Du côté de chez Grillon du foyer

La moitié du fourbi

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Le titre est accrocheur, la preuve, j’ai mordu à l’hameçon de ces mots facétieux !
La moitié du fourbi
J’avais lu dans le journal (La Croix), qu’une nouvelle revue littéraire était parue cette année 2015, en février. Ses points de distribution sont encore peu nombreux et, pour satisfaire ma curiosité, je dus la commander directement sur son site web. Premier bon point, je la reçus dès le lendemain !

La revue, qui présente cette forme désormais familière et hybride, entre livre et magazine, rassemble des textes d’écrivains encore inconnus autour d’un thème précis.
Le thème choisi pour ce n°1 est Ecrire petit.

Une petite parenthèse : pourquoi les petits mots simples disparaissent-ils de notre langue, il n’existe plus de problème, de thème, de méthode, il n’y a plus que la problématique, la thématique, la méthodologie … pourquoi rallonger ces mots-là alors qu’en même temps on prend les infos grâce à l’appli ou l’ordi à la cafèt’ …

En quoi consiste cet « écrire petit » ?
Le court, le concis, le bref, le SMS, la mininouvelle, l’écriture microscopique par manque de papier, l’oulipo, le nombre très restreint de lecteurs, les petites choses de l’infra-ordinaire à la manière de Pérec …
Les récits, les histoires, les témoignages sont très variés et m’ont captivée : c’est fou ce que l’infiniment petit peut ouvrir sur un vaste registre !

Et cette revue demi-portion d’un tas de choses me fait découvrir un écrivain dont j’ignorais l’oeuvre, Robert Walser, qui fut le maître de la nouvelle extra-courte, un genre que j’aime bien.

Je souhaite à La moitié du fourbi une réussite complète, de partir comme des petits pains, de suivre son petit bonhomme de chemin et de devenir petit à petit la petite merveille attendue avec impatience !

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    Yves Laloy, Les petits pois sont verts, les petits poissons rouges, musée des beaux arts Rennes, notice.

littérature,poésie,philosophie @ 2:23 , mai 22, 2015

Comme un beau verger blanc

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      MES JOURS

    Prélude

    Le passé a fleuri
    dans ma mémoire heureuse
    comme un beau verger blanc
    j’ai jeté à l’assaut
    de la neige d’avril
    l’échelle de l’enfance

    je chante de l’instant
    la double transparence
    et la courbe nouée
    au centre du miroir
    où je vais réfléchir
    la vie toute la vie
    comme un amour unique.

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    Seuil

    Ses gestes répétés
    retrouvent une enfance
    dans le moment si pur
    du travail accepté
    comme un rythme d’antan
    savoure une lenteur
    de ton âme farouche

    s’étonnant d’être heureuse
    de ton âme clairière
    repos après la course

    ô bois nourri de sève
    je vous reste fidèle
    mais laissez-moi comprendre
    la réserve hautaine
    et la grâce isolée
    d’une tige fragile
    lourde d’éternité.

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    Fruits

    Enfants je vous porte à mon coeur
    comme des fruits choisis
    et si je tends à Marc
    une orange docile
    c’est pour garder un peu
    dans ma paume creusée
    son image fidèle
    quand il devient l’orange
    par l’orange tenté.

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    Travail

    Nos gestes répétés retrouvent une enfance
    dans le moment si pur
    du travail accepté
    comme un rythme d’antan
    comme un instinct profond
    perpétuant la joie
    de s’inscrire dans le temps
    si clair de la journée.

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    Cailloux blancs

    Le repos dans la lyre
    la vie fragile et lourde
    et sentie au travers
    d’un courage vibrant
    et l’effort pur et blanc
    arrachant une image
    à ce monde stagnant
    parcelle de soleil
    trésor pour la journée
    compte les cailloux blancs
    de ton ardente solitude.

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    Sur le chemin des anges

    Solitude roc hanté
    par les anges furtifs
    qui cueillent à l’aurore
    la fleur aimée du songe

    ils laissent le silence
    comme un piège filé
    de leur douce salive
    comme un appel obscur

    et le vent m’a fait signe
    de suivre le chemin.

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    Echec aux anges : une forme

    Un élan s’apprivoise
    ô temps doux oiseleur
    de formes émouvantes

    ce fantôme de biche
    effleurant le talus
    cette grâce perdue
    ma douleur la retrouve
    la forme musicale
    de ma trop longue peine
    scelle les jours vibrants
    d’un long silence blanc

    je ne possède rien
    que cette forme pure.

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    Finale

    Je m’ouvre comme un livre
    à la page de mon enfance
    lentement je m’imprègne
    d’un paysage juste
    d’une harmonie vivante

    En Saint-Cadou
    je veille pour entendre
    de l’aube le chant pur
    et la première source.

