Du côté de chez Grillon du foyer

Oeufs de Pâques -3-

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    Isidore Opsomer
    (1878-1967), Nature morte aux oeufs, 1927, Centre Pompidou, notice

Aux « roulées », les enfants de choeur quêtaient, et rapportaient des panerées, des sacs, des monceaux d’oeufs, dont les paysans se montraient moins avares que de pain bis. Le facteur rural, qui s’appelait Roussine et ne savait pas comment nourrir ses sept enfants, revenait de sa tournée riche une fois par an, et fier de soixante douzaines d’oeufs, qu’il cédait aux deux pâtissiers et au patron de l’auberge. « J’en ai retiré, me confiait-il avec orgueil, jusqu’à des dix-huit et vingt francs. Seulement, dans les campagnes, ils me les mettent de côté un peu trop tôt. » Il rapportait aussi quelques uns de ces fromages plats, et durs, qu’on étoile d’un coup de poing, comme une vitre, et les dernières pommes ridées …

Colette , 0eufs de Pâques, extrait, recueil « En pays connu »

Je ne sais pas ce qu’étaient ces roulées dont parle Colette. Si quelqu’un peut nous le dire … merci !
Le mot « panerée » se perd, il est pourtant simple et beau pour désigner le contenu d’un panier.

Isidore Opsomer est un peintre flamand postimpressionniste, auteur de beaux paysages, natures mortes, autoportraits, qu’on aperçoit ici.

Dick Ket est un artiste néerlandais ( wikipedia ) qui a peint plusieurs natures mortes avec des oeufs, dans un style croisé de réalisme, expressionnisme, dadaisme, cubisme, il a fait de nombreux autoportraits à la manière des peintres flamands du XVème siècle. Cet artiste original, surprenant, inventif, est mort hélas jeune, d’une malformation cardiaque.

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    Dick Ket (1902-1940), Nature morte aux petits pains, Gemeentemuseum La Haye, notice

oeufs @ 9:47 , avril 17, 2014

Oeufs de Pâques -2-

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    Charles Cottet, Verres et fruits, 1887, musée d’Orsay, notice

Le samedi de Pâques, autrefois, je les trouvais par terre, étrange fruit des bordures de buis taillé. Je les pouvais cueillir aussi entre les tiges aqueuses de la jacinthe et des narcisses trompette. Les couleurs épaisses des oeufs durs de Pâques – un bleu d’encre, un rouge triste et violacé – sont bon teint dans mon souvenir.
Leur bleu, leur rouge, traversaient parfois la coquille, veinaient le blanc de l’oeuf. « Ne les mange pas, disait alors ma nourrice, c’est de la poison ! ». Elle rentrait du marché, le mardi de Pâques, en proie à un scandale annuel. « Quatorze sous la douzaine, les oeufs ! Et on dit qu’on les verra à seize ! Qu’est-ce que le pauvre monde va bien pouvoir manger ? »

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L’oeuf, en ces temps lointains, était l’ordinaire des pauvres. Il était aussi le plus modeste des dons, un appoint alimentaire qu’on échangeait de porte à porte comme le brin de cerfeuil, la feuille de laurier, une « verrinée » de lait. Un oeuf ! Qui songeait à vendre un oeuf ? On l’offrait à un enfant en guise de bonbon : « Tu veux gober un caquin ? Il est tout chaud de la poule blanche !

Colette, Oeufs de Pâques, extrait, recueil « En pays connu ».

Tableau inséré dans le texte :
Jean Pougny, Assiette aux oeufs, vers 1917-1918, Centre Pompidou Paris, notice

Chaque année pendant la semaine sainte, je me lance dans une chasse aux oeufs dans les musées. C’est très amusant ! J’ai découvert avec grand plaisir une fort belle nature morte de Charles Cottet, un peintre que j’aime beaucoup, discret, qui a merveilleusement saisi la lumière tragique de certains bords de mer en Bretagne.

Dans ses « oeufs de Pâques », Colette nous livre ses réflexions piquantes et pittoresques autour des oeufs.
A suivre :-) !

