Harold Knight ( 1874-1961 ) , The green book, National Museum Wales, page du musée
Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée
Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,
Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;
Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.
Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !
Victor Hugo, 27 juin 1830, recueil Les feuilles d’automne
Au centre du poème de Victor Hugo, la jeune femme pensive est peinte par Harold Knight, Portrait d’Ethel Bartlett, vers 1937, Royal Academy of Arts Londres, commentaire du musée
Le livre où s’endort chaque soir ma pensée est assez souvent un livre de poèmes, et j’aime bien celui-ci, épais recueil de poésies intimes de Victor Hugo.
Quand les soucis du foyer entravent le paisible petit bonhomme de chemin des pensées, quand l’ordinateur reste fermé pour cause de décès de sa carte-mère, que la machine à laver devient incontinente et que la chaleur du four ne veut plus tourner, que la coupeuse à pain ne coupe plus, il y a des séries comme ça, la poésie est le plus sûr refuge de notre esprit désorienté.
Quand tout se détraque dans l’électroménager d’aujourd’hui, rien ne vaut la poésie de celui d’antan. L’ombre précise de mon petit fer de voyage me fait voyager en poésie.
Petit fer des années soixante, rutilant et bien carrossé comme une berline de luxe.
L’ancêtre du fer à repasser était une calandre, on retrouve les lignes fluides d’une automobile
Petit fer de l’époque où Rowenta était encore une marque allemande, petite beauté qui devait faire de la Bügelstrafe une Bügelfreude …
Ma pensée et ma rêverie domestique s’en vont toutes deux au jardin. Il fait beau, c’est l’été !
La sècheresse a transformé la pelouse en paillasson, mais les hortensias gardent leur bleu des mers de l’ouest, bleu vivifiant, désaltérant, ce bleu breton et sonore qui n’était pas tombé dans l’oeil d’un aveugle pour Gauguin et ses amis.
Le nom scientifique de l’hortensia est ” hydrangea “, mot venant du grec ” hudôr ” eau et ” aggos ” coupe. L’hydrangea, ou l’hydrangelle comme on peut trouver ce joli mot dans le dictionnaire, est donc une coupe d’eau.
Cette plante aime en effet le climat humide, le crachin, les endroits frais qui ne sèchent pas trop vite au soleil. Ses couleurs sont variées, et, on l’oublie parfois, la forme des pétales prend aussi diverses formes qu’il est intéressant de rechercher.
L’humide hydrangelle du matin aux couleurs d’aube fraîche
Pétales étoilés, coupes d’eau du ciel
La richesse des formes et des couleurs fait de l’hortensia un livre d’images dont on tournerait les pages à l’infini
Ces beautés bleues, blanches, mauves, roses, mélanges d’eau, de ciel et de lumière, envahiraient des pages et des pages de ce blogue, j’ai commencé par le bleu frais du matin et je termine par le bleu nuit :
A quoi pensent les femmes pendant le repassage ?
Comme je disais à une amie que je ne pouvais pas repasser mon linge sans la compagnie du téléviseur ou du poste de radio pour occuper mon esprit pendant le travail de mes mains, elle me répondit qu’à l’opposé, elle consacrait la séance du repassage au silence, à l’absence d’images, pour faire le vide dans sa tête, laisser vagabonder ses pensées en toute liberté alors que ses doigts s’appliquent à bien diriger le fer.
A quoi pensaient les femmes autrefois quand elles repassaient un linge d’un blanc immaculé avec un fer noir d’un poids, oh dame, d’un poids !
Leurs pensées devaient être aussi légères et fugitives que leur fer était lourd, car le repassage requérait une grande attention.
Fer à braises avec cheminée : 3,700 Kg !
La blanchisseuse, comme la laitière, devait être robuste et courageuse. Pas étonnant que le narrateur d’À la recherche du temps perdu fût attiré par ces jeunes personnes saines et rondelettes aperçues dans la rue et qu’il faisait monter chez lui par l’intermédiaire de Françoise !