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    Poème de Emilienne Kerhoas, Mes jours, recueil Saint-Cadou, 1957, nouvelle édition chez La sirène étoilée, 2014.

    Pourquoi choisir Emilienne Kerhoas pour évoquer le mariage de ma fille ?
    Cette grande poétesse bretonne, née à Landerneau en 1925, m’envoûte par sa sensibilité, sa délicatesse, sa modernité …
    Ce poème, dans lequel elle conte ses jours de tous les jours, son quotidien vibrant, m’a semblé correspondre au grand et beau jour que fut le mariage de ma fille. Les couleurs qui fleurissent dans le poème sont le blanc et l’orange, c’étaient les couleurs des mariés, orange, bien sûr, car le marié est néerlandais.

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Mes jours, ces derniers mois, furent poétiques aussi, dans les belles étoffes, avec mon petit félin espiègle, mes livres lus, mes quarante trois petits boutons à poser en échelle, j’ai cousu la robe de la mariée, ma propre robe de belle-mère, les robes des demoiselles d’honneur, et même, j’ai confectionné la cravate de mon mari dans le tissu de ma robe, bon-papa et bonne-maman étaient ainsi bien assortis !
Par miracle la pluie s’est arrêtée ce vendredi 15 mai, la température extérieure était celle de février, mais la chaleur animait nos coeurs.
La mariée était vraiment très belle, la couturière ose le dire !

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Et voilà, la fête est passée, je range mes bobines, et je peux reprendre le fil de mon blogage, interrompu par le mariage.

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L’ouïe, ce sens délicieux

Un nouveau livre lu devait entrer logiquement dans les frais du mariage, il figurait dans ma liste de fournitures pour la confection de la robe de mariée.
Aux mètres de soie, organdi, et autres articles de mercerie, s’ajouta donc un classique de la littérature française.
Petit supplément culturel indispensable à la création manuelle.

suitef Le texte dans les oreilles, le textile dans les mains, on reste maître de soi …

Suite française d’Irène Némirovski, l’effet de suite se prête bien aux différentes étapes de couture ; ce livre audio est paru en février dernier, en deux petits CD MP3.
Lu par Dominique Reymond avec toute l’émotion que l’histoire suscite, il a fait de mes longues heures de travail un plaisir total.

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Et puis, bien sûr, j’ai continué mon ouvrage en compagnie de Marcel.
MP3, MP comme Marcel Proust, ah, imaginons l’édition de La Recherche en dix CD MP3 au lieu des cent-onze actuels !

L’écoute répétée d’ À la recherche du temps perdu a ceci d’extraordinaire qu’elle réserve toujours des découvertes, des rires inattendus …

En écoutant le narrateur écouter lui-même la rumeur matinale des camelots, artisans, marchandes de quatre saisons, qui s’élevait de la rue, je riais en imaginant sa mine écoeurée. Son amie Albertine s’éveillait dans le lit à ses côtés, et les cris des maraîchers, des poissonniers lui ouvraient l’appétit, tandis que lui se sentait plutôt dégoûté à l’idée de ces bestioles marines. Leur grande différence de goûts culinaires préfigurait en quelque sorte le déclin de leur amour …

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L’ouïe, ce sens délicieux, nous apporte la compagnie de la rue, dont elle nous retrace toutes les lignes, dessine toutes les formes qui y passent, nous en montrant la couleur. Les rideaux de fer du boulanger, du crémier, lesquels s’étaient hier abaissés le soir sur toutes les possibilités de bonheur féminin, se levaient maintenant comme les légères poulies d’un navire qui appareille et va filer, traversant la mer transparente, sur un rêve de jeunes employées.
[...] Certaines des nourritures criées dans la rue, et que personnellement je détestais, étaient fort au goût d’Albertine, si bien que Françoise en envoyait acheter par son jeune valet [...] C’était : « ah le bigorneau, deux sous le bigorneau », qui faisait se précipiter vers les cornets où on vendait ces affreux petits coquillages, qui, s’il n’y avait pas eu Albertine, m’eussent répugné, non moins d’ailleurs que les escargots que j’entendais vendre à la même heure.

