Du côté de chez Grillon du foyer

Le cornet à dés, à dessins …

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    Max Jacob, La chambre jaune, 1930, gouache sur carton, Centre Pompidou, notice

      Petit poème

      Je me souviens de ma chambre d’enfant. La mousseline des rideaux sur la vitre était griffonnée de passementeries blanches, je m’efforçais d’y retrouver l’alphabet et quand je tenais les lettres, je les transformais en dessins que j’imaginais. H, un homme assis ; B, l’arche d’un pont sur un fleuve. Il y avait dans la chambre plusieurs coffres et des fleurs ouvertes sculptées légèrement sur le bois. Mais ce que je préférais, c’était deux boules de pilastres qu’on apercevait derrière les rideaux et que je considérais comme des têtes de pantins avec lesquels il était défendu de jouer.

      Max Jacob, recueil Le cornet à dés

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Max Jacob, Les joueurs de cartes, musée des beaux arts Quimper, notice

Il y a un peu plus d’un an, mon atelier d’écriture s’était déplacé dans l’ancienne maison des parents de Max Jacob à Quimper, qui est aujourd’hui devenue un restaurant. Nous avions déjeuné dans ce cadre historique, resté presque intact à l’étage, et conservant de touchantes traces du poète, des livres lui ayant appartenu par exemple. J’avais trouvé parmi eux « Pastiches et mélanges » de Marcel Proust ! Les pastiches et les mélanges (de gouache et de matières pas toujours compatibles avec une bonne conservation ) faisaient aussi partie des plaisirs de Max Jacob.

Nous avions lu ce petit poème en prose de Max, et puis nous avions, nous aussi, évoqué par écrit notre chambre d’enfant.
Mon texte personnel est , j’ai eu une douzaine de chambres d’enfant !

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    Max Jacob, La Seine à Paris, aquarelle, mba Orléans, notice

Une autre fois, nous étions venus écrire dans l’espace consacré à Max Jacob au musée des beaux arts de sa ville natale, nous y avions trouvé, à côté des peintures et dessins de sa main ou de ses amis, ses recueils de poésie, et nous avions écrit avec un vif plaisir, ainsi assis entre ses bonnes feuilles en prose ou en couleurs, à bouts rimés ou fonds gouachés, autour de cet artiste polyvalent.

Au début de cette année, nous avons honoré le centenaire de sa mort en relisant quelques uns de ses poèmes et en écrivant à notre tour (poème Amour du prochain :ici ). Comme lui, nous avons écrit pourquoi nous n’avons pas fait de cubisme

Il est vrai que le poète Max Jacob nous a mieux inspirés que le peintre Max, mais dans notre atelier, c’est surtout l’écriture qui nous guide.

Peintre ou poète, Max Jacob ?

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    Max Jacob, le peintre inavoué, André Cariou, éd. Coop Breizh, 2014

C’est la première fois, il me semble, qu’un livre d’art ou une monographie souligne l’importance de la peinture dans la carrière de Max Jacob. Abondamment illustré, cet ouvrage rappelle que Max Jacob, jusqu’à ses vingt-cinq ans, envisageait surtout le métier de peintre, puis son oeuvre littéraire a pris une importance grandissante aux yeux des critiques qui négligèrent sa peinture. Il a vécu à Montmartre, au Bateau-lavoir, avec ses nombreux amis peintres et écrivains et a vu naître le cubisme, auquel il s’est essayé. Il a vendu ses oeuvres dans des galeries avec des hauts et des bas, c’était son gagne-pain, puis il a subi de plein fouet la crise de 1931-1937. Le livre explique bien l’errance de l’artiste entre peinture et écriture, désespéré par sa « pauvre petite peinture » qui ne se vend plus, et pressentant un peu plus tard sa fin tragique sous la barbarie nazie. Il écrit en 1939 : La littérature m’a pris à la peinture puis la peinture à la littérature de sorte que je n’ai vraiment réussi ni l’une ni l’autre.

Toute sa vie il s’est dit tantôt peintre, tantôt poète, il peignait avec des mots, avec des pinceaux, en somme avec son grand coeur, car de son oeuvre, ce qui ressort à mon sens de plus marquant, c’est la bonté, l’amour du prochain.

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    Max Jacob, Saint André des arts : un homme marchant dans la rue, aquarelle, mba Orléans, notice

Ce livre, Max Jacob le peintre inavoué, dont j’aime beaucoup la couverture, paraît capital dans la connaissance de l’artiste poète, car il permet une relecture de ses poèmes, et, notamment, il vient, à dessein comme les dessins, éclairer sous un nouveau jour le Cornet à dés, composé la même année que cette attendrissante scène de rue ci dessous :

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    Max Jacob, Scène de la rue, 1923, mba Quimper, notice

La critique n’a jamais encouragé le peintre Max Jacob, l’a laissé dans l’ombre de ses « copaintres » comme disait Max, ces artistes aux noms devenus prestigieux. Dans ce désaveu, Max Jacob s’est lui-même fortement déprécié. Je cite encore une fois Marcel Proust :

      notre personnalité sociale est une création de la pensée des autres.