Le plus grand soin était apporté à ces fers en fonte, ils devaient avoir les semelles absolument propres avant d’entrer dans les plis délicats du linge laborieusement lessivé. Ils contenaient un lingot brûlant sorti de la cheminée, ou des braises promptes à griller le tissu, et gare aux scories et poussières s’échappant de la cheminée ou des évents !
Quel métier !
Fer dit ” langue de boeuf “
Les formes de ces ustensiles n’ont cessé de varier, évoluer, prendre les noms les plus imagés.
Mon fer langue de boeuf, qui contient un long lingot de fonte, était peut-être un fer de tailleur. Celui qui se trouve posé au sol dans ce tableau lui ressemble un peu :
Quiringh van Brekelenkam ( vers 1620-vers 1668 ), L’atelier du tailleur, 1661, Rijksmuseum Amsterdam, commentaire du musée sur cette page.
revoir l’article ” s’asseoir en tailleur ” sur cette page
J’ai pesé ma langue de boeuf, autre fierté de ma collection, c’étaient 3,900 Kg de fonte que la repasseuse ou le tailleur faisait glisser sur l’étoffe !
Thomas Gainsborough, Les filles du peintre à la chasse au papillon, vers 1756, NG Londres, page du musée
To a butterfly, I
STAY near me—do not take thy flight!
A little longer stay in sight!
Much converse do I find I thee,
Historian of my infancy !
Float near me; do not yet depart!
Dead times revive in thee:
Thou bring’st, gay creature as thou art!
A solemn image to my heart,
My father’s family!
Oh! pleasant, pleasant were the days,
The time, when, in our childish plays,
My sister Emmeline and I
Together chased the butterfly!
A very hunter did I rush
Upon the prey:—with leaps and spring
I followed on from brake to bush;
But she, God love her, feared to brush
The dust from off its wings.
William Wordsworth ( 1770-1850 ), 1801, recueil Poèmes familiers
Comment traduire ce très joli poème avec la légèreté du papillon qu’il mériterait ?
Reste près de moi, ne t’envole pas, reste encore devant mes yeux …
Le papillon représente beaucoup pour le poète, il est l’historien de son enfance et sa vue soulève un flot de souvenirs. La gaie créature fait revivre le temps perdu, l’heureux temps de son enfance avec sa soeur Emmeline, quand ils chassaient ensemble le papillon. Lui, le garçon, bondissait sans ménagement sur l’insecte mais sa soeur, Dieu l’aime, redoutait d’enlever la poudre de ses ailes.
J’aime ce poème et on devine pourquoi. Un son, une couleur , une odeur, un vol de papillon, ces impressions déjà ressenties dans le passé libèrent dans le présent l’essence permanente des choses. Comme un morceau de gâteau trempé dans une tasse de thé ou de tilleul, une haie d’aubépine, une sonate, le son rouillé d’une clochette, le papillon réveille le petit Thomas Wordsworth chez le poète qui a trente-et-un ans.
Je rêve, et la pâle rosée
Dans les plaines perle sans bruit,
Sur le duvet des fleurs posée
Par la main fraîche de la nuit.
D’où viennent ces tremblantes gouttes ?
Il ne pleut pas, le temps est clair ;
C’est qu’avant de se former, toutes,
Elles étaient déjà dans l’air.
D’où viennent mes pleurs ? Toute flamme,
Ce soir, est douce au fond des cieux ;
C’est que je les avais dans l’âme
Avant de les sentir aux yeux.
On a dans l’âme une tendresse
Où tremblent toutes les douleurs,
Et c’est parfois une caresse
Qui trouble, et fait germer les pleurs
René-François Sully-Prudhomme, recueil Stances et poèmes
J’arrive tout couvert encore de rosée, que le vent du matin vient glacer à mon front … la beauté du jardin rend poète malgré soi ! Il a plu cette nuit, une douce pluie silencieuse, la lente précipitation s’est attardée sur les fleurs tandis que le matin clair annonçait un beau dimanche. Promesse tenue, le soleil a brillé sans nuages et je me suis hâtée d’admirer cette magie éphémère de la nature.