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    André Derain
    , Nature morte aux oranges, 1931, Centre Pompidou Paris , notice

oeufs @ 6:21 , avril 15, 2014

Oeufs de Pâques -1-

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    William Henry Hunt, Nid de pinson et aubépines, vers 1845, aquarelle, The Courtauld Institute of Art Londres, notice

      Oeufs de Pâques

De mon oeuf de Pâques, je n’aurai que les débris. Qu’il était petit et fragile ! Sa coque – comme les bulles de verre qui soutiennent, au sein d’une bouteille de verre scellée pleine d’eau, les ex-voto légers offerts à la Vierge noire de Sainte-Liesse – se pulvérise sous les doigts. Blanc, piqueté de marron, d’abord je l’ai cru entier. Qui l’avait apporté là ? Point de branches et point de nid au dessus de ma tête. Un oeuf volé …

Primroses and Bird's Nest null by William Henry Hunt 1790-1864

Je sais bien que les chats errants, dans la campagne, mangent tout plutôt que de mourir. Faute de gibier, ils croquent le bout rose de l’asperge, parfois la fraise, le melon par préférence ; on a vu, l’été, des matous mordre des poires …
En Bretagne, la martre, la belette, la blonde fouine, autour de la maison, visitaient les nids. Mais ici, j’accuserais plutôt la couleuvre. L’an passé, mieux que l’oeuf, elle a enlevé le poussin. Dans le jardin de mes voisins, elle le tenait tout piaillant par le croupion, et elle a pris le large sans le lâcher. La jungle est si proche de l’Eden …
D’une couvée d’oiseau, il ne reste à mes pieds qu’une coupelle délicate et tavelée, bien léchée par la bête scélérate. Je chercherai donc d’autres oeufs de Pâques, quand ce ne serait que dans ma mémoire.

Colette , Oeufs de Pâques, première partie, recueil En pays connu

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    William Henry Hunt, Nid et aubépines, aquarelle, V&A Londres, notice

Suite du texte de Colette demain !

La notice de l’oeuvre dans le texte est :
William Henry Hunt, primevères et nid d’oiseau, Tate Gallery Londres, notice

W.H. Hunt (1790-1864) était surnommé Bird’s Nest Hunt (chasse au nid d’oiseau), parce qu’il a peint de très nombreuses aquarelles avec des nids, cependant, ce peintre anglais prolifique a peint des sujets très variés, des portraits, des paysages, des natures mortes. La délicatesse avec laquelle il représenta les oeufs d’oiseaux sauvages est aussi fine que les descriptions de Colette.

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    William Henry Hunt, Primevères et nids d’oiseaux, vers 1850, aquarelle, V&A Londres, notice

oeufs @ 9:47 , avril 14, 2014

Garçon, de quoi écrire !

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Je demeurai longtemps derrière un Vittel-menthe
L’histoire quelque part poursuivait sa tourmente
Ceux qui n’ont pas d’amour habitent les cafés
La boule de nickel est leur conte de fées
Si pauvre que l’on soit il y fait bon l’hiver
On y traîne sans fin par la vertu d’un verre
Moi j’aimais au Rocher boulevard Saint-Germain
Trouver le noir et or usagé des sous-mains
Garçon de quoi écrire Et sur la molesquine
J’oubliais l’hôpital les démarches mesquines
A raturer des vers sur papier quadrillé

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Tant que le réverbère au-dehors vînt briller
Jaune et lilas de pluie au cœur du macadam
J’épongeais à mon tour sur le buvard-réclame
Mon rêve où l’encre des passants abandonna
Les secrets de leur âme entre deux quinquinas
J’aimais à Saint-Michel le Cluny pour l’équerre
Qu’il offre ombre et rayons à nos matins précaires
Sur le coin de la rue Bonaparte et du quai
J’aimais ce haut Tabac où le soleil manquait
Il y eut la saison de la Rotonde et celle
D’un quelconque bistrot du côté de Courcelles
Il y eut ce café du passage Jouffroy
L’Excelsior Porte-Maillot Ce bar étroit
Rue du Faubourg-Saint-Honoré mais bien plus tard
J’entends siffler le percolateur dans un Biard

