Les cordons de la bourse

Chaque soir avant de m’endormir je m’offre un quart d’heure de gaîté en regardant la chaîne de télé BFMBusiness !
M’imaginer m’intéressant aux phénomènes de bourse me fait déjà rire.
« Afterbusiness » est le titre de l’émission dont j’adore le présentateur, David Jacquot, au physique de surfeur hawaïen, large sourire ultrabrite, yeux riboulants de crooner américain, et au phrasé précipité auquel je ne comprends rien mais souscris délicieusement.
Avec lui ce n’est pas alerte à Malibu mais à Wall street.
Aïe le sell off, même pas un fat finger, le DOW dévisse, le Vix gonfle, son vase va déborder (lol, ça, c’est moi qui le dis!).
Ca fait le buzz du biz, le krach du CAC va-t-il suivre ?
Mais non, rassurent, en face de l’animateur en effervescence, des économistes graves et impassibles.
C’est une correction obligatoire après la flambée, une régulation normale, on reste néanmoins suspendu au taux américain sur dix ans …

C’est du Zola sur mon petit écran, dans le jargon et l’ombre menaçante d’une nouvelle financial crisis.
Et je m’endors en réfléchissant aux choses que je vais confectionner de mes petits doigts pour une oeuvre humanitaire.

Tuer

Comme la jeune fille qui guette le boeuf écorché d’un oeil curieux et inquiet au coin de la fenêtre dans ce tableau, j’ai eu l’envie et la crainte vague de lire un livre qui a été sélectionné pour le prix Cezam 2018 :

Timothée Demeillers
Jusqu’à la bête
éd. Asphalte, août 2017

La vie d’un homme qui travaille dans un grand abattoir, découpe des bêtes, dans le froid et le sang …

L’abattage, la bidoche, ce n’est pas mon sujet de prédilection !
Mais j’ai pris ce livre à la bibliothèque, le seul qui restait disponible parmi les dix ouvrages du prix Cezam, parce que, en 2016, je fus impressionnée par un excellent reportage radiophonique au sujet des abattoirs.

Le voici :

L’homme interrogé dans l’émission témoigne de son métier, comment il a pu s’adapter au principe de tuer des animaux, comment ce tueur en série parvient à trouver son équilibre, à gagner sa vie en donnant la mort. Ce sujet poignant fut traité de manière pondérée, réfléchie, sans dramatiser à outrance, avec sérieux et humanité.

Alors je pensais que ma lecture du livre viendrait compléter mon écoute de l’émission.
Grande déception.
Le livre m’a semblé affreusement négatif, superficiel et bavard, l’histoire se termine dans un drame auquel on ne croit pas du tout. Je suis navrée de critiquer ainsi, c’est que mon attente était trop grande.

Ce livre m’aura au moins tournée vers ce célèbre tableau de Rembrandt, qui a été maintes fois copié, qui a inspiré de nombreux artistes des siècles ultérieurs, par exemple Delacroix, Bonvin, Daumier, Vollon, Soutine, Bacon …

Pourquoi Rembrandt a-t-il peint cet imposant boeuf équarri, oeuvre d’une originalité surprenante ?
Il serait dommage de ne voir là qu’une étude anecdotique, qu’une simple nature morte, que volonté de modernisme, expressionnisme ou anti-conformisme.
Aux Pays-Bas au XVIIème siècle, l’animal de boucherie écorché s’inscrivait dans la tradition iconographique de la vanité. Ce genre de tableau avait un but moralisateur.
La tradition s’est perdue, la dimension spirituelle n’existe plus dans la représentation qu’ont donnée les artistes des XIX et XXème siècles.

Voici par exemple la carcasse de porc du musée de Haarlem :

      Isaack van Ostade, Le porc abattu, vers 1642, musée Frans Hals Haarlem, notice

Des enfants jouent près de la bête écorchée, ils ont gonflé la vessie du porc avec de l’eau pour en faire un ballon. On retrouve cette vessie gonflée, de porc ou de boeuf, dans d’autres tableaux que je n’ai hélas pas trouvés en photos dans les sites de musées, elle a la même signification que la bulle de savon fréquemment représentée dans des vanités.

Homo bulla.

La vessie de porc au XVIIème siècle était un symbole de la mort.