La nature semble imiter les fleurs artificielles, les roses de mousseline glacées au sucre, perlées de matière plastique, ou les vraies roses plongées dans une coupe de champagne pour marier les voluptés. Ces roses du jardin sont plus sobres, embrumées d’eau gazeuse naturelle et céleste, comme surprises dans une féérique étape de sublimation.
L’air est doux, nous enveloppe d’un drap tiède et vaporeux , la pluie nocturne avait sublimé les roses en les faisant passer de l’état floral à celui de vapeur colorée, le soleil commence à dissiper les merveilles aqueuses, découd les broderies atmosphériques, sèche les pleurs et les fantaisies, prépare une chaude journée.
Marie-Louise Petiet, Les repasseuses, 1882, musée Petiet Limoux, commentaire
Le travail des repasseuses est tout un art et la hantise, la bête noire du blanc, est le faux pli, tandis que le pli voulu, authentique et travaillé devient un chef-d’oeuvre. Prendre le pli, le marquer, le rythmer est précisément le tour de main savant de la repasseuse.
Cet art du pli de la toile ne se trouve plus que dans les musées, on peut l’admirer dans des toiles fabuleuses, des tableaux religieux le plus souvent, mais aussi dans des natures mortes.
Marco d’Oggiono, La Cène d’après Leonard de Vinci, musée national de la Renaissance Ecouen
Admirons le pliage en rectangles réguliers de cette nappe !
Ce n’est pas le vestige d’un rangement trop étroit dans l’armoire, c’est une décoration recherchée.
À cette époque la nappe damassée en damier n’existait pas encore, c’est la presse, le fer à repasser qui apportait le décor au linge de table.
Philippe de Champaigne, La petite Cène, musée du Louvre
Quelle maîtrise du pli !
Il y a quelques années, je me suis promenée au Louvre à la recherche du pli. C’est amusant de donner un but précis à sa visite et j’avais ainsi photographié de nombreuses nappes au musée. Il y en a beaucoup et les plis marqués donnent autant de relief à la toile peinte par l’artiste qu’à celle étalée sur la table du tableau.
Pliage en carrés, rectangles, bandes, le travail de blanchisserie le plus épatant à contempler est peut-être dans ce tableau de Zurbaran :
Francisco de Zurbaran, Saint Hugues au réfectoire, 1655, musée des beaux arts Séville, page du musée avec un très bel agrandissement
L’art du pli à son apothéose !
Ce repassage artistique devait être celui des moines, oeuvre de longue patience et d’amour du travail bien fait. Le peintre a respecté et admiré lui-même ces plis majestueux, il les a représentés avec délicatesse, les a mis en valeur pour rythmer sa composition, lui donner de la profondeur.
Bravo aux artistes !
Que faire pour éviter le jaunissement du linge rarement utilisé dans l’armoire ? S’en servir plus souvent ! Oui, mais encore ?
Ma grand-mère m’a donné autrefois des piles de serviettes de table qu’elle tenait elle-même de sa belle-mère. Le linge ancien nous met dans de beaux draps aussi en nous posant un dilemme : si nous l’utilisons régulièrement , on accélère son usure déjà avancée, si on le laisse sur l’étagère, il se pique, jaunit aux pliures.
J’ai ainsi relavé plus de quarante serviettes de table, et je ne les repasse pas , heureusement, avec ce petit fer à trappe coulissante et à lingot, car la plupart des pièces mesurent près d’un mètre de côté !
Conseil de La Maison Rustique de madame Millet-Robinet, édition de 1911 :
Les serviettes qui ont moins de 70 cm de longueur sont trop petites, ne rendent pas tous les services qu’on attend, et ont un air de mesquinerie désagréable ; les serviettes de plus de 1 mètre de long sont trop grandes et deviennent embarrassantes. La dimension de 80 cm est la plus convenable.
La norme aujourd’hui a divisé cette dimension par deux, on ne mélange plus les torchons et les serviettes sans s’en apercevoir !
