Du côté de chez Grillon du foyer

Au petit bonheur des mots

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Anne Sylvestre restera toujours jeune à mes yeux car elle a fait chanter mes enfants avec ses jolies fabulettes . Mais, tout en restant discrète, elle a beaucoup écrit, dans tous les registres, on l’oublie parfois.
Voici l’une de ses chansons :

Elle écrit toujours, elle a fait paraître en octobre dernier un délicieux petit livre, qui confirme son talent d’écriture :
Coquelicot, et autres mots que j’aime, éd. Points

Des mots sonores, ou étranges, colorés ou comiques, doux ou compliqués, rares ou familiers, des mots qui remontent de l’enfance, qui rappellent certains moments, qui amusent, attendrissent, interrogent … Anne Sylvestre les observe avec amour et malice.

Son livre nous renvoie à notre propre dictionnaire de mots intimes.

Deux mots me rappellent ma jeunesse, des moments heureux de mes études supérieures. Quand on étudie, un fleuve de mots nouveaux pénètre dans la cervelle plus ou moins par effraction, et deux mots me sont restés joyeux à l’esprit.
Ce sont fibule et bardocuculle.
Des mots très attachants, on ne les oublie pas !

La fibule est l’ancêtre de l’épingle à nourrice, elle fixait la toge sur l’épaule dans l’Antiquité.
On en voit beaucoup au musée des Antiquités Nationales de Saint Germain en Laye, nos ancêtres les Gaulois en ont fabriqué de très belles, décorées comme des bijoux. Fabuleux bidule.

Le bardocuculle était la pèlerine de nos mêmes ancêtres, il comportait un capuchon, on le fermait avec une fibule. J’avais un paletot avec un capuchon que j’aimais beaucoup, je l’appelais mon bardocuculle. Et je portais des sabots ! A cette époque, ils étaient à la mode. Je me sentais très babacool pas ridicule en sabots et bardocuculle !

Mots,musique @ 3:13 , novembre 22, 2014

Au soleil du plafond

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    Juan Gris, Le petit déjeuner, Centre Pompidou Paris, notice

      Moulin à café

      Sur la nappe il y avait quelques grains de poudre ou de café. La guerre ou le repos sur les fronts qui se rident ensemble. L’odeur mêlée aux cris du soir, tout le monde ferme les yeux et le moulin broyait du noir comme nos têtes. Dans le cercle des voix, un nuage s’élève. Une vitre à la lèvre qui brouille nos pensées.

      Pierre Reverdy, recueil Au soleil du plafond, éd. Poésie/Gallimard

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    Juan Gris, Le livre ouvert, 1925, musée des beaux arts Rennes, notice

      Le livre

      La feuille au papier blanc, neuf sur la palissade. On monte et l’on descend.
      La montagne est un livre dont les héros vont sur le vent. Les pages tournent, les mots tombent souvent.
      Un bruit de tonnerre roule sur les pavés. C’est là que survient l’accident. Le livre est fait. Les hommes montent, une tranche sous chaque bras.
      Contre le mur, l’auteur inquiet qui regarde vivre le monde et ne suit pas.

      Pierre Reverdy , recueil Au soleil du plafond, éd. Poésie/Gallimard

Gris et Reverdy (harmonie colorée !) ont travaillé de concert sur l’objet familier.
Guitare, pipe, livre, moulin, éventail, violon, soupière … les objets posés dans l’atelier ont interrogé le peintre et le poète, qui ont décidé, à partir de 1916, d’unir leurs talents pour composer un livre de poèmes illustrés.
Des problèmes avec un premier éditeur ont retardé la parution du livre, puis la mort de Gris en 1927 a interrompu la réalisation de toutes les gouaches.
Le livre Au soleil du plafond est finalement paru en 1955 aux éditions Tériade, et comprenait onze lithographies en couleurs sur vélin d’Arches.

Les tableaux de Gris que je montre ici ne sont pas les gouaches originales, mais supposons qu’ils s’en approchent.

reverdy Le poète et le peintre ont croisé leurs regards sur les objets, en ont montré chacun le dessus et le dessous, le dehors et le dedans, dans une poésie cubiste des volumes. La peinture est nourrie d’esprit, la poésie est gorgée d’images.