Certes la vessie est moins jolie que la bulle de savon, mais ces bulles éphémères désignent chacune la fragilité de notre vie ici-bas.

Et je reviens vers Rembrandt … On peut lire le commentaire sur le site de la BnF concernant Le cochon, au dessus de la bête morte, un enfant tient une vessie :

De nos jours l’abattage des animaux de boucherie est devenu si intensif qu’on s’interroge à nouveau sur la question de la mort, on en devient parfois végétarien, on nous trompe parfois sur la viande et on nous fait prendre des vessies pour des lanternes !

C’est lundi c’est nostalgie

L’âme pelotonnée dans le bleu d’autres années, ramassée au fond de rêves flous, perdue en un présent très pressant … j’aimerais prendre un virage dans un couloir trop étroit, faire demi-tour sans marcher à reculons …
c’est difficile d’aller de l’avant quand on ne sait plus où aller. Je parle du blogage qui se trouve chez moi au stade de blocage.
Je n’ai plus envie d’allumer mon ordinateur, et je ne possède ni portable, ni tablette,
est-ce grave docteur ?

La newsletter de ce blogue est en panne depuis longtemps, mes fidèles lecteurs ne seront donc pas surpris que j’arrête l’écriture, ou bien que je prenne une nouvelle direction.

A l’automne 2005, quand j’ai fait mes tout premiers pas de blogueuse, je suivais deux modèles, deux mères au foyer qui m’inspiraient beaucoup et me donnèrent de l’élan. Leurs pseudos étaient mplr et damouredo.
Elles évoquaient leur vie de femme au foyer, et venaient de créer un forum de discussion pour leurs consoeurs, dont je faisais partie, ce site interactif sur le net s’intitula le forum des FaF.
(FaF = Femme au foyer)

Le forum existe toujours, repris par d’autres femmes très actives, ce site compte maintenant un nombre si grand de membres et de sujets de discussion que je n’y participe plus.
Et que sont devenues mplr et damouredo ?
J’aimais leurs pages d’anecdotes quotidiennes, on se retrouvait toujours plus ou moins dans leurs aventures.

Nous étions des pionnières en matière de blogage, le blogue du tout et du rien, de l’infime et de l’intime, un au jour le jour qui faisait du bien. Mais rapidement, blogueurs et blogueuses ont cherché à se mettre dans des cases, à s’attirer l’audience, et on a casé les cases dans une échelle de valeur, et chacun s’est enfermé lui-même dans un quadrillage, un système contraignant la femme au foyer à ne parler que chiffons, l’âme cultivée à ne parler que culture, le militant à ne parler que politique, etc …

Et si je redevenais vraiment le petit poisson d’antan qui mélange de petits riens dans un grand tout, blabla, sottises, images et jolis mots ?
Coucou mplr et damouredo, comment allez-vous 😉 ?

PS : La première image de cet article est une illustration de l’artiste néerlandaise Rie Cramer, que j’aime beaucoup. Sa biographie est ici.

Nuages gris, nuages graves

      Nuages gris

      Nuages gris, nuages graves,
      Vous emportez à l’horizon
      Les lourdes et lentes épaves
      Du naufrage de la saison.

      […]

      Comme un spectre dans l’air circule
      O nuages graves et gris,
      Vous déployez au crépuscule
      Vos ailes de chauve-souris.

      […]

      Jeanne Nabert-Neis, Poèmes de Sijenna

Il pleut, il pleut jusqu’à mon livre, a-t-elle aussi écrit …

Voulant sortir de la cage de fer d’une pluie incessante qui emprisonne la tête, j’ai couru, ruisselante, à la librairie.
Et là, la poésie m’a ouvert des soleils infinis. J’aurais bien acheté tout un rayon. J’ai choisi quelques étincelles ;
Parmi elles, Jeanne Nabert-Neis, Poèmes de Sijenna, éd. Galleg, 2016.

La romancière et poétesse est née en 1883 en Bretagne, à Pont-Croix dans le Finistère, elle y mourut en 1969.
Je découvre sa poésie ample, forte, vivante et intime à la fois, imprégnée des embruns, des couleurs et des arômes de son horizon natal.
Elle a séjourné en Angleterre, en Allemagne, a introduit des poèmes avec des vers de Shakespeare, Schiller, Goethe, Heine …

Sa poésie a été rééditée par la maison Galleg à Pont-Croix, un livre magnifique.