Cette phrase, au début de Du côté de chez Swann, concerne Swann, un homme si discret que personne ne le connaît, mais chaque catégorie de la société, dans laquelle il évolue tour à tour, dresse de lui une image erronée, une image qui pourtant le constitue, le situe dans le monde, et à laquelle il se calque malgré lui. On essaie souvent de ressembler au reflet de nous-même que les autres nous renvoient.
En France en particulier, on aime caser les gens dans des castes bien cloisonnées. Ainsi Max Jacob poète ne pouvait pas être à la fois bon peintre aux yeux des autres. Et pourtant, l’essentiel n’est-il pas de créer des liens ?

IMGP7661 Ce qui devient frappant, après la lecture du livre d’André Cariou, c’est qu’aucune présentation, pourtant érudite, des recueils de poèmes de Max Jacob, ne prend en considération le fait qu’il était peintre, et qu’il a vécu au centre de l’art moderne.

Le cornet à dés est abordé d’un point de vue strictement littéraire, la préface ne mentionne jamais le mot cubisme ou le mot peinture, or ce recueil parut en 1923 en plein essor de l’art moderne. Max Jacob fit pourtant la fréquente relation entre le cubisme pictural et le cubisme littéraire. Il disait de ses poèmes en prose du Cornet à dés : C’est quelque chose comme un tableau cubiste.

J’ai fait malgré tout du cubisme avec les photos de mes livres !
Derniers poèmes en vers et en prose est très poétique, touchant et attachant.
Pour découvrir quelques oeuvres de Max Jacob, on peut consulter les pages du musée des beaux arts de Quimper : ici.

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littérature,poésie,philosophie,Peinture @ 3:10 , octobre 21, 2014

National Gallery

Cette semaine était la semaine du goût, l’occasion de découvrir de nouveaux goûts, de nouvelles associations de mets, de redécouvrir des saveurs, les trésors de la nature et de notre cuisine … des plats simples ou sophistiqués, du terroir ou sur le comptoir de l’estaminet du bout d’la rue …

Un morceau de pain, un cerneau de noix, une gorgée de vin, pas étonnant que ce soient trois symboles christiques, leur ensemble est divin !

Ou bien un homard tout droit sorti de l’océan …

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Willem Kalf, Nature morte avec un rhyton, vers 1656, NG Londres, page du musée

Cette semaine j’ai dégusté également un nouveau film, de Frederick Wiseman, intitulé National Gallery

Un festin de trois heures qui donne vraiment le goût pour les musées !

Extrait :

La National Gallery de Londres conserve la peinture ancienne, les vieux machins, qui ne parlent plus à l’oreille ou aux yeux de beaucoup de gens aujourd’hui. Ce long documentaire nous prouve qu’au contraire la peinture ancienne nous concerne toujours, parce que l’art parle de nos vies, de la vie, la mort, la philosophie, les sciences, la religion, la nature, les sentiments, la cuisine (de Marthe et Marie par exemple) …

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    Jan Steen, Famille de paysans pendant le repas, vers 1665, NG Londres, page du musée

On ne s’ennuie pas durant ces trois heures qui font pénétrer dans la vie intime du musée, dans ses cuisines en quelque sorte, et qui nous montrent les oeuvres de manière passionnée et passionnante. Une immersion captivante, instructive, également linguistique si on regarde le film en version originale.

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    Jan Jansz. Treck Nature morte avec un pot d’étain, 1649, National Gallery Londres
    Notice du musée ici.

Face aux coulisses du musée, le public est très présent, dévoilé aussi dans ses attitudes particulières, parce que sans lui, le musée ne vit pas. Les visages, les regards, les expressions et les comportements, qui vont de la fascination devant une oeuvre à l’endormissement sur une banquette, sont toujours mis en parallèle avec les questions de conservation, organisation et gestion proprement dites au sein du temple de l’art. La queue des visiteurs sous la pluie, le champagne et petits-fours servis lors de soirées VIP, la personne scotchée sur son smartphone devant les chefs-d’oeuvre, les enfilades de salles et perspectives de murs multicolores, tout le personnel muséal à l’oeuvre, du cireur de parquet à l’historien d’art, toute cette vie grouillante dans le palais rendent le lieu universel, et l’on se dit qu’au Louvre, au Met, au Rijks, à l’Ermitage par exemple, ce serait le même film ou presque.

