Le silence de la mer

whistlerhunterian

    James McNeill Whistler, Note en gris et argent, aquarelle, vers 1884-85, Hunterian Art Gallery Glasgow, notice.

Cette semaine m’ont été offertes deux expériences, l’une de vivre au rythme des moines à l’abbaye de Landevennec, l’autre de découvrir le nouveau musée de Pont Aven.
Ces deux temps forts se sont bien opposés dans leur sonorité : au sein de l’abbaye je me suis laissée emporter dans les bras du silence, et au musée j’ai regretté un certain tapage. Mais ces deux moments m’ont charmée par leurs couleurs, très contrastées elles aussi.

whistlerphiladelphia

      James McNeill Whistler, Nocturne, 1875-1880, Museum of Art Philadelphie, notice.

Arrivée dans l’après-midi à l’abbaye Saint Guénolé ( présentée ici), j’ai assisté aux vêpres à 18H, dans le jour qui s’achève sur les chants très mélodieux des moines vêtus de blanc.
Après le dîner d’une soupe claire comme le jour, et réchauffant bien le corps engourdi par ce mois d’avril glacial, j’ai écouté les complies le soir venu, m’abandonnant encore aux chants des moines qui avaient pris la couleur de la nuit dans leurs coules noires.

Puis vinrent la lectio divina et la tisane, et je partis rejoindre ma chambre vers onze heures dans la maison d’accueil située à l’autre extrémité du parc boisé plongé dans une obscurité absolument silencieuse.
Nuit d’encre marine.
N’ayant pas de téléphone portable lumineux ni même une allumette, sous un ciel opaque, je n’avais que la confiance divine pour me guider, et quand je vis des lueurs aux fenêtres de la maison apparue comme un amer dans la rade, je fus complètement rassurée !

whistlerswaustralia

      James McNeill Whistler, Nocturne en gris et argent, vers 1872-1874, NSW Sydney, notice .

Dans la nuit encore, à cinq heures moins le quart, je m’éveillai par ce qui est normalement appelé le hasard car je n’avais pas emporté de réveil, mais là, cela émanait d’une divine volonté, et je me levai donc discrètement pour ne pas déranger les occupants des chambres voisines. Un gant mouillé d’eau froide a dissipé le brouillard du sommeil sur ma figure, et je suis sortie de la maison, retrouvant sur le chemin de terre d’autres retraitants.

Dans le silence nocturne et la lueur froide du clair de lune qui laissait deviner la marée haute, une eau argentée, et qui me transportait dans un tableau de Whistler, nous avons regagné l’église pour l’office des vigiles à 5H20. Petite pièce à l’éclairage tamisé, vague noire des moines chantant toujours d’une façon envoûtante. Un petit instrument de musique émettait un son aigu de harpe et introduisait les temps de silence.

Nocturne: Blue and Silver - Chelsea 1871 by James Abbott McNeill Whistler 1834-1903

      James McNeill Whistler, Nocturne bleu et argent, 1871, Tate Britain, notice.

Après le petit déjeuner se tint l’office des laudes à 7H30, les moines avaient repris leurs aubes blanches de la clarté et chantaient la louange du Christ. Puis à 10H au coeur du jour, la messe et l’eucharistie. Chaque fois, le temps du silence fut plus beau encore que celui du chant, par son ineffable pureté. Pas un bruit dans l’église, chacun se retenait de respirer trop fort, se laissant imprégner, traverser par les rayons du silence. J’avais l’impression de descendre vers le ciel, dans une apesanteur bienfaisante qui renverse les sens.

Dans la nature, même la plus retirée , la plus paisible, le bruit existe, le bruissement des feuilles, le murmure des oiseaux … dans la maison, même la plus calme, un faible ronron de machine ou d’ossature se fait entendre … mais dans l’épaisse enceinte d’une église, le silence est pur, profond, non pas pesant, mais enveloppant, et salvateur.

Le soleil se frayait un chemin parmi les langues de brume, sur la mer d’un gris bleuté, et dans cette beauté diurne et silencieuse s’ancraient nos prières.

IMGP6199

Le musée de Pont Aven ( site ici) a rouvert ses portes il y a un mois. Flambant neuf, et tout flamboyant des lumières de l’Ecole de Pont Aven.
Les couleurs franches éclaboussent de toutes parts.
Bruit et fureur de vivre.
Le musée, très beau, que j’ai visité cette semaine, m’a paru encore trop vivant, je crains toujours la foule.
Mais les oeuvres nouvellement présentées, dépôts du musée d’orsay et prêts d’autres musées, enrichissent considérablement la collection permanente du petit musée que nous connaissions bien.

IMGP6174

On circule, on défile, on bouchonne, on va et vient, on s’assoie, on teste des trucs, on repart, on a besoin d’avoir vu, pas d’avoir regardé, la contemplation sera pour un autre jour.
Je suis arrivée trop tôt, l’effet public de curiosité n’est pas encore estompé.
Après le silence et les tons gris de Landevennec, je me sens bousculée, séduite aussi, par le feu d’artifice de Pont Aven.