Et le soleil revient. Tout doucement.

Le camp des autres

Entre deux averses un rayon de soleil, étincelle humide, fraîche, réconfortante.
Entre deux livres mous une lecture fulgurante illuminant les jours gris.

Thomas Vinau
Le camp des autres
éd. Alma, avril 2017

Un enfant blessé abandonné en hiver dans la forêt avec son chien fidèle.
Le froid, la neige, la douleur, la faim, la mort qui s’approche, le sommeil dangereux, létal.
L’enfant se réveille devant un feu, soigné, recueilli dans la forêt par un sorcier, figure étrange, puissante de cette forêt fantastique et sauvage qui voit arriver le printemps et une bande de personnages pittoresques, des forains, des gredins, des bohémiens, des galériens, des humains que la société rejette.

La forêt abrite le camp des autres, les sans toits, sans papiers, cent fois persécutés.
L’action se passe en 1907, mais les temps n’ont guère changé.
L’écriture prend aux tripes, terriblement imagée, odorante et colorée, les mots frappent d’un son brut, mat, tandis que la poésie instille sa lumière.
Thomas Vinau est un poète, on le devine.
Même si le sujet, a priori, ne tentait guère mon côté fleur bleue, j’ai été subjuguée par ce récit d’une sauvagerie envoûtante.

La forêt, chez moi en bord de mer, ressemble à une lande broussailleuse, basse, bistrée de lichens, mais la rage des éléments se fait sentir. La lutte pour la survie. La beauté indomptable d’une nature rebelle. La sculpture du vent, de la pluie, du soleil implacable. Les couleurs subtiles du monde sauvage et attachant qu’il faut préserver.

La longue pluie

      Longue comme des fils sans fin, la longue pluie
      Interminablement, à travers le jour gris,
      Ligne les carreaux verts avec ses longs fils gris,
      Infiniment, la pluie,
      La longue pluie,
      La pluie.

      Elle s’effile ainsi, depuis hier soir,
      Des haillons mous qui pendent,
      Au ciel maussade et noir.
      Elle s’étire, patiente et lente,
      Sur les chemins, depuis hier soir,
      Sur les chemins et les venelles,
      Continuelle.

      Au long des lieues,
      Qui vont des champs vers les banlieues,
      Par les routes interminablement courbées,
      Passent, peinant, suant, fumant,
      En un profil d’enterrement,
      Les attelages, bâches bombées ;
      Dans les ornières régulières
      Parallèles si longuement
      Qu’elles semblent, la nuit, se joindre au firmament,
      L’eau dégoutte, pendant des heures ;
      Et les arbres pleurent et les demeures,
      Mouillés qu’ils sont de longue pluie,
      Tenacement, indéfinie.

      Les rivières, à travers leurs digues pourries,
      Se dégonflent sur les prairies,
      Où flotte au loin du foin noyé ;
      Le vent gifle aulnes et noyers ;
      Sinistrement, dans l’eau jusqu’à mi-corps,
      De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors ;

      Le soir approche, avec ses ombres,
      Dont les plaines et les taillis s’encombrent,
      Et c’est toujours la pluie
      La longue pluie
      Fine et dense, comme la suie.

      La longue pluie,
      La pluie – et ses fils identiques
      Et ses ongles systématiques
      Tissent le vêtement,
      Maille à maille, de dénûment,
      Pour les maisons et les enclos
      Des villages gris et vieillots :
      Linges et chapelets de loques
      Qui s’effiloquent,
      Au long de bâtons droits ;
      Bleus colombiers collés au toit ;
      Carreaux, avec, sur leur vitre sinistre,
      Un emplâtre de papier bistre ;
      Logis dont les gouttières régulières
      Forment des croix sur des pignons de pierre ;
      Moulins plantés uniformes et mornes,
      Sur leur butte, comme des cornes

      Clochers et chapelles voisines,
      La pluie,
      La longue pluie,
      Pendant l’hiver, les assassine.

      La pluie,
      La longue pluie, avec ses longs fils gris.
      Avec ses cheveux d’eau, avec ses rides,
      La longue pluie
      Des vieux pays,
      Eternelle et torpide !