Les dernières minutes du film se sont posées sur les tableaux de Rembrandt, je ne pouvais pas souhaiter meilleur boutehors !

      Gustave Courbet, Nature morte aux pommes et grenade, 1871-72, NG Londres, page du musée

Cinéma&personnalités,musées,Peinture @ 10:02 , octobre 18, 2014

L’ombre de la réalité

En préface de son dernier livre (ces lignes citées en première page ont-elles un nom précis ?), Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, Patrick Modiano inscrit cette phrase de Stendhal :

Je ne puis pas donner la réalité des faits, je n’en puis présenter que l’ombre.

Je ne suis qu’au début de ma lecture, ne peux donner mon avis pour l’instant, mais un Modiano, je n’hésite pas, je prends, je déguste. Pourquoi aime-t-on Modiano ?
Eh bien je crois que je répondrais à cette question comme lui, quand on lui demande quel livre a changé sa vie.
Avec la même clarté !
Modiano, lui, ne change pas. Nobel ou pas, il s’entoure toujours de cette duveteuse confusion qui fait son charme. Mais franchement, il reste nul à l’oral !

Pour aimer Modiano, il faut aimer la brume, le crachin, la buée sur la vitre, l’heure entre chien et loup, et la gorgée de thé qui fait remonter le passé.


Patrick Modiano – Les 20 livres qui ont changé… par la-grande-librairie

Patrick Modiano garde sa part d’ombre, et, quand j’ai lu la phrase de Stendhal, j’ai pensé à ce tableau de Rembrandt, où l’artiste se tient, modeste, à distance de sa toile qui est immense et projette son ombre sur tout un pan du tableau. De la toile (ou plutôt du panneau de bois) on aperçoit la puissante tranche lumineuse, oblique, rectiligne comme paraît la réalité brute, et on observe surtout son envers assombri, plein de méandres. L’artiste peint, et la réalité de ce qu’il voit n’est-elle pas à l’envers des choses, dans leur profondeur cachée, intime ?

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    Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats. Ce que nous appelons la réalité est un certain rapport entre ces sensations et ces souvenirs qui nous entourent simultanément -
    Marcel Proust, extrait du Temps retrouvé, L’adoration perpétuelle

Dans le septième volume de la Recherche, d’une profondeur admirable, Proust analyse le métier d’artiste et d’écrivain.
Après avoir rassemblé et analysé tous ses souvenirs, le narrateur va pouvoir enfin se mettre à écrire, il a maintenant les matériaux en main pour créer son livre.
Je cite encore ce passage, quelques phrases plus loin :

    pour écrire ce livre essentiel, le seul livre vrai, un grand écrivain n’a pas, dans le sens courant, à l’inventer puisqu’il existe déjà en chacun de nous, mais à le traduire. Le devoir et la tâche d’un écrivain sont ceux d’un traducteur.

Stendhal le pressentait, Proust l’a exprimé, la réalité des faits n’est que subjective, chaque écrivain porte à la lumière une traduction personnelle de son ombre. Il me reste à lire la dernière interprétation de Modiano !

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    Camille Pissarro, La Place du Théâtre Français, 1898, LACMA Los Angeles, notice.

Ces fleurs sans espoir

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      Chrysanthèmes

      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
      Les rosiers sont morts, et les diadèmes
      Des derniers soleils
      Tombent, en pliant leurs tiges séchées,
      Dans l’herbe où les fleurs sont déjà couchées
      Pour les longs sommeils.

      Les géraniums, les phlox, les colchiques,
      Les lourds dahlias, et les véroniques,
      Et les verges d’or
      Gisent dans l’humus sous les feuilles mortes,
      En proie au hideux peuple des cloportes,
      Ouvriers de mort.

      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
      Mais l’année a mis ses grâces suprêmes
      Dans ces pâles fleurs ;
      Leur seule rosée est la fine pluie ;
      Parfois un rayon presque froid essuie
      Leur visage en pleurs.

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      Leur blancheur de cire a des teintes mauves ;
      Les rideaux fanés des vieilles alcôves
      Ont leur incarnat,
      Leur plus tendre rose est teint d’améthyste,
      Et même leur or le plus clair est triste,
      Et n’a point d’éclat.

      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
      Quel chagrin pensif, en leurs roseurs blêmes,
      De leurs froids destins !
      Quel délicat rêve en leur blancheur chaste !
      Quels nobles et fiers ennuis dans le faste
      De leurs ors éteints !

      Elles ont grandi sans pouvoir connaître
      L’ivresse d’amour qui flotte et pénètre
      Leurs sœurs de l’été,
      Quand vibre partout le vol des insectes,
      Douloureuses fleurs, calmes et correctes
      Dans l’air déserté.