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C’est un lieu trop bruyant et nous nous en allons
Place du Théâtre-Français dans ce salon
Au fond d’un lac d’où l’on
Voit passer par les glaces
Entre les poissons-chats les voitures de place
Or d’autres profondeurs étaient notre souci
Nous étions trois ou quatre au bout du jour assis
A marier les sons pour rebâtir les choses
Sans cesse procédant à des métamorphoses
Et nous faisions surgir d’étranges animaux
Car l’un de nous avait inventé pour les mots
Le piège à loup de la vitesse
Garçon de quoi écrire Et naissaient à nos pas

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L’antilope-plaisir les mouettes compas
Les tamanoirs de la tristesse
Images à l’envers comme on peint les plafonds
Hybrides du sommeil inconnus à Buffon
Êtres de déraison Chimères
Vaste alphabet d’oiseaux tracé sur l’horizon
De coraux sur le fond des mers
Hiéroglyphes aux murs cyniques des prisons
N’attendez pas de moi que je les énumère
Chasse à courre aux taillis épais Ténèbre-mère
Cargaison de rébus devant les victimaires
Louves de la rosée Élans des lunaisons
Floraisons à rebours où Mesmer mime Homère
Sur le marbre où les mots entre nos mains s’aimèrent

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Voici le gibier mort voici la cargaison
Voici le bestiaire et voici le blason
Au soir on compte les têtes de venaison
Nous nous grisons d’alcools amers
O saisons
Du langage ô conjugaison
Des éphémères
Nous traversons la toile et le toit des maisons
Serait-ce la fin de ce vieux monde brumaire
Les prodiges sont là qui frappent la cloison
Et déjà nos cahiers s’en firent le sommaire
Couverture illustrée où l’on voit Barbizon
La mort du Grand Ferré Jason et la Toison
Déjà le papier manque au temps mort du délire

Garçon de quoi écrire

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Poème de Louis Aragon, Le roman inachevé, 1956, éd. Poésie/Gallimard

Photographies de Robert Doisneau, les retrouver dans la Galerie Robert Doisneau, très intéressante à visiter.

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C’est ce petit livre, Théorie de la carte postale, de Sébastien Lapaque, aux éditions Actes Sud, qui m’a plongée, immergée, dans la poésie d’Aragon.

Le terme « théorie » ne me semble pas bien choisi pour cet essai, très plaisant, autour d’un sujet original et d’un objet banal : la carte postale. Bâtir une théorie à propos du petit carton griffonné sur une table de bistro ne paraît pas un exercice exactement adapté à la situation, ce serait plutôt une balade entre mots et images, promenade plus poétique que mathématique, les mots choisis pour tenir dans le cadre restreint de la carte me semblant appartenir de préférence au registre du haïku !

Les références à la poésie sont d’ailleurs fréquentes, et c’est ce qui fait tout le sel de ce petit livre : Aragon, Rimbaud, Paul-Jean Toulet, Hugo, Baudelaire …
A l’ère du Short Message Service, la carte postale tient toujours bon, elle est encore postée par milliers.
(ce livre devrait m’en donner le goût, je n’en envoie que très rarement :oops: )

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Garçon de quoi écrire, ce vers d’Aragon ravive un passé bon-enfant, c’était un son lancé en travers du zinc que nous entendions autrefois dans les cafés, il était parfois suivi du s.v.p. de politesse, et le garçon apportait sur son plateau, entre un Picon-bière et un quart Ricqlès , un bloc-notes en moleskine et un crayon. Ces mots ne résonnent plus parmi les bruits des percolateurs, remplacés par les sonneries de portable, mais nous les entendons encore dans les films en noir&blanc. Ou en couleurs. Et en gaîté et rapidité. Urgence de noter. Fulgurance de la création.

Cela me rappelle cette photo bougée, que j’ai prise à la volée au travers de la fenêtre du car sur un quai de Saint Pétersbourg : j’avais déchiffré les mots, oh, café-bistro !!

