Sacrebleu

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Le troisième lundi de janvier serait officiellement le jour le plus déprimant de l’année, le blue monday. Un lundi plein d’idées bleues, ou noires …

parce que c’est lundi, parce que c’est janvier, gris, froid, parce que les fêtes enfuies nous laissent ratissés, fatigués, grippés, déprimés.

Sacrebleu, comme s’il fallait nous rappeler de ne pas oublier de broyer du noir ce jour-là !

Heureusement, le Mauritshuis de La Haye propose une version réconfortante et florale du lundi bleu !

bleu comme les iris, les centaurées, les jacinthes, les delphiniums, les nigelles de Damas, les ipomées, les volubilis, les myosotis, les ancolies …

Un autre musée nous plonge dans le bleu ce mois-ci : Sacrebleu au musée des beaux arts d’Arras, avec une belle exposition qui décline le bleu dans les arts du moyen-âge à nos jours.
Présentation ici.

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      Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, musée d’Opale Sud Berck sur Mer, notice et commentaire.

L’attente en tablier bleu se fait à l’heure bleue, nom de l’heure suspendue entre chien et loup, entre le jour et la nuit, quand le bleu du ciel se fait plus sombre, ce n’est plus le bleu céleste et pas encore le bleu nuit. Un bleu confus, mélancolique, qui traduit l’anxiété. Le bleu vague, le bleu à l’âme.
Angoisse de l’attente, les marins reviendront-ils sains et saufs ?
Magnifique tableau.

A la maison au crépuscule, ou au dilucule, la modeste barrière est bleue, d’un bleu plus serein.

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      Henri Duhem, Maison avec barrière bleue, 1906, musée de la Chartreuse Douai, notice.

L’école forestière

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      La rue de l’école

tout en haut de la colline, au coeur de la forêt.

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      Voilà l’école !

Pas de portail
Pas de passage piéton …

mon petit-fils de trois ans court présenter son école maternelle à sa cousine.

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      Waldkindergarten

c’est à dire  » Ecole maternelle forestière ».

Cette école s’appelle « La grotte des voleurs » !

Aucune clôture.
C’est une école forestière, pas buissonnière.

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      Le bâtiment administratif

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      La cour de récréation

avec les bancs, qui sont des troncs d’arbre.

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      La cantine

Tous les repas sont pris dehors, même sous la pluie ou la neige.
Chaque élève apporte son repas chaud et sa boisson en thermos.

Les horaires : 7H30 – 13H30

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      Salle d’étude

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      Les toilettes

Le grand arbre s’appelle le Pipibaum, c’est l’arbre contre lequel s’appuient les garçons pour faire pipi. Les filles ont un coin abrité de branchages sur la droite, et la chaise percée sert à la grosse commission.

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      Salle de sport

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      Petite salle de repos ou de documentation, je ne sais plus …

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      Le tronc commun des travaux pratiques

Les élèves peuvent travailler avec leurs outils sur cette souche comme ils en ont envie, ils ne doivent pas s’attaquer à des arbres vivants.

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      Le terrain d’entraînement

Les élèves jouent sur cette butte avec d’autres outils, ils creusent, binent, rabotent, ratissent, ils ne doivent pas creuser ailleurs afin de ne pas rendre le sol dangereux sous les pas.

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      Projet pédagogique : Le chemin calendrier de l’Avent

Chaque jour de décembre, les élèves ont fabriqué et décoré une case avec des éléments naturels, car tout le matériel employé provient de la nature environnante.
Chaque case est une étape vers la crèche, vers Noël.
Cette école n’est pas catholique ou privée, mais communale.

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      La crèche

L’étoile étant céleste et exceptionnelle, elle peut être en papier doré !

Les enfants sont bien couverts par temps froid et protégés de la pluie par une combinaison imperméable.
Mais à la sortie de l’école ils sont tous de la même couleur, boueux comme des sangliers !

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      La mascotte de l’école

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      Le bureau de la directrice

Si un enfant est patraque, il peut s’abriter dans la « Hütte », la cabane de la maîtresse, mais sinon, les élèves restent dehors pendant tout le temps scolaire, et par tous les climats.
Le nombre d’inscrits est au maximum vingt, enfants âgés de trois à six ans.
Cette année la majorité des élèves a trois ou quatre ans.

