant, devant ses mots simples et soyeux comme une nature morte de Chardin.

      la craie

      du solide friable

      du grand né du tout petit

      de l’éphémère qui dure

      une vie de falaise

      Mélanie Leblanc, extrait de Des Falaises, éd. Cheyne, 2016

Chez Cheyne encore, dans la collection grise, cette autre magie poétique,
du haut des falaises à la fois massives et fragiles,
la sensation, immensité, ciel, blancheur, apesanteur …

bouche ouverte
en plein vent
manger la mer
l’air
la lumière

falaises, empreintes du temps, éboulement, écroulement, écoulement,
les mots nous suspendent au bord du vide comblé de leur poésie et leur rêve nous lance vers le ciel.

De la falaise ouverte sur le grand écran céleste, je saute dans le petit … cette semaine j’ai regardé une série télévisée policière, déjà ancienne, avec un plaisir amusé : Crimes en série.

Mon amnésie habituelle pour ce genre de série me laisse redécouvrir chaque intrigue dans un suspense intact.
C’est la relative ancienneté de cette série qui m’a passionnée.
Commencée en 1998, elle a vingt ans à peine.
Mais que les choses ont changé !
L’euro n’existait pas, les billets en francs paraissent larges comme des mouchoirs en papier.
Les écrans des ordinateurs se limitaient à une petite surface vitrée bombée au milieu d’un engin énorme ventru comme un four à pain.
Les téléphones portables munis d’une antenne ressemblaient au rabot de Saint Joseph.
Les ordinateurs portables étaient plus proches de ceux d’aujourd’hui, mais bien plus épais avec une fente pour la disquette.
L’enquête se basait sur une toute nouvelle méthode, le profilage. Celui-ci est de plus en plus en vogue dans nos séries actuelles, à l’époque il était le dernier recours dans les situations désespérantes et sans issue.
L’équipe, bigarrée et pleine d’humour, se retranche à la cave dans ce qu’elle appelle le bunker, et a recruté deux jeunes malfaiteurs repentis, des cyber-criminels, qui avaient réussi à pénétrer dans les ordinateurs top-secrets des grands ministères. On ne les appelait pas encore des hackers.
On regarde aujourd’hui cette série comme une archive pittoresque, un témoignage d’un passé récent et si lointain. Vertige du temps dans le grand espace de la technologie !

La posturologie de la lecture

    Théophile Alexandre Steinlen, Modèle lisant ou La lettre, estampe, 1898, BnF, notice.

Penser/Classer est un ouvrage de Georges Pérec publié en 1982 après sa mort. Il pensait, classait le monde quotidien à sa manière, fantaisiste, amusante.
Une lecture surprenante.

Dans ce petit livre on peut trouver par exemple 81 fiches cuisine à l’usage des débutants,
classées ainsi : 27 recettes de ris de veau, 27 recettes de sole, 27 recettes de lapin.
On rit bien !

On trouvera aussi les manières de classer les livres dans sa bibliothèque personnelle, des considérations sur les lunettes, et puis, ha, la fameuse posturologie de la lecture !

Voici un extrait que, personnellement, je m’amuse à illustrer de tableaux :

    Sir William Orpen, Grace lisant dans la baie de Howth, vers 1900, coll. Part. notice

      Lire debout (c’est la meilleure façon de consulter un dictionnaire)

    Tamara de Lempicka, Kizette en rose, 1926, musée d’arts Nantes, notice .
      Lire assis, mais il y a tellement de manières d’être assis :
      les pieds touchant le sol, les pieds plus hauts que le siège, le corps renversé en arrière (fauteuil, canapé)
      les coudes appuyés sur la table, etc. ;


    Henri Matisse
    , La liseuse à l’ombrelle, 1921, Tate Gallery Londres, notice du musée

      Lire couché ; couché sur le dos ; couché sur le ventre ; couché sur le côté, etc. ;

    Jean-Jacques Henner, La liseuse, 1880-1890, musée d’Orsay, notice.

      Lire à genoux (des enfants feuilletant un livre d’images ; les Japonais ? ) ;

    Robert Braithwaite Martineau, Le dernier chapitre, musée de Birmingham, notice.