Dans la préface du petit Poésie/Gallimard il est dit que Reverdy avait tenu à faire précéder chaque planche placée hors texte d’une page de titre écrite de sa main, comme pour mieux signifier l’intégration réciproque de l’image et du texte.
C’était une véritable collaboration, mots et formes se répondent. On sent bien par exemple que dans les lignes simples mais disloquées du moulin à café sourdent les tourments de la guerre.
L’écrivain est dépassé par son livre qui reflète le monde chaotique.
Le poids des mots, le choc des tableaux …

Une réédition de ce livre Au soleil du plafond peint par Gris serait la bienvenue !

Juan Gris avait aussi illustré de quatre lithographies un conte de Max Jacob intitulé (c’est bien Max !) « Ne coupez pas mademoiselle ou les erreurs des PTT, Conte philosophique. » Un autre livre qu’on aimerait découvrir !

littérature,poésie,philosophie,Peinture @ 2:16 , novembre 21, 2014

Urinomancie

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    Gérard Dou, Le médecin, vers 1660-1665, SMK Copenhague, notice

La chaîne ARTE a diffusé il y a quelques jours un documentaire à propos de l’urine. Je l’ai manqué ce soir-là, j’ai lu le programme TV trop tard, mais j’ai pu le regarder sur internet, voici le pipi dans tous ses états.
Beurk, je fus déçue par cette émission, trop scientifique, je recherchais l’aspect artistique !

Mais oui, il y a de l’art dans le pipi, ou plutôt de l’urine dans l’art depuis le moyen-âge, et notamment dans la peinture hollandaise.
Nous connaissons tous le dessin de Rembrandt dont une gravure est à la BnF.

La peinture hollandaise a souvent traité le sujet de la femme malade, la femme pécheresse, soignée par un médecin, lui-même pécheur par vanité, qui examine ses urines.

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    Gérard Dou, La femme hydropique, 1663, musée du Louvre, notice

Ce tableau de Dou est le premier don entré au Louvre, et ce fut mon premier coup de coeur au musée dans ma jeunesse. Je trouvais cette peinture d’une incroyable finesse, la lumière y était extraordinaire, et c’était la première fois que je voyais un flacon de pipi dans un tableau, qui plus est dans les petits cabinets du musée ! Ces petits cabinets, comme on les appelait, ont aujourd’hui disparu.

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    Gerard Dou, Médecin, 1653, KHM Vienne, notice

Il faut la précision exceptionnelle de Dou pour rendre merveilleux un simple ballon d’urine. Comme toujours, il s’agit de celle d’une femme. Dans la ville de Leyde, où naquit le peintre, se trouvait une grande université qui enseignait la médecine et qui s’intéressait particulièrement à la gynécologie. Elle a pu fournir des sujets aux artistes.

Dans le tableau, « Le médecin », du musée de Copenhague, le peintre prouve sa virtuosité époustouflante dans le rendu des diverses matières :

doudocdet11 la lumière sur le verre et le liquide translucide, l’éclat satiné de l’étain, de la soie du béret, le nez qui brille …
Le médecin examine un flacon apporté sans doute par la servante de la malade. Elle est inquiète et attend le verdict. Le docteur a chauffé l’urine sur le petit brasero qu’on aperçoit près de la caisse des remèdes.

doudocdet12 le métal brillant du fermoir et des clefs répond à celui de la pendule.
D’autres matières : l’osier, le cuir clouté, l’étoffe, la braise, le tapis, le fer

doudocdet1 et puis le cuivre, le papier, le verre, la cire cachetée, la pierre signée du nom de l’artiste, les fleurs, la terre cuite.

Le pot de fleurs présente des oeillets, c’est un symbole du Christ (les fruits de l’oeillet en forme de clous rappellent la Passion). La servante prie pour sa maîtresse qui a sûrement fauté, trompé son mari.
Ne pas oublier Dieu quand tout n’est que vanité, comme ce médecin qui brandit son diplôme. La flamme est éteinte sur la petite lampe servant à mirer l’urine, et une mèche éteinte est signe de vanité, du temps qui passe, comme la pendule.
On ne le distingue hélas pas bien sur l’image, tout en bas du tableau, près du pot de fleurs, un escargot rampe … Cet animal a deux symboles, celui de la résurrection, ici il est placé près du symbole de la Passion, et celui de la sexualité comme tous les mollusques.
On peut comprendre dans cette scène, que la science du médecin semble bien vaine, et que seule l’Eglise peut racheter le péché.
L’émission d’ARTE disait que dans l’urine se cachent des milliers de composants, et en effet, dans cette analyse d’urine peinte par Gérard Dou, on décèle un grand nombre de détails intéressants !