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Cette école sans aucune barrière, ni porte, ni eau courante, ni électricité, est étonnante, n’est-ce pas ? Inimaginable en France !

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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Un cygne d’autrefois se souvient

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      Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
      Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
      Ce lac dur oublié que hante sous le givre
      Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

      Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
      Magnifique mais qui sans espoir se délivre
      Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
      Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

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      Tout son col secouera cette blanche agonie
      Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
      Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

      Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
      Il s'immobilise au songe froid de mépris
      Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.

      Stéphane Mallarmé

Ce n’est pas un lac d’eau douce et glacée sur la photo, c’est un bras de mer que je contemplais dans la grisaille de décembre, un peu avant Noël. Le vent avait soufflé les dernières feuilles des arbres sur l’eau sombre, la constellant de points roux égayant un peu le cygne songeur.
Mes photos m’ont paru si banales que je voulais les supprimer, mais Noël est arrivé …

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Mon cher mari m’a offert un livre somptueux dont j’ose à peine parler tant il est précieux, extraordinaire, presque inaccessible.
Il mesure quarante centimètres de hauteur et pèse quatre kilos !

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imgp8651 Il s’agit d’un fac-similé et de la transcription en clair des premières épreuves corrigées de Un amour de Swann de Marcel Proust, livre publié en 1913.

En ouvrant cet immense ouvrage, que nos genoux seuls ne suffisent pas à soutenir, nous découvrons les belles gardes colorées, décorées d’un motif de tissu qui m’a aussitôt fait penser à la robe de madame Moitessier, que j’avais admirée à l’exposition du musée d’Orsay le 20 décembre.

Ce livre me replonge dans la belle exposition, par un effet de temps muséal retrouvé à travers l’image et le texte.

Motif du Second Empire bien inspiré, car Swann a vécu son amour avec Odette sous le règne de Napoléon III. On suppose que le narrateur de À la recherche du temps perdu est né en 1871 comme Proust, et Un amour de Swann rappelle le moment où Charles rencontre Odette, donc avant la naissance du narrateur. Mais dans la Recherche la chronologie est toujours floue.

Chaque page du livre est double, repliée, d’un coté se trouve le placard d’origine avec ses ratures, ses corrections, ses paperoles écrites de la main de Proust, et en face se trouve transcrit de façon lisible tout ce texte surajouté, annoté, biffé…

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Du temps, il va m’en falloir beaucoup pour tout relire d’un Amour de Swann.
Pour l’instant j’ai lu l’introduction de ce bel ouvrage, préface écrite par Charles Méla.
À elle seule elle vaut la peine d’ouvrir ce livre, car elle est merveilleusement élogieuse, poétique et instructive.
Elle rappelle que le nom de Charles Swann veut dire cygne bien sûr, la métaphore est ample et profonde.

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Amoureux, Swann se hâte souvent de quitter le dîner des Verdurin pour retrouver Odette dans l’île des Cygnes, sur le grand lac du Bois de Boulogne. Cette île des cygnes est l’un des signes de leur amour.

Le cygne est évoqué chaque fois qu’un être mortel, homme ou femme, a rêvé d’une union féérique.
Le narrateur aime par dessus tout Wagner, Lohengrin, Tannhaüser, et Lohengrin est tiré des vieilles légendes germaniques du Chevalier au Cygne.
Lohengrin, apparaissant dans une nacelle tirée sur le lac par un cygne, doit, à la fin de l’opéra, se séparer de son amour, Elsa.

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Le cygne symbolise l’illusion de l’amour, l’amour malheureux.
Dans la Recherche il n’y a pas d’amour heureux, et le cygne revient plusieurs fois, sous forme de nom, de poème, d’image érotique.
Le narrateur avait offert un yacht à son amie Albertine, et celle-ci voulait l’appeler Le cygne. Elle n’aura pas l’occasion de naviguer sur lui, elle meurt accidentellement.
Le narrateur lui avait écrit qu’il allait faire graver sur le bateau les vers du poème de Mallarmé qu’elle aimait tant : un cygne d’autrefois se souvient
Dans Albertine disparue, toute la strophe est reportée.