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      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
      Allons en cueillir, puisque tu les aimes
      À l’égal des lis,
      Des amaryllis de larmes trempées,
      Et des sombres cœurs entourés d’épées
      De tes chers iris.

      Nous rapporterons, en tremblantes gerbes,
      Leurs troublantes fleurs, humbles ou superbes ;
      Nous en emplirons
      Le verdâtre et vieux vase de la Chine,
      Où s’enfuit sans cesse et se dissémine
      Un vol de hérons.

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      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes !
      Nous devinerons les profonds poèmes
      D’obscure douleur,
      Qui vivent au fond de ces douces âmes,
      Dont l’effort d’aimer éclate en des flammes
      Qui sont sans chaleur.

      Quand le soir hâtif emplira la chambre,
      Nous regarderons ces fleurs de Novembre,
      Ces fleurs de souci,
      Ces fleurs sans espoir, comme des emblèmes ;
      Le jardin n’a plus que des chrysanthèmes,
      Et nos cœurs aussi !

    Auguste Angellier (1848-1911), recueil Le chemin des saisons, 1903.

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Egon Schiele, trois études de chrysanthèmes, 1910, Albertina Vienne

  • chrysanthème blanc : notice
  • chrysanthème jaune : notice
  • chrysanthème rouge : notice
  • Les chrysanthèmes éclaboussent le jardin de quelques dernières couleurs, et j’aurais pu rechercher une poésie et des estampes japonaises pour ces fleurs d’origine asiatique, mais je choisis l’Europe.

    Auguste Angellier, professeur d’anglais et poète, naquit à Dunkerque, un lycée de cette ville porte son nom, mais le connaît-on ailleurs que dans le Nord ?
    Les aquarelles d’Egon Schiele me semblent bien illustrer les flammes fleurs sans chaleur, ces pleurs blêmes du jardin en déclin.

    imageproxyL’artiste autrichien a esquissé les chrysanthèmes dans une abstraction expressive. Les pétales fragiles des fleurs jaunes ou blanches traduisent le désarroi et le désordre, la tristesse confuse du jardin en automne. Le chrysanthème rouge garde encore ses forces dans ses formes rondes et compactes, mais on sent que sa tête est sur le point de fléchir sans espoir.
    Le commentaire sur la page de l’Albertina informe que ces trois études de fleurs ont servi pour un tableau, mais hélas il ne dit pas où se trouve cette oeuvre.

    Un aspect de l’art de Schiele que j’aime bien !

    littérature,poésie,philosophie,Peinture @ 6:04 , octobre 14, 2014

    Rivière

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      Henri Rivière, Etude de vague, 1892, BnF département des estampes et de la photographie, commentaire.

    Hiroshige, Hokusai … et au milieu coule Rivière.

    Le dessinateur, graveur et aquarelliste Henri Rivière (1864-1951) , comme a dit l’historien d’art Claude Roger-Marx, fit de la Bretagne comme une dépendance des archipels nippons.

    Le musée départemental breton de Quimper nous offrit cet été une belle exposition de ses lithographies et aquarelles d’inspiration bretonne conservées dans ce musée et mises en parallèle avec des lithographies de Hokusai et de Hiroshige conservées à la BnF.

    Le site du musée breton ne propose hélas aucune photo des oeuvres de Rivière, mais l’artiste fut à l’honneur en 2009 lors d’une rétrospective à la Bibliothèque nationale et la vidéo ci-dessous le présente bien :


    Ex.position Henri Rivière par BNF

    Rivière n’était pas inconnu chez Grillon du Foyer, car, il y a une bonne vingtaine d’années, j’avais décoré les toilettes avec de belles reproductions de ses paysages bretons, qui donnèrent au petit coin de vastes et poétiques perspectives !

    Cet artiste parisien découvrit la Bretagne en 1885 ( dit le catalogue), et dans ces mêmes années, il fréquentait à Paris les galeries spécialisées en art asiatique. La Bretagne et le Japon devinrent les deux pôles principaux de son oeuvre.

    En 1902, un marchand japonais tenant une galerie à Paris lui commanda la décoration de la salle-à-manger de la maison qu’il se faisait construire à Tokyo, et Rivière se fit payer en nature en choisissant dans le magasin de son commanditaire tout ce qui lui plaisait : estampes, laques, poteries, livres, objets d’art …
    Henri Rivière compta alors 749 estampes japonaises dans sa collection.
    Cette collection est entrée à la BnF en 2006.
    En comparaison, la collection de Monet ne comportait « que » 231 estampes, celle de Van Gogh 477, et celle de Rodin 288.