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– À la barque, les huîtres, à la barque. – Oh ! des huîtres, j’en ai si envie ! » Heureusement, Albertine, moitié inconstance, moitié docilité, oubliait vite ce qu’elle avait désiré, et avant que j’eusse eu le temps de lui dire qu’elle les aurait meilleures chez Prunier, elle voulait successivement tout ce qu’elle entendait crier par la marchande de poissons : « À la crevette, à la bonne crevette, j’ai de la raie toute en vie, toute en vie. – Merlans à frire, à frire. – Il arrive le maquereau, maquereau frais, maquereau nouveau. – Voilà le maquereau, mesdames, il est beau le maquereau. – À la moule fraîche et bonne, à la moule ! » Malgré moi, l’avertissement : « Il arrive le maquereau » me faisait frémir. Mais comme cet avertissement ne pouvait s’appliquer, me semblait-il, à notre chauffeur, je ne songeais qu’au poisson que je détestais, mon inquiétude ne durait pas. « Ah ! des moules, dit Albertine, j’aimerais tant manger des moules. – Mon chéri ! c’était pour Balbec, ici ça ne vaut rien ;

Pour le coup, le chéri Marcel fait une tête de merlan frit …
Enfin Albertine se décide pour une raie au beurre noir, c’est si bon la raie … et puis des asperges d’Argenteuil …
Proust joue sur l’allusion sexuelle des mollusques, des poissons, de certains légumes.

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La manière dont les fruits de mer sont introduits est subtile, l’art de Proust pour filer la métaphore fascine : les rideaux de fer des échoppes se lèvent dans le matin commençant, leur bruit métallique évoque les poulies des navires, et voilà, le lecteur s’embarque avec le narrateur sur la mer, dans la clameur océane.

L’ouïe est en effet un sens délicieux, un puissant ressort de la mémoire, et un encouragement dans les travaux manuels. Entendre André Dussolier prêter sa voix modulée aux divers marchands d’autrefois, faire résonner ces cris citadins qu’aujourd’hui on n’entend plus, m’a enchantée, tandis que mes mains plongeaient dans l’écume de soie et piquaient sa nacre chatoyante.

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On peut lire dans le site du musée du Louvre l’histoire chahutée d’Andromède. Sa pose lascive, sensuelle, m’a fait penser à Albertine. Dans ce tableau, les coquillages n’ont pas une valeur sexuelle, ils symbolisent la renaissance. Andromède va être sauvée par le beau cavalier et va l’épouser.
J’aime bien ce tableau, d’un maniérisme assagi, avec son luxueux parterre de burgaus, et son fond de paysage brumeux faisant penser à Bruges-la-Morte illustrée par Lévy Dhurmer. Mais ce dernier est connu pour avoir peint le Silence et non l’ouïe !

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couture, tricot,Marcel Proust @ 2:44 , mai 7, 2015

« Morceaux choisis »

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    Georges d’Espagnat, Simone, vers 1907, Musée Thyssen-Bornemisza Madrid, notice

Ce charmant tableau, l’une des « Delikathyssen » du musée de Madrid, me donne l’occasion d’évoquer une nouvelle anthologie.

Une anthologie convient bien en effet à cette scène de lecture au milieu des fleurs (mot à mot en grec, anthologie veut dire collection de fleurs).

Il s’agit de l’Anthologie de la prose française, cueillie par Suzanne Julliard, aux éditions de Fallois, mars 2015.

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De Suzanne Julliard, je chéris depuis plusieurs années son anthologie de la poésie française, la prose vient maintenant s’ajouter à ma collection d’anthologies, un genre de livres que j’aime beaucoup.

Qu’est-ce qu’une anthologie de la prose ? C’est un recueil de morceaux choisis.
Nous avons été éduqués, depuis l’entrée au collège, à grands coups de morceaux choisis, choisis par les inséparables jumeaux de la littérature française, Lagarde et Michard. Un autre couple indéfectible nous fit résonner la langue allemande dans le palais, Chassard&Weil …
Ces catalogues d’échantillons nous déformèrent au point que, si un examinateur nous demandait de citer une autre oeuvre de l’écrivain tiré au sort par malheur, on répondait, plein d’assurance, « morceaux choisis » !

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    Edouard Vuillard, Femme lisant, 1909, détrempe sur papier, Fitzwilliam Museum Cambridge, notice

A quoi servent ces recueils de morceaux choisis aujourd’hui ? S’ils ont été bien choisis et amoureusement introduits et commentés, ce qui est le cas pour Suzanne Julliard, le plaisir est grand de retrouver des textes aimés, il est vif aussi de découvrir des textes inconnus et la curiosité est chatouillée. On aime surfer sur internet de découverte en découverte, mais ce même sport de livre en livre est exaltant aussi.

Les morceaux de choix sont classés par genre : prose oratoire, prose narrative, prose poétique, prose descriptive, prose analytique, moraliste, épistolaire, etc … Des rapprochements font découvrir des choses merveilleuses, délicieusement surprenantes :
Je n’aurais jamais remarqué ce détail commun entre Robert de Saint Loup de la Recherche et Monsieur de Nemours de La princesse de Clèves.