Ce sonnet de Mallarmé entre en résonance avec tout le roman de Proust.
Souvenirs, regrets d’une vie, travaux inachevés, rêves inaboutis, envols interrompus, tel le cygne pris dans le lac gelé de son ennui.

Ce cher Swann, que j’ai pu voir à l’expo du musée d’Orsay dans le grand tableau de James Tissot
(revoir ici), n’a pas fini d’occuper mes pensées avec ce livre majestueux.

L’invention de la margarine

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      Alfred Stevens, Rentrée du bal, Château de Compiègne, notice

Rentrée de l’exposition Spectaculaire Second Empire se tenant actuellement au musée d’Orsay, je profite de cette visite éblouissante pour évoquer l’oeuvre de Napoléon III.

Charles-Louis-Napoléon est aussi méconnu que mal-aimé (les deux vont souvent ensemble!).

Louis XIV a finalement résumé à lui seul le XVIIème siècle, il faut dire que son règne fut très long.
De même, le Second Empire résume pratiquement à lui seul le XIXème siècle et il a duré une vingtaine d’années.
Ces années du Second Empire, marquées par une croissance économique inédite, peuvent être comparées aux Trente Glorieuses du XXème siècle (1950-1980).

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    Jean-Léon Gérôme, Portrait de la baronne Nathaniel de Rothschild, 1866, musée d’Orsay, notice

La mauvaise réputation de Louis-Napoléon tient au fait qu’il est sacré empereur par un coup d’Etat et qu’il a chuté dans le désastre de Sedan. Victor Hugo, son irréductible ennemi, a scellé la haine contre Napoléon le Petit, et Zola dans les Rougon-Macquart a largement dénoncé la société orgiaque sous le régime impérial.
Malgré tout, Emile Zola a fini par reconnaître tous les bienfaits du Second Empire et la bonté de Louis-Napoléon.

Prodigieux développement industriel et bancaire du pays.
Création du réseau ferré, transformation de Paris et des grandes villes françaises : aménagement du territoire visionnaire.
Dans cette révolution industrielle, on l’a oublié, Napoléon III eut pour obsession le bien-être de la classe ouvrière, et il dut souvent se battre contre la bourgeoisie et le clergé pour réaliser ce progrès social.

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Louis-Napoléon restaure le suffrage universel.
Victor Duruy, avant Jules Ferry, crée en 1863 l’instruction primaire gratuite et obligatoire.
L’enseignement secondaire s’ouvre aux filles, ainsi que la Sorbonne.

Louis-Napoléon a l’idée des restaurants du coeur plus d’un siècle avant Coluche, il verse en 1856 au préfet de la Seine 100 000 francs afin que soient installés des fourneaux économiques qui distribueront, selon André Castelot, 1 244 656 rations en l’espace d’un mois.

Il imagine une caisse de compensation pour limiter la variation du prix du pain.
Il demande au chimiste Mège-Mouriès d’inventer une matière grasse culinaire moins coûteuse que le beurre et ainsi apparaît la margarine.

Il crée un corps d’aumôniers qui dispensent gratuitement les dernières prières aux pauvres sur le point de mourir.
Il crée un service d’aide à domicile pour les ouvriers malades ou blessés.
Il crée une société de charité maternelle pour les femmes et des orphelinats.
Il subventionne la création de HLM et les cités ouvrières.

Il réforme la justice avec des peines moins lourdes, des conditions d’incarcération améliorées, aménage l’assistance judiciaire, et crée le recours gracieux.
Il prévoit la création d’une Caisse des invalides, et celle de l’assurance vieillesse.
Il reconnaît le droit de grève, accorde aux ouvriers la liberté de créer des chambres syndicales.

Il fait rayer du Code Civil l’article en vertu duquel la déclaration du patron, même sans preuve, l’emportait par principe sur celle de son ouvrier. Il place ainsi le patron et son employé sur un pied d’égalité.
Il crée en 1853 le Conseil des Prud’hommes.

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La biographie très documentée de Louis Napoléon Le Grand rédigée par Philippe Séguin permet de mieux connaître cette période contrastée, très importante de l’histoire de France car elle a conçu le cadre dans lequel notre société s’inscrit encore aujourd’hui.

Sur le plan des arts Napoléon III demande que soit créé le Salon des Refusés, car la sélection pour le salon annuel est injuste et ne favorise pas les jeunes artistes.