      Lire accroupi (Marcel Maus : « la position accroupie est, à mon avis, une position intéressante que l’on peut conserver à un enfant. La plus grosse erreur est de la lui enlever. Toute l’humanité, excepté nos sociétés, l’a conservée. »)

      Lire en marchant. On pense surtout au curé qui prend le frais en lisant son bréviaire. Mais il y a aussi le touriste qui déambule dans une ville étrangère, un plan à la main, ou qui passe devant les tableaux du musée en lisant la description que les guides en donnent. Ou bien marcher dans la campagne, un livre à la main, en lisant à voix haute. Il me semble que c’est de plus en plus rare.

    Georges Pérec, Penser/Classer, extrait de « Lire : esquisse physiologique »

    null
    Carl Spitzweg, La lecture du bréviaire le soir, vers 1845, Louvre,
    notice.

Au chapitre suivant, Pérec classe les lectures selon les fonctions corporelles.

La nourriture : lire en mangeant

    John Singer Sargent, La table du petit-déjeuner, 1884, Fogg Art Museum Harvard University, notice et commentaire

La toilette : lire dans son bain

    Alfred Stevens, Le bain, vers 1867, musée d’Orsay, notice

Les besoins naturels : Louis XIV donnait audience sur sa chaise percée, précise Pérec.
Il recopie ensuite un passage de Ulysse de James Joyce. Très détaillé, ce passage, j’évite de moi-même le retranscrire ici.
Pas trouvé de tableau pour ce cas précis.

    Eugène Delacroix, Homme lisant dans son lit, D.A.G. Louvre, notice

Le sommeil : on lit beaucoup avant de s’endormir

Georges Pérec n’a pas pensé à l’allaitement !
On peut nourrir son enfant et son esprit en même temps.


    Pieter Fransz. De Grebber
    , Mère et enfant, 1622, Frans Hals Museum Haarlem, notice.

Pérec évoque la lecture dans les moyens de transport, la lecture en vacances, la lecture en convalescence ou pendant une maladie, la lecture dans les squares, au café …

    Augustus Leopold Egg, Compagnons de voyage, 1862, musée de Birmingham, notice

On peut lire en regardant la télé, mon mari parvient à suivre un film tout en avalant un roman policier, il peut même lire en écoutant des chansons, alors que ce genre d’interférence entre mots lus et mots entendus me mettent la tête en bouillie.
Je ne supporterais pas d’entrer au petit coin ou dans la salle de bain avec un livre, mais la lecture au lit est mon péché mignon.
Classer ses livres, telle est la question, surtout quand la récolte est constante, la cueillette compulsive.
J’aurai beaucoup à dire sur tout ce que j’ai à lire, le tout dans un désordre instable sur ma table de nuit.

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    Félix Vallotton, La bibliothèque, 1921, musée du Prieuré Saint Germain en Laye, notice.

Frappe-toi le coeur

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On s’en frappe le coeur tant elle a du génie !
Elle est mon exception.
Quand on parle trop d’un livre, je n’ai plus envie de le lire. Je préfère me tourner vers des auteurs discrets qui pourtant aimeraient bien qu’on les cite dans tous les journaux, qu’on les voie sur les plateaux de télévision …
Mais avec elle, je suis grégaire et donc m’agrège au vaste troupeau de ses lecteurs inconditionnels.
La couleur des couvertures de ses livres devrait être grège !
(les mots grégaire, grège, agréger ont la même racine gréco-latine : gregis = troupeau)

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On dit que son écriture s’épure de plus en plus, mais elle a toujours été dépouillée et c’est cela que j’aime. Dans ses livres je ne descends pas les pages quatre à quatre, chaque mot compte et suffit.
Certains écrivains devraient dans leur récit faire du tri sélectif pour sauver la planète littéraire et limiter la déforestation.

Amélie Nothomb apparaît maintenant moins frappée que le champagne dont ses personnages abusent. On peut regretter que ceux-ci ne portent plus des prénoms à coucher dehors avec un billet de logement.
Les mots rares de haute extraction hellénistique se rencontrent moins souvent, mais le thème des relations difficiles entre l’enfançon et l’auteur de ses jours revient toujours, plus brûlant et grave que jamais. Le pire est le propre de l’homme.

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Frappe-toi le coeur est un excellent roman.
Plus que la jalousie entre mère et fille, sentiment clef de l’histoire, le problème soulevé entre le professeur et son élève m’a paru très important, il est trop souvent étouffé, même genre de tabou que l’inceste ou la violence conjugale. Il s’agit du professeur qui s’approprie sans vergogne les découvertes et les idées de son élève plus brillant que lui. Ce dernier, dans sa position inférieure, reste impuissant devant le vol intellectuel.
Amélie Nothomb ne vole pas son succès, bien mérité.

