Du côté de chez Grillon du foyer

Ô neige .°·.·..°·.

      Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits
      Si douce, toi la soeur pensive du silence,
      Ô toi l’immaculée en manteau d’indolence
      Qui gardes ta pâleur même à travers les nuits,

      Douce ! Tu les éteins et tu les atténues
      Les tumultes épars, les contours, les rumeurs ;
      Ô neige vacillante, on dirait que tu meurs
      Loin, tout au loin, dans le vague des avenues !

      Et tu meurs d’une mort comme nous l’invoquons,
      Une mort blanche et lente et pieuse et sereine,
      Une mort pardonnée et dont le calme égrène
      Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons.

      Et c’est la fin : le ciel sous de funèbres toiles
      Est trépassé ; voici qu’il croule en flocons lents,
      Le ciel croule ; mon coeur se remplit d’astres blancs
      Et mon coeur est un grand cimetière d’étoiles !

      Georges Rodenbach, recueil Le règne du silence

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La page facebook du musée des beaux arts de Quimper nous le rappelle : c’est l’hiver aujourd’hui.
La neige se fait de plus en plus rare dans le Sud du Finistère, mais au musée de Quimper, elle se montre de façon encore plus rare qu’ailleurs : ses délicats et précieux flocons apparaissent dans la peinture.

J’ai souvent admiré, et photographié, ce petit tableau de Joos de Momper pour regarder tomber la neige, loisir qui ne nous est offert que de façon très exceptionnelle dans notre région, c’est comme les médailles olympiques, une poignée de flocons tous les quatre ans …

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Joos de Momper peignait l’hiver blanc, on le retrouve ici.
Georges Rodenbach, du plat pays lui aussi, a mis la neige en poésie avec autant de talent. le poète est mort le jour de Noël, un Noël blanc peut-être, le 25 décembre 1898.
Dans le tableau de Quimper, le ciel croule en flocons lents. Ces minuscules astres blancs sont rares et merveilleux, il faut venir au musée pour aimer l’hiver !

hiver @ 6:49 , décembre 21, 2014

La reine des neiges

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    Alfred Sisley, Rue Eugène Moussoir à Moret en hiver, 1891, Met New York, notice

Courbet avait montré l’exemple en exposant une série de paysages de neige en 1867, et de jeunes peintres, comme Monet, Renoir, Sisley, suivirent la piste enneigée. Les hivers le permettaient en ce temps-là ! J’aime tout particulièrement Sisley, et ses tableaux d’hiver me ravissent. La neige fit le bonheur d’Alfred. Il brosse rapidement une neige fraîche ou piétinée, souple ou lourde, immaculée ou souillée, avec une fine observation et sans emphase, avec la discrétion qui lui était naturelle, appréciant dans la neige ce caractère silencieux, opaque, fragile, qui lui ressemblait.

La neige, par sa blancheur absolue, apportait aux peintres matière à réflexion. Elle absorbe les couleurs alentour, les renvoie en ombres variées, miroite et joue avec la lumière même la plus faible, offrant des palettes réjouissantes.

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Alfred Sisley, Place du Chenil à Marly, mba Rouen, notice

Noël arrive, Noël est presque là, les heures sont comptées avec tous les préparatifs qui n’ont pas encore été rayés de la liste des choses à faire. Ma liste était plus longue que mes aiguilles à coudre ou à tricoter cette année, j’ai bien rempli la hotte du père Noël avec mes ouvrages et je viens de finir la robe de la reine des neiges pour ma petite-fille.

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    Alfred Sisley, Neige à Louveciennes, 1874, Collection Phillips Washington, notice

Le conte d’Andersen a été remis à la mode, ou plutôt a été largement revisité par la série télévisée pour les enfants et le film de Walt Disney. A en croire les magasins de tissus dévalisés, toutes les petites filles ont demandé leur costume de reine des neiges pour Noël. Personnellement, je préfère les illustrations classiques des anciennes éditions de ce joli conte scandinave à la portée chrétienne, mais il faut bien se plier au diktat de la mode. La voilà en 2013, sexy avec des yeux bleu Floride comme des aquariums de Marineland, version qui correspond mieux au réchauffement de la planète : ici.