Savoir vivre de la serviette :
On attend d’abord que la maîtresse de maison déplie sa serviette pour faire de même. On ne la déplie pas complètement, on n’emballe pas ses cuisses avec ce linge car on est censé manger proprement, on la pose simplement sur ses genoux. On ne la noue pas autour de son cou, on ne l’accroche pas à son décolleté ni à sa boutonnière comme dans ce tableau, ( dans ce tableau il s’agit d’un repas champêtre, informel ) :
Nicolas Lancret, Le déjeuner de jambon, 1735, musée Condé Chantilly
Madame Millet-Robinet recommande de numéroter les serviettes par douzaines, c’est à dire que chacune des serviettes de la même douzaine porte le même numéro. Cela permet de bien vérifier le roulement, de ne pas utiliser une douzaine plus souvent qu’une autre. Et là, en lisant toujours ses conseils d’un autre siècle, d’un autre millénaire, à des années lumière de notre ère de la serviette jetable, je découvre la solution anti-jaunissement des piles dans l’armoire :
on enveloppe chaque douzaine dans une des serviettes du même numéro, en l’attachant avec trois épingles. On suspend à chaque paquet une petite étiquette semblable à celle que l’on met aux draps, on y inscrit le numéro de la douzaine.
La serviette de table était vaste, mais le commerce de la Compagnie des Indes, avec l’arrivée des boissons exotiques et de nouveaux tissus, donna l’occasion de créer de nouveaux formats de serviettes. Serviettes à café, à chocolat, serviettes à thé, plus petites, en damas à trame de soie et bordées de franges.
Comme l’Histoire et l’économie continuent d’influer sur la serviette de table, de nos jours , dans un souci écologique, nous n’utilisons plus la serviette en papier et revenons au textile. La couleur nous évite de les numéroter !
Ce premier fer électrique Calor, et premier fer électrique de fabrication française, est la fierté de ma petite collection : il date des années vingt. Il pèse très lourd, on constate qu’il reprend la forme et le poids des fers en fonte contemporains avec le courant de chaleur interne en prime .
Anachronisme et fantaisie, peu importe, au nom du fer tout est permis, ce Calor d’usage parce qu’il a perdu son fil me permet d’évoquer un charmant et rare passage de la littérature française, car celle-ci mentionne rarement le travail de repassage :
Georges Callot, L’attente, 1886, musée d’art et d’histoire Cholet
il s’agit de Madame Bovary de Gustave Flaubert.
Emma Bovary s’éprend de Rodolphe et ne supporte plus son mari Charles. Pour Rodolphe elle se met en grands frais de coquetterie et soigne sa toilette comme une courtisane qui attend son prince.
Il fallait que la domestique fût sans cesse à blanchir son linge ; toute la journée, Félicité ne bougeait de la cuisine, où le petit Justin, qui souvent lui tenait compagnie, la regardait travailler.
Le coude sur la planche où elle repassait, il considérait avidement toutes ces affaires de femme étalées autour de lui : les jupons de basin, les fichus, les collerettes, et les pantalons à coulisse, vastes de hanches et qui se rétrécissaient vers le bas.
” A quoi cela sert-il ? demandait le jeune garçon en passant sa main sur la crinoline ou les agrafes.
- Tu n’as donc jamais rien vu ? répondait en riant Félicité ; comme si ta patronne, Mme Homais, n’en portait pas de pareils.
- Ah, bien oui, Mme Homais !
Et il ajoutait d’un ton méditatif :
- Est-ce que c’est une dame comme madame ?
Mais Félicité s’impatientait de le voir tourner ainsi tout autour d’elle. Elle avait six ans de plus, et Théodore, le domestique de M. Guillaumin, commençait à lui faire la cour.
- Laisse-moi tranquille ! disait-elle en déplaçant son pot d’empois. Va-t-en plutôt piler des amandes ; tu es toujours à fourrager du côté des femmes ; attends, pour te mêler de ça, méchant mioche, que tu aies de la barbe au menton.