Voici ci-dessous la présentation de ce salon des artistes, dont on a une belle idée en visitant l’exposition.
Exposition spectaculaire et fabuleuse qui présente le goût pour la fête, pour l’opulence, pour l’exotisme, de cette époque en pleine transformation, qui a fait cascader, cascader la vertu, et qui aurait pu s’approprier déjà le terme trop que nous utilisons aujourd’hui en toutes occasions et beaucoup trop !

Bonne année !

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La pendule à l’envers
Les heures à rebours
Si c’était à refaire
Le voyage vers Strasbourg
et le Baden-Würtemberg !

Voilà que je fais des vers !
Toute famille Grillon s’est réunie en Allemagne pour les fêtes de Noël.

Courte étape au musée d’Orsay pour visiter l’immense exposition consacrée au Second Empire.
Quel faste, lustre grandiose !
Napoléon III réhabilité.
Je n’en ai pas de photos bien sûr, mais j’y reviendrai plus tard.

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À propos de photo, celle-ci est de nouveau autorisée au musée d’Orsay ! C’est heureux, cette autorisation retrouvée me donne envie de revenir dans ce si beau musée.
Mon passage le 20 décembre y fut trop rapide, brève visite de cette ancienne gare entre deux gares !
Nous avons eu le temps de visiter l’autre exposition du musée : Bazille, la jeunesse de l’impressionnisme.

Et là, oh surprise, la photographie de certains tableaux de musées étrangers était permise !
J’ai eu le grand plaisir de prendre en photo un dé pour ma collection virtuelle !

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P.A. Renoir, Lise cousant, vers 1867-68, DMA Dallas, notice et commentaire.

Après Paris, nous nous sommes arrêtés à Strasbourg, pour deux jours dans la magie de Noël.

Ensuite nous avons repris le TGV ou l’ICE pour Stuttgart.
Nous avons vécu un beau Noël dans la campagne souabe.
L’un de mes plus émouvants souvenirs de ce séjour est d’avoir chanté en allemand de nombreux Lieder pour la messe de Noël dans l’église à Tübingen. Après avoir admiré les froufous du second Empire, j’ai chanté le chant des bergers, qui entonnent des bin ich froh ! froh, froh, froh ! froh, froh, froh !
( le chant peut s’entendre ici)

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Grillon du Foyer souhaite à tous ses amis fidèles ou de passage une bonne année 2017, avec chaque jour un dé de bonheur, un dé de lumière, un dé de calme, un dé de tendresse, un dé d’ivresse !

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Joyeuses fêtes

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L’atelier de couture de Grillon va fermer sa porte jusqu’à l’année prochaine.
Trois bonnets de Noël
Six pulls tricotés
Trois robes de princesses
Un tas de bricoles …
Les doigts de Grillon n’ont pas cessé depuis deux mois.

Dans l’urgence je termine la troisième robe de princesse pour une de mes petites-filles, voici les deux autres, que j’ai créées dans un bonheur effervescent !

J’éprouvais une joie proche de celle de Cosette.

imgp7960 La poupée est un des plus impérieux besoins et en même temps un des plus charmants instincts de l’enfance féminine. Soigner, vêtir, parer, habiller, déshabiller, enseigner, un peu gronder, bercer, dorloter, endormir, se figurer que quelque chose est quelqu’un, tout l’avenir de la femme est là. Tout en rêvant et tout en jasant, tout en faisant de petits trousseaux et de petites layettes, tout en cousant de petites robes, de petits corsages et de petites brassières, l’enfant devient jeune fille, la jeune fille devient grande fille, la grande fille devient femme. Le premier enfant continue la dernière poupée.

Victor Hugo, Les Misérables.

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Vision aujourd’hui bien dépassée de la condition féminine,
néanmoins je dirai que la petite-fille, avec un trait d’union, fait la grand-mère, et que la couture renvoie cette dernière en enfance.
J’ose à peine dire que j’ai rassemblé deux-cent-cinquante poupées,
avec elles c’est Noël toute l’année …

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imgp8007 Dans le Bouquin de Noël dont j’ai parlé ici , on peut lire un très joli conte de G. Lenôtre (1855-1935) mettant en scène une poupée.