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littérature,poésie,philosophie @ 1:20 , avril 11, 2014

AVRIL

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La naissance du printemps

AVRIL renaît
Voici ses rubans et ses flammes
Ses mille petits cris ses gentils pépiements
Ses bigoudis ses fleurs ses hommes et ses femmes
Je lui fais de ses couleurs tous mes compliments

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Dieu que de baisers fous sur l’appui des fenêtres
Nous n’avons pas fini de compter les baisers
Il y a des semaines entières sous les hêtres
Où chantent les pinsons au plumage frisé

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Avril n’a pas toujours vécu sous les lambris
Il fut petit pâtissier puis compte-goutte
Il gagna son pain à la sueur de son front
De fil en aiguille il devint contrôleur des finances
Enfin par un soleil de tous les diables
Il tomba tout à coup amoureux

Louis Aragon, poème à Jacques Decourt, recueil Le mouvement perpétuel, (1920-1924) , éd. Poésie/Gallimard

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Avril, cette année, n’est pas contrôleur des finances mais premier ministre, un peu trop zélé à mon goût. Il n’a pas démarré au compte-goutte mais au Kärcher. Les tulipes fanent déjà alors que j’ai planté des variétés tardives pour le mois de mai.

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Tout le jardin est en fleurs, azalées, rhododendrons, camélias, bulbes, arbres fruitiers, et même les capucines et les géraniums qui ont survécu en pleine terre cet hiver !

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Le printemps s’enflamme, le feu de couleurs s’éteindra d’un souffle, espérons qu’avril laissera quelques braises pour le mois .

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jardin,littérature,poésie,philosophie @ 9:57 , avril 10, 2014

Ces petits riens

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    Jean-Baptiste Greuze, La cruche cassée, 1771, Louvre, page du musée

      Mieux vaut n´penser à rien
      Que n´pas penser du tout
      Rien c´est déjà
      Rien c´est déjà beaucoup
      On se souvient de rien
      Et puisqu´on oublie tout
      Rien c´est bien mieux
      Rien c´est bien mieux que tout

      Mieux vaut n´penser à rien
      Que de penser à vous
      Ça n´me vaut rien
      Ça n´me vaut rien du tout
      Comme si de rien
      N´était je pense à tous
      Ces petits riens
      Qui me venaient de vous

      Si c´était trois fois rien
      Trois fois rien entre nous
      Evidemment
      Ca ne fait pas beaucoup
      Ce sont ces petits riens
      Que j´ai mis bout à bout
      Ces petits riens
      Qui me venaient de vous

      greuzeladywallacel

      Mieux vaut pleurer de rien
      Que de rire de tout
      Pleurer pour un rien
      C´est déjà beaucoup
      Mais vous vous n´avez rien
      Dans le cœur et j´avoue
      Je vous envie
      Je vous en veux beaucoup

      Ce sont ces petits riens
      Qui me venaient de vous
      Les voulez-vous?
      Tenez ! Que voulez-vous?
      Moi je ne veux pour rien,
      Au monde plus rien de vous
      Pour être à vous
      Faut être à moitié fou.

      Paroles et musique de Serge Gainsbourg, 1981

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    Jean-Baptiste Greuze, La jeune fille pleurant son oiseau mort, 1765, National Galleries of Scotland Edimbourg
    Page du musée ici

Tableau au milieu des paroles :
Jean-Baptiste Greuze, Portrait d’une dame, vers 1786, Wallace Collection Londres, page du musée.

J’ai entendu cette chanson récemment, elle ne me quitte plus, comme ces petits riens qui occupent beaucoup. Et je l’aime beaucoup, on peut écouter l’interprétation la plus récente ici.

J’ai pensé à la peinture de Greuze, faite de petits riens qui veulent dire beaucoup. Et je l’aime aussi beaucoup.

Rien ne signifie pas seulement rien, il désigne aussi quelque chose.
Le nom commun rien, avec un article, signifie une chose insignifiante.
Le pronom indéfini rien peut signifier « quoi que ce soit », et comme le sens est positif, il n’y a pas de négation.