IMGP6184

Je reviendrai dans ce lieu qui mérite des louanges, au moment où le calme sera accompli.

Le visage entier dans la moitié du foubi

dufauo

      Clémentine-Hélène Dufau, Portrait de l’artiste, 1911, musée d’Orsay, notice.

Dans ce charmant autoportrait ci-dessus, je vois personnellement un autre visage, très souriant, à l’arrière plan du tableau, dessiné sur le vase de fleurs, comme un smiley.

Cette illusion d’optique, tendance à discerner un élément clair et identifiable dans un motif ambigu, s’appelle une paréidolie.
Du grec para, auprès de, et eidolon, apparence, forme.

J’ai appris ce mot dans la revue La moitié du fourbi qui est consacrée, ce premier semestre 2016, au thème du visage.

couv3 Le site de cette revue est ici.

Il y a beaucoup à lire dans ce petit livre qui offre à la fois littérature et appels d’air.

Une vingtaine d’écrivains rédigent chacun un texte plus ou moins long sur un même thème. Cela peut être un essai historique, une nouvelle littéraire, un reportage scientifique, de la poésie …
Le lecteur doit se laisser surprendre au fil des pages. Et j’aime énormément cet effet de surprise, de découverte, d’ouverture d’esprit sur des domaines très variés.

autoportrait2

Il est ainsi question, autour du visage, des portraits du Fayoum, de la photo d’identité, de la découverte des visages congelés de marins morts au XIXème siècle dans l’Antarctique, du portrait-robot, du phénomène du selfie … ces textes sont vraiment originaux et captivants.
Tout ce fourbi de mots ne me passionne pas qu’à moitié !

autoportrait5 Cet été au musée des beaux arts de Quimper se tiendra une exposition de visages conservés au musée d’Orsay, ceux des artistes se peignant eux-mêmes.

On pourra explorer tout le mystère de l’autoportrait.

La présentation de cette expo se trouve ici.

autoportrait4

L’autoportrait pictural aurait-il le même but, la même démarche personnelle, qu’a aujourd’hui l’égoportrait, le selfie ? Comme nous l’explique la revue, ce dernier mot, néologisme entré dans l’Oxford Dictionary comme mot de l’année en 2013, est composé de self et du diminutif affectueux ie.
La pratique du selfie connaît un déploiement fulgurant dans les réseaux sociaux.

Quelle différence y a-t-il entre le selfie et l’autoportrait ?
Le selfie, photo de soi prise par soi, se donne au langage, s’accompagne d’un hashtag qui le fait « remonter », circuler, et il s’entoure de commentaires, de soi d’abord et des autres ensuite. Le selfie vise à provoquer la conversation, dit fort justement Agathe Lichtensztejn, et cette conversation se fait avec un très large public.

autoportrait3 L’autoportrait pictural demande un travail introspectif, alors que le selfie est instantané ; il a l’idée d’immortaliser son image, alors que le selfie est volatil, périssable, pris ici et maintenant, et cet instant précis devient le sien, sa petite minute de célébrité.

Je pense que si les peintres, depuis des siècles et des siècles, avaient toujours accompagné leurs autoportraits de leurs commentaires du moment, bien écrits et blottis dans un endroit impérissable du châssis par exemple, ce serait infiniment précieux pour l’histoire de l’art. On dirait alors que l’autoportrait vise à enrichir la conservation publique.

AfficheAutoportraits

La théorie du calamar

jemesouviens

Georges Perec avec Je me souviens m’avait laissé un si bon souvenir que j’attendais beaucoup du nouveau livre de Matthieu Lindon, Je ne me souviens pas (paru en mars 2016 chez P.O.L) .
Qu’en attendais-je exactement, je ne me souviens plus, et à vrai dire je ne me souviens plus bien de ce que j’ai lu.
Je fus un peu déçue, mais la forme négative ne contient-elle pas déjà en elle une forme de déception, de désaveu, de dérision, de contradiction ?
L’écrivain raconte de nombreuses anecdotes de sa jeunesse avec tout le flou qui entoure les premières expériences. On se reconnaît parfois avec plaisir dans cette situation. Il ne se souvient pas, par exemple, de comment il a pu se régaler de la cervelle, moi aussi j’ai beaucoup aimé ce plat dans mes jeunes années, bien rissolée avec du persil haché, et aujourd’hui la seule vue de cette chose m’horrifie.
Il décrit à d’autres moments, avec tant de détails précis, des événements dont il ne se souvient pas qu’on se demande comment fonctionne sa mémoire. Dans d’autres chapitres il prend l’expression « je ne me souviens pas d’avoir fait ou dit ou pensé … » pour formuler tout simplement une négation absolue : il n’a jamais fait, dit, pensé …
L’ensemble m’a personnellement paru désordonné, je ne me souviens pas du but qu’il voulait atteindre en écrivant ce livre.