L’histoire se passe pendant la Terreur, à Ploubalay près de Saint Malo, en 1793. Des aristocrates se sont sauvés en Angleterre, laissant à Ploubalay leur enfant, une petite fille de huit ans qu’une paysanne héberge dans son grenier.
Les « bleus » républicains sont redoutables, ils arrêtent et exécutent tout émigré qui revient en France.
La petite fille, prénommée Solange, ne doit pas révéler qu’elle est aristocrate, elle vit très durement la séparation d’avec ses parents et sa condition très pauvre. A Ploubalay, comme ailleurs en France, les églises sont fermées, on ne fête plus Noël.

Pendant la nuit de Noël, la petite-fille rêve que son papa est venu la voir et l’a embrassée. C’était bien un rêve, il n’est pas là à son réveil.
Mais que trouve-t-elle dans son sabot ?
Une poupée, debout, dans la splendeur d’une robe de soie verte.
Elle n’en croit pas ses yeux, elle l’appelle Yvonne.

Le sergent républicain l’aperçoit avec sa poupée, lui demande d’où elle tient cette merveille, elle répond que c’est le petit Jésus qui la lui a donnée.
Le Jacobin examine le jouet et constate que c’est une poupée anglaise. Il devine que le père de l’enfant est revenu. Il ordonne une fouille de la maison où habite Solange.
La petite-fille comprend alors qu’elle n’avait pas rêvé …

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Le sergent est alsacien, lui-même a dû quitter sa famille pour être envoyé en Bretagne. La petite Solange lui demande s’il est papa, il lui répond qu’il a une fille de son âge, Odile. Alors Solange le supplie d’accepter sa poupée qu’elle donne à Odile en échange de laisser son père tranquille.
Le sergent est touché et ne poursuit pas les recherches, il emporte la poupée et retourne un peu plus tard chez lui en Alsace.

Plus d’un demi-siècle a passé, Solange et Odile se sont retrouvées, Odile est venue vivre chez la marquise Solange à Ploubalay, elles conservent pieusement la poupée dans l’armoire, elle la ressortent à chaque veillée de Noël, cette petite milady de porcelaine dans sa vieille robe fanée de soie verte, qui a scellé leur longue amitié.

Joyeux Noël et à l’année prochaine !

L’oeuvre fut publiée en 1911 dans le recueil Légendes de Noël.

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P S du 19 décembre : la troisième robe est terminée !

La solitude d’un chêne

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Au coeur d’une forêt de chênes, de hêtres, de châtaigniers, d’alisiers (mes préférés), de frênes, de trembles, de robiniers faux-acacias, d’érables champêtres, de poiriers et de pommiers sauvages, de merisiers et d’aubépines et d’une dizaine d’autres essences sommes-nous plongés en lisant le livre de

      Jérôme Chantreau, Avant que naisse la forêt (éd. Les escales)

Ce livre mériterait le prix du style (décerné par qui ?).

L’écriture sensuelle nous gonfle les poumons du parfum frais, ruisselant, de la forêt du matin qui se fait femme fontaine.
Au crépuscule, le silence de la forêt est une prière panthéiste.
Les bois profonds s’entourent de mystère, il y a un ermite, des légendes, et puis une maison au coeur de la forêt. Le narrateur, qui vit en région parisienne, y revient à la mort de sa mère.

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Mélancolie, angoisse, bien-être, solitude, souvenirs, sensations mêlées et questionnement, et puis les arbres, la nature présente, prenante, sauvage.
Les sens en éveil, l’odorat, la vue, l’ouïe, des mots puissants … le narrateur se fond dans la forêt, n’en reviendra pas.
Par ailleurs, ses souvenirs l’amènent à tailler un portrait à la tronçonneuse de la société des années soixante-dix, c’est mordant, brutal, on s’y retrouve bien !

J’ai aimé la respiration de ce livre, ses phrases poétiques, cette atmosphère sylvestre particulière, fantastique, mystérieuse, et la fin que je ne dévoile pas.

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J’ai acheté un stylo-bille d’un joli vert chlorophylle, et de cette couleur de houppier printanier j’ai souligné dans le livre toutes les phrases que j’aime, il y en a beaucoup.