      Emile Verhaeren, recueil Les villages illusoires, 1895

    Mikhail F Larionov, La pluie, vers 1904-1905, Centre Pompidou Paris, notice.

La pluie incessante devient dramatique, pour se consoler on peut lire ce réjouissant petit livre d’Alain Corbin, Histoire buissonnière de la pluie.

Comment perçoit-on la pluie au fil des siècles quand on est écrivain, homme politique, paroissien, cultivateur … ? Ce livre donne des passages pittoresques et des extraits variés d’oeuvres littéraires ou d’essais, des poèmes, mais il ne cite pas Proust, et pourtant, il pleut dans La Recherche !

Bougie

    Raoul Dufy, La fée électricité, détail partie droite, 1937, Centre Pompidou, notice.

Coupure de courant samedi dernier dans toute la commune. La panne n’a duré qu’une heure, le temps d’installer un désarroi aussi général qu’elle-même. Je faisais mes courses dans le bourg comme beaucoup d’autres habitants un samedi matin, nous nous sentions immergés dans un roman de Modiano, désemparés dans la rue des boutiques obscures. Les commerçants éclairaient leurs tiroirs caisses avec leurs téléphones portables. La vie paraissait suspendue à la charge éphémère des batteries.

On parle beaucoup de l’intelligence artificielle en ce moment, la cervelle qui va penser, sentir, réagir à notre place, mais que serait celle-ci sans la fée électricité ?

    Raoul Dufy, La fée électricité, étude, gouache, 1936, Centre Pompidou, notice.

On peut voir sur quatre pages de la RMN les multiples reproductions de l’oeuvre de Dufy.

La compagnie parisienne de distribution de l’électricité avait commandé à Raoul Dufy une fresque de 60m de longueur sur 10m de hauteur pour décorer son pavillon de la lumière et de l’électricité à l’Exposition Universelle de Paris en 1937. Dufy dispose d’un an seulement pour réaliser ce vaste projet.

On peut lire l’histoire et voir des photos sur le site du collège Brossolette.

C’était au temps où l’on croyait beaucoup au prestige des expositions universelles, et celles-ci nous ont laissé de bien belles oeuvres d’art et d’architecture.

    Adolph von Menzel, Salle de séjour avec la soeur de Menzel, 1947, Neue Pinakothek Munich, notice et commentaire.

La panne d’électricité a recommencé le soir, au milieu du dîner ! Vite, allumons des bougies !
J’aime les bougies, et quand de décoratives elles deviennent indispensables, elles m’enchantent doublement.

Pourquoi ce mot bougie pour désigner la chandelle ? Je pensais depuis toujours que la lumière de la chandelle, étant mobile, vacillante, animée au moindre souffle, et par ailleurs transportable d’une pièce à l’autre, bougeait et donc méritait le terme de bougie.
Mais non, son nom est tout simplement une antonomase, il vient de la ville de Bejaia sur la côte méditerranéenne en Algérie : consulter sa page wikipedia. Bejaia produisait depuis le XIVème siècle une cire fine qui servait à la fabrication des chandelles. En 1833 la ville devint possession française et prit le nom francisé de Bougie.

Les pages d’enfance

Dans le club de lecture nous avons commencé l’année avec le thème de l’enfance.
L’enfance dans les livres.
Retrouver son enfance à travers celle retracée par les écrivains.
La liste de livres est longue, la voici, incomplète bien sûr, dans un désordre tout enfantin :

      Alham, de Marc Trévidic

      Bakhita de Véronique Olmi

      L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi

      Equatoria , de Corto Maltese

      La promesse de l’aube , de Romain Gary

      Sa majesté les mouches, de William Golding

      Les aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain

      Le sommeil délivré, de André Chédid

      Les mots , de Jean-Paul Sartre

      L’enfant, de Jules Vallès

      Enfance , de Nathalie Sarraute

      Enfance, de Gorki

      L’inutile beauté, de Guy de Maupassant

      La promesse de l’aube, de Romain Gary

      Le grand Meaulnes, de Alain Fournier

      Du côté de chez Swann, de Marcel Proust

      L’enfant et les sortilèges, de Colette

      Les vrilles de la vigne, de Colette

      Cosette, de Victor Hugo

      Haute Enfance, de Colette Nys-Mazure

      Trésors d’enfance, de Marie Rouanet

      Les malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur

      François le Champi, de George Sand

      Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand

      Les rédactions de Fritz Kocher, de Robert Walser

      Oliver Twist , de Charles Dickens

      Jacquou le croquant , d’Eugène Le Roy

      Poil de carotte, de Jules Renard

      Vipère au poing, de Hervé Bazin

      Les huit montagnes, de Paolo Cognetti

Le mot enfant vient du latin infans signifiant « qui ne parle pas ». Mais le sujet de l’enfant est très parlant.