Et j’apprends qu’elle vient à Quimper mercredi prochain pour une dédicace.
Ah, mon coeur va frapper fort !

L’arbre foudroyé

      Odilon Redon, Médoc, l’arbre, vers 1868, musée d’Orsay, notice.

Après avoir admiré cet été au musée de Quimper les nombreux arbres peints et dessinés par Odilon Redon, je suis retournée vers le livre d’Alain Corbin, La douceur de l’ombre, l’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours.
J’en avais parlé sur cette page et j’avoue que je n’ai toujours pas lu Siloé de Paul Gadenne. Mais j’y viendrai un jour !

Les arbres d’Odilon Redon (qu’Alain Corbin ne mentionne pas, mais il ne pouvait pas tout citer dans son vaste ouvrage dendrologique) m’ont émue et interrogée. Le peintre les a étudiés d’une manière si scrupuleuse, d’un angle si original avec ce cadrage sur les troncs, s’intéressant à des spécimens souvent souffrants, foudroyés, cassés, demi-morts …
on constate avec cet artiste que l’arbre peut être source d’émotion, de dialogue, d’empathie, de joie ou de crainte, il peut avoir lui-même une âme sensible.

Alain Corbin attire notre attention sur l’arbre au centre de cette oeuvre de Mantegna, un arbre imposant que Redon aurait ou a peut-être apprécié :

      Andrea Mantegna, La prière au jardin des oliviers, vers 1459, musée des beaux arts Tours, notice, commentaire .

Dans le site du musée de Tours on peut lire une analyse très instructive du tableau.

Une vigne grimpe le long de l’arbre mort.

La vigne, les grappes de raisin, symbolisent le sang du Christ.
« L’arbre sec » annonce la crucifixion.

Le tronc vertical sert de cadre à la scène de la prière de Jésus, et plus tard, après Mantegna, au début du XVIIème siècle, Ignace de Loyola, dans ses Exercices spirituels, précise que le chrétien doit imaginer un paysage qui encadre sa prière et sa méditation. L’exercice spirituel constitue un cadre vide que la prière remplit.

Les oliviers sont absents de l’oeuvre de Mantegna.
Il a peint des arbres portant des fleurs ou des fruits.
Contraste de l’arbre fécond avec l’arbre mort, promesse de paradis après la mort ?
Symbole de rédemption ?

      Odilon Redon, La fuite en Egypte, musée d’Orsay, notice.

Un petit tableau étrange et merveilleux;
Là aussi un arbre blessé. Il absorbe la lumière colorée qui émane de la Sainte Famille. Il se découpe sur un ciel profond, bleu-nuit de pierre précieuse.
Un jeune arbre frêle, cassé, s’est abattu sur le grand arbre comme s’il était en fuite lui aussi, leur croisement forme une arche au dessus de la famille. Ces arbres symbolisent, à mon sens, la douleur de la persécution, la résistance silencieuse au mal.
Mystère et religiosité.

Les arbres parlent doucement aux oreilles des artistes.

      Odilon Redon, Bouleaux à Bièvres, musée d’Orsay, notice.

Aux souris tristes

Aux souris tristes, ainsi est dédié le livre de François-Henri Désérable,

      Un certain monsieur Piekielny, éd. Gallimard, 2017.

C’est le premier livre de la rentrée littéraire que j’ai lu, mon empressement fut à la hauteur du plaisir que j’avais éprouvé à la lecture de La promesse de l’aube de Romain Gary.

    "Eh bien, quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire ... promets-moi de leur dire : au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny ..."

Monsieur Piekielny, le voisin du petit Roman Kacew et de sa maman Mina à Vilnius, avait fait promettre au jeune garçon de dire cela (au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka …) à tous les grands hommes qu’il rencontrerait plus tard, puisque sa maman le prédestinait à coup sûr à une brillante carrière d’écrivain et d’ambassadeur.

J’avais lu, bu, cru, avalé tout cru cette autobiographie de Romain Gary.
Je ne savais pas qu’elle était romancée. Elle est tellement bien contée.
F.-H. Désérable m’en révèle les mensonges.
Il m’apprend aussi que le pseudo Gary veut dire « brûle » en russe, et son autre pseudo Ajar veut dire « braise ». Comme dit F.-H. Désérable avec humour, on n’y voit que du feu. Et j’ai cru passionnément la fin incandescente de la Promesse de l’Aube au sujet de cette mère exceptionnelle.

