La lingère

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François Boucher, Le moulin, 1751, musée du Louvre, notice du musée

Ce beau tableau de Boucher est exposé à côté de  » L’orage  » de Fragonard au Louvre dont j’ai parlé hier, et il me donne une fois de plus l’occasion de m’amuser avec ce sujet de la lessive, cher au coeur des FAF puisqu’il occupe une bonne part de son quotidien !

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Ces lavandières m’enchantent toujours, les peintres les ont souvent étudiées avec tendresse et talent.
Poigne et courage il fallait avoir pour brosser ce linge dans une eau parfois glacée, l’essorer, le transporter, l’étendre, ces tâches aujourd’hui robotisées ne présentent plus aucun intérêt artistique, bien que la lessive occupe une grande part dans le genre du paysage – publicitaire – , mais le clip n’a pas le charme ineffable des  » soap paintings  » du XVIIIème siècle !

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J.H. Fragonard, Les cascatelles de Tivoli, vers 1761, musée du Louvre, notice du musée.

Le docteur Lacaze crut acheter un tableau d’Hubert Robert avec ces cascatelles de Tivoli, mais c’était un Fragonard, les deux peintres amis pouvaient être confondus. Ils ont séjourné ensemble à Rome et se distrayaient des exercices académiques très sérieux en peignant ces scènes charmantes dans la campagne romaine.

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Hubert Robert, La lingère, 1761, Sterling et Francine Clark Institute Williamstown

On distingue à gauche une fontaine romaine, surmontée d’une imposante sculpture, et le peintre a signé sur le linteau au dessus du lion, en italianisant son nom, Roberti . Délicieux sujet !

J’ai traité plusieurs fois le sujet, voir sur cette page par exemple, je me répète, mais chacun sait que la lessive est un éternel recommencement !
Les peintres nous prouvent que ces tâches ménagères ne sont pas sans noblesse …

Voilà un autre Fragonard de la lessive romaine :

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J.H. Fragonard, Les blanchisseuses ou l’étendage, vers 1758, musée des beaux arts de Rouen, notice du musée.

La notice du musée évoque le menu peuple dans l’antre sombre de cette grande lessive, ce travail se faisait en communauté autrefois.
Maintenant, la ménagère se retire dans la froide et impersonnelle intimité de sa machine à laver, elle lui remplit le ventre et tripote ses boutons, l’eau jaillit dans ses entrailles et la bête s’ébranle en marmonnant des sons métalliques. Après deux heures de mastication, la ménagère lui retire son bol alimentaire tout propre et l’étend au soleil, ou le fourre dans la gueule d’une autre machine, et pendant ce temps, elle admire les lavandières d’antan sur l’écran de son ordinateur.

Bon week-end !

4 réflexions au sujet de « La lingère »

  • 30/01/2009 à 16:29
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    Ce travail demandait une grande force physique comme tu le soulignes si bien…nos grand-mères étaient des « costaudes », d’autant plus que les toiles à drap étaient bien plus lourdes qu’aujourd’hui. Il me reste quelques vieux draps anciens…et je t’assure que je peine à les étendre sur un fil !

    Le tableau de François Boucher est particulièrement agréable à regarder.

  • 30/01/2009 à 19:21
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    Je suis contente que le Boucher te plaise, Enid, car j’ai eu le coup de foudre pour cette toile, et hélas Boucher n’est plus apprécié ou simplement reconnu à sa grande valeur, et ce paysage du Louvre est plus rare de sa part me semble-t-il, et particulièrement séduisant. Un peintre impressionniste aurait peint exactement le même moulin, on l’encenserait. Ah, les phénomènes de mode !

  • 03/02/2009 à 00:47
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    J’aime votre paragraphe sur la lessive moderne et j’aimerais bien peindre ce sujet contemporain !… un jour …

  • 07/10/2009 à 09:04
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    c’est sûr que le lave-linge est moins romantique que la lavandière… pour le spectateur !
    pour mon ex-belle-mère, qui a lavé son linge dans la mare au bas du pré, il y a moins de cinquante ans encore, linge qu’elle remontait, mouillé, dans une brouette en bois avec ses enfants aux basques, il n’y a pas photo, et elle est très heureuse de son lave-linge ! ce qui ne l’empêche pas de faire encore bouillir dans une gamelle les mouchoirs, parce que quand même…
    😉
    ma mère a eu une de ces premières machines qu’il fallait vider entre lavage et rinçage, c’était encore bien physique ! je me souviens du parfum des lessives d’antan, odeur de savon bouilli, rien à voir avec les senteurs artificielles qu’utilisent mes voisines et qui me donne littéralement la nausée quand le vent apporte les effluves de leur linge « qui sent bon le propre » jusque chez moi

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