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Alfred Sisley, Effet de neige, 1880-1885, pastel, National Gallery Edimbourg, page du musée

J’ai passé un temps fou dans les paillettes technicolor tenant plus de l’écaille de poisson pour sirène hollywoodienne que de l’hermine givrée de la reine d’antan, et j’ai heureusement trouvé un tulle constellé d’étoiles blanches qui correspond assez bien au livre d’Andersen, la glaciale reine des neiges s’enveloppait de neige vaporeuse dont les cristaux avaient la forme d’étoiles. J’espère que ma petite-fille de quatre ans aimera cette tenue qui m’a demandé presque autant de travail qu’une robe de mariée !

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    Alfred Sisley, En hiver effet de neige, 1876, pba Lille, notice

Après les beaux tableaux de Sisley, j’ose à peine montrer la robe !

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Je vous souhaite un joyeux Noël :-D !

couture, tricot,hiver @ 8:37 , décembre 20, 2014

Sainte Lucie

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    Rubens, Le martyre de Sainte Lucie, esquisse, vers 1620, mba Quimper, notice.

Le chemin vers la lumière s’éclaire de plus en plus … 13 décembre, fête de Sainte Lucie, place aux bougies !
J’ai assisté hier soir à l’église à une très douce messe, un cierge nous était donné à chacun à l’entrée, le curé l’allumait, et nous pénétrions dans une nef illuminée d’une multitude de bougies posées devant chaque rang de sièges, sur tous les rebords de vitraux, au pied de l’autel … Seul un spot électrique éclairait la croix en argent ciselé dans le choeur et projetait sur un pilier de pierre blonde les entrelacs mystérieux de son ombre. Je me sentais vraiment envoûtée sous la voûte romane enveloppée de la chaude et vacillante lumière des chandelles.

Sainte Lucie, jeune Sicilienne, fut martyrisée vers l’an 304 à Syracuse parce qu’elle avait décidé de consacrer sa vie aux Christ, de porter secours aux pauvres et de renoncer au mariage. Le fiancé auquel elle était promise la dénonça au consul de Syracuse qui la fit emprisonner, car toute tentative pour la faire céder échoua. On voulut la brûler vive, mais elle survécut, elle était comme ignifugée !

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C’est la scène que montre la superbe esquisse peinte par Rubens pour la décoration de l’Eglise des Jésuites Saint Charles Borromée à Anvers. Ce décor n’existe hélas plus, l’église a brûlé au XVIIIème siècle, et ce désastre peut paraître un comble, parce que le corps de Lucie, lui, ne brûle pas. Le bourreau veut tout de même en finir avec la sainte et monte sur le bûcher pour l’égorger, mais Lucie continue de parler et de prier. Sainte Agathe, qui fut martyrisée en Sicile aussi cinquante ans auparavant, lui apporte la palme de son martyre.
Elle mourut finalement décapitée, son martyre fut multiple, et la petite esquisse de Rubens en montre toute la violence avec un art d’une vivacité extraordinaire.

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    Francisco Zurbaran, Sainte Lucie, mba Chartres, notice.

Mais alors, pourquoi est-elle souvent représentée avec ses yeux sur un plat ( comme Sainte Agathe sa compatriote qui porte aussi ses seins sur un plat), ceux-ci lui ayant été arrachés ?
Comme son prénom veut dire lumière, la légende populaire inventa un martyre lié aux yeux.
Voici d’autres figures « exorbitantes » de Sainte Lucie sur cette page.

Son doux prénom donne lieu à une fête scandinave des plus charmantes, et voici un chant suédois que j’aime beaucoup.
Bonne fête aux Lucie !

noël @ 7:27 , décembre 13, 2014

La perle, vraie ou fausse ?