Les écrivains se racontent enfant de manière très différente. Tandis que Chateaubriand mettait en avant ses qualités de petit garçon courageux dans son donjon lugubre à Combourg, Rousseau avait osé dévoiler les aspects inavouables de sa jeune nature. Sartre pratiquait l’autodérision, Colette déclinait les sobriquets attribués à l’enfant, gosse, mioche, lardon, bambin, mouflet …
Robert Walser a trouvé les rédactions d’un petit garçon, on aimerait bien retrouver les nôtres, qui nous feraient sourire et nous montreraient sans doute de nous-même un caractère insoupçonné.

Une nouvelle de Maupassant m’a particulièrement étonnée : L’inutile beauté.
Une femme très belle et encore jeune a eu sept enfants en onze ans. Son mari s’assurait de la rendre toujours enceinte afin de la garder tout entière à lui. Mais elle se rebelle !

Tous ces motifs enfantins sont conservés au musée de l’impression sur étoffe de Mulhouse.

Enfance

    Lucio Massari (1569-1633), La Vierge à la lessive, vers 1620, musée des Offices Florence, notice.

Mois de janvier, mois du blanc !
Renouvelons les piles de nos armoires !

Ce tableau me plaît beaucoup, je l’ai découvert dans un gros livre, une belle et riche encyclopédie illustrée, celle de Jésus, publiée par Albin Michel en octobre 2017 et dirigée par Joseph Doré (est-il un descendant de Gustave qui a illustré la Bible ?)

Ce livre est original par la diversité de ses auteurs, des écrivains, des universitaires, des philosophes, des hommes d’Eglise, des croyants d’autres religions et des non-croyants … ils tentent de percer le mystère de Jésus.

Dans le tableau ci-dessus Jésus est un enfant. Il apparaît rarement à cet âge, il passe le plus souvent de l’âge du bébé à l’âge adulte. Ses années d’apprentissage de sa vie terrestre n’ont pas d’importance, l’essentiel est son action future. Il doit même apparaître inconnu parmi ses prochains, personne ne sait d’où vient le messie, l’évangéliste Jean son cousin ne le connaît pas avant sa manifestation.
Néanmoins il est touchant de le voir enfant, de le regarder par exemple là, essorant le linge que Saint Joseph fait sécher sur une branche.

Les apprentissages de Colette

      Gisèle Freund, Colette au lit Paris, photographie, 1939, Centre Pompidou Paris, notice.

Ma bibliothèque de Colette s’est enrichie en novembre dernier d’un nouveau livre autour de la dame à la belle plume (entre autres son célèbre Duofold Parker Mandarin), il s’agit cette fois d’un roman graphique, un très beau livre que voici :

Annie Goetzinger conte et illustre d’un trait calme et sensuel la vie très mouvementée de Colette. (éd. Dargaud, mars 2017)

Ses dessins élégants, gracieux, d’un réalisme classique, tranchent à première vue avec la vie libre, folle, assez provocante, de l’écrivain, mais correspond bien au style littéraire de Colette, coloré, léger et pétillant, envoûtant.
Pour utiliser une expression chère à Colette, je dirai qu’Annie Goetzinger troussait de manière impeccable une scène ou un portrait avec un crayon plein de verve et d’esprit.

Hélas, comme je lisais et contemplais ce livre un peu avant Noël, j’appris avec une grande tristesse la mort d’Annie Goetzinger. Je vais sans doute me procurer quelques uns de ses autres romans si joliment graphiques.

Sonnet de la dinde aux marrons

      Eastman Johnson, Nourrir la dinde, pastel, vers 1872-1880, Met New York, notice et commentaire.

    Pour faire une dinde aux marrons,
    Prenez de préférence une oie.
    La dinde est une pauvre proie
    Même pour les estomacs prompts.

