Du côté de chez Grillon du foyer

Un dé d’argent

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    Gerard ter Borch (1617-1681), Dame cousant près d’un berceau, vers 1655-1656, Mauritshuis La Haye, notice et agrandissements.

Gerard ter Borch, après sa formation chez son père à Zwolle puis chez un autre peintre néerlandais à Haarlem, a beaucoup voyagé, en Angleterre, Allemagne, France, Italie, Espagne ; il a notamment peint en Allemagne la signature du traité de paix de Munster de 1648, qui mit fin à quatre-vingts ans d’occupation espagnole ( voir au Rijksmuseum d’Amsterdam ainsi qu’à Londres à la National Gallery), et à partir de 1650 il s’est spécialisé dans la peinture de genre, la représentation de la société bourgeoise dans des scènes galantes, musicales ou plus intimes ; il a peint avec finesse et discrétion la vie dans l’univers clos et confortable des intérieurs hollandais.

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Un très subtil et sobre camaïeu de tons froids, veloutés, pleins de retenue, des bleus, gris, blancs, encadrent le silence et la concentration de la jeune mère. On admire le rendu des matières, le velours, le lin, le satin, la fourrure … Le site du musée permet de zoomer sur les détails, d’amplifier la lumière du linge blanc …

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Un dé ! Ce beau tableau silencieux, où l’on n’entend que le petit bruit du balai ou du chaudron dans la cheminée et celui de l’aiguille contre le dé, ajoute un élément à ma collection virtuelle et donc … digitale !
Voir la catégorie le dé à coudre.

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Le thème du dé me donne l’occasion de dévoiler quelques unes de mes créations, car à vrai dire je passe beaucoup plus de temps avec mes aiguilles qu’avec l’ordinateur !
Me revoilà notamment dans la layette puisque la famille s’agrandit …

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Alliance du tricot et de la couture, j’ai eu envie de coudre du biais sur le lainage, l’effet me plaît !

couture, tricot,le dé à coudre @ 1:21 , février 28, 2015

Les fleurs sessiles du mimosa

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Il y a trois ans j’avais proposé, pour le temps du mimosa, un texte de Francis Ponge, la première partie de son exercice de style autour du Mimosa, paru dans La rage de l’expression (éd. Poésie/Gallimard).
Revoir ici.
Je pourrais y revenir chaque année, car cette déclinaison du mimosa dans tous ses états linguistiques et botaniques prend vingt pages du recueil. De quoi régaler les amoureux de cet arbre !

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Ponge plonge dans le Larousse et recopie les définitions :

      Mimosa, s.f. (mais d’après les botanistes s.m.) : nom latin d’un genre de légumineuses dont la plus connue est la sensitive (mimosa pudica). Etymologie : voir mimeux.

      Mimeux : se dit des plantes qui, lorsqu’on les touche, se contractent. Les plantes mimeuses. Etym. : de mimus, parce qu’en se contractant ces plantes semblent représenter les grimaces d’un mime.

      Eumimosa : Ce curieux petit arbuste aime la pleine lumière et des arrosages fréquents en été. Fleurs petites, sessiles. Inflorescences ressemblant à des houppes soyeuses à cause du très grand nombre de longues étamines qui les hérissent.

      Mimosées : Cette famille forme le passage des légumineuses aux rosacées.

    Francis Ponge, Le mimosa, recueil La rage de l’expression, 1941.

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Je plonge à mon tour dans le dictionnaire et n’ai point trouvé d’eumimosa, mais c’est un plat que j’aime préparer, on écrase les jaunes des oeufs durs avec un presse-purée, et ils s’éparpillent en houppettes jaunes, on les mélange à de la mayonnaise et du persil frais haché, on remplit les demi-coques blanches et c’est une entrée simple, printanière et délicieuse.

J’aime bien l’adjectif sessile, de la même famille que le verbe asseoir, et peut-être aussi le Sessel allemand qui désigne le fauteuil, en botanique, cet adjectif qualifie les fleurs ou feuilles sans pédoncule, tige ou pétiole. Des fleurs assises, confortablement épanouies dans leurs houppes soyeuses !

