Butinage

July 2nd, 2009
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Nous avons planté ce tilleul dans le jardin il y a trente-trois ans, nous avions transporté le jeune arbuste dans le coffre de la voiture, aujourd’hui il dépasse le toit de la maison. Il nous avait été offert par ma grand-mère. Le tilleul, comme son infusion, est souvent lié à une aïeule, ce n’est pas un arbre moderne, il garde toujours en lui le parfum discret, jauni, d’un passé évanoui d’album de famille.

Et puis le tilleul sera toujours l’inséparable compagnon de la madeleine ! Relire ici.

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Il y a dix jours encore, les branches étaient richement festonnées de ces bouquets d’or pâle. Installer une chaise-longue sous ce toit brodé et odorant aurait procuré un plaisir ineffable si la broderie n’avait pas été… au point de bourdon !

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Le haut tilleul se transforme chaque année au point culminant de sa floraison en un gigantesque et terrifiant essaim.
Abeilles et bourdons bâfrent et butinent bruyamment en se gonflant comme des ânes bâtés.
Sans souffrir d’hyperesthésie auditive, on est réellement effrayé par leur lourde rumeur extra-terrestre.

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Vrombissement continu, sourd, électrisé, on soupçonne la présence inquiétante d’une soucoupe surgie d’une autre planète et posée sur la cîme de l’arbre. La piqûre du son cingle la peau, fait enfler la tête, les insectes pourtant s’absorbent dans les pompons sucrés et n’ont que faire des humains terrorisés par leur patiente récolte.

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Le mot butin vient de l’allemand ” Beute ” = butin, et le mot allemand Beutel désigne la boîte, le sachet … le sachet du pharmacien du côté de chez Swann !

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    John Singer Sargent, Les moustiquaires, 1908, Art Institute Detroit

Avant de parfumer les sacs du pharmacien, le tilleul aromatise les pots de l’apiculteur.
En juin il est plus rassurant de lire sous le tilleul de grand-mère avec une moustiquaire !

Iris

July 1st, 2009

L’iris fleurit au printemps, mais c’est en été qu’on doit le planter. C’est le moment d’agrandir au jardin la collection, ou la palette des bleus, des mauves, des jaunes …

null Le choix est large …

les bleus de Van Gogh, toniques et profonds, rares comme le précieux lapis lazuli

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    Vincent van Gogh, Iris, 1889, National Gallery of Canada Ottawa

ou les parmes subtils et fragiles d’un voile de mousseline ?

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J’aimerais ennuager tout le jardin de ces fleurs vaporeuses, atmosphériques, d’un bleu céleste.

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    Robert Reid, Fleur de lis, vers 1895-1900, Met New York
    Le site du musée sur cette page indique ” lis ” , mais ce sont des iris, ça rime !

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Robert Reid est l’un de ces impressionnistes américains attachants, qui sont venus en France et ont retenu les leçons du maître de Giverny. Un aperçu de son oeuvre est ici.

Il a peint de nombreuses scènes fleuries, et je retrouve dans ses tableaux des fleurs de mon jardin, comme celles-ci :

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    Robert Reid, L’ombrelle blanche, 1907, Smithsonian american art museum Washington

Posons côte à côte, pour le fun :) , des couleurs complémentaires !

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Maillot de bain

June 30th, 2009

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Maurice Denis, Le yacht échoué à Trégastel, mba Rennes

Il y a une exposition des tableaux bretons de Maurice Denis au musée de Pont-Aven cet été, je vais y aller bientôt, je raconterai …
Mon sujet aujourd’hui est plus féminin, estival, textile, que pictural.

Le maillot de bain revient chaque été dans ce blogue avec de nouveaux modèles affriolants !
En 2007, sur cette page, je proposais un ensemble pour fillette on-ne-peut-plus d’avant-garde qui a remporté un certain succès, des lectrices m’ont demandé de leur envoyer les explications.

En 2008, ici et , le maillot remontait ses bretelles et le temps.