      Y a-t-il rien de si beau que cette chanson-là ?
      Je demande si vous connaissez rien de plus glorieux que cette action.
      Je vous défends de toucher à rien.
      Je considère comme inopportun de rien tenter.
      Nous nous sommes séparés sans que rien fût décidé.
      Il est parti avant d’avoir rien décidé.

Que voulez-vous, ce sont ces petits riens de la grammaire française, qui nous rendent à moitié fou !

      J.B. Greuze, Tête de garçon, vers 1782, Wallace Collection Londres, notice

Mots,musique @ 3:06 , avril 7, 2014

Ida

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Ida, ce prénom de trois courtes lettres laisse une longue et profonde empreinte.
Le film sobre, silencieux, sans couleurs, bouleverse.
Que dire, mes mots ne pourraient que le dénaturer, je dis simplement que si on n’est pas encore allé le voir et qu’il passe encore à proximité, il ne faut pas le manquer.

Extraordinaire subtilité du récit, de la mise en scène et du jeu des acteurs.
Sur les musiques de Mozart et de Coltrane, deux femmes, que tout en apparence oppose, partent à la recherche d’un passé très douloureux qui va les souder à nouveau. L’histoire complexe et tragique de la Pologne depuis l’occupation nazie jusque dans ces années soixante se dessine à travers cette histoire familiale bouleversante, sans jugement ni pathos, dans la lumière grise d’une fin d’hiver, quand la neige fond et que la débâcle atteint les coeurs. Les dialogues sont brefs, toute l’éloquence tient dans les images, belles, pures, le dernier plan du film laisse au spectateur le soin d’imaginer la fin.

Ida retourne, selon moi, au couvent, et j’ai pensé, peut-être bêtement, à la situation de Philomena.
Avez-vous vu Philomena de Stephen Frears ( voir ici) ? C’est un film d’un style très différent, mais tout aussi émouvant, où il est question également de religion, de morale et d’histoire familiale.

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Cinéma&personnalités @ 3:30 , avril 4, 2014

La solidité inébranlable d’une fugue de Bach

    Paul Gauguin, Paysannes bretonnes, 1894, musée d’Orsay, notice

Parce que Mi♭ nous a proposé hier ce morceau rapide et magnifique de Bach, à entendre à nouveau ici, j’ai pensé à ce passage d’À la recherche du Temps perdu, où il est question des conversations entre paysans, de propos entêtés entre pipelettes, chacune oubliant l’heure, oubliant tout, surtout les démentis :

    Si elles « perdaient la boule » de cette façon pour une chose dite une heure auparavant, en revanche il était impossible de leur ôter de la tête ce qu’elles avaient une fois entendu dire par la soeur ou par la cousine. Ainsi, si la bouchère avait entendu dire que les Anglais nous avaient fait la guerre en 70 en même temps que les Prussiens, et que j’eusse eu beau expliquer que ce fait était faux, toutes les trois semaines la bouchère me répétait au cours d’une conversation : « C’est cause à cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70 en même temps que les Prussiens. – Mais je vous ai dit cent fois que vous vous trompez. » Elle répondait, ce qui impliquait que rien n’était ébranlé dans sa conviction : « En tout cas, ce n’est pas une raison pour leur en vouloir. Depuis 70, il a coulé de l’eau sous les ponts, etc. » Une autre fois, prônant une guerre avec l’Angleterre, que je désapprouvais, elle disait : « Bien sûr, vaut toujours mieux pas de guerre ; mais puisqu’il le faut, vaut mieux y aller tout de suite. Comme l’a expliqué tantôt la soeur, depuis cette guerre que les Anglais nous ont faite en 70, les traités de commerce nous ruinent. Après qu’on les aura battus, on ne laissera plus entrer en France un seul Anglais sans payer trois cents francs d’entrée, comme nous maintenant pour aller en Angleterre. »

        Paul Sérusier, La barrière fleurie – Le Pouldu, 1889, musée d’Orsay, notice

    Tel était, en dehors de beaucoup d’honnêteté et, quand ils parlaient, d’une sourde obstination à ne pas se laisser interrompre, à reprendre vingt fois là où ils en étaient si on les interrompait, ce qui finissait par donner à leurs propos la solidité inébranlable d’une fugue de Bach, le caractère des habitants dans ce petit pays qui n’en comptait pas cinq cents et que bordaient ses châtaigniers, ses saules, ses champs de pommes de terre et de betteraves.

    Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe

Sait-on apprécier la métaphore audacieuse qui met en balance le blabla obstiné, dur comme fer, des tailleuses de bavette de la campagne et la musique de Bach ?
Une cousine m’a dit qu’elle n’aimait pas du tout Bach, trop rengaine. J’aime sa musique, il a composé des airs sublimes qui n’ont pu être inspirés que par le divin à l’état pur, et pourtant, je lui reproche aussi son art de la répétition, il n’en finit pas , comme les propos naïvement rabâchés par un si grand nombre de bavards impénitents.
Ah, Proust :-) !

J’exagère, je propose les variations Goldberg, le sujet même de la répétition, néanmoins si belles :

Marcel Proust,musique @ 5:17 , avril 2, 2014

La ville renommée

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      Au moment où j’écris, la pluie tombe ; les tuiles sonnent ; mille petites rigoles bavardent ; l’air est lavé et comme filtré ; les nuées ressemblent à des haillons magnifiques. Il faut apprendre à saisir ces beautés-là.

      Alain, Propos, L’art d’être heureux, 8 septembre 1910

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Au moment où j’écris, aujourd’hui 31 mars, la pluie tombe …
Le ciel était gris, l’air était doux, là-bas même chaud pour février, et il allait presque pleuvoir quand nous montâmes dans l’avion à l’aéroport Pulkovo (c’est le nom des petites collines qui se situent à l’horizon). Notre voyage à Saint Pétersbourg se terminait, et, comme madame Vigée Le Brun, je me sentais triste de quitter une si belle ville.

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Nous avions visité le matin même le beau musée russe et j’avais encore ses tableaux dans la tête.
Le petit groupe de personnes que nous avons appris à connaître au cours de ce voyage était fort sympathique, et nos deux guides excellentes, une guide russe très cultivée et passionnante et une guide française pétulante et compétente (je m’aperçois que la sonorité de ces deux adjectifs est ventée !). L’organisation de ce voyage culturel était l’oeuvre de Intermèdes (site) , que je recommande, même si les voyages en groupe ne nous conviennent guère, nous privant de l’indispensable flânerie dans les musées et d’un contact plus authentique avec les habitants, mais dans un pays où il est ardu de décrocher un visa tout seul, il vaut mieux passer par une agence.

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    Alexander Gerasimov (1881-1963), Après-midi pluie chaude, musée russe, Saint Pétersbourg.

J’ai raconté l’essentiel de nos visites, nous avons aussi vécu l’indispensable soirée au théâtre Marinsky.
Nous y avons vu un ballet, La bayadère, c’était beau, ce spectacle était déjà passé à Paris auparavant. J’aurais préféré un vrai bon concert de musique russe, Rachmaninov, Tchaïkovski, Scriabine par exemple … mais au moins nous avons pu nous mêler aux habitants de la ville. Le théâtre était plein, et c’était touchant de voir les petites filles menues en dentelles coquettes venues admirer les danseuses, accompagnées de leurs mamans et grands-mamans souvent habillées dans les couleurs gaies des poupées de bois et faisant défiler sous nos yeux l’éclectisme décalé des années soixante-dix à deux mille, comme si la mode n’avaient aucune prise sur elles. Cela vaut bien l’uniforme gris noir et informe des années de crise dans nos pays occidentaux.

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    Kuzma Petrov-Vodkin
    (1878-1939), Violon, 1918, musée russe Saint Pétersbourg

De la musique avant toute chose ! s’exclamèrent les poètes symbolistes russes, qui, inspirés par Verlaine, désiraient rompre avec la littérature qui dominait en leur temps, et voulaient donner à la forme de leurs vers une vraie musique, faisant passer leur contenu au second plan.