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    Henri Gervex, Scène de café à Paris, 1877, DIA Detroit, notice

La première fois que leurs yeux se rencontrèrent, ce fut au bal ; le soir de ses fiançailles, mademoiselle de Chartres, sur le point de devenir Princesse de Clèves, vit arriver un élégant et preste jeune homme blond, qui enjambait quelques chaises pour atteindre la piste de danse …

Le narrateur (dans La Prisonnière) est assis au restaurant dans un endroit plein de courants d’air, il frissonne, et son ami Robert de Saint Loup, toujours attentionné, s’empresse d’aller lui chercher un manteau ; la salle est encombrée de monde, et Robert, svelte, agile et blond lui aussi, enjambe des banquettes, avance en équilibre sur le haut des dossiers, sous les applaudissements discrets de quelques clients …

C’est la désinvolture aristocratique, l’audace gracieuse, un geste qui passerait pour mal élevé d’ordinaire, mais avec autant d’élégance, au fil des siècles, il reste la marque souriante de la jeunesse dans la haute société.

Merci chers morceaux choisis !

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      Juan Gris, Le livre, 1913, musée d’art moderne de la ville de Paris, notice

C’est la Saint Joseph

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    Atelier du Maître de Flémalle, Saint Joseph, détail du volet droit du retable de Mérode, vers 1427-1432, Met New York, notice et commentaire

Saint Joseph est au travail.
Le site du musée permet de voir l’oeuvre dans son ensemble, et de zoomer pour admirer les détails.

Le 1er Mai est aussi la fête de Saint Joseph, le charpentier, et donc le travailleur, et le saint patron des travailleurs. Le travail offre à Saint Joseph le privilège d’être fêté deux fois dans l’année, l’autre jour étant le 19 mars.

Dans ce retable, le panneau central représente l’Annonciation, le volet gauche les donateurs, et à droite, Saint Joseph, qui a fabriqué des tapettes à souris. Il perce des trous avec une chignole dans une petite planche, peut-être pour fabriquer un autre type de piège.
Etranges, ces objets dans l’atelier du charpentier !

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La souris est un symbole du diable.
Comme l’indique le musée de New York, dans les textes de Saint Augustin, la souricière piège le diable, la mort du Christ sur la croix et sa rédemption sauvent les hommes comme un piège qui les débarrasse de Satan.

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La ville que l’on aperçoit par la fenêtre représente le monde terrestre en proie à toutes les actions diaboliques, en opposition au monde pur qui occupe le volet central du triptyque. Saint Joseph, le protecteur, a mis une souricière au bord de la fenêtre ouverte sur le monde impur.

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    Georges de La Tour, Saint Joseph Charpentier, vers 1642, Louvre, notice

On ne voit pas souvent dans la peinture un Saint Joseph au travail occupant une grande partie du tableau.

Dans les tableaux de la Sainte Famille ou de la Fuite en Egypte, il apparaît généralement en retrait, discrètement absorbé dans sa tâche de menuisier ou sa mission de protecteur.
Sa paternité particulière le force à rester en arrière, il n’en est que plus attachant.

Dans ce tableau de Georges de La Tour, l’outil que tient Joseph devant l’Enfant Jésus donne une image de la future croix, et les morceaux de bois qu’il assemble pourraient composer la croix, ils en ont déjà la disposition.

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    Philippe de Champaigne, Le songe de Saint Joseph, 1642-43, National Gallery Londres, notice

Dans son sommeil, un ange vient lui dire que Marie attend un enfant conçu du Saint Esprit.
Ce travailleur au repos peut fournir une belle image à la fête du 1er Mai pour changer du muguet !

Le délicat voile jaune poussin de l’ange me fait penser que je rêve d’aller au Louvre visiter l’exposition « Poussin et Dieu » !
Je ne suis pas sûre de pouvoir me rendre à Paris, j’aimerais tant voir la Sainte Famille à l’Escalier …
J’espère au moins me procurer le catalogue prochainement.

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    Nicolas Poussin, La Sainte famille à l’escalier, 1648, musée de Cleveland, page du musée

Joseph poussin rêveur portait un manteau jaune de lumière, et, là, de nouveau au travail, il passe dans l’ombre d’un manteau de la couleur complémentaire du jaune, un violet modeste et recueilli. Cette figure calme, bien assise et stable au pied de l’escalier qui monte vers le ciel, donne une image rassurante du père, discret, mais présent.

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Dans la dentelle du silence

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      Tu reviens vers l’estran
      Aussi le lavis de nuages

      Ton âme s’entrelace au tulle
      Sur le sable épandu

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      Tu ravaudes songes et mots
      Ton enfance et ses chants

      Tu entends l’inouï
      Dans la dentelle du silence

      Ce froissement léger
      Laisse émerger comme un prodige

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      Nuages ô nuages
      Qui allez sans vous essouffler

      Un linge s’éternise
      Sur le visage de la mer.