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    J’aurais dû parler de l’exposition quimpéroise bien plus tôt, mais je n’avais pas eu le temps de me plonger dans la poésie classique japonaise. L’expo donnait à lire quelques extraits de poèmes japonais, et c’est toujours captivant de se laisser entraîner vers de nouvelles lectures.

    Les beaux paysages crépusculaires de Rivière n’ont pas seulement adopté le graphisme du Japon mais aussi son art poétique, son amour de la nature rythmée par les saisons. J’ai acheté au musée un lot de marque-pages de Rivière qui agrémentent bien mon Gallimard !
    La poésie japonaise classique est très ancienne, remonte à des siècles qui, en Europe, n’ont rien laissé à notre connaissance.

        A quoi comparer
        Notre vie en ce monde ?
        A la barque partie
        De bon matin
        Et qui ne laisse pas de sillage.

        Le moine Manzei, début du VIIIème siècle.

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    littérature,poésie,philosophie,Peinture @ 10:38 , octobre 11, 2014

    Chaste châtaigne

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      Maurice De Vlaminck, Châtaigniers à Chatou, musée d’art moderne Troyes, notice.

    Je ne connaissais la Provence que par les grenadiers, les orangers et les jasmins ; voilà comme on nous la dépeint. Pour nous, ce sont des châtaignes qui font notre ornement ; j’en avais l’autre jour trois ou quatre paniers autour de moi. J’en fis bouillir, j’en fis rôtir, j’en mis dans ma poche. On en sert dans les plats, on marche dessus ; c’est la Bretagne dans son triomphe.

    Madame de Sévigné, lettre à madame de Grignan, Aux Rochers dimanche 11 octobre 1671.

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      Jules René Lalique, Etude d’un fruit de châtaignier, musée d’Orsay,notice.

    La Bretagne a en effet le triomphe piquant en automne ! Les rues et chemins se tapissent de coussins vert tendre, le dernier vert clair de l’année, un vert tilleul, frais, printanier. Après lui ne resplendiront plus que les verts sombres et persistants du houx, du sapin, verts de Noël. Le vert lumineux des bogues de châtaignes est vif et piquant comme les premiers froids matinaux de la saison.

    Bogue, le mot vient justement du breton, bolc’h, qui désigne la cosse de lin.

    Ce vert tilleul se fend lentement pour laisser apparaître le brun charmant et automnal.

    Que devine-ton dans l’échancrure ?
    Chaste et pure … la châtaigne.

    Dans la culture chrétienne, selon le livre La nature et ses symboles des éditions Hazan, la châtaigne évoque Jésus Christ lors de sa Passion, avec sa couronne d’épines. Ce fruit renvoie aussi à la Vierge Marie et à l’Immaculée Conception. La châtaigne naît au milieu des épines sans être égratignée, comme Marie naît indemne du péché originel malgré ce qui l’environne.
    Le nom latin de la châtaigne est castanea qui contient la racine de castus , pur et chaste, mais apparemment sans vrai lien étymologique.

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      John F.Francis, Nature morte aux pommes jaunes, 1858, DIA Detroit, notice

    La secrète châtaigne reste chaste et pure jusqu’au moment où sa bogue est écrasée par une voiture !
    En ce moment les roues écrasent des milliers de châtaignes dans un son mat et sourd, transformant les chaussées en vieux paillassons, et je crains pour mes pneus de vélo.

    La nature est étrange. Au milieu d’un désordre de piquants où s’enchevêtrent toutes sortes de débris végétaux, de luisantes châtaignes s’emboîtent dans une géométrie parfaite. Elles sont bien protégées, et, fait étrange encore, l’automobile, particulièrement contre-nature, fait la joie des oiseaux, des pigeons surtout. Ils trouvent sur la route la chair éclatée des châtaignes et n’ont qu’à baisser le bec pour la déguster. Ces pigeons dodus, engraissés aux marrons, sont si accaparés par leur festin qu’ils se laisseraient facilement écraser eux aussi, si les freins ne ralentissaient pas les roues. Ils s’écartent alors d’un vol nonchalant, empesé par la digestion.
    Le bel automne !

        Henri Delaporte, Le panier d’oeufs, 1788, musée du Louvre, notice

    J’ai longtemps cru que le bogue au masculin découlait de la bogue au féminin. Je pensais qu’un bogue informatique était à l’image d’une boule emmêlée de piquants, comme une pelote d’épingles, qui bloque tout dans le système. Comme si l’ordinateur se mettait en boule à la manière du hérisson et ne voulait plus travailler !