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arbres,littérature,poésie,philosophie,Mots @ 4:17 , février 26, 2015

Le mimosa du cinéma

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Fermé depuis six ans déjà mon petit cinéma !
Il n’a pas trouvé de repreneur, mais son enveloppe de pierres et d’ardoises demeure là, immobile et muette, posée comme un inquiétant point d’interrogation sur un terrain qui devient de plus en plus vague. Il était né au temps de la nouvelle vague, et celle dévastatrice de la présente crise l’a emporté. Sa propriétaire s’est enfuie soudainement sur un dernier clap, personne ne sait ce qu’elle devient. Elle menait sa nef obscure avec coeur pourtant, seule aux machines, à la caisse, à l’entretien de la salle et au choix des films. On se sentait bien chez elle, on prolongeait la séance par une critique animée du film, un bavardage nourri de sa culture. On voyait toujours les films en version originale, l’authentique et la plus fidèle, on découvrait des raretés du monde entier dans ce bouquet multicolore d’art et d’essais. La grande variété des langues et des genres était inversement proportionnelle au groupe de spectateurs, nous étions dix au maximum, toujours les mêmes.

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La dernière affiche annonçant une prochaine programmation dégouline sous la pluie acide des ans. L’année de sortie du film témoigne de l’année de fermeture : 2009. Je n’ai pas vu ce film, la dame m’avait dit d’un ton résigné de fleur fanée qu’il montrait trop bien l’aspect négatif de la société française, qu’il ne faisait pas rêver comme d’autres films ignorés du public grégaire, issus de pays plus pauvres, mais si riches d’émotion.
Le titre de ce film devint ironique, le petit cinéma avait une dernière chose à nous dire à l’oreille, quelque chose comme merci d’être venu, ou bien, vous allez maintenant me regretter.

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Aujourd’hui le parking est en friche, mais un mois par an, en février, le public vient nombreux … pour cueillir du mimosa. L’écran technicolor est éteint mais l’arbre sensitif, sensible comme les toiles projetées autrefois, fait son cinéma.

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On lève les yeux sur la toile bleue du ciel où, comme la marguerite de Gaumont, fleurit l’âme du petit cinéma perdu.

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arbres,Cinéma&personnalités @ 5:05 , février 24, 2015

Le dernier gardien d’Ellis Island

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      Nef du musée d’Orsay

Dans le cadre du prix CEZAM, j’ai lu le dernier roman de Gaelle Josse, Le dernier gardien d’Ellis Island, publié par Notabilia.
Ce petit livre conte les derniers jours de l’activité sur Ellis Island, cette île située face à Manhattan dans l’embouchure de l’Hudson, qui fut le passage obligé des immigrés arrivant par bateaux de l’Europe (principalement) aux Etats Unis, durant la période de 1892 à 1954.
A leur arrivée, les immigrés étaient accueillis par la statue de la Liberté, située sur Liberty Island située à huit-cents mètres d’Ellis Island.

Il fallait qu’un tel roman fût publié pour que l’histoire de cette île poste de frontière soit ravivée dans notre esprit, et c’est son grand mérite. Mais ce livre est un roman, la vie des personnages est inventée, cela plaira beaucoup au lecteur, et en ce qui me concerne, l’écriture bien sage, sans fantaisie ni surprise, d’un ton monocorde et fatal, n’attache pas vraiment mon esprit girouette et enfantin. J’aurai préféré moins de romance et de pathos, plus de vérité et de verve, mais ce n’est qu’un détail.

Miss Liberty, la colossale statue de la Liberté éclairant le monde, était un cadeau offert par la France aux Etats Unis pour le centenaire de leur indépendance en 1876. Elle est arrivée à New York dix ans plus tard en 1886.
On ne le voit pas sur les photos, ni sur l’île même, et le roman de Gaelle Josse ne le dit pas, mais le musée d’Orsay permet de le voir dans le modèle réduit exposé, le symbole de la liberté le plus probant sur cette statue est la chaîne brisée aux pieds de la femme. Chaîne brisée de la servitude. Et les immigrés arrivant à Ellis fuyaient eux aussi diverses formes de servitude, la misère, la persécution …

Mais à Ellis hélas c’est là qu’est l’os. Comme le décrit le roman, les hommes et les femmes ne retrouvaient pas forcément la liberté, ils étaient examinés, interrogés, triés, estampillés, et certains n’étaient pas acceptés sur le sol américain. Ils devaient, la mort dans l’âme, retourner là d’où ils venaient.