    J. Vermeer
    , La vue de Delft, vers 1660-1661, Mauritshuis La Haye, notice

Je recopie un passage qui m’a bien plu :

      Je ne me souviens pas de comment je comptais m’y prendre lorsque j’ai eu, il y a des années, l’idée de rédiger un volume de pastiches qui ne prenne pas pour points de départ des écrivains mais des peintres et des musiciens. Je rêvais d’un texte à la manière de Bach, un à la façon de Fragonard, de Rubens, de Mahler. Il n’aurait pas fallu que l’artiste en question apparaisse nommément dans ma fiction, son évidence aurait dû s’imposer au lecteur par la seule force du pastiche. À proprement parler, je n’ai pas renoncé à ce projet : je me suis contenté de ne jamais en écrire la première ligne.

      Matthieu Lindon, extrait de Je ne me souviens pas

null Je me souviens alors en lisant ces phrases que l’écrivain Bergotte, mourant d’extase devant La vue de Delft, regrettait de n’avoir pas su écrire comme Vermeer, avec toute la préciosité du pinceau hollandais.

Je ne peux pas dire que je ne me souviens pas de comment j’ai décidé de lire tous les volumes d’À la recherche du temps perdu. (je trouve bizarre cette tournure « je ne souviens pas de comment », mais Matthieu Lindon la répète constamment)

    null

Je me souviens bien de mon premier plongeon dans La Recherche, c’était justement grâce à Vermeer. J’avais lu un catalogue d’une exposition qui lui fut consacrée et il y figurait le passage du Petit pan de mur jaune à propos de la mort de l’écrivain Bergotte. Je décidai donc de retrouver ce chapitre dans La Recherche, et j’achetai les sept livres de poche d’un coup. Je commençai par longtemps je me suis couché de bonne heure et, bien avant d’arriver à la mort de Bergotte, je fus conquise.

41e-jZp7ytL._SX338_BO1,204,203,200_ Il est un écrivain qui écrit comme un musicien, c’est Jean-Michel Maulpoix.

Jean-Michel Maulpoix, Le voyageur à son retour, éd. Le Passeur, février 2016

Un nouveau livre de cet écrivain semble nous tomber du ciel avec toute la grâce d’un flocon de neige ou d’un pétale de cerisier. Depuis qu’un certain dimanche après-midi m’est resté dans la tête, je suis une lectrice inconditionnelle de sa prose poétique.
Il écrit aussi comme un peintre, impressionniste, par petites touches colorées, mélancoliques.

Impressions de voyage, carnets de notes, et joie du retour avec les objets-souvenirs, les sensations …
C’est souvent au retour que le voyage refait dans la tête est le plus beau.

J’aime l’expression de J.M. Maulpoix, théorie du calamar, dans laquelle il fait preuve d’humour.

" Théorie du calamar : Je n'aurai pas tout à fait perdu mon temps, puisque de mon oisiveté et de ma solitude j'aurai fait de l'encre.
Il m'est étrange d'observer comment au fil de ce voyage j'aurai peu à peu assisté au retour de ma langue. Une couture de fils noirs dont il se pourrait bien qu'elle ait pour objet de repriser l'absence, aussi bien que de nouer l'étrange au familier. Je me suis tissé dans ces pages un léger costume de voyageur sur le retour ... "

Jean-Michel Maulpoix, extrait de Le voyageur à son retour.

vermeerastrodetl

Dans l’épaisseur du poème

vallottondierxreunion

Félix Vallotton, Femme lisant dans un intérieur, 1910, musée Léon Dierx Saint Denis de la Réunion, notice.

Je disais à une amie que je préférais lire de la poésie plutôt que des romans. Elle me demanda alors ce que je préférais dans la poésie, et je lui répondis « son intense concision ».

La poésie dit en quelques mots bien choisis ce qu’un roman écrirait en vingt pages. Quelques vers poétiques suffisent à créer une image, un monde, un état d’âme, et pour le même résultat, le roman délaie les mots, s’étire et développe …
Le roman a besoin d’un grand espace pour approfondir son sujet, le lecteur s’immerge dans un océan de mots, et quand la plongée est fructueuse, l’oeuvre me ravit aussi ; parfois la longueur des phrases prend elle-même un accent poétique et là, on touche au merveilleux.
Hélas, de plus en plus nombreux sont les romans qui, de nos jours, bavardent en sonnant creux.
En revanche, la poésie composée aujourd’hui me semble riche, dense et féconde.

Pour comprendre une idée et trouver les mots qui la fondent, il faut parfois se tourner vers les langues étrangères.
Miracle, je viens de prendre conscience que le mot « poésie » en allemand vient précisément renforcer la qualité première que j’apprécie dans la poésie !