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    Jan Vermeer, Jeune fille à la perle, vers 1665, détail, Mauritshuis La Haye, notice

Et si la Jeune fille à la perle en portait une fausse ?
Cette supposition semble agiter le monde de l’art ces temps-ci.
Pourquoi pas ! La chose est possible, au XVIIème siècle on fabriquait de fausses perles très ressemblantes.
Un certain monsieur Jacquin à Paris, entre autres inventeurs, avait mis au point la fabrication de fausses perles, en utilisant des écailles de poisson. Le texte expliquant sa recette est sur cette page.
Des planches de l’encyclopédie de Diderot en montrent les images.

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Jan Vermeer, Maîtresse et servante, vers 1666-1667, Frick Collection New York, page du musée

L’idée a été partagée sur facebook et un article très sérieux en parle ici.

Cette perle célèbrissime peinte par Vermeer à l’oreille de la jeune fille en turban est très grosse, or ces perles énormes étaient exceptionnelles, et seules les personnes les plus riches du monde pouvaient en acheter. On émet donc la supposition que cette grosse perle était une imitation.

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Si la perle de la jeune fille représentée dans la tronie du Mauritshuis est fausse, alors on peut se dire que toutes les autres grosses perles en forme de poire rencontrées dans les tableaux de Vermeer sont fausses.

Je me suis amusée à les rassembler ici !

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      Jan Vermeer, La jeune fille au chapeau rouge, vers 1655, NG Washington, notice

Qu’elles soient vraies ou fausses, à vrai dire, cela ne change rien aux chefs-d’oeuvre de Vermeer. On les admire de la même façon.

Le narrateur de la Recherche expliquait à Albertine en parlant de Vermeer, que c’est toujours la même femme représentée, la même nouvelle et unique beauté, énigmatique et recréée, et le peintre, comme Dostoïevski, ou madame de Sévigné, au lieu de présenter les choses dans l’ordre logique, c’est-à-dire en commençant par la cause, nous montre d’abord l’effet, l’illusion qui nous frappe.

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    Jan Vermeer, Dame écrivant une lettre avec sa servante, vers 1670, National Gallery of Ireland Dublin, (notice)

Proust ne croyait pas si bien dire alors, avec l’illusion frappante rendue par le peintre. L’illusion serait bien là, la perle est fausse, alors qu’on admire son éclat, son relief, sa transparence !

      Vermeer, Etude de jeune femme, vers 1665-67, Met New York, notice

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      Jan Vermeer, Une servante endormie, 1656-57, Met New York, page du musée.

L’idée que cette perle ne soit pas véritable peut gêner éventuellement l’interprétation qu’on a pu échafauder autour de La jeune fille à la perle, la perle étant symbole de pureté, de féminité, de naissance …
Faut-il changer le titre du tableau : « La jeune fille à la fausse perle » ou bien « La jeune fille au pendant d’oreille ressemblant à une perle » ?

Peu importe, la perle reste une magnifique goutte de lumière.

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      Jan Vermeer, La lettre d’amour, vers 1669-70, Rijksmuseum Amsterdam, notice

Marcel Proust,Peinture @ 11:03 , décembre 10, 2014

Si le mot Rouge est vrai

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      Daniele Crespi, Saint Jean l’Evangéliste, Milan, basilique San Stefano Maggiore in Brolo, notice

C’est que des histoires de mots je m’en vais de plus en plus nulle part
maison d’enfance au loin c’était pas grand chose non plus
la tache rouge de son toit
motif pour un poème
la voilà qui revient passée
Par une histoire d’écriture tout à la fois mièvre et compliquée
rédaction de cinq à sept l’étude au collège
quelque chose brille à travers le gris des blouses d’internes
dimanche le car me ramènera derrière les vaches
la même lumière pauvre que dans les salles de classe
j’ai tout mélangé rien vu rien compris
peu de rouge qui me reste au coeur,
à l’écriture,
à vrai dire
Qu’est ce qu’un lecteur en pourra bien faire ?