J’ai photographié l’hiver dans les arbres couverts de lichen vert de gris, comme givrés de froid sous nos quinze degrés.

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    Marc-Antoine Mathieu, Otto l’homme réécrit, éd. Delcourt

Livre d’images, livre de philosophie.
Etonnant ouvrage. Beau graphisme.
Dès qu’on l’a fini, on éprouve le besoin de le relire.
Sur la couverture, l’homme prend la forme d’un houppier de chêne. C’est l’histoire d’une remontée vers la genèse. Avant que naisse la forêt.

C’est étrange, mes lectures se suivent apparemment sans lien, et pourtant, des liens se trouvent.

Encore un arbre :

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    James Sacré, Un désir d’arbres dans les mots, dessins de Alexandre Hollan, éd. fario

J’ai lu ce livre poétique il y a plus d’un an, je l’avais oublié, je l’ai relu.

Il ne s’agit pas d’une forêt en Mayenne comme avec Jérôme Chantreau, ni de chênes, hêtres ou châtaigniers, mais de la frontière espagnole après Montpellier, et les arbres sont des eucalyptus, des arganiers, des noyers, amandiers, oliviers.

Poésie vibrante, colorée, parfumée, les arbres s’épanouissent dans les mots féconds.
Magnifique !

Un roman de l’album

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Fin de ma semaine passée dans les photographies …
circuit au creux des albums, balade dans les clichés,
chercher, trier, décoller, recoller, comparer, scanner, envoyer, et puis aussi télécharger, cliquer, glisser, recadrer, enregistrer … le montage d’un album virtuel, qui prendra une forme physique dans la boîte aux lettres, n’est pas une mince affaire !

Finalement on y revient, à l’album familial en beau papier, seule n’apparaît plus la fine feuille intermédiaire et diaphane qui empêchait les photos brillantes de coller les unes sur les autres dans une double page.

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La photographie est aussi un bon sujet de lecture, de littérature.

Roland Barthes, Anne-Marie Garat, Yves Bonnefoy, Vincent Delerm, Patrick Modiano, Isabelle Monnin, Man Ray, Willy Ronis, par exemple, nous font explorer le vaste domaine de la photo.

garatpf Un très bon livre, celui de Anne-Marie Garat, qui se penche sur les photos de familles, aux éditions Actes Sud (2011).

Un beau livre aussi, illustré d’anciennes photos de familles.
L’écrivain-photographe analyse le phénomène de l’album familial depuis ses débuts jusqu’à notre époque numérique.
Elle évoque les photos-souvenirs, témoignage, nostalgie, tendresse …
Elle établit un troublant, émouvant et très intéressant parallèle entre photographie et écriture.

un extrait :

La photographie, étymologiquement, est l’écrit de la lumière. Sur sa page noire, elle tire au jour quelque chose de probable, d’éventuel. Une éventualité lumineuse advient, s’écrit. A l’écriture solaire, la page des émulsions oppose son ombre nocturne, tenue au secret dans le fond des chambres. […]
Je ne sais rien des révélations, j’y collabore, j’y travaille dans l’obscurité de l’écriture. Le pouvoir argentique des mots décide dans ce travail au noir qui arrête des formes, les leste de langage, trace des lignes de partage, lignes de litige latentes.

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Et puis la pellicule sensible conserve la trace des émotions dans son émulsion. On joue sur les mots, mais la métaphore s’impose, la photo est un révélateur de sentiments.

Dans les albums les plus anciens, les personnes ont souvent un air guindé, figé, avec un regard hagard, et la cause de ce manque de naturel est le temps de pose. Il fallait attendre sans bouger, sans même ciller, et l’immobilité totale pouvait durer des minutes. Pas étonnant qu’on affiche un air halluciné, imparfait subjectif, en fixant l’objectif aussi longtemps !

J’avais déjà évoqué le livre d’Anne-Marie Garat ayant pour sujet l’odeur de la photo, La première fois, ici, et je recommande cet excellent ouvrage que j’ai lu ensuite, Photos de familles.

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Le sous-titre du livre d’Anne-Marie Garat est Un roman de l’album, et, c’est un hasard, mais le hasard existe-t-il, je suis en train de lire un roman tout à fait original qui est le roman d’un album.