La poésie se dit Dichtung en allemand.
Poème est Gedicht
Poète est Dichter.
Même si on ne connaît pas l’allemand, on remarque la racine commune à tous ces mots : dicht.
Or « dicht » est un adjectif qui veut dire épais, dense, touffu, compact, serré …

31SPQO6XP-L._SX302_BO1,204,203,200_ Un nouveau recueil de poésie de Gilles Baudry est un concentré de joie, la promesse tenue d’une lecture pleine d’images, de sentiments, touffue de couleurs, de sens profond.

Sous l’aile du Jour, éd. Rougerie, mars 2016.

Tandis que le coupe-papier fend la chair crémeuse des pages (particularité des éditions Rougerie, les pages ne sont pas coupées), les poèmes nous font descendre au coeur des mots à la fois simples, gracieux et beaux comme des fleurs des champs. Sous l’aile du jour, on prend silencieusement la mesure de la nuit opaque ou diamantine, on ressent la plénitude des heures creuses, on s’approche des nuances délicates du gris, du sépia, de l’indicible, des lisières tremblées … On entre vraiment en poésie et le coeur bat à tire-d’aile.

Cousu main

berghstockholm

Eva Bonnier, j’avais oublié son nom, ne me souvenais plus d’avoir blogué à son sujet.
J’ai aussi oublié par quel hasard j’ai découvert son portrait très étrange peint par un certain Richard Bergh.
En tapant son nom à consonance francophone dans le site du musée de Stockholm, la mémoire m’est immédiatement revenue. Mais oui, c’est l’artiste qui a peint et aussi sculpté le buste si émouvant d’un enfant !

Revoilà Eva Bonnier sur cette page

Cette artiste suédoise (1857-1909) est peinte ici par un confrère, qui avait voulu la représenter dans l’exercice de son art, mais elle avait refusé. Elle préférait une occupation plus banale, et elle est donc montrée en train repriser tout simplement une chaussette.

berghdet2

Et j’ajoute un dé à ma collection !

Mais le dé n’est pas intéressant en lui-même, en revanche, cette main est extraordinaire.
Il s’agit du portrait d’une femme qui coud, qui raccommode exactement, donc ne crée pas, son visage semble calme, impassible, mais sa main …
Quelle nervosité dans cette main ! Quel contraste avec le reste de son corps !
Qu’a voulu montrer le peintre en brossant avec autant de vivacité une main qui devrait au contraire coudre minutieusement ?
Cette main semble trahir le caractère anxieux de sa propriétaire qui était pourtant très habile de ses mains. On sait qu’elle était dépressive et qu’elle s’est suicidée vingt ans plus tard.

focillon A propos de la main, je recommande la lecture d’un petit livre exceptionnel, qui a été réédité en septembre 2015, celui de Henri Focillon, Eloge de la main, éd. marguerite waknine.

Les mains sont presque des êtres animés, elles sont douées d’un génie énergique et libre, d’une physionomie -visages sans yeux et sans voix- mais qui voient et qui parlent, nous dit Henri Focillon.

Il a écrit de très beaux chapitres sur les mains de l’art et ces hommes de main que sont les artistes, notamment sur les mains peintes par Rembrandt, et aussi les mains polyvalentes de Gauguin qui savait peindre, sculpter, façonner la poterie …

Ce livre de 38 pages laisse une très belle empreinte de nos amies les mains.

rodinmainmuseerodin

Des parenthèses de dentelle

IMGP8536

En revoyant dernièrement mes photos prises dans la Walker Art Gallery de Liverpool, je pensais à ce peintre des dentelles (ainsi le surnommai-je) qui m’avait étonnée par sa délicatesse.

Dans une grande salle aux murs tendus d’un somptueux damas bleu cendré se trouvait rassemblée l’aristocratie britannique, dont l’ensemble des portraits pouvait sembler ennuyeux mais bien exposé dans son décor grand siècle.
Ces nobles ladies tout amidonnées de leur réserve innée ne passionnent plus, la plupart de ces femmes a le relief et la raideur de planches à repasser, mais l’une d’entre elles, un peu plus naturelle dans sa lecture, m’avait vraiment émerveillée.

IMGP8532

Il s’agit du portrait de Emily, comtesse de Kildare, peint par Allan Ramsay en 1765.

Allan Ramsay (1713-1784) était un peintre écossais, portraitiste de la cour et principal rival de Sir Joshua Reynolds.

Après notre visite de Liverpool, nous allions poursuivre, mon mari et moi, notre voyage vers Edimbourg, où j’eus le plaisir de retrouver des portraits d’Allan Ramsay. Et toujours des dentelles.

J’avais aimé le fond bleu Nattier, et la douceur veloutée de cette peinture qui prenait l’aspect d’un pastel. La lumière tamisée s’accordait bien à l’heure silencieuse de la lecture, au toucher soyeux de la dentelle. Point d’effets de manches dans cette scène, seulement l’intime et discret plaisir des pages dont la tranche délicatement moirée charme les yeux.
Est-ce une reliure à décor à la dentelle ?