[...]

      ghirlandaiol

N’importe quoi le mot rouge : toute la vie dedans
colères comme des taureaux, bêtise de mon père
le voilà maintenant tranquille à la fin de sa vie et je la veux
comme un sourire la honte et la peur emportées, saleté
comme un sourire en paille dans ses bottes,
et je l’aime aussi quand il est propre.
Le mot rouge (fureur et la rouille à des endroits du monde)
convient parfaitement pour tout dire.

      bronzinooffices

Une histoire de bonheur et de rien
toujours la même en fait
quelqu’un sa barbe mal rasée contre la nuit
je tiens du rouge silencieux
je le tiens solide et familier dans le noir.
Le mot tendresse.
Le désir.
Quelque chose donné d’un coup, c’est perdu tout aussitôt.
Je continue d’écrire pour branler je sais pas lecteur anonyme et réel, es-tu bien ?

[...]

sacreJames Sacré, extrait de « Si le mot rouge est vrai », recueil Affaires d’écriture (Ancrits divers), ed. Tarabuste, 2012

C’est pour moi une découverte ce mois-ci, un poète étrange et profondément attachant, dont l’écriture singulière charme et interroge à la fois. Une ponctuation très irrégulière, comme tombée au hasard en pluie sur les pages, vient rythmer le texte de manière syncopée, des mots simples et des tournures volontairement enfantines déroutantes parfois, des images tendres du passé ou fortes d’un présent difficile, qui donnent à la poésie un aspect pictural, un art de la langue travaillé aussi comme de la peinture, et beaucoup de couleurs, le vert des arbres, le bleu des idées, le rouge dans toutes ses dimensions …
Un auteur très original, dont j’ai bien envie d’approfondir la lecture.

J’ai choisi des extraits liés au rouge, parce que nous sommes en plein dedans, le rouge de Noël
Le mot rouge est-il vrai, je ne sais pas, mais oui il dit tout, il dit l’amour, la passion, la Passion sur le coeur ensanglanté du chardonneret, il dit la naissance, la vie, le sang, il dit la pudeur, le plaisir, la colère, les fleurs, le feu, le baiser, le houx, la fête …

Les tableaux dans le texte sont :

  • Domenico Ghirlandaio, Portrait d’un vieillard et d’un jeune garçon, vers 1490, Louvre, notice et commentaire
  • Bronzino, Portrait de Jean de Médicis, Galerie des Offices Florence, notice
  • couleurs,littérature,poésie,philosophie,noël @ 7:33 , décembre 8, 2014

    Saint Nicolas

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      Jan Steen, La fête de Saint Nicolas, 1670-1675, Boijmans museum Rotterdam, notice

    5 décembre : ce soir est fêtée la Saint Nicolas, les enfants sages recevront des cadeaux dans leurs chaussures, et les autres des punitions …

    Comme pour Noël, le réveillon a lieu la veille.

    Jan Steen fut au XVIIème siècle le conteur idéal de cette fête traditionnelle des Pays Bas.

    La petite fille a reçu un seau plein de friandises, des gaufres, des speculaas, des couques, des pains d’épices.

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    Le garçon a reçu un jeu de golf, une canne, appelée kolf, et une balle. Ce jeu se voit fréquemment dans les scènes de genre hollandaises, le golf était au XVIIème siècle un sport de tous âges et très populaire.

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    On remarque, dans le coin inférieur droit du tableau, le pain spécialement cuit pour les fêtes, le « duivekater », pain replié deux fois aux quatre coins. Ce pain se trouve encore dans une autre fête de Saint Nicolas peinte par Jan Steen et conservée au Rijks, que j’avais proposée sur cette page.
    Dans ce tableau d’Amsterdam, le garçon tient encore une canne de golf, jeu qu’il avait dû recevoir de Saint Nicolas.