Les meilleures pages du roman sont selon moi les dernières, celles de la postface, dans lesquelles l’auteur explique avec un sincère enthousiasme que l’idée du roman lui vint après la visite du musée de l’immigration sur cette île. C’est épatant qu’un musée impressionne le visiteur au point qu’il en écrive un livre, c’est son aspect le plus riche et le plus fécond.

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littérature,poésie,philosophie @ 2:42 , février 23, 2015

ce feuillage du mimosa de tes yeux

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Voici du mimosa breton, un mimosa dans le jardin d’un voisin, et puis voici quelques mots d’André Breton :

      Mais quelle est donc cette herbe d’énigme, tour à tour celle du boisement et du déboisement total, ce feuillage du mimosa de tes yeux ? Le bruit court, plus léger qu’une onde sur elle, que c’est la sensitive.
      On n’en finira jamais avec la sensation. Tous les systèmes rationalistes s’avéreront un jour indéfendables dans la mesure où ils tentent, sinon de la réduire à l’extrême, tout au moins de ne pas la considérer dans ses prétendues outrances. Ces outrances sont, il faut bien le dire, ce qui intéresse au suprême degré le poète.

      André Breton, extrait de L’amour fou

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Le mimosa, l’herbe mimose, l’herbe sensible, l’herbe vive, la sensitive, sont tous les noms de cette plante qui se rétracte dès qu’on la touche, du moins pour certaines espèces.

Dans L’amour fou d’André Breton, il est beaucoup question de fleurs, et d’amour, l’amour conte fleurette sur un mode parfois surréaliste qui déroute un peu le lecteur, mais la poésie se glisse au détour des phrases par enchantement.
Le mimosa, herbe d’énigme, qui répond plus à la sensation qu’à la raison, fait mousser la poésie.

Chaque année le mimosa revient, sensible, frissonnant dans l’air froid de février, brodant le ciel de ses pompons, et répandant par bouffées fugitives son parfum frais, rêve de printemps.

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arbres,hiver,littérature,poésie,philosophie @ 6:48 , février 20, 2015

Le transport des oeuvres d’art autrefois

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    François Bunel le Jeune, La saisie d’un fonds d’atelier de peintre, vers 1590, Mauritshuis La Haye, notice

François Bunel était un peintre à la cour de Henri IV. Il est mort vers 1593. Ce peintre est méconnu, mais son nom évoque un certain animateur de télévision !

Dans le site du musée, on peut zoomer sur l’image pour observer les détails.

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Ce tableau nous montre comment s’opérait la saisie du contenu d’un atelier. Faillite ? On ne connaît pas la cause de ce déménagement, tout doit disparaître apparemment. L’atelier du peintre se trouve à l’intérieur d’une galerie ouverte sur la rue, qui expose aussi des statues, des bibelots, des dessins et gravures. Une dame regarde avec résignation les huissiers et les hommes de main s’affairer autour des oeuvres. Où est le peintre ? Derrière elle peut-être, tenant un étrange linge de couleur orange.

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Ce détail ci-dessus fait penser à un trompe-l’oeil de Gijsbrechts ! (voir ici)

Les tableaux sont empilés sur le dos des déménageurs, ou bien mis dans des malles attachées aussi au dos des hommes.
Les petits tableaux étaient rangés dans des coffres et il fallait des hommes forts comme des diables.
Point de polystyrène, papier bulle, caisses capitonnées et visseuses électriques …
On aimerait se dire que ce fonds d’atelier a été légué à une galerie nationale, mais les musées n’existaient pas encore !

Peinture @ 11:14 , février 19, 2015

Lecture du 49.3

Josias

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      .1 Le souvenir de Josias est une mixture d’encens
      préparée par les soins du parfumeur ;
      il est comme le miel doux à toutes les bouches,
      comme une musique au milieu d’un banquet.

      .2 Lui-même prit la bonne voie, celle de convertir le peuple,
      il extirpa l’impiété abominable ;

      .3 Il dirigea son coeur vers le Seigneur,
      en des temps impies, il fit prévaloir la piété.