    Le bogue est le mot francisé pour bug qui en anglais veut dire cafard, punaise.
    Le bug informatique est né aux Etats Unis, les anomalies de fonctionnement étaient dues aux insectes qui pénétraient dans les premiers ordinateurs pour chercher la chaleur. Les lampes faisaient chauffer les engins et les petites bêtes causaient des perturbations.
    Punaises, ce temps a bien changé !

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      Pierre Roy, L’été de la Saint Michel, 1932, Centre Pompidou Paris, notice.

    Une verve trop verte

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      Claude Monet, Camille, 1866, Kunsthalle Bremen, page du musée

      (Le site du musée ne donne pas de permalien pour le tableau, taper « Monet » dans la case de recherche et clic sur « suchen »)

    La couleur verte toujours …
    écoutons un peu ce que pense monsieur de Charlus de madame de Saint-Euverte :

    Croyez-vous que cet impertinent jeune homme, dit-il en me désignant à Mme de Surgis, vient de me demander, sans le moindre souci qu’on doit avoir de cacher ces sortes de besoins, si j’allais chez Mme de Saint-Euverte, c’est-à-dire, je pense, si j’avais la colique. Je tâcherais en tout cas de m’en soulager dans un endroit plus confortable que chez une personne qui, si j’ai bonne mémoire, célébrait son centenaire quand je commençai à aller dans le monde, c’est-à-dire pas chez elle. Et pourtant, qui plus qu’elle serait intéressante à entendre ? Que de souvenirs historiques, vus et vécus du temps du Premier Empire et de la Restauration, que d’histoires intimes aussi qui n’avaient certainement rien de « Saint », mais devaient être très « Vertes », si l’on en croit la cuisse restée légère de la vénérable gambadeuse !

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    Ce qui m’empêcherait de l’interroger sur ces époques passionnantes, c’est la sensibilité de mon appareil olfactif. La proximité de la dame suffit. Je me dis tout d’un coup : « Oh ! mon Dieu, on a crevé ma fosse d’aisances », c’est simplement la marquise qui, dans quelque but d’invitation, vient d’ouvrir la bouche. Et vous comprenez que si j’avais le malheur d’aller chez elle, la fosse d’aisances se multiplierait en un formidable tonneau de vidange. Elle porte pourtant un nom mystique qui me fait toujours penser avec jubilation, quoiqu’elle ait passé depuis longtemps la date de son jubilé, à ce stupide vers dit « déliquescent » : « Ah ! verte, combien verte était mon âme ce jour-là… » Mais il me faut une plus propre verdure. On me dit que l’infatigable marcheuse donne des « garden-parties », moi j’appellerais ça « des invites à se promener dans les égouts ».

    Marcel Proust, extrait de Sodome et Gomorrhe, première partie

    Tableau au milieu du texte : Paul Cézanne, Pommes vertes, vers 1873, musée d’Orsay, notice

      Ingres, Comtesse de Tournon, 1812, Museum of Art Philadelphie, notice

    Monsieur de Charlus a dû manger des pommes vertes qui lui ont causé une dyspepsie verbale. Son discours met le lecteur aussi mal à l’aise que ses auditeurs, d’ailleurs madame de Saint-Euverte se trouvait non loin de lui dans le salon ce soir-là. Cet homme, chez qui l’insolence est une seconde nature, venait précisément de féliciter la culture et la bonne éducation de jeunes gens qui lui furent présentés. Mais lui-même se montre odieux, méchant, horriblement médisant.
    Madame de Saint-Euverte possède un salon couru par le tout-Paris, on dirait par exemple aujourd’hui qu’elle gère un site influent, générant un nombre considérable de clics crevant le plafond de google analytics et s’attirant toutes les convoitises.

        Kees van Dongen, Femme au chapeau noir, 1908, Ermitage Saint Pétersbourg, notice

    Proust joue sur la couleur verte contenue dans le nom de Saint-Euverte, alors que le nom rival, Guermantes, rimant avec amarante, met en scène le rouge (la scène des souliers rouges de la duchesse représente aussi un cinglant pamphlet contre la noblesse). Rarement un passage de la Recherche n’est aussi cru, violent, dérangeant, et il s’adresse à la grande bourgeoise. Ceux qui n’ont pas lu Proust jugent l’écrivain épouvantablement snob, et pourtant celui-ci n’accorde à « la haute » aucune complaisance.

    Que la verdeur de ce langage n’empêche pas d’apprécier les robes vertes de la peinture !

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      John White Alexander, Miss Helen Manice, 1895, musée de Brooklyn, notice

    couleurs,Marcel Proust @ 2:09 , octobre 6, 2014

    Le vert été

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        Der grüne Sommer ist so leise
        Geworden, dein kristallenes Antlitz.
        Am Abendweiher starben die Blumen,
        Ein erschrockener Amselruf.