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      Richard Brakenburg, La fête de Saint Nicolas, 1685, Rijksmuseum Amsterdam, notice

    Dans ce tableau de Brakenburg, le jeu de golf reste dans le coin du tableau, il est peut-être confisqué. Le garçon n’a pas été sage, alors que les filles ont eu en cadeau des poupées.

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    Le gamin pleure, et sa maman tient dans sa main sa chaussure qui contient un fouet, le présent traditionnel des petits polissons. En différence du Père Noël, Saint Nicolas et Zwarte Piet ou le Père Fouettard corrigeaient aussi les jeunes têtes indisciplinées, les galopins, les chenapans, les galapiats, les coquins, les canailles, les garnements, les jeunes fripouilles et petites crapules, graines de vauriens, bandits espiègles, j’aime bien ces mots hypocoristiques pour pointer du doigt l’ange de rue ou diable de maison !

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    noël @ 6:23 , décembre 5, 2014

    Le dilucule

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    Dans mon train du retour, de Stuttgart à Paris, je lisais le livre de Gérard Le Gouic, Qui a bu, truculent journal du poète breton.

    J’y ai appris un mot, dilucule, on ne l’emploie plus, il appartient maintenant à la brocante des mots, mais j’aime bien les choses désuètes et charmantes.

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    Le dilucule est le point du jour, l’aube. C’est le crépuscule du matin (creper = obscur) , l’opposé de ma photo du marché de Noël de Stuttgart qui montre une lunule montante au (précoce) déclin du jour.

    dilucule : petite (diminutif ule) lueur (luc) du jour (di).
    Nous avons gardé le crépuscule et enterré le dilucule, c’est dommage.

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    Dans le train qui traversa donc l’Alsace, la dame assise à côté de moi lisait un livre en allemand intitulé : Bretonische Verhältnisse (comportements bretons), ce qui aurait pu être aussi le titre de mon livre !
    Je n’en connaissais pas du tout l’auteur, c’est apparemment un polar qui relate une enquête du commissaire Dupin. Le roman policier se plaît en Bretagne, plusieurs auteurs sont en vogue, et celui-ci se vend outre-Rhin.
    Je n’ai pas osé parler à la dame, je suis muette comme une carpe dans les trains.

    Je ne sais pas si les affaires criminelles narrées par Jean-Luc Bannalec sont aussi exaltantes que les chroniques de Gérard Le Gouic … Je recommande son opuscule !

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    noël @ 3:14 , décembre 4, 2014

    Tout le ciel en feu reluit

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      D’où vient qu’en cette nuitée
      Tout le ciel en feu reluit,
      Je dis même à plein minuit
      D’une flamme inusitée ?
      Et d’où vient cette clarté
      Qui de ses rayons efface
      Le plus beau jour qui se fasse
      Au plus ardent de l’été ?

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      Ô quelle voix angélique !
      Quel accord mélodieux !
      On entend même les cieux
      Bondir de cette musique.
      Recueille-toi, ô mon coeur,
      Ô mon âme, je t’appelle
      Pour voir la sainte chapelle
      De tout le céleste choeur.

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      Sortez donc de cette prée,
      Pasteurs, sortez de ce lieu.
      Allez voir le Fils de Dieu
      Né de la Vierge sacrée.
      Allez voir cet enfant beau,
      Enfant qui un jour doit être
      Le bon pasteur et vrai maître
      Reconnu de son troupeau…

      Nicolas Denisot, extrait du cantique du premier avènement de Jésus-Christ.

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    Qu’est-ce que l’Avent ? C’est l’attente de la lumière. La lumière incarnée par l’Enfant Jésus qui éclaire nos vies, tout simplement.
    Nous illuminons villes et campagnes pour demander cette Lumière, pour la recevoir.

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    Etoiles, bougies, braises dans la cheminée, guirlandes électriques … tout brille en décembre.
    Le vin chaud fait briller les yeux, il brille lui-même en Allemagne, parce que son nom dans ce pays, Glühwein, veut dire vin brillant et brûlant comme la braise ou le soleil.