      Jean-Pierre Boulic, recueil Sous le regard des nuages, 2014

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Quand j’ai lu ce poème, j’ai vu ce tableau, ce coucher de soleil, peint vers 1892-1893 par l’artiste américain Thomas-Alexander Harrison, et conservé au musée des beaux arts de Quimper.

Ce dimanche après-midi j’étais encore au musée, j’ai assisté à une visite commentée intitulée « exercice d’admiration » : deux artistes réputés, un écrivain et un peintre, étaient venus présenter et commenter quelques tableaux de leur choix dans le musée.

Le peintre, simple et souriant, m’a fait parfois sursauter, bondir intérieurement, tant certaines de ses remarques m’ont chiffonnée, mais c’était sa vision et elle se respecte, globalement sa visite m’a semblé sympathique.

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Hélas, l’écrivain m’a beaucoup déçue. J’ai lu et beaucoup aimé certains de ses livres, il a obtenu un prix Médicis, sa notoriété est confortable, mais il ne gagne pas à être connu de plus près, et je ne citerai pas son nom par discrétion. Son discours fut plein de contradictions, et dans cet exercice dit d’admiration, le qualificatif qu’il a le plus employé est « kitsch ». Navrant, c’était comme s’il avait honte de se pencher vers ces oeuvres, dont seul le sujet traité pouvait présenter un intérêt à ses yeux, alors qu’il s’agissait en réalité de beaux tableaux, méritant une sincère admiration. Il y avait peut-être un malentendu à propos de l’objet d’admiration, cet écrivain s’écoutant parler, écrivant à voix haute, tentait de concentrer l’attention sur autre chose que le tableau. Je m’aperçois alors que l’admiration peut être un exercice difficile.

Mais revenons au beau poème de Jean-Pierre Boulic comparant l’écume de mer au textile ajouré, tulle ou dentelle. Le poète a finement observé la vague s’étirant sur le sable dans un dernier sursaut, mourant dans le silence et la dentelle. Un laps de silence, au moment où la dentelle étale au maximum son lacis arachnéen, et puis tout d’un coup elle se rétracte, s’efface, la vague ramasse ses jupons, concentre ses forces et bondit dans un nouveau tumulte.

Ce fut un bon dimanche au musée !

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littérature,poésie,philosophie @ 7:30 , avril 26, 2015

Falbalas, suite

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Le printemps est un grand couturier, comme écrit Marcel Proust, il met les pommiers en toilette de bal (revoir ici). Cette belle saison prépare aussi celle des mariages, et les apprenties couturières aimeraient posséder son grand art pour confectionner aussi bien qu’elle les toilettes d’un jour.

J’y suis, dans la blancheur nuptiale, comme sous une averse printanière de pétales de cerisiers !

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J’ai à nouveau reçu le grand honneur de confectionner la robe de mariée de ma fille (j’ai quatre filles, quel bonheur de couturière!), et mon âme s’étourdit de sensations neigeuses. Le printemps resplendit, mais l’étoffe que je travaille m’évoque des fleurs nivéales.
Edelweiss, Edelweiss …

La soie crisse comme les premiers pas dans la neige, et le premier coup de ciseaux paraît être une violation de la blancheur lisse et immaculée du tissu.
Un premier pas que n’hésite pas du tout à franchir ma petite chatte noire !
Face à l’étendue de taffetas miroitant, je ressens, comme l’écrivain devant son clavier noir, l’angoisse de l’écran blanc.

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Allez, c’est coupé, je fonce tout schuss dans le névé ! Je nage dans une brume d’opale, la doublure laiteuse et translucide, l’aiguille faufile, glisse, pince, façonne, elle ourle la neige légère.
La soie rétive forme des crêtes lumineuses, des congères, des combes et des lacets furtifs, tourbillons diamantins. La lettre s s’estompe, c’est une oie sauvage. Je suis Niels Olgerson.

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La soie des songes, mi-rêve mi-réalité, les mains travaillent une matière noble, animale et végétale, fleur de glace, fragile, cristalline, enchanteresse. l’Edelweiss porte bien son nom, blanc noble mot à mot, la robe rêve d’atteindre sa candeur aristocratique.

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Les doigts sculptent l’albâtre textile de menus détails, plaisir des sens, régal des yeux.

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Le jupon d’organdi, raidi de baleines, prend la matité d’un os de seiche, avec lui, la couturière descend des sommets enneigés vers le littoral et son écume de mer.
Toutes ces matières nacrées font voyager en pays de sensations.