En 2009, bonne surprise pour les tricoteuses, voilà deux nouveaux modèles de maillot en vraie maille tricotée affectueusement à la main !

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Première trempette , un titre tendrement suranné comme ces tenues de bain d’une autre ère, qui mettaient un temps fou à sécher après la trempette. Eh oui, je gâtouille et raconte toujours ces sensations marquantes et vécues du fameux maillot tricoté !
La joie frétillante et la légèreté insouciante de la baignade étaient soudainement englouties à la sortie de l’eau par la lourdeur hideuse d’une culotte dégoulinante et bruyante. Avant le bain, la laine grattait la peau, mais peu importe, la perspective émoustillante de se jeter à l’eau à la fin réglementaire de la digestion faisait oublier tous les désagréments.

Ces modèles proviennent de la revue Modes&Travaux chère à mon coeur, ses pages tricot m’ont bien occupée sur la plage autrefois pour rhabiller mes enfants à la rentrée ! J’ai trouvé ce numéro dans une brocante ce mois-ci.

Avril 1947 ! null

Après l’eau froide, un maillot de rechange sec et chaud, un goûter, et à nouveau les plaisirs du sable fin !

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    Gustave Moise, Les enfants sur la plage, château-musée Dieppe

Le Portrait de Betty

June 29th, 2009

Un commentaire de mon billet d’hier ( celui de Summertime ici ) évoquait la façon nouvelle et attrayante qu’adoptèrent avec audace les personnes du sexe féminin au XXème siècle pour s’asseoir : sur un pied replié sur la chaise. Oh oui, nous aimions ça dans notre jeunesse, c’était inélégant, inconfortable, provocant, provoquant une scoliose à la longue, mais il y avait dans cette jambe repliée sous soi une manière ludique, piquante, de s’installer passionnément dans son occupation, de se pencher totalement mais avec désinvolture vers ce qui captive.

Ce détail relevé par Summertime me donne tout d’un coup l’occasion de parler d’un livre que j’ai bien aimé :

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Je n’en donnerai pas une critique bien ordonnée, je n’ai pas le talent de Béatrix, et ce livre paru en 2007 n’est pas nouveau, n’a plus besoin qu’on parle de lui.
J’en dis simplement qu’il est aussi bien écrit par Pierre Assouline que le portrait, son sujet, est peint par Ingres.

null Ce portrait est celui de Betty de Rothschild, peint par Ingres entre 1844 et 1848, et appartient à la famille de Rothschild.

Pierre Assouline fait parler Betty qui, du haut de sa toile accrochée au mur, contemple et commente la vie de sa célèbre et noble famille à travers les époques plus ou moins mouvementées depuis sa propre mort en 1886 jusqu’en 2006 lors de son séjour au Louvre pour l’exposition consacrée à Ingres.

Betty de Rothschild introduit le roman en disant : ” Je suis le portrait. ” , et je peux dire fièrement ” Je l’ai vue !
Cette exposition Ingres était une merveille, j’avais longuement blogué à son sujet, et la salle des dames de la haute société donnait le tournis par tant de beauté.
Les visages, les robes, les accessoires, dans une telle galerie de prouesses picturales éblouissantes et miraculeuses je n’aurais pas su dire quel était mon tableau préféré. Le souvenir le plus précis de mon admiration se porte malgré tout sur l’un de ces portraits exposés, la comtesse d’Haussonville de la Frick collection de New-York, peut-être pour la relative sobriété de la robe.

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Mais, grillon, pourquoi le fait de s’asseoir sur son pied te fait penser à ce roman de Pierre Assouline ?
L’auteur explique que madame de Rothschild a croisé les jambes pour poser. Or, une dame de son rang ne peut en aucun cas s’asseoir en croisant les jambes, cela ne se fait pas.
En effet, son genou, sur lequel elle s’accoude, paraît relevé et pour cela elle a bravé l’interdit.
Elle s’est installée devant le peintre avec le même plaisir désinvolte qu’on a pris plus tard en s’asseyant sur une jambe repliée.