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Peinture,télévision @ 6:57 , novembre 18, 2014

L’amour des trois oranges

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    Edouard Vuillard, Table servie, pastel, musée Bonnat Bayonne, notice

Trois oranges, des clous de girofle, de la cannelle, du vin chaud, et c’est Noël, pomander, Glühwein, tout un parfum …

À propos de la cannelle, Philippe Claudel dans son livre intitulé Parfums écrit ceci :

    Même le vin rouge ordinaire, pour peu qu’on le laisse frémir longuement dans une casserole sur un coin du fourneau, après y avoir jeté sucre, tranche d’orange, clou de girofle et poignée de cannelle, se mue grâce à elle en un diable ensorcelant qui brûle les mains autour du verre dans lequel on le sert, chauffe bouche et gorge, verse le feu dans le ventre, fait naître rires et lumières au coin des yeux et sur les joues heureuses que le froid du dehors a rosies. Les langues se mettent à tisser contes et fantasmagories.
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    John Frederick Peto, Nature morte aux oranges et au verre de vin, NG Washington, notice

Hmmm, la flaveur !
J’aime bien ce mot qui pourtant n’est pas d’origine française, il vient de l’anglais flavour, mais il concentre en lui deux mots français, fleurer et saveur. La flaveur est la combinaison du goût et de l’odeur, c’est un terme de la gastronomie, qui désigne la sensation complexe, généralement agréable, que procure un aliment sur les sens du goût et de l’odorat.

J’ai cherché des oeuvres d’art montrant précisément trois oranges parce que celles-ci, au nombre de trois, étaient trois princesses ensorcelées dans un conte ( lire wikipedia ) et dans l’opéra de Prokofiev.

Voici le morceau le plus connu de L’amour des trois oranges, la marche :

Mots,musique,noël @ 2:36 , novembre 15, 2014

Les doigts dans la lumière

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      Vermeer, Une femme écrivant une lettre, vers 1670, National Gallery of Ireland Dublin, notice

    Tu commences ton vieux poème,
    toujours le même, tu le reprends,
    tu le retournes comme une chemise
    pour en ausculter les coutures
    - vieilles citations un peu usées
    de tes auteurs préférés. A la fin on dirait
    une publicité de marabout tendue à la sauvette
    près d’une bouche de métro. Avec sa langue
    maladroite, ses promesses de bonheur, l’inévitable
    « retour rapide et inconditionnel de l’être aimé ».

    Tu biffes un mot, le réécris – on entend
    les ouvriers s’interpeller d’un toit à l’autre
    dans un crissement de scies à métaux -

    puis tu en fais une cocotte en papier
    que tu presses de s’envoler
    vers eux, par la fenêtre ouverte.

    Paul Guillon, Tes empreintes, recueil Les doigts dans la lumière

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      C’est le soir.
      Le peintre de chaque jour
      a fini son ouvrage.
      Il regarde les maisons qu’il a faites
      ruisseler d’une lumière qu’il ne possède pas
      et les feuilles des arbres frissonner d’une autre vie

      avant de s’essuyer les doigts dans le chiffon du ciel
      laissant des traînées jaunes, roses, rouges et noires
      et le jeter en boule dans un coin du monde.

      Paul Guillon, Tes empreintes, Les doigts dans la lumière

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Quel bonheur de découvrir un poète qu’on ne connaissait pas !
Paul Guillon écrit avec des mots de tous les jours et une lumière particulière, dont la source est divine, c’est à dire empreinte de foi religieuse. Ses poèmes simples et doux, que le petit livre susurre à mon oreille, m’entraînent loin dans les couleurs du silence et de la méditation. C’est beau et profond comme l’atmosphère de Vermeer.

guillon Paul Guillon, Tes empreintes, éd. Ad Solem, 2014

Ce volume « Tes empreintes » comprend entre autres les recueils : Enneigé qui rend l’atmosphère particulière de la neige, Attente à l’hospice qui traite de la fin de vie d’une grand-mère, Lueurs Bengalies qui est un voyage en Inde, Passion de Jésus, et le magnifique Les doigts dans la lumière.