Neige éphémère, robe d’un jour ensoleillé de bonheur. Elle fondera le lendemain, dans une boîte elle gagnera les ténèbres du grenier.

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couleurs,couture, tricot,jardin @ 10:33 , avril 23, 2015

En quêteurs de falbalas

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      À une petite laveuse blonde.

      Ô laveuse blonde et mignonne
      Quand, sous ton grand chapeau de joncs
      Un rayon égaré frissonne
      Et se joue en tes cheveux blonds,

      Quand, sous l’eau claire où tu t’inclines
      Pour laver (et non pour te voir)
      Vole la touffe d’églantines
      Qui parfumait ton blanc peignoir,

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      Quand, suspendant ton linge au saule
      Que rase un bleu martin-pêcheur,
      Au vent qui rougit ton épaule
      Tu vas gazouillant ta fraîcheur,

      Ô laveuse aux mignardes poses,
      Qui sur ta lèvre où rit ton cœur
      As le sang embaumé des roses
      Au pied d’enfants, à l’œil moqueur,

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      Sais-tu, vrai Dieu ! que ta grand’mère
      T’aurait dû faire pour la cour
      Au temps où refleurit Cythère
      Sous un regard de Pompadour ?

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      Lors, de leur perruque frisée
      Semant les frimas en leurs jeux,
      Roses, l’aile fleurdelisée,
      Amours givrés et Ris neigeux

      Au grand jardin des bergeries
      T’emmenaient, près d’un vieux dauphin
      Qui pleure à flots des pierreries
      L’été, sur ses glaïeuls d’or fin.

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      Et ces larrons, ô larronnesse
      Des traits, du carquois et de l’arc,
      Te sacraient danseuse ou faunesse
      Et vous perdaient, madame, au parc …

      Là, pour feindre des pleurs candides
      Secouant, quand passe Mondor,
      Ton bouquet de roses humides
      Sur ton livre aux écussons d’or,

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      Ou, pour qu’on sache que sa plume
      A moins de neige que ta main,
      D’un éventail baigné d’écume
      Agaçant le cygne câlin,

      Derrière ta robe insolente,
      Drap d’argent et nœuds de lilas,
      Tu traînerais la gent galante
      Des vieux quêteurs de falbalas.

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      Tel fat, fredonnant Gluck, se pâme
      Et cherche un poulet à glisser :
      Tel roué, s’il se savait une âme
      La damnerait pour te baiser.

      Tu serais, sans compter leurs proses,
      En des madrigaux printaniers,
      Chloé, bergère à talons roses,
      Diane, ou Cypris en panier.

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      Musqués, chiffonnant les rosettes
      De leur épée en satin blanc
      Et l’échine en deux, les poètes
      Te demanderaient, roucoulant,

      Si ta bouche en cœur fut cueillie
      Sur les framboisiers savoureux,
      Dans quel bois rêve ensevelie
      La pervenche où tu pris tes yeux ?

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      Ô jours dorés des péronnelles,
      Des Dieux, des balcons enjambés,
      Du fard, des mouches, des dentelles
      Des petits chiens, et des abbés !

      Boucher jusqu’aux seins t’eût noyée
      Dans l’argent du cygne onduleux,
      Cachant sous l’aile déployée
      Ton ris de pourpre et tes yeux bleus.

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      Après Léda, blonde Eve nue,
      Un évêque aux parcs enjôleurs
      Aurait vu blanchir ta statue
      Sous ses grands marronniers en fleurs.

      Tandis qu’en ce siècle barbare,
      Sans songer que ton corps si beau
      Pût s’épanouir en carrare,
      À genoux et les bras dans l’eau

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      Tu ris au soleil du rivage
      Qui d’un traître rayon brunit
      Ta gorge entr’ouvrant son corsage
      Comme un ramier sort de son nid.

      Stéphane Mallarmé, Poèmes d’enfance et de jeunesse, 1858-1863

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Avec un aperçu de mon jardin …
Fleuri trop tôt, trop vite, que restera-t-il en mai ?
Allons, ne nous plaignons pas, cueillons les beaux jours !