Mais peut-être Betty posait-elle un seul pied au lieu des deux sur l’un de ces petits tabourets capitonnés en gardant les jambes parallèles …

C’est surtout le dernier quart du roman que j’ai aimé car l’écrivain y parle plus précisément du peintre, et des aventures du tableau, parfois dramatiques comme la rafle par les nazis.
Récit très bien documenté, mais je regrette que Pierre Assouline n’ait pas rendu à son auteur la paternité d’un bon mot :
la révocation de Lady de Nantes ” .
lol ! C’est en réalité l’une de ces petites perles que Marcel Proust sème mine de rien dans ses romans d’À la recherche du temps perdu. Je crois que c’est dans Sodome et Gomorrhe …

Et à propos d’Ingres, Lady de Nantes est ici !!

Le questionnaire

June 28th, 2009

C’est l’été, beuh :( , mais au moins en été, on n’est plus très loin de l’automne, ma saison préférée. En attendant les beaux mois frais et colorés de fin d’année, accueillons et subissons ceux de l’été avec fantaisie, philosophie et malgré tout bonne humeur!
Fuyons le soleil implacable et sa folle chaleur, recherchons l’ombre fraîche des grands arbres et des salles de cinéma, évadons-nous dans les films et les livres ! Dans des oeuvres dont les scènes se déroulent au coeur des frimas et givres enchanteurs :) .
Bah oui, c’est ainsi que les mois de juillet et août doivent supporter mon caractère un peu spécial.

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John Ottis Adams, In poppyland, 1901, Ball State University Art Museum

J’aime l’été surtout dans les tableaux. Ce pays de coquelicots est ravissant !

À propos de caractère, j’ai retrouvé ce qu’on appelle le questionnaire de Proust, il est sur cette page, le jeune Marcel l’avait remarqué dans un album en anglais de son amie Antoinette Faure, la fille de Félix.
Je m’étais amusée à y répondre dans mon blogue en 2005, elle est déjà loin l’adolescence du blogage ! Comme l’atmosphère est généralement ludique en été, je m’amuserai à nouveau ces jours prochains à record my thoughts, feelings &c

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    Henri Matisse, Liseuse à l’ombrelle, 1921, Tate gallery Londres

Première question : question originale en anglais suivie de la version de Proust :

Your favourite virtue.
Le principal trait de mon caractère.

Ma réponse en 2009 ( il faudrait que je recherche celle de 2005 ! ):
Caractère inclassable.
À l’image de ce blogue qu’on ne peut mettre dans aucune case. Même la catégorie ” divers ” ne me correspond pas vraiment !

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L’énoncé de cette question en anglais me donne l’occasion de parler du film que j’ai vu cette semaine : Easy Virtue
Je l’avais présenté ici.
Plaisir immense !
Il faut le voir en anglais, pour ne pas altérer son caractère purement et fabuleusement anglais.
Le titre français est ” Un mariage de rêve ” … franchement, d’où l’a-t-on sorti ? Marcel Proust, qui a traduit les critiques artistiques de John Ruskin mais pas les pièces de Noël Coward, aurait sans doute proposé ” Caractère facile ” .

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En français, heureusement comme en anglais, le titre est, disons, à caractère apotropoaïque, il conjure le désastre annoncé de ce mariage, la rencontre explosive de caractères pas faciles faciles entre belle-famille et belle-fille.

J’irai revoir ce film, c’est aussi un trait de mon caractère, je m’enflamme au point de revoir douze fois le même film ou cent-cinquante fois le même feuilleton.
Et la fin de ce film, oh, cette fin, quel beau morceau de cinéma !

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Un tango inoubliable avec un si chavirant Colin Firth !

Non, mon principal trait de caractère c’est plutôt : ” éternelle midinette ” .