IMGP8534

Je fus bien inspirée de photographier le tableau d’Emily, car le site web assez limité de la Walker Art Gallery ne le montre pas.
Ces livres dans leur écrin de dentelle m’avaient enchantée, la lecture ne pouvait qu’être engageante !
Roland Barthes a appelé le détail d’une photographie qui attire particulièrement l’oeil le punctum. Ce détail est le point qui happe le regard. J’avais personnellement photographié mon punctum du tableau.

ramsayyork

    Allan Ramsay, Portrait de Jean Abercromby, 1767, musée de York, notice

A l’époque d’Allan Ramsay, la machine qui fabriquait la dentelle mécanique n’avait pas encore été inventée en Angleterre (revoir sur cette page), et ce textile savamment travaillé était un luxe.
La virtuosité du peintre force l’admiration. La dentelle, qu’elle soit blanche, noire, écrue, prend vie et souplesse sous son pinceau, elle paraît jaillir en flots aussi libres et naturels que la dame qui les porte peut sembler parfois guindée.

ramsaywifengedimbourg

Toutes les étoffes sont remarquables, satinées, moirées, frappées, aiguilletées, plissées, gaufrées, froncées, filetées, mercerisées, brochées, granitées, pékinées … le talent du peintre n’a pas de limite dans ces matières !

ramsaymelbourne

    Allan Ramsay, Elizabeth Lambart, vers 1751, NGV Melbourne, notice.

Dans la National Gallery d’Edimbourg, la photographie n’était hélas pas autorisée. Je n’ai pas pu glisser dans mon appareil des échantillons de dentelle de Ramsay. Même si l’on sait que la photo sera tremblée, que l’on achètera de toutes façons des reproductions et des catalogues, ce qu’on photographie dans un musée est la joie du moment, l’heure exquise de la découverte, le détail qui rend l’oeuvre simplement unique à nos yeux. Et bien plus tard, quand la mémoire s’effiloche en dentelle, il reste du musée le souvenir de quelques tableaux vraiment attachants.

ramsaybirmingham

    Allan Ramsay, Portrait de Mme Mary Martin, musée de Birmingham, notice.

Un Millet italien ?

segantinifagoto

      Giovanni Segantini, Le dernier labeur du jour, 1891, crayon et crayons de couleur sur papier vélin, musée d’Orsay, commentaire de l’oeuvre.

L’abbé Godard, libre enfin, s’élançait, lorsqu’il se trouva en face des Charles. Son visage s’épanouit d’un large sourire aimable, il lança un grand coup de tricorne. Monsieur majestueux salua, madame fit sa belle révérence. Mais il était dit que le curé ne partirait point, car il n’était pas au bout de la place, qu’une nouvelle rencontre l’arrêta. C’était une grande femme d’une trentaine d’années, qui en paraissait bien cinquante, les cheveux rares, la face plate, molle, jaune de son ; et, cassée, épuisée par des travaux trop rudes, elle chancelait sous un fagot de menu bois.

— Palmyre, demanda-t-il, pourquoi n’êtes-vous pas venue à la messe, un jour de Toussaint ? C’est très mal.

Elle eut un gémissement.

— Sans doute, monsieur le curé, mais comment faire ?… Mon frère a froid, nous gelons chez nous. Alors, je suis allée ramasser ça, le long des haies.

— La Grande est donc toujours aussi dure ?

— Ah bien ! elle crèverait plutôt que de nous jeter un pain ou une bûche.

segantinilabeuro

Et, de sa voix dolente, elle répéta leur histoire, comment leur grand’mère les chassait, comment elle avait dû se loger avec son frère dans une ancienne écurie abandonnée. Ce pauvre Hilarion, bancal, la bouche tordue par un bec-de-lièvre, était sans malice, malgré ses vingt-quatre ans, si bêta, que personne ne voulait le faire travailler. Elle travaillait donc pour lui, à se tuer, elle avait pour cet infirme des soins passionnés, une tendresse vaillante de mère.

En l’écoutant, la face épaisse et suante de l’abbé Godard se transfigurait d’une bonté exquise, ses petits yeux colères s’embellissaient de charité, sa bouche grande prenait une grâce douloureuse. Le terrible grognon, toujours emporté dans un vent de violence, avait la passion des misérables, leur donnait tout, son argent, son linge, ses habits, à ce point qu’on n’aurait pas trouvé, en Beauce, un prêtre ayant une soutane plus rouge et plus reprisée.

Emile Zola, extrait de La terre, 1887.

segantinibudapest

Qu’on me pardonne ce nouveau zoom arrière, je reviens vers ce peintre italien si particulier de la fin du XIXème siècle, Giovanni Segantini (1858-1899), présenté ici il y a quelques jours.