      Guillaume Guéraud, Shots, éd. La Brune au Rouergue, 2016.

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Ce roman se présente comme un album d’où ont été retirées toutes les photos, il n’en reste que les légendes. Ces légendes sous des cadres vides d’images (les parties grises dans le livre) racontent l’histoire, constituent le roman.
Le narrateur est un photographe amateur, il aime la photo et en prend beaucoup, il les colle dans un album, fait des agrandissements, recadre certaines, et il les commente de manière précise, étoffée, comme dans un journal intime illustré. Les photos révèlent beaucoup de choses qu’on ne verrait pas sans elles. Mais un jour toutes ses photos sont volées, il ne lui reste que les légendes qui emportent le lecteur dans une folle poursuite sur le continent américain.

Cette nouveauté de style et de présentation m’amuse bien !

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      (un bel album ancien de ma famille, sans légende, je ne sais pas du tout qui se trouve sur les photos !)

Le livre le plus touchant à lire dans le domaine des commentaires de photographies est à mes yeux celui de Willy Ronis.

Ce petit Folio est une merveille. Willy Ronis, à la fin de sa très longue vie, avait sélectionné une cinquantaine de ses photos et s’était raconté à travers elles, car, pour chacune, son souvenir était resté intact. On découvre un artiste profondément humain, honnête et sincère, qui aimait les gens et son métier.
Un très beau petit cadeau de Noël à offrir à un amoureux de la photo !

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Une immense photographie

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      Charles Aubry, photographie, 1864, tirage 45,7cm x 35,3cm, BnF, notice.

Marcel Proust s’intéressait à toutes les techniques et la photographie occupe une place privilégiée dans À la recherche du temps perdu.

Un passage très célèbre du Côté de Guermantes met en scène une photographie qu’apporte Swann à madame de Guermantes. Il s’agit des dernières pages du volume, celles, cruelles, qui montrent les fameux souliers rouges de la duchesse, souliers qui sont liés à la mort de Swann et à l’égoïsme sans borne du duc de Guermantes.

    « Vous verrez Oriane tout à l’heure, me dit le duc quand je fus entré. Comme Swann doit venir tout à l’heure lui apporter les épreuves de son étude sur les monnaies de l’Ordre de Malte, et, ce qui est pis, une photographie immense où il a fait reproduire les deux faces de ces monnaies, Oriane a préféré s’habiller d’abord, pour pouvoir rester avec lui jusqu’au moment d’aller dîner. Nous sommes déjà encombrés d’affaires à ne pas savoir où les mettre et je me demande où nous allons fourrer cette photographie.

    Marcel Proust, Le Côté de Guermantes, II, II.

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Cette photographie n’intéresse pas du tout le duc, d’ailleurs il ne s’intéresse pas à grand chose à partir du moment où cela ne le met pas en valeur lui-même.
Cette photo est trop grande, encombrante, encore une lubie de la duchesse, et par chance pour le duc, sa femme la mettra dans sa chambre à coucher, il ne la verra donc jamais. On sait que le duc et la duchesse sont sur le point de divorcer, ils ne vont plus l’un dans la chambre de l’autre.

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      Emmanuel Sougez, Château de cartes, 1928, photographie, BnF, notice.

Mais cette photo, qui rassemble les côtés pile et face des médailles, est très intéressante en elle-même.
Comment le photographe, à la demande de Swann, a-t-il procédé pour la prendre ? La scène se déroule à la toute fin du XIXème siècle.
Pas de photoshop et de copié-collé à l’époque !
Quel format ?
Cette photo immense était-elle ce qu’on nomme un poster aujourd’hui, de l’ordre du format A2 ou abribus ?!
Quel type de reproduction ? Quel procédé photomécanique ?
Héliogravure ?
Le site du musée Niepce donne des pistes sur cette page.

On sait que le progrès technique de la photographie depuis sa création visait d’abord à réduire le négatif. La plaque de verre ou le négatif souple étaient au début grands comme une carte postale, on chercha à créer le petit format, en rouleau, le 24×36 …
Mais comment faisait-on pour agrandir les photos ?
Marcel Proust aurait pu nous expliquer !

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      Emmanuel Sougez, Trois poires, photographie, 1934, BnF, notice.
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