Pointe de Dinan

June 26th, 2009
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Au revoir Saint-Pol-Roux ! Ma semaine avec le poète se termine, et ce blogage me permit de prolonger la magie poétique de ces quelques heures passées dans son souvenir au bout de la terre bretonne. Je reviendrai peut-être un de ces jours avec un ou l’autre de ses poèmes exaltants.

André Breton avait vu en ce Breton d’adoption le précurseur du surréalisme et son maître, et il contribua à le faire connaître.

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Saint Pol Roux écrivit qu’il changea le mot de Guillaume Apollinaire, ” surnaturalisme ” , en ” surréalisme “, mais la paternité du ” surréalisme ” revient selon certains à Apollinaire lui-même inspiré par Albert-Birot. La vérité ? surréaliste elle aussi ?

Le musée des beaux arts de Brest lui a consacré au début de cette année une exposition et je l’ai manquée, on est si casanier l’hiver, mais j’ai rattrapé le poète au vol avec celui des mouettes dans sa presqu’île de Crozon.

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Nous sommes allés nous asseoir au bout de la pointe de Dinan, au bout du continent, nous baignions dans une symphonie en gris majeur. Le ciel, la mer, la pierre se fondaient dans un silence duveteux gris-perle comme les mouettes.

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La pointe de Dinan se trouve au centre des nombreuses pointes de la presqu’île, cette presque pelote d’aiguilles, et nous apercevions à l’horizon vers la droite les fameux Tas de pois qui prolongent la pointe de Pen Hir.
Nous étions seuls dans tout ce gris laiteux qui me charme plus encore que l’azur immaculé du beau temps.
Nous avons déjeuné sur la roche et tiré du sac le casse-croûte … la mer a ses sentinelles avec deux ailes, qui guettent la moindre miette !

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Je ne sais pas comment le poète appelait les mouettes, il créait des images si jolies, les Edelweiss de la mer peut-être, j’invente comme lui … ou bien les nénuphars de la côte ? lol !

Bon week-end !

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Vieilles coques

June 25th, 2009
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Dernier repos. Les vieux bateaux de bois s’endorment et s’enlisent dans de petites anses retirées, et le spectacle de leur retraite disparaît lui aussi peu à peu. Quand un dernier assaut de sable aura englouti tous vestiges de cette ancienne navigation maritime, les émouvants cimetières marins ne seront plus que des souvenirs.

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” Vous trouvez ça beau, vous ? ” nous demande un passant en nous voyant admirer sous toutes les arêtes ces silhouettes surréalistes.
Oh oui, quel plaisir de déceler la beauté dans cet enchevêtrement de matières, de formes, de couleurs, de passé vibrant sur la rive immuable !

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Quand la mer imprime son horizon de cette façon sur la coque, c’est que le bateau a noué sa dernière amarre.

null dans cet article j’avais montré la peinture ancienne qui flirte souvent avec l’art moderne. Le bateau, qui est au féminin pour les Anglais, se démaquille peu à peu, puis se déshabille, malgré sa gène pudique, et laisse apparaître dans un désespoir résigné ses parties intimes, métalliques et motrices.

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Le temps se fait le grand équarrisseur d’un abattoir silencieux. Ces carcasses diffusent, certes, un embrun d’angoisse dans cette grande boucherie de la mer, ce sont les tristes dépouilles d’une bataille livrée contre les vagues et le vent.

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Les poutres primitivement équarries par le charpentier retrouvent leur brutalité sous la hâche du sablier.

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Devant ces images théâtrales, décors artificiels improvisés par les éléments naturels, on imaginerait quelque scène pathétique, ou poétique. Saint-Pol-Roux a-t-il vu ces cimetières marins ? Oui sans doute, il a peut-être écrit des merveilles à l’encre sympathique de ces épaves étonnantes … je n’ai pas tout lu du poète du bout de la terre.

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La coque agonisante se boursouffle, c’est l’oeuvre implacable, terrible, du temps du cadran solaire ajouté au temps du baromètre, mais c’est aussi une transmigration poétique, une métempsycose marine comme on en imagine beaucoup sur les grèves sauvages.