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    Le Schnaps en feu coule sur le pain de sucre qui adoucit le vin frémissant au dessus des braises.
    L’Avent, comme ce pain de sucre, vient réchauffer et adoucir nos coeurs.

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    La foule est compacte, les sourires nombreux, la joie et la gentillesse circulent entre les allées des marchés de Noël.

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    Le décor fascine, les stands abondent de jolies choses, mais il faut regarder sur leurs toits, tout un monde s’offre à nos regards d’enfants.

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    J’ai visité quatre marchés de Noël, dans la grande ville de Stuttgart, et dans de gros bourgs au Sud, vers la Forêt Noire. Quelle magnificence !

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    On se retrouve là en famille, entre amis, on boit le vin chaud, on mange des saucisses grillées, il semble régner une humeur bienveillante.

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    Nous sommes protégés à la fois par le Père Noël, les anges et la Sainte Famille, profane et religieux se mêlent avec bonheur.
    Contraste étonnant entre la somptuosité des décors et la simplicité des visiteurs qui viennent là le dimanche pour manger de la Bratwurst au mètre, des bols de Schupfnudeln à la choucroute, des Spätzle au lard, des Maultaschen au bouillon, des gaufres et du Weihnachtsstollen. La cuisine souabe est imprononçable mais simple et roborative.

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    Et voilà, ce fut un beau voyage !
    Les journées sont courtes, la nuit vient vite pour donner à la lumière tout son faste.
    En introduction j’ai choisi ce beau poème très ancien d’un auteur peu connu, Nicolas Denisot. Je pense que l’année prochaine, nous évoquerons largement les cinq-cents ans de la bataille de Marignan, mais ce poète passera sous silence. Il est né en 1515! Et il est mort jeune, en 1559.

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    Ce poème est parfois chanté, on en entend un court extrait ici.

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    noël @ 7:07 , décembre 3, 2014

    L’eau de là

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      Gustave Courbet, Cascade et ruisseau, 1876, musée d’Orsay, notice

    Existe-t-il un dictionnaire amoureux de l’eau ?
    Si non, quel amoureux de la famille H2O le publiera un de ces jours ? Ce livre me plairait beaucoup.
    Les amoureux fous de l’eau sont nombreux, et le vocabulaire autour de l’eau est un fleuve intarissable.
    L’eau suit des parcours infiniment variés, de l’invasion tumultueuse à la très discrète infiltration … et si l’on se mettait à sa place pour raconter l’un de ses chemins ?

    Ma promenade favorite avec mon chien, entre deux averses qui sont extrêmement fréquentes ce mois-ci, me mène vers un ancien camp de camping municipal, aujourd’hui abandonné, transformé en parking. Les voitures ont remplacé les tentes, et un vestige en pierres de granite indique encore son antique fonction, la maison des sanitaires.

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      Gustave Courbet, La source, 1868, musée d’Orsay, notice