Une chose étrange : aucun musée français ne possède de tableaux de cet artiste, seul le musée d’Orsay conserve un dessin, or, c’est à Paris qu’eut lieu la première rétrospective posthume de ses oeuvres, comme l’a fait remarquer un article de La Revue du Louvre dans le n°1 de 1982.

Segantini devait présenter lors de l’Exposition Universelle de 1900 à Paris un gigantesque panorama de l’Engadine, une peinture circulaire d’un périmètre de 5000m !

On peut s’informer de ce projet dans le site du musée Segantini de Saint Moritz.
Ce panorama trop ambitieux et coûteux fut abandonné, puis le peintre mourut subitement et l’Exposition Universelle de 1900 lui rendit finalement hommage avec une rétrospective.

segantinifondation

      Segantini, Retour du bois, 1890, musée Segantini St Moritz, liste et notice.

Il avait souvent peint la vie rurale, influencé d’abord par les oeuvres de Millet, et il avait lu Zola qu’il appréciait, il s’était façonné une vision personnelle et philosophique de la nature . Un critique français eut la malencontreuse idée de le surnommer un Millet italien, et cela suffit pour qu’aucun musée n’achetât de ses toiles, Millet étant déjà bien présent.
Quel dommage !
Le musée d’Orsay a acquis ce beau dessin, Le dernier labeur du jour, en 1980 seulement.
Segantini fit très peu de dessins préparatoires, il travaillait directement sur la toile, et ses dessins sont la plupart du temps des reproductions ou des adaptations de tableaux qu’il avait peints quelques années auparavant.

Cet artiste n’est pas un peintre social et naturaliste comme Millet , mais symboliste, il représente son idée de la vie à la campagne, alors qu’il est citadin d’origine. Une vision mystique, mystérieuse, très singulière et prenante.

seganinifoinstmoritz

Le dessin du musée d’Orsay impressionne, la figure imposante de l’homme sous son fardeau, répétée à droite par celle de sa femme, comme un écho de la peine infinie dans le lointain, captive autant que les personnages décrits avec coeur par Zola.
Comme dans le tableau dont le dessin est issu, la silhouette sombre, massive, sculpturale, résiste encore sous le poids du labeur dans le crépuscule.

Segantini a finement étudié la lumière de la montagne, tantôt cristalline et divine, tantôt pesante sous un ciel menaçant, tantôt mate et fatale dans une neige opaque, et l’âme humaine reflète cet éclairage, dans une grâce douloureuse comme dit Zola.
Cet artiste est décidément fascinant.

segantinimortstmoritz

      Giovanni Segantini, La mort, 1896-1899, musée Segantini St Moritz, liste et notice.

La chambre claire

1009140-Nicéphore_Niépce_la_Table_servie

      Nicéphore Niépce, La table servie, la première photographie, vers 1822, musée N. Niépce Châlons sur Saône.

Le premier homme qui a vu la première photo (si l’on excepte Niépce, qui l’avait faite) a dû croire que c’était une peinture : même cadre, même perspective. La Photographie a été, est encore tourmentée par le fantôme de la Peinture (Mappelthorpe représente une branche d’iris comme aurait pu le faire un peintre oriental) ; elle en fait, à travers ses copies et ses contestations, la Référence absolue, paternelle, comme si elle était née du Tableau (c’est vrai techniquement, mais seulement en partie ; car la camera obscura des peintres n’est que l’une des causes de la Photographie ; l’essentiel, peut-être, est la découverte chimique).
[…]
Ce n’est pourtant pas (me semble-t-il) par la Peinture que la Photographie touche l’art, c’est par le Théâtre.

Roland Barthes, extrait de La chambre claire.

aubrybnf

    Charles Aubry, Rose dans un vase en cristal, photographie, 1864, BnF Paris, notice.

Je reprends le livre de Roland Barthes, La chambre claire, dont j’avais parlé ici , car il y a trop à dire pour un seul article.
Le titre la chambre claire fait bien sûr allusion à la chambre noire des photographes et à la camera obscura qu’utilisèrent les peintres.
Dans un chapitre, Barthes considère le rapport entre la peinture et la photographie et s’intéresse plus particulièrement au théâtre, qui, à l’origine, entretenait une relation étroite avec la mort.
Les théâtres totémique, chinois, indien, japonais, avaient été créés pour jouer le rôle d’un mort et lui redonner vie.
Roland Barthes voit essentiellement dans la photographie (il parle du portrait, de photos de personnes et de famille) un lien direct avec la mort.

manetvaso

    Edouard Manet, Fleurs dans un vase de cristal, 1882, musée d’Orsay, notice

Personnellement je n’aurais pas d’instinct fait entrer la notion de mort dans la photo, mais si je me pose la question, j’y viens naturellement bien que le concept ne soit pas réjouissant.
Pourquoi photographions-nous les enfants, les membres de notre famille, si ce n’est pour garder une image d’un présent qui va fuir ? Il y a effectivement une notion de vanité, au sens philosophique de la vanitas, la photo représente ce qui est voué à changer, disparaître.
D’ailleurs, Barthes ne le dit pas, la vanité est bien aussi un sujet de la peinture, au XVIIème siècle notamment et aux Pays-Bas surtout, époque où des peintres mettaient au point leurs chambres obscures pour étudier les effets de perspective et de lumière.

