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aujourd’hui

aujourd’hui

hopala, mon jardin m’étonne
les couleurs détonnent,
entonnent le printemps
et fanfaronnent

Petite azalée prend son aise
Je l’ai ramenée il y a vingt ans d’un séjour en Allemagne
jumelage
des peuples et des fleurs
j’avais calé mon petit pot dans l’autocar
modeste Blümchen rose fuschia
aujourd’hui devient kolossal !

Cette année pour la première fois
mon rosier que j’ai ramené des Pays-Bas
orange bien sûr
s’épanouit en même temps que l’azalée
floraison synchronisée
l’Europe s’entend mieux dans les jardins !

aujourd’hui

aujourd’hui

Bleu
la note dominante du jardin
la note bleue est-elle une bonne note ?

Longtemps, pendant tout l’Ancien Régime, les notes scolaires furent des couleurs
elles étaient trois
noir = insuffisant
blanc = moyen
rouge = satisfaisant

le rouge signifie plutôt l’erreur maintenant
le noir est à la mode et bien vu
le blanc reste à sa place, neutre, intemporel

bref, si la note peut être une couleur, la couleur n’a pas toujours la même note !

O bleu
ω violet
bleu poésie

Hier

Hier

Un peu de sel, beaucoup de vie, dans ce livre de Françoise Héritier Le sel de la vie.

Au risque d’ennuyer « grave », comme elle dit, elle énumère au fil des pages tous les faits et gestes, toutes les images et les impressions, qui lui ont laissé des souvenirs, sucrés ou salés, tout au long de sa vie.
Un côté notes de chevet, journal intime, bonheur des listes.
Un brin de nostalgie.
Je ne me suis pas du tout ennuyée, comme nous sommes toujours un peu le lecteur de nous-même, j’ai eu plaisir à me retrouver dans cette lecture.

Françoise Héritier cite les expressions que nous n’employons plus, comme par exemple fricassée de museaux.
Une jolie tournure que j’utilisais souvent pour désigner ce ragoût de tendresse, les joyeuses embrassades.
Mais cuisine-ton encore aujourd’hui une simple fricassée ?

aujourd’hui

aujourd’hui

aujourd’hui ce mot : prolégomènes
où est-ce qu’il nous mène ou plutôt qu’ils nous mènent ?
Ce mot est en effet masculin pluriel.
Il est pourtant singulier !
jeu de légo littéraire
mots mystères imbriqués
on ne comprend pas toujours ces petits phénomènes
de pensée condensée
censés éclairer la buée narrative

Ils coiffent le haut de la page
chapeaux de paille d’italique
donnent le la à la voix du chapitre
en ouvrent la voie
on les oublie vite

malgré tout « l’un » d’eux m’a marquée dans ma jeunesse
Dans Le Rouge et le Noir
j’avais treize ans et lus ceci au chapitre XXIII

      La première loi de tout être, c'est de se conserver, c'est de vivre. Vous semez de la ciguë et prétendez voir mûrir des épis !
      Machiavel

C’était machiavélique, je l’avais recopié dans mon carnet intime, j’étais la proie de pensées terribles. Les êtres humains autour de moi me faisaient tant peur.
Je n’étais heureuse qu’au milieu des fleurs.

Aujourd’hui

Aujourd’hui

Fleurs en trompette
cuivre rutilant
instrument à vent de fleurs
vent, souffle, couleur
langues de feu
Esprit
Que le vent céleste nous féconde, nous tourne vers autrui,

que le vent nous invente
que le souffle nous insuffle
une langue fraternelle
que le Verbe nous porte
nous soulève, nous allège,
pentecôtons notre vie !

aujourd’hui

aujourd’hui

aujourd’hui jour blanc
mariage princier
qui mobilise tous les écrans
tous les journaux, tous les billets
même le mien !
Et pourtant je ne suis pas fiévreusement pas le tralala
quelques photos dans le Paris Match chez le dentiste l’année prochaine me suffiront.
Cependant j’aime ces belles histoires, qui donnent du baume au coeur dans une actualité si violente.
Nous avons besoin de fraîcheur candide
de bonheur princier
de roses blanches par milliers.