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Mercredi des Cendres aujourd’hui. Nous entrons dans le carême. J’ai découvert ce tableau de Walscapelle dans le site de la National Gallery de Washington, et, grâce au zoom, j’en ai pu admirer l’infinie beauté.
Les symboles de cette nature morte sont, comme presque toujours dans la peinture hollandaise du XVIIème siècle, bibliques. Les Pays-Bas étaient en majorité protestants, la figure du Christ et la croix ne devaient pas apparaître dans les images, les objets et les fruits se sont alors chargés de symboles.
Ce tableau d’une grande sobriété résume dans ses fruits et son verre de vin admirablement peints l’eucharistie, le salut, la résurrection.

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La grenade, qui réunit les grains sous sa peau, symbolise l’union, la conversation, la concorde. Elle a aussi donné son nom, par analogie de forme, à un violent instrument de discorde !
La concorde est l’accord des coeurs dans la multiplicité, la conversation réclame l’union et l’amitié dans les échanges.

J’ai ouvert la Bible et suis tombée sur le livre de l’Ecclésiastique, que je ne connaissais pas, un livre qui fait partie de la Bible grecque, et qui fut d’abord composé en hébreu par Ben Sira vers 190. L’actualité, qui demande de faire prévaloir la confiance, m’a fait lire avec intérêt le chapitre 49 consacré à Josias …

Que chacun cherche et trouve la sagesse et la sérénité en ce temps de carême !

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Peinture @ 3:16 , février 18, 2015

Le plus enivrant des romans d’amour : l’indicateur des chemins de fer

Au temps de l’exécution de ce petit tableau, vers 1870, donc à la naissance de Proust, le train était encore une nouveauté, un grand progrès technique, qui intéressait Monet.
Proust, comme Monet, s’intéressa beaucoup aux machines nouvelles, ou moins récentes, comme le train, l’automobile, l’avion, la photographie, et se fit lui aussi peintre de la vie moderne.

Comme c’est la Saint Valentin aujourd’hui, je me penche sur l’amour de Swann. Ce n’est certes pas le meilleur exemple d’amour pour la fête de Valentin, tant il est compliqué, torturé, intermittent !

Quand Proust écrit Du côté de chez Swann, le train s’est développé, organisé, réglementé, les chemins de fer ont maintenant leur bottin et leurs grandes gares parisiennes.
Mais l’amour de Swann pour Odette emprunte des chemins tortueux. Swann est rejeté par les amis d’Odette, les Verdurin, et Odette lui interdit de la rencontrer en présence de ceux-ci.
Odette doit aller visiter la région de Compiègne avec ses amis, et Swann meurt d’envie de la suivre.

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    Claude Monet, Le pont de chemin de fer à Argenteuil, 1873-1874, musée d’Orsay, notice

Mais quand elle était partie pour Dreux ou pour Pierrefonds – hélas, sans lui permettre d’y aller, comme par hasard, de son côté, car « cela ferait un effet déplorable », disait-elle – il se plongeait dans le plus enivrant des romans d’amour, l’indicateur des chemins de fer, qui lui apprenait les moyens de la rejoindre, l’après-midi, le soir, ce matin même ! Le moyen ? presque davantage : l’autorisation. Car enfin l’indicateur et les trains eux-mêmes n’étaient pas faits pour des chiens. Si on faisait savoir au public, par voie d’imprimés, qu’à huit heures du matin partait un train qui arrivait à Pierrefonds à dix heures, c’est donc qu’aller à Pierrefonds était un acte licite, pour lequel la permission d’Odette était superflue ; et c’était aussi un acte qui pouvait avoir un tout autre motif que le désir de rencontrer Odette, puisque des gens qui ne la connaissaient pas l’accomplissaient chaque jour, en assez grand nombre pour que cela valût la peine de faire chauffer des locomotives.
Marcel Proust, Du côté de chez Swann II

Proust fait de l’humour à travers le malheur de Swann !
Swann n’a pas le droit de retrouver Odette à Pierrefonds, et il retourne cette interdiction en preuve d’amour. Si Odette lui interdit d’aller dans un endroit où tout le monde est libre d’aller, c’est qu’elle le tient esclave, lui montre un intérêt particulier par cette restriction, et donc lui réserve une certaine forme d’amour. Alors dans ces conditions, Swann ne veut pas la décevoir en allant malgré tout à Pierrefonds, et il se contente de se plonger dans une carte de la forêt de Compiègne comme dans une carte du Tendre, et s’entoure de photographies du château de Pierrefonds.
Et puis il compulse encore l’indicateur des chemins de fer, comme s’il consultait les oracles, pour deviner le moment de son retour.
Son amour en ruine se reconstruira finalement comme le château !