Henri Gervex, Rolla, 1878, mba Bordeaux
De nombreuses personnes pourraient dire aussi en repassant leur linge ” Emma Bovary, c’est moi ! “, car la corvée paraît souvent ennuyeuse, dénuée de sens, et la repasseuse ou le repasseur tente de s’évader en pensée vers des contrées plus captivantes.
Personnellement j’aime bien me glisser dans ces heures chaudes, propres et domestiques, qui me donnent l’occasion de regarder un film, écouter une émission, sans avoir le sentiment de ne rien faire alors que tout s’agite autour de nous. Le fer, la planche et les corbeilles créent un moment de douceur parfumée, utile et plein de noblesse comme toute tâche ménagère !
Etendre la lessive au grand air, sous le ciel bleu, est l’un des plaisirs de l’été. Plier et humer le linge gorgé de soleil, crépitant de lumière tiède et pénétré des parfums du jardin, ranger dans l’armoire ce trésor estival comme on met en bocal les fruits de la belle saison …
Après la mise au bleu
la mise au vert !
Les blanchisseuses blanchissent, coulent, trempent, tapent, frottent, essangent, essorent, étendent
Herber : verbe transitif, exposer sur l’herbe de la toile qu’on veut blanchir ( dictionnaire Le Robert )
” L’oeuvre au blanc ” , fabuleux patchwork d’antan
L’auteur de ce tableau de blanchisseuses était un compatriote de Marguerite Yourcenar …
Cet herbage de la grande buée est décrit d’une manière savoureuse et merveilleuse par deux peintres exactement :
Jan Brueghel L’Ancien et Joos De Momper , Marché flamand et place de la lessive, vers 1620, musée du Prado Madrid, commentaire du musée
Il y a deux scènes dans ce tableau, le marché à gauche, la lessive à droite, Brueghel peignait les personnages et Momper le paysage.
On reconnaît bien la main de Joos De Momper, revoir ici mon petit article.
Le site du musée permet de zoomer sur le tableau et d’en admirer tous les détails. C’est un délice de regarder cet étalage de linge de maison, linge de corps, le spectateur devient presque voyeur.
Il est vrai que la blanchisseuse autrefois, en pénétrant au coeur du linge et des taches, découvrait la vie intime des maîtres, apprenait tout de leurs humeurs, elle devait être tenue par ses secrets professionnels, moral et technique !
Cet oeuf n’aurait-il pas inspiré Brancusi ?
Un bel objet d’une surprenante modernité pour son âge et son usage.
Je reprends ma petite chronique ” pressophile “, et de la coccinelle je passe au coq.
Cet oeuf est un coq à repasser.
Le mien est électrique, mais celui de Gervaise était chauffé sur le réchaud à fers :
Gervaise acheva enfin la coiffe du bonnet de Mme Boche. Elle en avait ébauché les dentelles, les étirant à la main, les redressant d’un léger coup de fer. C’était un bonnet dont la passe, très ornée, se composait d’étroits bouillonnés alternant avec des entre-deux brodés. Aussi s’appliquait-elle, muette, soigneuse, repassant les bouillonnés et les entre-deux au coq, un oeuf de fer fiché par une tige dans un pied de bois.
Extrait de l’Assommoir d’Emile Zola
Le coq est hardi dans les froufrous, les bouillonnés, les ruchés, les bonnets, les manches ballons, les recoins du vêtement façonnés et bichonnés par la couturière et la brodeuse.
Ce n’est plus le fer qui va et vient sur l’étoffe, c’est le vêtement qui offre et tend tous les replis de son architecture au fer immobile en quêtant sa bonne chaleur et le massage habile de sa tête profilée.
C’était tout un ” savoir-fer “, que nous avons oublié. Qui utiliserait un coq aujourd’hui pour parfaire la finition d’une chemise de nuit en fil, au préalable passée au bleu et soigneusement amidonnée ?
Savant métier, celui de la lingère et de son apprentie, la noguette !