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jardin,littérature,poésie,philosophie @ 2:00 , avril 21, 2015

Le bruit des gouttes d’eau qui tombaient en mesure sur le toit

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    Pierre Boucher, Gouttes d’eau coulant, photographie, 1951, Centre Pompidou Paris, notice

J’ai peu à dire ici sur Majorque, ayant écrit un gros volume sur ce voyage*. J’y ai raconté mes angoisses relativement au malade que j’accompagnais. Dès que l’hiver se fit, et il se déclara tout à coup par des pluies torrentielles, Chopin présenta, subitement aussi, tous les caractères de l’affection pulmonaire. Je ne sais ce que je serais devenue si les rhumatismes se fussent emparés de Maurice ; nous n’avions aucun médecin qui nous inspirât confiance, et les plus simples remèdes étaient presque impossibles à se procurer. Le sucre même était souvent de mauvaise qualité et rendait malade.
Grâce au ciel, Maurice, affrontant du matin au soir la pluie et le vent, avec sa soeur, recouvra une santé parfaite. Ni Solange ni moi ne redoutions les chemins inondés et les averses. [...] Notre existence eût été fort agréable dans cette solitude romantique, en dépit de la sauvagerie du pays et de la chiperie des habitants, si ce triste spectacle des souffrances de notre compagnon et certains jours d’inquiétude sérieuse pour sa vie ne m’eussent ôté forcément tout le plaisir et tout le bénéfice du voyage.

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Le pauvre grand artiste était un malade détestable. Ce que j’avais redouté, pas assez, malheureusement, arriva. Il se démoralisa de manière complète.
[...] C’est là qu’il a composé les plus belles de ces courtes pages qu’il intitulait modestement des préludes. Ce sont des chefs-d’oeuvre.
[...] Il y en a un qui lui vint par une soirée de pluie lugubre et qui jette dans l’âme un abattement effroyable. Nous l’avions laissé bien portant ce jour-là, Maurice et moi, pour aller à Palma acheter des objets nécessaires à notre campement. La pluie était venue, les torrents avaient débordé ; nous avions fait trois lieues en six heures pour revenir au milieu de l’inondation, et nous arrivions en pleine nuit, sans chaussures, abandonnés de notre voiturin, à travers des dangers inouïs. Nous nous hâtions en vue de l’inquiétude de notre malade. Elle avait été vive en effet, mais elle s’était figée en une sorte de désespérance tranquille, et il jouait son admirable prélude en pleurant. En nous voyant entrer, il se leva en jetant un grand cri, puis il nous dit d’un air égaré et d’un ton étrange : « Ah ! Je le savais bien, que vous étiez morts ! »

Quand il eut repris ses esprits et qu’il vit l’état où nous étions, il fut malade du spectacle rétrospectif de nos dangers ; mais il m’avoua ensuite qu’en nous attendant il avait vu tout cela dans un rêve, et que, ne distinguant plus ce rêve de la réalité, il s’était calmé et assoupi en jouant du piano, persuadé qu’il était mort lui-même. Il se voyait noyé dans un lac ; des gouttes d’eau pesantes et glacées lui tombaient en mesure sur la poitrine, et quand je lui fis écouter le bruit de ces gouttes d’eau, qui tombaient en effet en mesure sur le toit, il nia les avoir entendues. Il se fâcha même de ce que je traduisais par le mot d’harmonie imitative. Il protestait de toutes ses forces, et il avait raison, contre la puérilité de ces imitations pour l’oreille. Son génie était plein de mystérieuses harmonies de la nature, traduites par des équivalents sublimes de sa pensée musicale, et non par une répétition servile des sons extérieurs. Sa composition de ce soir-là était pleine des gouttes de pluie qui résonnaient sur les tuiles sonores de la Chartreuse, mais elles s’étaient traduites dans son imagination et dans son chant par des larmes tombant du ciel sur son coeur.

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Ces passages en italique sont extraits du chapitre XII de Histoire de ma vie de George Sand.

L’écrivain séjourne en 1842 à Majorque, dans la chartreuse de Valldemosa, avec son fils Maurice, souffrant de rhumatisme aigu, sa fille Solange, et avec Chopin, qui est malade aussi. Ils espéraient trouver le soleil et la chaleur, favorables à la santé du musicien et de l’enfant, mais le temps fut exécrable.
La pluie infâme a inspiré le sublime prélude n°15, op.28, intitulé « La goutte d’eau« .

* Il s’agit de Un hiver à Majorque, publié en 1842.

Le tableau dans le texte est :
Gustave Courbet, Marine : Trombe d’eau, 1870, Met New York, notice.

littérature,poésie,philosophie,musique @ 4:23 , avril 17, 2015

Un dimanche après-midi au musée

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Le soleil tape sur les flèches de la cathédrale et traverserait volontiers à flot la fenêtre.
C’est intéressant de s’enfermer dans un musée quand le soleil brille, il frappe en lisière et apporte aux salles un regain de clarté, les gens sont (déjà avant la mi-avril) à la plage, les oeuvres nous parlent à l’âme en secret …

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Une grande partie des toiles colorées de l’Ecole de Pont Aven a quitté le musée des beaux arts de Quimper pour le Japon.
On peut suivre l’arrivée des tableaux au Japon sur facebook le 15 avril :

Leur absence provoque un contraste saisissant et riche d’enseignement : ces toiles souvent hautes en couleurs ont été remplacées par celles du symbolisme et de La Bande Noire.