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    J.B. Camille Corot, Vue du château de Pierrefonds, 1840-1845, musée des beaux arts Quimper, notice

Marcel Proust @ 3:08 , février 14, 2015

Avoir un cadeau en tête …

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    Jean Béraud, Parisienne sur la Place de la Concorde, musée Carnavalet Paris, notice

L’origine du mot cadeau apparaît comme un joli cadeau de la langue française … ou plus précisément de l’ancien provençal, capdel, lui-même issu du latin capitellum qui veut dire « petite tête, extrémité ».

Le cadeau désigne d’abord la lettre capitale ornée, l’initiale ornementale, souvent décorée d’une tête d’animal ou de personnage, et placée en tête d’un chapitre, et plus généralement les traits de plume autour d’une lettre dessinés par les maîtres d’écriture.

Comment a glissé le sens du mot cadeau de l’écriture au paquet? On imagine par exemple que le lien est le ruban, passé de la lettre entrelacée à la boîte emballée de joli papier !
Dans le courant du XVIIème siècle, l’ornementation raffinée des lettres capitales a inspiré et désigné les fêtes galantes et musicales offertes à une dame.
Et les maîtres d’écriture, qui faisaient des cadeaux en écrivant de bien artistique façon ont donné à l’expression le sens de faire des choses spécieuses et inutiles. Par extension, un cadeau est devenu quelque chose qu’on offre à quelqu’un pour lui faire plaisir, en hommage.

L’art de faire un paquet cadeau est proche de la calligraphie !

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      Lettre ornée P, Manuscrit occidental, Partie de bible, 1120-1130 ?, BnF, gros plan

Mots @ 6:11 , février 12, 2015

Un hiver à Paris

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    Johann Baptist Reiter, Garçon lisant, Galerie du Belvédère Vienne, notice

La classe, ton univers impitoyable, a-t-on envie de chanter en se rappelant la série américaine de ces années-là … la classe prépa, ça passe ou ça casse … l’écrasante somme de travail, la solitude, le peu d’espérance, et l’escalier sans filet …

Un hiver à Paris, roman de Jean-Philippe Blondel, paru au début de cet hiver, janvier 2015, chez Buchet Chastel, m’a subjuguée par sa profondeur.

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Le sujet est tragique : dans les années quatre-vingt, dans un lycée parisien, un élève d’hypokhâgne saute. On comprend quelle rampe il a franchie, au deuxième étage. Un élève de khâgne, le narrateur du roman, qui avait auparavant approché cet élève très solitaire, se précipite le premier au bas de l’escalier. Toute l’attention se porte alors sur lui, dans ce monde intraitable où les relations humaines sonnent faux. Le narrateur, choqué, et interrogé par ce nouveau regard qu’on daigne lui adresser, tente de démêler tout un entrelacs de sentiments troubles.

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      Rembrandt, Titus lisant, 1656-57, KHM Vienne, notice

Le narrateur a passé les concours, sans conviction, ni succès, est devenu professeur et écrivain. Il a trouvé le salut dans les livres, l’écriture l’a empêché de sauter.

L’auteur parvient (presque) à nous glisser dans l’atmosphère à la fois confuse et clairvoyante de Stefan Zweig. C’est selon moi le meilleur des compliments.

J’ai trouvé deux liseurs, deux tableaux conservés à Vienne (la ville de Zweig !). L’artiste autrichien Johann Baptist Reiter avait vu le Rembrandt et s’était inspiré du jeune Titus pour peindre son garçon en train de lire.

littérature,poésie,philosophie @ 2:42 , février 10, 2015
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