
Spectacle rassurant
Tout est lumière, tout est joie,
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Ses rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux !

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil ;
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sa voix bénit le Dieu de l’âme
Qui, toujours visible au coeur pur,
Fait l’aube, paupière de flamme,
Pour le ciel, prunelle d’azur !

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant ;
Dans les verts écrins de la mousse
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent ;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

La giroflée avec l’abeille
Folâtre en baisant le vieux mur ;
Le chaud sillon gaîment s’éveille,
Remué par le germe obscur.

Tout vit, et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure ;
Le bois jase ; l’herbe fleurit. -
Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.
Victor Hugo, Les rayons et les ombres ( 1840 )

Le printemps resplendit, que de merveilles, quel temps éblouissant, oh oui le spectacle est rassurant, réconfortant
!
Le poème de Victor Hugo, intitulé ” Spectacle rassurant “, m’a semblé beau et de saison, et en le lisant j’avais plein les yeux les couleurs de van Gogh, ce que le poète n’aurait pas pu voir lui-même puisque presque tous ces tableaux ont été peints après sa mort, mais il me pardonnerait certainement cet anachronisme. Et Vincent van Gogh mérite toute la grâce des couplets de Victor Hugo plutôt que ma prose banale, alors pardon aux lecteurs qui n’aiment pas la poésie !

Les tableaux de Vincent van Gogh sont, dans l’ordre d’apparition :






Ne pas aimer la poésie ?
Impossible !
Sans elle, je m’étiole.
« Champ sous un ciel d’orage » est le tableau que je préfère, bien que je ne voie pas la menace de l’orage mais plutôt la perspective infinie qui se devine et se prolonge dans l’au-delà des bleus, en une douce quiétude des couleurs horizontales, délicatement déposées par touches irrégulières, étalées d’une façon apparemment désordonnée, mais justement juxtaposées, le ciel et la terre se rejoignant par la grâce des tons mêlés et joliment harmonisés de quelques rares traits obliques, réalisant le passage du plan terrestre au plan céleste. Et la lumière fut !
On croit que le ciel va nous tomber sur la tête mais c’est le contraire qui se produit, nos yeux quittent le sol et s’élèvent vers un point bleu dur, puis se dirigent vers les nuages, s’y enroulent et redescendent et recommencent et tourbillonnent encore un fois pour finalement disparaître et se perdre dans un mouvement intérieur où tout se confond et s’embrasse. Point de fuite, le ciel et la terre sont faits pour se rejoindre. Une invitation à la contemplation, comme une main tendue ?
Ces versets de la Genèse 1, 11-12 , me vinrent à l’esprit :
« Dieu dit : « Que la terre verdisse de verdure : des herbes portant semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence » et il en fut ainsi. La terre produisit de la verdure : des herbes portant semence selon leur espèce, des arbres donnant selon leur espèce des fruits contenant leur semence, et Dieu vit que cela était bon. »
Il est tard et je suis sur le point de me coucher, je jette seulement un coup d’oeil sur l’ordinateur avant de l’éteindre, et comme une bonne étoile scintillante, je découvre votre charmant commentaire, fa#, qui va me bercer dans mon dodo. Merci beaucoup !
Le paysage au ciel d’orage est en effet impressionnant, je l’ai vu à Amsterdam et le bleu du ciel est en réalité plus foncé, plus menaçant que sur cette reproduction. Van Gogh a peint ce tableau l’année de sa mort, il ne croyait plus que le ciel pouvait l’aider, n’a pas senti de main tendue, quelle tristesse ! Il entra en religion dans sa jeunesse pourtant, avait-il totalement perdu la foi ? Je ne sais pas, les catalogues évitent généralement de soulever cette question, c’est dommage.