Les peupliers
July 25th, 2008D’où vient le nom de cet arbre, le peuplier ? De ” peuple ” bien sûr, son nom latin est ” populus “, mais pourquoi ? Mon dictionnaire le Robert ne le dit pas, si quelqu’un a une idée, je l’accueillerai avec plaisir …
J’ai bien une proposition à faire, mais tient-elle ? Le peuplier est un arbre qui pousse vite, se propage facilement, repousse sans problème après les dégâts d’une tempête, donc il peuple le paysage de manière abondante et aisée.
Henri Martin ( 1860-1943 ) Les peupliers, 1934, musée d’art moderne de la ville de Paris
Cet arbre populaire porte d’autres noms : ” grisard ” car ses feuilles sont argentées, ” ypréau ” car il pousse particulièrement bien en Belgique à Ypres, ou ” tremble ” car il frissonne au moindre souffle.
Cette dernière appellation, poétique, me remet en tête ce poème saturnien de Verlaine que j’aime beaucoup :
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Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
- Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
J’ose, hum
, ce mot après ce merveilleux poème : la plainte sempiternelle du tremble ou peuplier est la vox populi !
Les peupliers aiment surtout la proximité de l’eau, et ils longent souvent les canaux. Ce célèbre tableau de Meindert Hobbema les a immortalisés :

Meindert Hobbema, L’allée de Middelharnis, National Gallery Londres
Lire la notice du musée.
Quand j’ai vu le film de Peter Webber ” La jeune fille à la perle ” pour la première fois au cinéma, je pensai instantanément à cette allée de Middelharnis quand Griet se promène le long du canal avec le fils du boucher. J’aime bien quand le cinéma met du mouvement ( c’est son rôle ) dans les images fixes de l’histoire de l’art.
L’été dernier j’avais évoqué la symbolique du peuplier à propos d’un tableau de Caspar David Friedrich.
Revoir l’article ici.
Le peuplier est associé à l’au-delà et au sacré dans l’Antiquité, et la mythologie raconte plusieurs métamorphoses en peuplier. La nymphe Leucé est changée en peuplier blanc ( Leucé veut dire blanc ). Le peuplier noir symbolise le deuil et la mort, le peuplier blanc la régénération. La double couleur de ses feuilles, qui sont foncées sur une face, blanches et argentées sur l’autre face, permet cette relation du monde ici-bas noir et de l’au-delà blanc.
J’ai parlé du peintre Pierre Henri de Valenciennes qui a représenté dans ses nombreux paysages différents arbres magnifiques.
Voici des peupliers :

P. H. de Valenciennes, ” Fabriques à la villa Farnèse, les deux peupliers “, musée du Louvre
Les peupliers chantent dans le vent, et ce frissonnement rappelle à chacun de nous, d’une manière ou d’une autre, une promenade le long d’une rivière, une sieste dans une clairière bordée de ces arbres fiers, ou, comme pour mon mari, les révisions pour ses examens au bord de la Scarpe à Arras …




George Clausen, Lecture sous la lampe, 1909, National gallery of Australia Canberra


