Un certain monsieur Piekielny … ce personnage n’est pas certain du tout.
Importance de la place de l’adjectif : une certaine chose n’est pas une chose certaine.
F.-H. Désérable part en vain à la recherche de ce voisin.
Et comme il est dit dans La Recherche, la vraie vie n’est-elle pas dans la littérature ?

Petit homme calme, effacé, monsieur Piekielny ressemblait à une souris triste. On le voit dans le livre, on le croit. Son nom veut dire en polonais « infernal », par antiphrase.
Réalité non fictive, présence effective ? (ces mots-là sont de Houellebecq !)

L’écriture de F.-H. Désérable est vive, pleine d’humour, parfois bavarde. Le livre m’a paru confus, décousu, avec une fin qui traîne, mais certains passages m’ont bien fait rire. Romain Gary dans l’émission télévisée Apostrophes est un vrai morceau d’anthologie avec le pastiche d’une réponse de Patrick Modiano à une question de Bernard Pivot. Désopilant !

Je recommande l’écoute du livre « La Promesse de l’Aube » lu par Hervé Pierre.
J’aurais aimé aussi lire le roman illustré par Johann Sfar, mais le prix de l’ouvrage a freiné mon élan.
Je trouve que le dessinateur a donné à l’écrivain un visage de souris triste.

On peut entendre François-Henri Désérable sur France-Culture :

La nouvelle ombre, tremblante et tendre

      Antoine Chintreuil, Pommiers et genêts en fleurs, musée d’Orsay, notice.

      Cette lumière peut-elle
      tout un monde nous rendre ?
      Est-ce plutôt la nouvelle
      ombre, tremblante et tendre
      qui nous rattache à lui ?
      Elle qui tant nous ressemble
      et qui tourne et tremble
      autour d’un étrange appui.
      Ombres des feuilles frêles,
      sur le chemin et le pré,
      geste soudain familier
      qui nous adopte et nous mêle
      à la trop neuve clarté.

      Rainer Maria Rilke, recueil Vergers, publié en 1926.

      Emile Bernard, Août Verger à Pont Aven, 1886, musée des beaux arts Quimper, notice.

Rainer Maria Rilke a écrit les poèmes de Vergers en français. On le devine, on ressent le léger frisson des mots que la traduction ne rendrait pas .

Le poème que je recopie ici évoque la lumière du printemps, qui tremble comme celle de la fin de l’été, de l’automne. Lumière de demi-saison.

L’ombre de septembre se fait moins sombre, plus fragile, translucide et douce.
Les pommes et les poires jonchent prés et pelouses, ponctuent les chemins.
Revient le temps des compotes, des tartes, des confitures …

Deux pommes :

      Jan van Eyck, La Vierge de Lucques, vers 1437, Städel Francfort, notice, commentaire et agrandissement.

    Où aller pour retrouver la liberté ? Où, l’équanimité de ma vraie existence ? Où, l’innocence dont je ne pouvais plus longtemps me passer ?
    Je me ressaisis ; plus attentivement, passionnément même, comme si un progressif recueillement intérieur s’épanouissait soudain au-dehors, je m’absorbai dans la contemplation de la planche étalée sous mes yeux.

    C’était la Vierge de Lucques de Jean Van Eyck, la gracieuse Vierge au manteau rouge tendant à l’enfant assis, très droit, et qui tète avec gravité, le sein le plus charmant.
    Où ? Où ? …
    Et tout à coup je désirai, je désirai, oh ! désirai de toute la ferveur dont mon coeur a jamais été capable, désirai d’être non pas l’une des deux pommes peintes – du tableau -, sur la tablette de la fenêtre – : même cela me semblait trop de destin … Non : devenir la douce, l’infime, l’imperceptible ombre de l’une de ces pommes – , tel fut le désir en lequel tout mon être se rassembla.
    Et comme si un exaucement était possible, ou comme si ce souhait à lui seul accordait à l’esprit une pénétration miraculeusement sûre, des larmes de reconnaissance me vinrent aux yeux.

    Rainer Maria Rilke, extrait de Le Testament.

Elle est infime en effet l’ombre de la petite pomme.
On reconnaît bien là la modestie, l’humilité de Rilke.
Il aurait pu choisir d’être la minuscule fenêtre, reflet sur la carafe dans le côté opposé du tableau. Il a composé un recueil de poèmes intitulé Les fenêtres.