Aujourd’hui

Aujourd’hui

aujourd’hui est un jour bleu
la fleur dresse le grand pavois
hisse la couleur
qui me dépasse
qui m’étourdit
je ne trouve pas de mot assez plein
assez fort
pour ce ton saturé, intense, insensé
thaumaturge

Hier

Hier

Hier, j’ai planté des géraniums jusqu’à l’épuisement
de mes sacs de terreau et de mes forces.
Je me suis fournie chez un horticulteur pittoresque,
amoureux de ses fleurs.
Chez lui on descend au coeur de la Bretagne profonde,
les serres couvrent le pré, on y parvient par un petit chemin de terre, muni d’une brouette en bois comme on n’en fait plus,
pétunias, pélargoniums, bégonias, verveines et autres campanules ont remplacé les Marguerite aux pis noirs.
Les charpentes des étables de granit se courbent sous le poids des ans, des intempéries atmosphériques, et économiques.
Une grande chienne nonchalante et allaitante nous accueille et nous suit jusqu’à la nurserie végétale.
Le jardinier me choisit les plants les plus solides, m’explique comment les pincer, les rempoter en jardinière,
il les cale délicatement, tendrement dans un carton,
ils sont encore fragiles, me dit-il de ses bébés, et je m’engage à prendre grand soin de ma pouponnière.
Il prend son temps, les clients patientent, on le sait, ne pas être pressé, pas de carte bancaire, pas de prix affichés, confiance,
on n’est pas à la jardinerie où l’on charge soi-même son caddie, où la caissière nous expédie avec empressement et panique quand il lui manque un code-barre.

Photos décalées, des azalées de mon jardin, parce que cette année elles sont épatantes !

hier

hier

Hier j’ai retrouvé un livre que je cherchais depuis la mort de son auteur.
Depuis novembre 2017.
Françoise Héritier, Le goût des mots

Il y a quelques années, j’avais appris à connaître cette femme anthropologue avec son livre intitulé Le goût des mots.
Aimé son approche sensuelle des mots, de toutes sortes de mots.

Et puis à l’automne dernier, un nouvel ouvrage paraissait dans lequel elle évoquait encore son amour des mots, de la vie, Au gré des jours.
On apprenait sa mort quelques jours après la sortie du livre, oh, tristesse !
A la librairie, son livre précédent, Le sel de vie, s’empilait au côté des deux autres, en hommage à l’écrivain défunt.
Le goût des mots
Le sel de la vie
Au gré des jours

Je possédais le premier, j’ai acheté les deux suivants.
De retour à la maison, je voulus former la trilogie dans ma bibliothèque …
mais le goût des mots avait surtout celui d’escampette, cachette, perte, disparition, interrogation, recherche … un goût d’agacement prononcé, j’ai horreur d’égarer mes livres.
Cette contrariété m’empêcha de lire les deux autres.

Il était là pourtant, sur l’étagère, mal classé certes, dans un petit coin sombre, je l’avais vu sans le voir, plus mince que dans mon souvenir.
Eh bien maintenant je vais lire les suivants !
Cette retrouvaille fait le sel de la vie, la lecture au gré des jours !

aujourd’hui

aujourd’hui

Sauvages, ces fleurs ?
adjectif peu flatteur
indomptables, oui
facétieuses
charmeuses
ravissantes

colorées
voyageuses
libres comme le vent qui les porte
sans domicile fixe mais fichées dans les registres botaniques
ancolies, centaurées, myosotis, marguerites, coquelicots, violettes, jacinthes, primevères …

adventices
c’est leur qualificatif approprié
elles sont arrivées là d’on ne sait où
petites étrangères migrantes
il y a dans adventice la notion d’aventure
oui c’est ça, ce sont de belles aventurières

Hier

Hier

Pic, pic
épeiche
dépêche !
vite le kodak clic
épeiche, drôle de mot
germanique
vient de Specht = pic

en tapinois
derrière la vitre
sinon, l’affût, la fuite !
piètres photos
mais j’ai l’oiseau

chaque hiver nous accrochons
dans les arbres du jardin
des boules de Noël
gastronomiques
La tour d’Argent à vol d’oiseau

aux beaux jours nous gardons
une boule de graines devant la fenêtre
régal des gosiers
régal des yeux

pique pique le gros bec
ardente flèche tricolore
incrustée le soir venu
dans l’encadrement de notre fenêtre

aujourd’hui

aujourd’hui

      Une azalée neigeuse pour présenter un livre :

Les Pyrénées en hiver
la vallée d’Aspe précisément
Un village, Bedous, et son curé, Pierre
La neige, le froid, celui surtout qui étreint l’âme
des âmes simples, en perdition, cherchant réconfort au monastère
et voici ce livre qui raconte la vie d’un curé de montagne

Pierre Adrian
Des âmes simples

Ce récit prenant, sincère, vivant et très humain, nous fait découvrir par exemple, parmi d’autres anecdotes toutes plus profondes qu’anecdotiques, l’aventure chaotique et chahutée de la ligne de chemin de fer entre Pau et Canfranc. Petit sujet d’actualité !

Un bon livre, une belle écriture, un témoignage original, d’un jeune écrivain à suivre certainement.

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