Dans la même collection, j’ai lu aussi son merveilleux recueil La vie cachée. J’aimerais offrir ces précieux petits livres pour Noël, mais à qui ? Il faut aimer cette forme de poésie, singulière, nourrie de spirituel, laissant une délicate empreinte dans le coeur.

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      Vermeer, Jeune femme debout devant son épinette, vers 1670, NG Londres, notice

littérature,poésie,philosophie @ 2:47 , novembre 14, 2014

Le manteau de Saint Martin

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      Le Greco, Saint Martin et le pauvre, 1597-1599, NG Washington, notice

Et cela vaut bien aussi que, quelque jour glacé d’automne ou d’hiver, quand le vent d’est est fort, vous restiez quelques moments à cette place à sentir son souffle, en vous rappelant ce qui s’est passé là, mémorable pour les hommes, et profitable, dans cet hiver de l’année 332, pendant que les gens mouraient de froid dans les rues d’Amiens ; notamment ceci : que le cavalier romain, à peine sorti de la porte de la ville, rencontra un mendiant nu, tremblant de froid ; et que, ne voyant pas d’autre moyen de l’abriter, il tira son épée, partagea son manteau en deux, et lui en donna une moitié.

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Pas un don ruineux, ni même d’une générosité enthousiaste : la coupe d’eau fraîche de Sydney exigeait plus d’abnégation ; et je suis bien certain que plus d’un enfant chrétien de nos jours, lui-même réchauffé et habillé, rencontrant un homme nu et gelé, serait prêt à retirer son manteau de ses épaules et à le donner tout entier au nécessiteux si sa nourrice mieux avisée, ou sa maman, le lui laissaient faire. Mais le soldat romain n’était pas chrétien et accomplissait sa charité sereine en toute simplicité, et pourtant avec prudence.

Quoiqu’il en soit, cette même nuit, il contempla dans un rêve le Seigneur Jésus, qui était devant lui, au milieu des anges, ayant sur ses épaules la moitié du manteau dont il avait fait don au mendiant. Et Jésus dit aux anges qui étaient autour de lui : « Savez-vous qui m’a ainsi vêtu ? Mon serviteur Martin, quoique non encore baptisé, a fait cela. » Et Martin, après cette vision, s’empressa de recevoir le baptême, étant alors dans sa vingt-deuxième année.

John Ruskin, La Bible d’Amiens, traduction de Marcel Proust.

La Bible d’Amiens de John Ruskin, traduite par Proust, peut se lire sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF. Le passage que j’ai recopié se trouve à la page 127 : ici.

Le tableau du Greco montre bien l’armure du soldat Martin (non pas romaine mais contemporaine du peintre), et son manteau d’un beau vert, qu’il tranche en deux avec son épée.

Le 11 novembre est la fête de Saint Martin, mais avec la fête de l’armistice de 1918, on oublie parfois la belle histoire de ce saint charitable, qui était aussi soldat et servit sous les drapeaux.
11 Novembre, fête des drapeaux, fête du manteau. Deux étoffes que l’on se partage en toute fraternité.
En ce jour le froid revient, on garnit les porte-drapeaux et on décroche des porte-manteaux de quoi nous draper pour la commémoration ou bien le shopping, puisque ce jour n’est plus vraiment férié.

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      Childe Hassam, L’avenue des Alliés, 5ème Avenue, New York, 11 novembre 1918, musée franco-américain de Blérancourt, notice.