Roland Barthes avait précisément nommé son livre La chambre claire, parce que la photo du Jardin d’Hiver avait réellement éclairé d’un jour nouveau et révélé (à l’aide du révélateur chimique), mis en lumière, son amour intense pour sa mère ainsi que son deuil dévastateur.

89

    Eugène Atget, Rue Villedo, photographie, 1907, BnF, notice.

Barthes évoque la fragilité de la photographie en tant qu’objet papier, qui s’altère et finit par disparaître, et qui disparaît encore une fois avec la personne qui comprenait et aimait cette photo.

C’est toute la question des photos de famille, quand plus personne ne reconnaît les personnes photographiées, la photo meurt d’elle-même.
J’ai un jour entendu un brocanteur dire que dans les maisons qu’il vide après une succession, il commence par mettre à la poubelle des tiroirs entiers de photos. L’idée de ce geste m’avait heurtée, La chambre claire me fait comprendre pourquoi.
Que dirait alors Roland Barthes de la photographie actuelle, qu’il n’a pas connue, celle numérique et plus que jamais éphémère, impalpable ? Nous n’avons déjà plus les outils nécessaires pour mettre sur papier d’anciennes pellicules, nous n’avons plus l’engin pour regarder des diapositives, et plus tard sans doute nous ne disposerons plus de lecteur adapté pour voir nos photos numériques stockées sur un support périmé.
La photographie est un écrasement du Temps et le Temps accéléré nous écrase.

En conclusion plus heureuse, je recommande la lecture de ce livre très intime et singulier de Roland Barthes.

IMGP6142

La photo du jardin d’hiver

IMGP6142

Un nouveau livre lu est paru le mois dernier, La chambre claire de Roland Barthes, lu par Daniel Mesguich, éditions Audiolib. La lecture de l’oeuvre est suivie d’un long et très intéressant commentaire de Benoît Peeters.
J’ai écouté ce CD une fois, deux fois, trois fois … et puis dans ma frénésie, il m’a fallu lire moi-même le livre (édité par Gallimard- Cahiers du cinéma).

51MBbdgS8fL._SX366_BO1,204,203,200_

Ma curiosité pour la photographie est limitée dans le sens où la technique me dépasse complètement, je me contente d’appuyer sur le bouton de l’appareil, sans faire d’effort pour améliorer le résultat.
Je ne me demande pas non plus pourquoi je préfère telle photo à telle autre, aucune interrogation philosophique dans ma démarche.
Ce sont les écrits de Roland Barthes que je voulais découvrir, et je ne fus pas déçue, ce livre m’a passionnée pour plusieurs raisons.

Cet essai sur la photographie, qui est, semble-t-il, le plus célèbre et le plus apprécié en son genre, est aussi un très beau roman autobiographique.
La première et la troisième partie traitent précisément de la question photographique sous un angle certes singulier, et philosophique, mais dans la seconde, Roland Barthes explore le profond chagrin qui l’habite depuis la mort de sa mère.
Avant même qu’il ne cite Proust, on pense au narrateur de la Recherche évoquant sa grand-mère bien aimée se faisant prendre en photo pour lui laisser d’elle un heureux souvenir.

72

Voici en illustration la maman de Marcel, parce que le livre ne montre pas la maman de Roland Barthes.
Par un soir de novembre, peu après la mort de sa mère, il découvre une photo d’elle :

      J’allais ainsi, seul dans l’appartement où elle venait de mourir, regardant sous la lampe, une à une, ces photos de ma mère, remontant peu à peu le temps avec elle, cherchant la vérité du visage que j’avais aimé. Et je la découvris.
      La photographie était très ancienne. Cartonnée, les coins mâchés, d’un sépia pâli, elle montrait à peine deux jeunes enfants debout, formant un groupe, au bout d’un petit pont de bois dans un Jardin d’Hiver au plafond vitré. Ma mère avait alors cinq ans (1898), son frère en avait sept. […]
      J’observai la petite fille et je retrouvai enfin ma mère. La clarté de son visage, la pose naïve de ses mains, la place qu’elle avait occupée docilement sans se montrer ni se cacher, son expression enfin, qui la distinguait, comme le Bien et la Mal, de la petite fille hystérique, de la poupée minaudante qui joue aux adultes, tout cela formait la figure d’une innocence souveraine (si l’on veut bien prendre ce mot selon son étymologie, qui est « je ne sais pas nuire »), tout cela avait transformé la pose photographique dans ce paradoxe intenable et que toute sa vie elle tenu : l’affirmation d’une douceur.
      […]
      cette Photographie du Jardin d’Hiver était pour moi comme la dernière musique qu’écrivit Schumann avant de sombrer, ce premier Chant de l’Aube, qui s’accorde à la fois à l’être de ma mère et au chagrin que j’ai de sa mort ;
      […]
      Je ne pouvais non plus omettre de ma réflexion ceci : que j’avais découvert cette photo en remontant le Temps.