    Autant vaut – nous le déclarons –
    Mordre dans du cheval … de Troie.
    Quoi ! Votre mâchoire la broie ?
    Allons donc, tas de fanfarons !

    Et, tenez … encore autre chose,
    Puisque de cette dinde on cause,
    Laquelle est donc une oie – Eh bien

    Sachez donc, bougres de Tartuffes,
    Que cela ne gâterait rien
    Si les marrons étaient des truffes.

    Raoul Ponchon.

      Constant Troyon, Pâturage à la gardeuse d’oies, 1854, musée d’Orsay, notice.

C’est toujours la tradition chez Grillon, l’oie de Noël aux marrons.
Elle est si tendre, fondante, goûteuse, la pauvre oie élevée en plein air qui n’est sans doute plus gardée par une jeune fille en plein pâturage.
Le secret de sa tendreté est une cuisson au four en atmosphère humide. Je place son plat à rôtir dans la lèche-frites remplie d’eau. Elle rôtit parfaitement tout en cuisant au bain marie, sa peau dorée croustille, sa chair fond sous le couteau.
Je ne la truffe pas à prix d’or mais lui prépare une bonne farce avec son foie poêlé aux échalotes puis flambé à l’Armagnac, avec un peu de veau, jambonneau, lardons fumés, pommes, crème fraîche, oeuf, pain rassis, épices, le tout finement haché.

Il semblerait que j’ai déjà la nostalgie de l’heureux temps de Noël !

L’huître est un hasard, un éclair qui passe avec les mois en R

    Henry de Waroquier, Huîtres, coques et verre de vin blanc, 1921, musée des années Trente Boulogne-Billancourt, notice.

      Les Huîtres

      Fêtons ces « truffes de la mer »,
      Qu’en son siècle exaltait Horace,
      Par d’immortels vers pleins de grâce. –
      L’huître, à Rome, est un mets si cher,
      Qu’au dire de Pline et Macrobe,
      Aux seuls pontifes on en sert …
      – Notre bouche aussi les gobe,
      Ces huîtres qu’un moderne en us,
      Nommait « Oreilles de Vénus »,
      Pour leurs qualités excitantes … –
      On sait qu’un des Apicius
      Eut, par ses notions savantes,
      L’art d’en envoyer de vivantes
      À Trajan, vainqueur belliqueux
      Des Parthes … – Aux huîtres, chef queux,
      Me dit-on, offre-nous des fraîches.
      C’est là le secret de leurs pêches :
      L’huître est un hasard, un éclair
      Qui passe avec les mois en R.

      Alexandre Dumas

C’était leur fête en effet à la fin de l’année, quelle queue aux huîtres, affluence chez l’ostréiculteur !

On remarquera dans les deux tableaux ci-dessus la présence du poivre moulu, de la salière ou du poivrier.
C’est ma façon préférée de les déguster, avec du poivre.
Vieille tradition que suivait le mangeuse d’huîtres de Jan Steen. Le poivre moulu était recueilli dans un petit cornet de papier journal. À côté du poivre, on voit du sel, car, selon le rivage, l’huître n’est pas toujours bien salée.

      Jan Steen, La mangeuse d’huîtres, vers 1658-1660, Mauritshuis La Haye, notice et zoom.

L’huître, comme le fait entendre le poème de Dumas, avait un caractère érotique.

La jeune femme regarde le spectateur de son petit air coquin, elle n’a pas l’intention de finir son repas toute seule.

Elle épice son huître avec précision et passion.

On pense à la fable de La Fontaine, Le rat et l’huître
Attention, ne pas se laisser piéger par ce précieux fruit de la mer, car tel est pris qui croyait prendre !

  • Petite précision concernant les mois en R :
    Le 16 août 1766, un règlement de pêche fut édité :
    Consommer les coquillages durant les mois en R, pas de vente de mai à août.
    Le 25 septembre 1771, une ordonnance de police interdit à Paris le commerce, entre le 3à avril et le 1er septembre, des huîtres vivantes enfermées dans leur coquille, des huîtres huîtrées ou huîtres de la chasse (huîtres sans coquille).
    source : Conversations gourmandes avec Madame de Pompadour, Michèle Villemur, éd. Cherche Midi

    • Pieter Claesz, Nature morte au jambon, 1640-1649, Petit Palais Paris, notice et zoom.
    css.php