De beaux souliers vermeils

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    Ma Jeanne, dont je suis doucement insensé,
    Étant femme, se sent reine ; tout l’A B C
    Des femmes, c’est d’avoir des bras blancs, d’être belles,
    De courber d’un regard les fronts les plus rebelles,
    De savoir avec rien, des bouquets, des chiffons,
    Un sourire, éblouir les coeurs les plus profonds,
    D’être, à côté de l’homme ingrat, triste et morose,
    Douces plus que l’azur, roses plus que la rose ;
    Jeanne le sait ; elle a trois ans, c’est l’âge mûr ;

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    Rien ne lui manque ; elle est la fleur de mon vieux mur,
    Ma contemplation, mon parfum, mon ivresse ;
    Ma strophe, qui près d’elle a l’air d’une pauvresse,
    L’implore, et reçoit d’elle un rayon ; et l’enfant
    Sait déjà se parer d’un chapeau triomphant,
    De beaux souliers vermeils, d’une robe étonnante ;
    Elle a des mouvements de mouche frissonnante ;
    Elle est femme, montrant ses rubans bleus ou verts.
    Et sa fraîche toilette, et son âme au travers ;
    Elle est de droit céleste et par devoir jolie ;
    Et son commencement de règne est ma folie.

    Victor Hugo, recueil L’art d’être grand-père, éd. Poésie/Gallimard

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J’ai toujours regretté qu’au Louvre, la collection de peinture anglaise soit aussi mal présentée, tantôt suspendue dans une grande salle à courants d’air, tantôt reléguée au bout d’une aile, difficile à trouver, comme oubliée, négligée, alors qu’elle comprend des oeuvres remarquables.
Je l’avais savourée il y a quelques années à l’occasion de quelques courses à Paris, revoir ici.
La voici en partie arrivée, pour notre grand plaisir, au musée des beaux arts de Quimper !

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J’ai retrouvé les délicieux souliers de satin rouge des enfants de l’aristocratie anglaise, chez moi en Bretagne, quelle chance ! Les Parisiens visitant le Louvre ne se sont peut-être pas aperçu de leur absence dans leur musée. Involontaire ingratitude, cette peinture n’est pas mise en valeur au musée du Louvre, qui lui cherche peut-être encore la place qu’elle mérite.

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    Sir William Beechey, Portrait : frère et soeur, musée du Louvre, notice

Je découvre ce tableau de sir Beechey que je ne me souviens pas avoir vu au Louvre.

Ces petites filles gracieuses m’ont fait penser au poème de Victor Hugo, le grand-père aimant, admiratif de ses petits-enfants. Merveille de mots, faisant écho à la beauté des tableaux anglais.

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    Sir Thomas Lawrence, Portrait des enfants d’Ascoyghe Boucherett, musée du Louvre, notice

Les peintres britanniques éprouvaient le même attachement pour leurs jeunes modèles. Ils ont peint l’enfance, ainsi que les animaux, avec une vérité et une délicatesse particulières.
A la tendresse se combine le talent artistique.

IMGP7688 Cette exposition au musée de Quimper (sa présentation est ici ), nous offrant cet hiver, parmi bien d’autres chefs-d’oeuvre, ce choix de petits souliers, est un beau cadeau de Noël !

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Sir Henry Raeburn, Portrait de Nancy Graham, musée du Louvre, notice

littérature,poésie,philosophie,musées @ 3:29 , novembre 9, 2014

Baumes

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    Auguste Toulmouche, Une femme et des roses, 1879, The Clark, Williamstown, notice

Un petit livre, de la collection Essences d’Actes Sud, m’a tenue captive au creux de ses pages oblongues, je ne pouvais le refermer, tout embaumée que j’étais, ni le laisser ouvert, de peur de l’éventer. Son écriture, d’une délicatesse de pétales de fleurs, m’a emportée dans son sillage. La lecture guérit toutes les langueurs (mon ordinateur est malade, parti en clinique :-( ).

gobybaumes Valentine Goby, Baumes, Actes Sud, octobre 2014

Il s’agit d’un récit autobiographique, l’auteur est née à Grasse et son père, à qui est dédié ce livre, travaillait dans une usine de parfums. Cette origine aide sans doute à entrer dans cette collection exquise de livrets violets.