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L’épave s’en remet à la vase, livre peu à peu tout son corps qui se dissout dans le rivage.

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L’échelle et l’hélice du temps continuent leur mouvement perpétuel, rongent et façonnent les choses et les âmes.

C’est l’art de la vanité tel que les peintres nordiques du XVIIème siècle le représentaient, un art en trois dimensions, sculpture philosophique.

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Déprimant peut-être, sobrement beau cependant.

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null Ces bateaux se trouvent au Fret, dans la presqu’île de Crozon, particulièrement dans l’anse de Rostelec.

Menhirs

June 24th, 2009
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Menhirs

Poète de Camaret, j’écrirai demain, en hommage au savant et dévoué commandant Bénard-Le Pontois, le poème des hautes pierres de Lagatjar. Ici, laissez-moi simplement lever une coupe de champagne, qui devrait être un hanap d’hydromel, aux géants d’une époque devenue pour nous, tant elle s’éloigne, de l’Imagination en arrière.

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Le poète de Camaret, Saint-Pol-Roux, avait construit son manoir entre la mer et les alignements de Lagatjar, le petit Carnac du Finistère. Le site fut restauré en 1928 et il avait prononcé un discours à cette occasion.

On peut apercevoir ( à gauche sur la photo ) derrière ces pierres de l’Imagination en arrière les ruines du manoir, ne restent debout comme les menhirs que les tours de cet édifice fantasque à l’image de son propriétaire “arc-en-céleste “.

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Le ciel était couvert au moment de notre visite, alors découvrons le site à la lumière musicale des phrases de Saint-Pol-Roux …

Ces pierres assemblées nous prennent comme une symphonie, car à les connaître elles deviennent harmonieuses sous leur dureté, ces pierres n’étant dures, semble-t-il, à la longue, qu’à force de tendresse accumulée.
En vérité, l’une suivant l’autre, ces pierres forment pour moi, Solitaire de Lagatjar et leur voisin immédiat depuis un quart de siècle, un clavier gigantesque où la touche noire de l’ombre s’exprime en mineur et la touche blanche de la lumière en majeur, tandis que l’énergie du ciel déploie la gamme des saisons et les arpèges des journées.

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Eh oui, pas de chance, le piano céleste avait son couvercle baissé sur le clavier de lumière, mais ces touches de granit nous ont charmés, et c’est un peu le coeur serré que nous sommes entrés dans le manoir délabré de ce très attachant poète.

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En juin 1940, un allemand est entré dans ce manoir, tua la gouvernante, blessa le poète et viola sa fille. Rien que ça ! Saint-Pol-Roux fut conduit à l’hôpital à Brest mais ne se remit pas de cette terrible épreuve, et mourut en octobre.

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On se doute bien que cette demeure plantée en plein mur de l’Atlantique devenait un dangereux lieu d’observation et fut donc détruite par les Allemands en 1943. La guerre a fait disparaître en même temps des manuscrits du poète …

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Que non, rien n’a changé, parents préhistoriques ! Les mêmes étoiles scintillent à la vitrine de l’immensité, l’Océan balance les mêmes vagues. Mêmes falaises, mêmes vents, mêmes soltices, mêmes équinoxes, mêmes vérités, mêmes mensonges.

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Ô mes grands frères du temps vierge , que votre exemple verse en nos âmes ce pur rayon qui vous était toute fortune et tout génie ! Frères de la préhistoire, daignez léguer à notre histoire un peu de cette aurore qui fut la vôtre et qu’on retrouve quelquefois dans nos hameaux fleuris. On a besoin de se refaire aux primitivités. Nous sommes trop savants peut-être ; recommencez en nous votre science ingénue des charmes de la nature et des enchantements de l’équilibre sous les lignes inflexibles de la géomètrie mouvante de l’Astre divin.