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Le musée prépare pour l’été une exposition consacrée au peintre symboliste Alexandre Séon (1855-1917), et nous pouvons dès à présent observer d’un oeil attentif les tableaux symbolistes du musée.

Qu’est-ce que le symbolisme ? Aïe, la définition est délicate à cerner tant les contours sont flous, mais disons rapidement qu’il s’agit, pour ce mouvement datant de la fin du XIXème siècle, de traduire, avec un pinceau et de la couleur ou avec un ciseau de sculpteur, une idée, un rêve, un état d’âme, une pensée … c’était une réaction opposée à l’impressionnisme qui saisissait l’instantané sans chercher à faire passer des sentiments.

Et qu’est ce que la Bande Noire ?

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Cette bande, à la même époque, réunit quelques peintres qui renouèrent avec le réalisme sombre de Courbet, dans une atmosphère grave, mélancolique, et on les surnomma la bande noire à cause de leurs teintes sombres s’opposant elles aussi à la claire lumière des impressionnistes.

Sur le mur du musée de Quimper, en photo ci-dessus, se trouve un ensemble de tableaux de Charles Cottet, l’un des peintres de la Bande Noire.

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Ce fut une bonne surprise de découvrir l’autoportrait de Charles Cottet (photo ci-dessus), je ne l’avais jamais vu.

Cet artiste est né au Puy en Velay en 1863 et mort à Paris en 1925.
On peut lire sa biographie sur le site du manoir de Kerazan, non loin de Quimper dans le Finistère, sur cette page.

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Je ne sais comment me l’expliquer, j’ai toujours aimé les oeuvres de ce peintre, et ce dimanche, j’ai pu m’absorber avec plaisir dans ses sombres et subtiles couleurs.
Il a peint aussi dans les tons clairs, par exemple revoir ici, , et Les femmes de Plougastel.

Il a connu le succès de son vivant, ses oeuvres ont été achetées par l’Etat et par des collectionneurs, alors que dans les mêmes années 1880-1890, Gauguin et Van Gogh peinaient énormément. Aujourd’hui, il est tombé dans l’oubli complet, et c’est bien dommage, mais serions-nous prêts, nous qui aimons tant les couleurs lumineuses et ne supportons le noir en peinture que chez Soulages, à visiter une rétrospective de ce peintre ?

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Il se dégage de son visage bonté, calme et modestie.
Les choses posées sur son bureau indiquent qu’il a voyagé à l’étranger, en Egypte notamment. Mais, lui l’Auvergnat qui a vécu sa jeunesse dans les Alpes, c’est en Bretagne qu’il est venu le plus souvent, il y a fait de nombreux séjours, surtout dans le Finistère, entre 1886 et 1913, et dans son autoportrait il a placé discrètement derrière lui des têtes de Bretonnes.
Il est devenu le peintre de Camaret. Il a suivi les pêcheurs jusqu’à Ouessant.
Il s’est attaché à représenter la vie rude des Bretons, et, sans tomber dans l’anecdote ou l’excès de pathos, il a sondé l’âme bretonne avec beaucoup de retenue et d’humanité.

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Cette grande toile, notice du musée ici, s’intitule au complet (le titre est tronqué dans le site) Lamentation des femmes autour de la chapelle de Roc’h Amadour. L’église vient de brûler, les femmes pleurent et semblent mêler leurs lamentations à leur chagrin de deuil, car bien souvent elles ont perdu un des leurs en mer et venaient prier à la chapelle.

La carcasse de l’église se détache sur un contre-jour qui filtre les restes de fumée. L’ambiance est mystérieuse, mystique, dramatique, à la fois poétique. C’est symboliste en somme !

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Cottet a largement traité le sujet de la mort, regarder par exemple le triptyque du musée d’Orsay, voir aussi le tableau du palais des beaux arts de Lille, le musée de Quimper présente aussi la mort d’un enfant, tableau que je n’ai pas photographié car c’est trop triste, et dans certains paysages la mort se profile …

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Ces deux beaux tableaux du musée des beaux arts de Quimper nous montrent la mer avant l’orage.
La mer est calme, elle menace, c’est la bonace.
Ses tons virides rendent livides.
Dans ce calme avant la tempête, des marins laissent leur navire. La mer, verte de rage, va bientôt exploser, c’est ce sentiment tragique que Charles Cottet nous laisse méditer.
Il nous offre sa vision très personnelle, sincère et aimante d’une Bretagne sauvage, pieuse, douloureuse et belle.
Sachons aimer son regard !

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musées,Peinture @ 10:15 , avril 14, 2015
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