Valentine Goby évoque d’ailleurs les violettes avec subtilité. Voici, pour humer un peu, quelques gouttes, un extrait du parfum de ce charmant bouquin :

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      notice du tableau

      C’est la violette des sous-bois. Sa couleur vient de l’ombre, feuilles vert sombre, pétales violet foncé d’une goutte de noir. Son odeur vient de l’ombre, elle sent la terre et la réglisse. C’est une fleur venue du froid, de la nuit, visible de la fin de l’hiver au début du printemps. [...] C’est une fleur au parfum fermé, qu’il faut tenir en bouquet sous les narines, qu’il faut mâcher pour en extraire la saveur.

Son premier parfum fut à la violette, elle en mettait trop, et je me retrouve dans cet excès. Mon premier parfum, quand j’étais jeune-fille, était Vent Vert de Balmain, à base d’une autre petite fleur de sous-bois, le muguet.
Comme Valentine, je ne le sentais pas sur moi, et m’en habillais copieusement, m’ennuageais de sa brume profonde, en rajoutais encore, dans tous les petits creux de mon buste, comme pour me donner de l’assurance. Je ne le soupçonnais pas, ma présence devait se faire tapageuse, insoutenable, on ne pouvait plus me sentir. Je n’entendais rien de mon brouhaha olfactif, je me plaisais au milieu cette escorte odorante qui me précédait, me suivait, m’admirait, me trouvait belle, m’applaudissait, m’aimait tout simplement, moi la fille en réalité trop sage, transparente, maladroite, à la voix enfantine. C’est fou ce qu’un parfum peut vous mettre des rêves dans la tête !

littérature,poésie,philosophie @ 2:00 , novembre 7, 2014

Orgueil&préjugés au clair de lune

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Le dernier film de Woody Allen apporte quatre-vingt-dix-sept minutes trente-cinq de bonheur.
Des images douces, une histoire amusante à rebondissement, une interprétation parfaite, de la musique jazz chère à Woody Allen et très réjouissante.
Tous les ingrédients d’une bonne soirée.

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Et puis, les spectateurs qui se sont enflammés pour l’inoubliable série de la BBC, Orgueil et Préjugés, ont la frissonnante surprise de découvrir une scène de Magie au clair de lune apparaissant comme la réplique d’une scène de la série anglaise.

Il s’agit de la demande en mariage.
Dans Orgueil et Préjugés, l’orgueilleux, l’arrogant et le très maladroit monsieur Darcy, dont le rôle fut joué il y a juste vingt ans par Colin Firth, demande à Elizabeth de l’épouser, après lui avoir énuméré tous ses défauts et tous les inconvénients d’un tel mariage, et dévoilé sa vraie nature.

De même, dans Magie au clair de lune, l’orgueilleux, l’arrogant et le très maladroit Stanley (joué par Colin Firth) demande à Sophie de l’épouser en lui reprochant tous ses défauts …

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Woody Allen semble avoir choisi Colin Firth pour le rôle, en pensant à la série qu’il a dû voir et aimer. Ou bien, ayant choisi au départ Colin Firth, il lui a concocté une scène lui rappelant son succès retentissant vingt ans auparavant. Il existe de manière plus générale une similitude de caractères entre les deux personnages principaux créés par Jane Austen et ceux créés par Woody Allen dans ce film.

C’est amusant de reconnaître des échos, ou des citations discrètes, entre des oeuvres différentes, comme par exemple retrouver des romans dans les films de François Truffaut.

      p&p2
Cinéma&personnalités @ 2:46 , novembre 5, 2014

Méditation

      Coll IMJ, Photo (c) IMJ

      Paul Cézanne, maison près d’une rivière, vers 1890, Israel museum Jérusalem, notice et commentaire

      Prenez un toit de vieilles tuiles
      un peu avant midi.

      Placez tout à côté
      un tilleul déjà grand
      remué par le vent.

      Mettez au-dessus d’eux
      un ciel de bleu, lavé
      par des nuages blancs.

      Laissez-les faire
      regardez-les.

      Eugène Guillevic, recueil Avec, 1966

Après le sujet grave des crânes de Cézanne, on peut se dire des mots comme jeu, néant, vide, rien, ou au contraire on a envie d’un peu de légèreté, de couleurs, en cette fête de tous les saints, d’un petit poème et de paysages.

Le vent, les nuages, le ciel bleu pâle et l’orangé des toits, c’est l’automne.
Et Cézanne peint.

automne,musique @ 7:04 , novembre 1, 2014
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