Ces poètes s’appelaient Brioussov, Balmont, Biely, Anna Akhmatova, Alexandre Blok, et me voilà plongée dans une biographie de Blok !

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    Nathan Altman, Portrait d’Anna Akhmatova, 1915, musée russe Saint Pétersbourg

Anna Akhmatova écrivit, comme Alexandre Blok, des poèmes sur Pétersbourg en détresse, comme le fit aussi Pouchkine dans le Cavalier de bronze.
Après 1917, Pétersbourg n’est plus qu’une beauté mutilée.

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Cela sert à ça, les voyages, à vous plonger dans les livres. Je lis donc « Alexandre Blok et son temps » de Nina Berberova. Le poète naquit à Saint Pétersbourg en 1880 et y mourut en 1921. Il envisageait de quitter l’URSS, comme le fit réellement Nina Berberova en 1922. Tous deux ont décrit le désarroi des intellectuels russes pendant ces années noires de la révolution.

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    Jean Pougny (1894-1956), Violon, 1919, musée russe Saint Pétersbourg

      Une ville nouvelle allait naître, avec des gratte-ciel, des cités ouvrières, des stades immenses, des parcs de culture, des monuments aux héros de la révolution, une ville avec d’autres luttes, d’autres forces, d’autres espoirs, une ville qui devait même changer de nom.

      Nina Berberova, Alexandre Blok et son temps, 1947, éd. Actes Sud

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    Nicolas Roerich, Bataille céleste, 1912, musée russe Saint Pétersbourg

La ville fut à nouveau renommée, abandonna ses noms de Petrograd et Leningrad, retrouva sa splendeur.

Notre avion s’enfonce dans l’épais molleton de nuages, et je repense aux mousselines diaphanes des musées.
Fin du récit !

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bouquets,Ciels,fenêtres,Tourisme @ 6:10 , mars 31, 2014

Le musée russe

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Blanc et jaune, néoclassique, enfilades lumineuses, féérie des yeux, découverte fabuleuse de l’art russe devant les rideaux de mousseline, et c’est le Palais Michel de Saint Pétersbourg.

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    (wikimage)

Il porte un nom doux comme ses couleurs, le prénom du quatrième fils de Paul 1er, le grand duc Michel, ce palais lui était destiné.
Premier tiers du XIXème siècle, splendeur d’un retour vers un très lointain passé, l’Antiquité.

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On commence à connaître, on s’habitue mais ne se lasse pas : grand escalier d’honneur, blancheur radieuse, tons de crèmes glacées, lustres étincelants, décidément le goût pétersbourgeois était extrêmement raffiné.

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Nous pénétrons dans le musée de l’art russe : immense, plein de surprises et de merveilles.

Nous sommes arrivés à 9H45, le musée ouvrait ses portes à 10H, et déjà les visiteurs attendaient devant la grille. Ce n’étaient pas des touristes parlant ces langues qui nous sont voisines et familières, c’étaient des Russes, intéressés par l’art de leur pays. Au musée de l’Ermitage, nous entendions des langues du monde entier, et au palais Michel, nous entendions principalement ce que nous pensions être du russe.

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L’art russe commence au moyen-âge, Xème-XIème siècle, avec les icônes.
Belles, à la détrempe, aux couleurs fraîches.
Je ne commente pas les oeuvres, ce n’est pas le but de mon récit, (mais je peux indiquer les artistes si on me le demande), j’ai surtout aimé l’aspect muséal, la présentation des tableaux, les vues parfois surprenantes, tel cet archange Gabriel aux grands yeux cernés comme dans les portraits du Fayoum, qui se trouvait doucement voilé par le reflet de la marquise.

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C’est le plus grand musée d’art russe du pays, et du monde, et l’idée de sa création naquit très tôt, grâce à Napoléon 1er. Sa défaite dans la campagne de Russie en 1812 déclencha un très fort sentiment patriotique auprès du peuple russe. Dès 1817 germa l’idée d’un musée consacré à l’identité russe, et le musée ouvrit ses portes en mars 1898 sur un décret du tsar Nicolas II, en souvenir de son père, le tsar Alexandre III, qui avait rassemblé une très riche collection d’oeuvres d’art.