    Mes robinets familiers se sont taris depuis longtemps, les portes des douches se sont fermées il y a vingt ans. Les ronces et le lierre ont remplacé mes joyeuses rigoles, le silence inonde seul la maison des ablutions.
    Comme je les regrette, ces jeux quotidiens avec les vacanciers ! Ces glorieuses gymnopédies sur leur peau nue ! Une main venait tourner mon starting block, et, retenue de force pendant la nuit, comprimée dans le tuyau obscur, prête à bondir, j’explosais de joie sur la tête de mon libérateur. Je chutais sur le tapis mousseux de ses cheveux, j’allais chatouiller ses yeux, rire avec lui dans sa bouche, courir dans son dos, masser sa nuque, rincer la savon captif dans ses replis intimes, cascadais sur ses pieds et ruisselais langoureusement entre ses doigts. Nous chantions parfois ensemble. Le concert est fini.
    On n’entend plus ni mes gouttes ni les cris des baigneurs. Ma présence suffisait à les faire babiller haut et fort, moi, l’eau vive, les réveillais chaque matin, les calmais chaque soir, et leur rendais la bonne humeur en chassant les physiologiques. Je mêlais ma buée à leur voix dans un brouhaha humide aux senteurs de savonnettes. Je ne fais plus glisser les pieds sur le carrelage terni, la robinetterie oxydée a, en mon absence, perdu sa raison d’exister. Si la rouille donne encore a ce lieu déserté un semblant d’animation, c’est grâce à ma curiosité. Je l’aimais trop, cette maison hygiénique, pour l’abandonner tout à fait. Certes je n’y cours plus, je n’y joue plus de mon jet déferlant ou de mon goutte à goutte agaçant, mais j’y reviens, je pénètre en clandestine, je m’infiltre par des réseaux interdits, les barrages méchamment hydrofuges cèdent tous peu à peu devant mes assauts. J’ai quitté le carcan des canalisations et des lavabos, je remonte en toute liberté le long des murs, je fleuris en moisissures, je gonfle dans les portes en bois, j’opacifie les vitres, je verdis dans les surfaces planes, noircis dans les coins obscurs. Je détruis lentement, avec l’énergie du désespoir et la mort dans l’âme, mon espace autrefois sanitaire. Les jours de tempête, je m’offre l’illusion de réveiller le souvenir des glorieuses journées parfumées de Cologne, je chante mon petit glouglou en compagnie du vent, je roule mes larmes nostalgiques sur les vieilles pommes tavelées des douches oubliées. Mais je sais que mon air est faux, croupi, malsain. Un jour, un bulldozer viendra mettre fin à mon activité macabre et l’on m’offrira ailleurs de nouvelles toilettes pimpantes !

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      Gustave Courbet, La source, 1862, Met New York, notice

    Grillon du Foyer part en voyage cette semaine, donc le prochain article arrivera dans une dizaine de jours.

    Voici, en attendant, une autre histoire d’eau :

    jardin,Jeux @ 6:46 , novembre 24, 2014

    Au petit bonheur des mots

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    Anne Sylvestre restera toujours jeune à mes yeux car elle a fait chanter mes enfants avec ses jolies fabulettes . Mais, tout en restant discrète, elle a beaucoup écrit, dans tous les registres, on l’oublie parfois.
    Voici l’une de ses chansons :

    Elle écrit toujours, elle a fait paraître en octobre dernier un délicieux petit livre, qui confirme son talent d’écriture :
    Coquelicot, et autres mots que j’aime, éd. Points

    Des mots sonores, ou étranges, colorés ou comiques, doux ou compliqués, rares ou familiers, des mots qui remontent de l’enfance, qui rappellent certains moments, qui amusent, attendrissent, interrogent … Anne Sylvestre les observe avec amour et malice.

    Son livre nous renvoie à notre propre dictionnaire de mots intimes.

    Deux mots me rappellent ma jeunesse, des moments heureux de mes études supérieures. Quand on étudie, un fleuve de mots nouveaux pénètre dans la cervelle plus ou moins par effraction, et deux mots me sont restés joyeux à l’esprit.
    Ce sont fibule et bardocuculle.
    Des mots très attachants, on ne les oublie pas !

    La fibule est l’ancêtre de l’épingle à nourrice, elle fixait la toge sur l’épaule dans l’Antiquité.
    On en voit beaucoup au musée des Antiquités Nationales de Saint Germain en Laye, nos ancêtres les Gaulois en ont fabriqué de très belles, décorées comme des bijoux. Fabuleux bidule.

    Le bardocuculle était la pèlerine de nos mêmes ancêtres, il comportait un capuchon, on le fermait avec une fibule. J’avais un paletot avec un capuchon que j’aimais beaucoup, je l’appelais mon bardocuculle. Et je portais des sabots ! A cette époque, ils étaient à la mode. Je me sentais très babacool pas ridicule en sabots et bardocuculle !

    Mots,musique @ 3:13 , novembre 22, 2014
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