Le Testament est un recueil de notes, fragments, lettres que Rilke a écrits entre novembre 1920 et mai 1921.
Ces écrits rassemblés sous le titre Le Testament furent publiés pour la première fois en 1974.
Rilke avait été accueilli au château de Berg am Irchel près de Zürich durant cet hiver, dans un état de grande inquiétude et de désespoir. Ebranlé par la guerre mondiale, il ne parvenait pas à achever ses Elégies à Duino commencées en 1912, qu’il plaçait pourtant au centre de son oeuvre poétique.
Il nota ses tourments, commença quelques lettres, s’essaya même à l’écriture automatique avec une suite de mots jetés sur le papier dans l’instinct du moment.
Il considéra que c’étaient là ses derniers écrits et les nomma « testament ».

Mais il acheva Les élégies à Duino en 1922, en 1924 il composa en français Vergers, puis Les quatrains valaisans, Le Roses, Les Fenêtres et Tendres impôts à la France.
Il mourut le 29 décembre 1926.

Versailles Chantiers

Robert&Joséphine, j’en suis tout émue, est un petit livre très touchant, une grâce tombée du ciel, et je crois, oh ingratitude, que je n’en ai jamais parlé ici.
Oubli ?
C’était au temps où je ne commentais pas les livres.

Un autre livre du même écrivain me permet de raccommoder la lacune.

Robert&Joséphine de Christiane Veschambre fut édité par Cheyne en 2008

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Versailles Chantiers
texte de Christiane Veschambre,
photographies de Juliette Agnel,
éditions Isabelle Sauvage, 2014

Très belle découverte pour moi cet été, la maison d’éditions Isabelle Sauvage.
Edition de poésie notamment
et maison bretonne, du Finistère.
Faut-il le répéter, la poésie trouve en Bretagne, encore de nos jours, une terre très fertile.

Versailles Chantiers reprend l’histoire de Robert et Joséphine.
Joséphine était une jeune Bretonne de Lamballe partie à Versailles en 1938 pour trouver du travail. Elle fut embauchée au café La jeune France situé en face de la gare des Chantiers. Un jeune serveur s’appelait Robert, ils se marièrent et eurent un enfant.

Une histoire simple contée dans une infinie poésie.
On appelle cela un poème narratif. il prend une forme étonnante avec Christiane Veschambre.

La gare de Versailles Chantiers, créée en 1849, est au centre d’une étoile ferroviaire à sept branches, et doit son nom aux chantiers de pierres taillées qui se trouvaient là au XVIIème siècle pour la construction du château.
Cette gare est au centre d’une étoile hérissée de souvenirs qu’évoque, dans une écriture personnelle, concise et délicate, Christiane Veschambre.

Le train parti de Montparnasse pour la Bretagne ne s’arrête plus à Versailles Chantiers.
J’ai moi-même bien des souvenirs de cette gare. J’ai fait le chemin de la gare au château comme les pierres autrefois, pour visiter la demeure royale absolument silencieuse et déserte en hiver. Pas un seul touriste dans les jardins, le domaine était à nous tout seuls, étudiants qui ignorions notre chance !
Plus tard je pris le train pour Quimper avec mes cinq jeunes enfants, le chat et le chien, le petit dernier en landau, dans cette gare trop petite où nous dûmes descendre sur le ballast pour nous hisser dans la dernière voiture … quel chantier en effet !

La langue de Christiane Veschambre captive et les éditions Isabelle Sauvage envoûtent, nous voilà pris dans les mots et les pages !
Avec Versailles Chantiers, j’ai pris à la librairie Basse Langue de Christiane Veschambre, paru chez Isabelle Sauvage en 2016.

Point commun entre la gare de Versailles et Basse Langue : les traverses !
Christiane Veschambre explore, creuse et traverse en profondeur ses lectures de Erri De Luca, Robert Walser, Emily Dickinson, Gilles Deleuze, pour en extraire la langue sourde, souterraine, la basse langue qui fait jaillir l’émotion … Ce sont ce qu’elle appelle ses traverses dans des livres qu’elle qualifie de grumeleux, alors que d’autres sont lisses.
Ce livre qui traite des livres est certes rugueux, on dit dans ce cas « exigeant ».
Il me donne envie de relire les petites proses de Robert Walser.
Ce sont les chemins de traverse du lecteur !