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Apprenez-nous à vivre en la clarté natale. Dites à votre azur familier de nous inspirer le baiser de l’amitié et la caresse de l’amour, gens d’une humanité dès longtemps révolue, dont ces alignements évoqueraient encore le squelette immense épars sur la lande sévère. Ô poètes, enfin, poètes radieux qui jongliez avec l’aurore et le coucher du dieu, ramenez-nous à l’Age de Lumière, ô mes frères anciens, qui sûtes si bien descendre tout le firmament sur la presqu’île de Crozon, et qui, parmi l’herbe que paissent nos moutons, avez écrit l’unique et grand poème ensoleillé de votre beauté sur la terre, avec des pierres éternelles !

Extraits du discours édité dans ” Saint-Pol-Roux, La Rose et les épines du chemin “, Poésie / Gallimard.

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Je me souviens, j’ai étudié ce poète en classe de première au lycée, et je ne l’avais pas aimé. Ses mots me déroutaient, il en invente beaucoup. C’est ça que j’aime aujourd’hui !
Et puis rien ne vaut un pélerinage en son pays pour apprendre à aimer un écrivain !

A fleur de vague

June 23rd, 2009

Un petit plan pour situer la presqu’île que, peut-être, on ne connaît presque pas :

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La presqu’île de Crozon est une hermine bretonne couchée en mer d’Iroise comme un huit penché vers l’infini .

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Les mots du poète Saint-Pol-Roux commentent mieux que moi son beau pays :
” Roscanvel baigne ses pieds nus dans une mer menue dont la chair bleue se voit sous le frileux aller des voiles.”

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    Mary Piriou, Portrait de Saint-Pol-Roux, 1923, mba Brest

Paul Roux, ( sa wikipage ) né à Marseille, a trouvé plus belle la vie en Bretagne où il est hélas mort de façon tragique en 1940. C’est sur ses pas que j’eus envie de redécouvrir sa presqu’île bien-aimée.

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” On vit ici tel que dans un missel, avec au visage une gifle de sel quand le vent tourne les subtiles pages du village “

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” Et c’est des temps d’avril et c’est des temps d’hiver ! des vent-debout et vent-arrière ! et des suroits et des noroits ! et des grains noirs aux longs cheveux de pluie ! et des grains blancs à la crinière d’ouragan ! et des rafales ! et des cyclones ! et tous les souffles de la Rose ! et c’est des mers de lait et des mers de tapis ! et c’est des mers de fleurs vives à la folie et des mers de miroir sur quoi pour mieux se voir se penchent les jolies !

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Phrases extraites de ” Roscanvel ” 28 septembre 1898, recueil La rose et les épines du chemin.

Le temps change vite en Bretagne, soir doré et mer céruléum, matin grisé de brume et mer camaïeu de mauve et vert amande. Comme dans les tableaux de Whistler ou d’Elstir, le ciel se dilue dans l’eau, l’horizon se cherche indéfiniment à fleur de vague, dans une poésie de bleus et de gris suaves.
Je montrerai plus tard le manoir de Saint-Pol-Roux, son fantôme plus exactement, qui se dilue lui aussi dans l’air salé comme les bateaux abandonnés sur les grèves aux grains du temps, du sable, de l’onde et du vent.

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Peinture poétique

June 22nd, 2009

Ô passants, n’auriez-vous pas rencontré mon rire, par hasard ?
Fleur invisible de musique, il s’est esquivé de mon visage tantôt, et je le cherche en mon logis, dans toutes les demeures, au cours des rues, parmi les carrefours, dessus, dessous, à droite, à gauche, en bas, en haut, partout.
Vers où s’est-il enfui ?

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Etait-il las du balcon monotone et restreint de mes dents ?
Le désir des aventures ?
À mes lèvres préféra-t-il les lèvres de l’Amante en allée ? ou quelles autres ? Un rire, s’il a des ailes, la bouche alors serait un peu la cage dont voudrait parfois s’émanciper ce rossignol de l’être.