        Le vert été est devenu
        D’un tel silence, ton visage de cristal.
        Près de l’étang du soir moururent les fleurs,
        Un appel effrayé de merle.

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        Vergebliche Hoffnung des Lebens.
        Schon rüstet Zur Reise sich die Schwalbe im Haus
        Und die Sonne versinkt am Hügel;
        Schon winkt zur Sternenreise die Nacht.

        Vain espoir de vie. Déjà s’apprête
        Au voyage l’hirondelle dans la maison
        Et le soleil sombre au flanc de la colline ;
        Déjà la nuit s’invite au voyage des astres.

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        Stille der Dörfer; es tönen rings
        Die verlassenen Wälder. Herz,
        Neige dich nun liebender
        Über die ruhige Schläferin.

        Silence des villages ; sonores alentour
        Les forêts délaissées. Coeur,
        Penche-toi alors plus aimant
        Sur la dormeuse paisible.

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        Der grüne Sommer ist so leise
        Geworden und es läutet der Schritt
        Des Fremdlings durch die silberne Nacht.
        Gedichte ein blaues Wild seines Pfads,

        Des Wohllauts seiner geistlichen Jahre!

        Le vert été est devenu
        D’un tel silence, et sonne le pas
        De l’étranger à travers la nuit d’argent.
        Puisse un gibier bleu se souvenir de sa sente,

        De l’harmonie de ses années mystiques !

        Georg Trakl, Sommersneige / Déclin de l’été, mars 1914, recueil Sébastien en rêve.

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    L’automne tarde à chasser le vert été. Le vert persévère.
    L’Aven à l’endroit, l’Aven à l’envers, ses tons verts à mes yeux se sont découverts.
    La rivière, qui descend de Pont-Aven vers la mer, et qu’on sillonne en croisière, m’a surprise par ses verts si divers.

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    Pour accompagner cette ode à l’émeraude, il fallait des vers, et j’ai trouvé ce poème de Georg Trakl qui me semble d’une interprétation difficile. J’ai trouvé une traduction, par Marc Petit et J.C. Schneider, dans le Poésie/Gallimard que je présentais ici.

    La nature serait-elle la dormeuse paisible ? Quels sont cet étranger qui marche et ce gibier, animal sauvage et bleu, qui doit se souvenir du chemin du marcheur et de ses années spirituelles ou mystiques ? Le bleu est dans la poésie allemande, depuis Novalis, la couleur de la pureté originelle, la couleur divine. L’homme, qui a marché tout l’été, au déclin du jour, de la saison, de sa vie, devrait se souvenir de l’animal sauvage, pur, bleu, qu’il fut à sa naissance et pendant ses réflexions spirituelles …
    Je laisse à chacun ouvertes les compréhensions possibles !

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    Bref, que ces vers ne donnent pas le vertige !
    Le bateau glisse sur la palette ondoyante de verts profonds, acides, opaques ou limpides. Vert amande des mimosas, vert de vessie des lichens, vert laitue des algues, vert tapageur des pelouses, vert impérial des sapins, vert de gris des granits, vert laqué des coques, verts d’une poésie picturale enchanteresse.
    Je croyais ne pas aimer le vert, mais l’Aven en habit vert est si apaisant !

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    Xavier Grall

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      Paul Gauguin, Portrait de l’artiste au Christ jaune, 1890-1891, musée d’Orsay, notice et commentaire

      La plainte du Christ jaune

      Des vers dans les yeux, des araignées
      dans les plaies
      Hommes oublieux, que je jaunisse
      et agonise
      J’entends vos ingrats kénavos
      à Trémalo

      Mon bon larron fut Paul Gauguin
      génial voyou
      Il sut peindre mes sanglots mon chagrin
      Pauvre fou

      A présent j’entends Paul Verlaine
      Il prendra ma vieille peine
      car il m’aima dans son cachot

      Xavier Grall, recueil Rires et pleurs de l’Aven, 1978.

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    La photo ci-dessus montre le monument dédié à Xavier Grall (1930-1981) à Pont-Aven, au bord de l’eau. La très jolie promenade au bord de l’Aven, faisant découvrir d’anciens moulins de Pont-Aven, porte le nom du poète, Xavier Grall, qui habita là tout près, à Nizon, à la fin de sa (courte) vie.

    En parlant du Christ jaune de Trémalo peint par Gauguin et conservé à Buffalo (revoir ici), j’aurais dû aussi évoquer ce poème de Xavier Grall, mais je l’avais oublié. Poursuivant ma promenade en poésie bretonne, aussi riche que la peinture de même inspiration, je viens seulement de relire ce beau poème au Christ jaune.