La nature silencieuse À soi-même

La visite des musées est une occupation bienfaisante.
Il nous faudrait exprimer plus souvent notre gratitude envers les personnes qui travaillent dans les musées pour nous offrir cet espace de beauté et de bien-être.

Le vieux monsieur sur ma photo ci-dessus est le peintre Odilon Redon.
Une exposition lui est, lui a été, devrais-je presque dire maintenant, consacrée musée des beaux arts de Quimper.

Exposition de ses paysages, doux et silencieux comme des natures mortes.

La frénésie de l’été ne m’a vraiment pas permis de visiter cette expo avec toute la disponibilité nécessaire.
Arrivent l’heure alentie de septembre, la lumière plus tamisée, le calme retrouvé, et je peux découvrir le peintre poète et penseur discret, secret, célèbre et méconnu à la fois.

Beaucoup de lecture proposée par cette exposition : joie de regarder, bonheur de lire.

Le journal intime d’Odilon Redon intitulé À soi-même m’a passionnée autant que ses oeuvres, je crois que cette lecture est précieuse pour mieux comprendre encore les paysages de l’artiste.

Redon fut un vrai poète, humble, sensible, bienveillant.
La lecture de sa réflexion profonde, où les termes de beauté, bonté, charité, coeur, rêve, émotion, amour, articulent sa pensée, m’a fait penser à François Cheng et à son livre admirable De l’âme.

Rose. Silence.
Imaginez mon plaisir dans la salle rose, où j’étais seule en compagnie des arbres, des rochers, des nuages murmurant toute leur poésie !

Un rose mélancolique pour des roches et des plages immémoriales étudiées minutieusement, scrutées attentivement dans l’instant. La terre tourne, le temps passe, l’artiste ausculte humblement la substance du moment présent.

Voir, c’est saisir spontanément les rapports des choses. écrit Redon.

      Un tableau n’enseigne rien ; il attire, il surprend, il exalte, il mène insensiblement et par amour au besoin de vivre avec le beau ; il lève et redresse l’esprit, voilà tout.

      Odilon Redon, extrait de À soi-même, éd. José Corti, 2011.

L’arbre occupe une place majeure et magnifique dans les paysages de Redon.

L’arbre racine.
L’artiste racine.

L’emploi du verbe raciner est oublié aujourd’hui, seuls quelques poètes le retrouvent, j’aime ce mot simple et … profond.

Saisissants portraits d’arbres.
Troncs majestueux, troncs souffrants, troncs pleins de philosophie.

Redon séjourne à Barbizon, dans la forêt qu’il veut connaître et comprendre, il approche l’arbre docilement, inlassablement, naïvement, pour en tirer une étude féconde, pleine de ressources et de surprises pour l’esprit.
Comme Apollinaire, il est un guetteur mélancolique.

Le tronc se dresse dans l’espace comme le « i » qui désigne l’impératif « va » en latin.

En notre époque où l’arbre est souvent sujet de discorde et objet d’élagage, les belles essences d’Odilon Redon émerveillent.

Dans de délicats dessins, la grammaire des feuilles, la syntaxe des nervures, des rameaux, tout le langage de la frondaison, sont très finement étudiés comme un besoin de se tenir au plus près de la nature.

Dans ce petit tableau, la lumière ruisselle à travers le vitrail du feuillage. Je ne m’attendais pas à découvrir cet aspect de l’art de Redon, qu’on connaît plutôt comme un artiste symboliste chez qui le rêve et le fantastique prennent de vives couleurs.
Dans ses paysages naturels le rêve prend sa place aussi, sous une forme silencieuse et sereine.

En Bretagne, Redon s’est intéressé aux moulins, à sa façon, calmement, comme si, je pense, le moulin était un arbre, un tronc massif, vertical, dont la ramure sombre griffe le ciel.
Infinie poésie de ces hautes silhouettes qui semblent raciner elles aussi.

La dernière partie de l’exposition, sur des murs d’un gris-bleu soutenu, montre des oeuvres symbolistes, moins surprenantes à mon avis.

J’ai eu envie de retourner voir les arbres du musée, dans ses collections permanentes, il y en a beaucoup, de l’école hollandaise notamment, et l’on sait que Redon visita les Pays-Bas, aimait beaucoup Rembrandt (qui a dessiné et gravé les fameux trois arbres chers à Proust).

Ma longue visite du musée m’a remplie de bonheur.

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