      Roland Barthes, extrait de La chambre claire (1979)

1009140-Nicéphore_Niépce_la_Table_servie

Nicéphore Niépce, La table servie, la première photographie, vers 1822, musée N. Niépce Châlons sur Saône.

Il y a toujours dans la photo (principalement le portrait), dit Barthes, un écrasement du Temps : cela est mort et cela va mourir.
La photo est un témoin de ce qui a été. Mais elle est prise au présent. Et elle dit la mort au futur puisque nous sommes tous mortels.

Une remarque de Roland Barthes m’a fortement étonnée et m’a fait retrouver un temps perdu qui m’avait lui-même toujours échappé autrefois. Barthes compare la photographie à un temps de la conjugaison : l’aoriste.
Tous les élèves hellénistes se sont arraché les cheveux avec cette conjugaison typiquement grecque et savamment compliquée : l’aoriste.
L’aoriste, ha, troublantes délices de la torture grammaticale !

Le mot aoriste qui comporte le préfixe a privatif, veut dire selon son étymologie sans limite, ou sans horizon, car oriste est la racine du mot français horizon.

047

L’aoriste est un temps bien difficile à définir, il n’existe pas dans la langue française, ce n’est ni vraiment du passé simple, ni un imparfait, ni du futur antérieur, c’est le temps de l’action pure en dehors de toute durée.
Bref, il faudrait avoir la tête de Jacqueline de Romilly pour y comprendre quelque chose !
Mais la comparaison avec la photographie permet peut-être d’imaginer cette idée hors du temps.
La photo immobilise le temps, et même moderne et actuelle, elle représente le passé absolu de la pose, et c’est ça l’aoriste, un passé absolu … enfin, je crois !

J’invite à visiter la riche galerie de photographie de la BnF ici.

Acquanera

null

Giovanni Segantini,  » Les mauvaises mères  » , 1894, Galerie du Belvédère Vienne, notice.

Dans la sélection du prix CEZAM de cette année figure le livre d’une romancière italienne, Valentina D’Urbino, et son titre sombre, Acquanera, ne m’encourageait guère à la lecture ;
mais on m’en a dit tant de bien que j’ai fini par me plonger dans son eau noire.

aquanera L’histoire est captivante en effet, mystérieuse, retraçant la vie, de mère en fille, de quatre générations de femmes dans un village du Nord de l’Italie.

Un roman en noir et blanc, entre la neige et la brume des montagnes, l’eau profonde du lac, et des secrets et sentiments ténébreux.

Ces femmes ont des pouvoirs surnaturels et génétiques, ce sont plus ou moins des sorcières, l’une d’elle, la mère de la narratrice, est particulièrement médium. Cette mère extralucide n’avait pas vu venir sa grossesse, à l’âge de dix-sept ans, et elle n’a jamais accepté ni aimé sa fille.

Une mauvaise mère au milieu des glaces, des femmes ensorcelées dans la neige, et je pense immédiatement aux tableaux de Segantini.

IMGP8583

J’avais évoqué en 2008 la biographie de ce peintre sur cette page.

Je fus ensuite subjuguée par ce tableau symboliste, à Liverpool en 2011, d’un style tout à fait ensorcelant.

En lisant « Acquanera » qui se déroule à Roccachiara sans que soit précisée la situation géographique exacte, j’imaginais le paysage enneigé de l’Engadine peint par le compatriote de Valentina D’Urbano.
La peinture a guidé ma lecture et m’a fait aimer celle-ci, cela m’arrive d’ailleurs souvent, ce sont des tableaux qui me plongent dans des romans, des peintres qui me font découvrir des écrivains.

IMGP8585

L’atmosphère du roman est aussi étrange que celle du tableau de Segantini que j’avais photographié au musée sous tous les angles, devant l’incompréhension d’une amie anglaise, pour qui Segantini n’était pas du tout la cup of tee.
Ce grand tableau se trouvait dans la même salle que les toiles préraphaélites, non moins étranges, et j’avais bien apprécié cet ensemble pictural racontant à nos yeux intrigués des histoires complexes, parfois impénétrables.
J’y voyais là un charme indicible, irrationnel, bien anglais en quelque sorte.

Je crois que j’ai bien aimé le roman de Valentina D’Urbino parce qu’il m’a transplantée cinq ans en arrière dans la passionnante Walker Gallery de Liverpool.

Et précisément dans ce musée se tient durant ce printemps une exposition d’oeuvres préraphaélites : Beauty and Rebellion.

IMGP8584

css.php