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Depuis j’épie la joie éparse : les écoliers roses, les paillasses des tréteaux, les soirs de salaire, les affiches heureuses, les gagnants de gros lots, les sorties de prison, enfin toutes les faces de la gaîté.
Mais ce rire, ce n’est pas le mien.

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À moins que mon rusé transfuge n’ait habilement troqué sa sorte contre une autre et déguisé d’une morphe son escapade, c’est pourquoi je le recherche aussi sous des transpositions bizarres.
En quoi donc put-il , de préférence, se cristalliser ou se volatiliser ?
Serait-il pas devenu :
Cette souris qui trottine menu sur mon tapis de prière ?

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Ou ce chardonneret d’en face ?
Ou ce saphir de la dame qui passe ?
Ou le bouton de cuivre de ma porte ?
Ou les yeux du chat dans l’ombre ?
Ou cette tasse vieux Japon à famille rose ?
Ou cette essence de verveine ?
Ou ce bec allumé du trottoir ?
Ou cette vitrine d’orfèvre ?

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Ou ce bouquet de corsage ?
Ou cette devanture d’horloger ?
Ou la lame de cet ouvrier coupant son pain ?
Ou cette cocarde à ce harnais de gala ?
Ou ce clairon de la caserne ?
Ou ce pendant d’oreille ?
Ou ce refrain de chanson ?
Ou cet arpège de mandoline ?

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Ou ce bout de sein de nourrice ?
Ou ce bas de jambe retroussée ?
Ou cette octave de piano ?
Ou cette grappe de raisins ?
Ou cette pendeloque de cerises ?
Ou ce miroir ?
Ou cette étoile ?
Mais dites, s’il s’était converti en louis dans ma bourse vide ?
Ah ! Ce cri de marchande de quatre-saisons, si c’était lui ?
Eh ! S’il s’était blotti dans la flûte de ce mendiant des cours ?

Hélas ! Ce n’est toujoujours pas mon rire que je découvre en ce multiple carnaval des formes ! …

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Oh reviens-moi mon rire, oh reviens-moi ! Vois, je suis laid bien plus que si j’avais perdu toutes mes dents, car, toi loin, c’est la grimace de l’âme, et l’on me fuit pour ma face de pleurs. Reviens, ô mon rire, reviens ! Et si quelqu’un te m’a volé, malheur à ce larron s’il vient à m’apparaître avec toi-même entre les lèvres !

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Quelqu’un, que ma pluie m’empêchait de distinguer, me dit :

” Ton rire, poète, tu l’as toujours. Il ne t’a pas abandonné, seulement il a changé d’allure et s’est réfugié parmi tes larmes. Et c’est au fond la même chose en ce Pays des Peines où la félicité ne fut jamais qu’un deuil porté en rose. Ton rire était une larme travestie, comme ta larme est un rire masqué.
Car c’est toujours de la douleur qu’on vit, la joie n’étant qu’une douleur exaspérée jusques à l’hystérie.”

Et je trouvai cela si précieux que je me mis à rire aux larmes.

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” Le Rire perdu ” , poème de Saint-Pol-Roux, recueil La Rose et les épines du chemin

Une de nos filles nous a envoyé pour la fête des pères et mères une Smart-box !
La petite boîte contenait une nuit calme dans un cadre pittoresque de la France profonde. Nous aurions pu choisir une contrée lointaine, mais j’ai préféré me laisser surprendre par l’inattendu caché au coin de chez soi, aller découvrir enfin ce qui s’offre à soi à tout moment et dont la proximité fait reculer sans cesse ce moment, un temps trop simple à trouver pour être pris.

Une nuit au pays de Saint-Pol-Roux null

Dans la presqu’île de Crozon. Nuit bretonne, nuit tranquille, heures divines d’un beau jour, grand merci à notre fille !

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Les bateaux échoués m’ont semblé empreints d’une grande poésie, colorés, lumineux, fantastiques, mélancoliques, et particulièrement surréalistes comme les poèmes de Saint-Pol-Roux, dont je parlerai prochainement.

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