    On revoit Xavier Grall dans l’émission de Bernard Pivot, Apostrophes, en 1977. Son livre Le cheval couché venait de paraître, pamphlet contre Le cheval d’Orgueil de Per Jakez Hélias. Grall reprochait à Hélias de montrer une Bretagne nostalgique, passéiste, limitée à la Bigoudénie folklorique, alors que lui voulait au contraire défendre une Bretagne authentique mais évoluée, allant de l’avant tout en affirmant son identité.
    Finalement Grall et Hélias se réconcilièrent.

    Grall était journaliste collaborant au Monde et à divers magazines chrétiens, la beauté de son pays l’exaltait, au point de le rendre fou comme il disait, et sa poésie chante la Bretagne, le vent, la pluie, la mer, les calvaires et les gens les plus simples d’une façon parfois hallucinée, déchirée, mais souvent très belle, puissante et imagée.

    De sa poésie semble sortir une couleur dominante, précisément le jaune. Le jaune soleil, ardent, incandescent, le jaune des blés et tournesols de Vincent van Gogh, le jaune luisant de Gauguin, le jaune souffre d’une saison en enfer, le jaune d’or de l’hydromel.

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      Paul Gauguin, Les lavandières à Pont-Aven, 1886, notice

    Dans la ria de l’Aven, d’énormes rochers, nommés « les chaos », forment des obstacles et provoquent des accélérations de l’eau, qui ont favorisé l’installation de nombreux moulins dans le village de Pont-Aven. Moulins à papier, à farine, et quand on sait l’abondance du beurre dans la région, la fabrication des galettes allait de soi !

    Gauguin a peint, dans le tableau ci-dessus, le moulin de Ty Meur lors de son premier séjour à Pont-Aven en 1886.

    Puis il voyagea, aux Antilles, en Polynésie, et il revint en Bretagne en 1894, il a peint à Pont-Aven cet autre moulin ci-dessous, le moulin David , avec les couleurs qui l’ont tant inspiré dans les îles lointaines et avec un regard différent, plus intellectuel, posé sur son art. Son nouveau style se détache de la réalité, recrée, entre en poésie.
    La poésie n’est-elle pas, selon son étymologie, création ?
    Gauguin fit évoluer la peinture bretonne qui n’avait rien d’un cheval couché !

    Si, pour Gauguin, la Polynésie fut une révélation, pour Xavier Grall ce fut Rimbaud. Encore des couleurs vives et des voyages. Il lui consacra un ouvrage Arthur Rimbaud ou la marche au soleil, et il écrivit une pièce de théâtre dramatique intitulée La Rimb ayant pour sujet la mère du poète, Vitalie.

    Est-ce la magie de l’Aven ? J’ai l’impression en lisant les poèmes de Xavier Grall de contempler les tons francs pleins de résonance de Gauguin.

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    littérature,poésie,philosophie,télévision @ 9:21 , septembre 30, 2014

    Sous un sol de samares

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        Apprendre à dire feuille après feuille
        Frênes et lilas
        Aussi les chants de l’automne
        Et les mauves qui ne fanent pas
        La borne souffrante d’une croix
        Près de la lente allée verte
        Où s’écrie l’école

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        La voix de l’enfance
        Jamais ne se couvre de poussière
        L’ombre des platanes
        Dévoile sous un sol de samares
        Un pays de neige sans blessure
        Aux lisières des étoiles
        Et des feuillaisons du temps.

        Jean-Pierre Boulic, recueil Patiente variation (à l’orée du silence) , éd. La Part Commune, 2010.

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    L’automne radieux invite à la poésie, la poésie bretonne en particulier, aussi riche et variée que le pays qui l’encadre. Ce recueil de Jean-Pierre Boulic, poète du Finistère, offre, comme ceux de Gilles Baudry, des moments de ravissement.

    J’avais évoqué un autre livre de ce poète ici.

    Patiente variation (à l’orée du silence) , le titre le suggère avec des parenthèses, ces poèmes esquissent par touches délicates la présence, et aussi l’absence, des êtres dialoguant avec la nature sur un chemin teinté d’une pudique foi religieuse. Les mots sont émouvants.

    samare

    J’ai choisi ce poème (le choix est toujours très difficile quand tout le recueil est beau) pour un mot.
    Un mot précis que je cherchais depuis longtemps !
    Samare
    Ce n’est pas le grand magasin au Pont Neuf à Paris. La samare est la graine de l’orme, de l’érable ou du frêne, qui tombe de l’arbre en tourbillonnant. Elle est munie de deux ailettes qui lui permettent de voler, de partir à l’aventure, d’aller ensemencer les contrées voisines. Nature intelligente !

    Je cherchais le mot de ce végétal facétieux, soupçonnais bien que cette graine aussi bien équipée avait un nom. Le poète me l’a donné !

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