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Le site du musée russe est ici.
Les collections présentées du temps de Nicolas II étaient pour une grande part privées, provenant de la noblesse. La Révolution de 1917, comme dans les autres palais de la région, n’a rien détruit mais a nationalisé les oeuvres. Cela n’étonne pas, puisque la notion de musée national est, à son origine, une création révolutionnaire française.
Les révolutionnaires russes s’inspirèrent de leurs confrères français jusque dans les prénoms, puisque, par exemple, Marat est devenu un prénom russe.

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Le musée possède quelque six mille icônes russes du Xème au XVIIIème siècle. L’essentiel vint des collections impériales, puis, après 1917, elles furent confisquées dans les monastères ou achetées.

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C’est un dimanche matin, nous voyons arriver des groupes scolaires, les élèves de l’école navale, et le musée donne l’impression d’être vivant et aimé par la population.

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Pierre Le Grand avance sa petite moustache dans tous les coins de Saint Pétersbourg !

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    L’imposante effigie de l’impératrice Anna Ioannovna et son lobby boy petit serviteur noir (1741).

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Le musée oblige à lever la tête …

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Il faudrait disposer de beaucoup de temps, ce que n’accorde pas une visite en groupe, pour admirer à la fois les murs et les plafonds et ce qu’ils abritent. Les arts décoratifs sont aussi captivants que les beaux arts.

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Le mobilier Empire est exceptionnel. Napoléon 1er fut un ennemi redoutable mais son style a été admiré et savamment étudié.

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Nous entrons dans des galeries où se déploient d’immenses toiles, vastes paysages russes et grandes peintures d’histoire du XIXème siècle, qui font penser à l’atmosphère colossale, rouge sang de boeuf, des salles de l’aile Denon du Louvre où les toiles du baron Gros, de David, de Géricault, et puis de Delacroix paraissent d’impressionnantes murailles.

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La seconde moitié du XIXème siècle est l’âge d’or des artistes russes, qui imprègnent leurs grandes toiles d’un élan patriotique.

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    quel cadre ! IMGP1686

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Encore des élèves, des uniformes, la jeunesse montante, devant le passé de sa patrie.

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L’impressionnisme russe est très agréable …

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Je découvre avec joie un tableau que j’avais montré sur cette page, et j’ai pensé à Proust qui cita Bakst plusieurs fois dans la Recherche.

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Nous arrivons dans les salles du XXème siècle, de blanc habillées, le blanc toujours, sobre et très séduisant

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J’imagine là la princesse Sherbatoff, avant son exil, avant l’embonpoint et le regret de sa splendeur passée qu’elle dissimulait discrètement derrière les pages de sa Revue des deux Mondes.

Pour ce tableau, la dame reprocha au peintre d’avoir surtout peint un portrait de son chapeau !

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Un mot sur les « babouchkas » ! Ce sont les surveillantes des musées. Nous les appelons babouchka parce qu’elles sont souvent âgées. Elles ne gagnent pas beaucoup et cette activité les aide à compléter une maigre retraite. Elles font très très bien leur travail ! Elles ont l’oeil ! Elles voient tout et réagissent au quart de tour. En France, quand un visiteur photographie avec son flash, la surveillante, quelquefois somnolente, n’a parfois plus la patience de rappeler le contrevenant à l’ordre et laisse faire. A Saint Pétersbourg, les babouchkas bondissent dès que quelque chose s’annonce de travers. Elles ont connu les temps soviétiques où la surveillance était drastique.

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    Baigneurs et baigneuses de Kazimir Malevitch
    Je préfère sa théière ! Alambiquée, toute blanche, sans carré noir !

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La peinture russe du XXème siècle est fort riche, je ne peux pas tout montrer.

J’ai beaucoup aimé ce musée et j’aimerais vraiment y retourner un jour.

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Je termine avec ce tableau satirique qui représente la queue devant les magasins, aussi longue que cet article !

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musées,Tourisme @ 9:41 , mars 29, 2014
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