La posturologie de la lecture

    Théophile Alexandre Steinlen, Modèle lisant ou La lettre, estampe, 1898, BnF, notice.

Penser/Classer est un ouvrage de Georges Pérec publié en 1982 après sa mort. Il pensait, classait le monde quotidien à sa manière, fantaisiste, amusante.
Une lecture surprenante.

Dans ce petit livre on peut trouver par exemple 81 fiches cuisine à l’usage des débutants,
classées ainsi : 27 recettes de ris de veau, 27 recettes de sole, 27 recettes de lapin.
On rit bien !

On trouvera aussi les manières de classer les livres dans sa bibliothèque personnelle, des considérations sur les lunettes, et puis, ha, la fameuse posturologie de la lecture !

Voici un extrait que, personnellement, je m’amuse à illustrer de tableaux :

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    Sir William Orpen, Grace lisant dans la baie de Howth, vers 1900, coll. Part. notice

      Lire debout (c’est la meilleure façon de consulter un dictionnaire)

    Tamara de Lempicka, Kizette en rose, 1926, musée d’arts Nantes, notice .
      Lire assis, mais il y a tellement de manières d’être assis :
      les pieds touchant le sol, les pieds plus hauts que le siège, le corps renversé en arrière (fauteuil, canapé)
      les coudes appuyés sur la table, etc. ;
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    Henri Matisse
    , La liseuse à l’ombrelle, 1921, Tate Modern Londres, notice du musée
      Lire couché ; couché sur le dos ; couché sur le ventre ; couché sur le côté, etc. ;
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    Jean-Jacques Henner, La liseuse, 1880-1890, musée d’Orsay, notice.

      Lire à genoux (des enfants feuilletant un livre d’images ; les Japonais ? ) ;

    Robert Braithwaite Martineau, Le dernier chapitre, musée de Birmingham, notice.

      Lire accroupi (Marcel Maus : « la position accroupie est, à mon avis, une position intéressante que l’on peut conserver à un enfant. La plus grosse erreur est de la lui enlever. Toute l’humanité, excepté nos sociétés, l’a conservée. »)

      Lire en marchant. On pense surtout au curé qui prend le frais en lisant son bréviaire. Mais il y a aussi le touriste qui déambule dans une ville étrangère, un plan à la main, ou qui passe devant les tableaux du musée en lisant la description que les guides en donnent. Ou bien marcher dans la campagne, un livre à la main, en lisant à voix haute. Il me semble que c’est de plus en plus rare.

    Georges Pérec, Penser/Classer, extrait de « Lire : esquisse physiologique »

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    Carl Spitzweg, La lecture du bréviaire le soir, vers 1845, Louvre,
    notice.

Au chapitre suivant, Pérec classe les lectures selon les fonctions corporelles.

La nourriture : lire en mangeant

    John Singer Sargent, La table du petit-déjeuner, 1884, Fogg Art Museum Harvard University, notice

La toilette : lire dans son bain

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    Alfred Stevens, Le bain, vers 1867, musée d’Orsay, notice

Les besoins naturels : Louis XIV donnait audience sur sa chaise percée, précise Pérec.
Il recopie ensuite un passage de Ulysse de James Joyce. Très détaillé, ce passage, j’évite de moi-même le retranscrire ici.
Pas trouvé de tableau pour ce cas précis.

    Eugène Delacroix, Homme lisant dans son lit, D.A.G. Louvre, notice

Le sommeil : on lit beaucoup avant de s’endormir

Georges Pérec n’a pas pensé à l’allaitement !
On peut nourrir son enfant et son esprit en même temps.

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    Pieter Fransz. De Grebber
    , Mère et enfant, 1622, Frans Hals Museum Haarlem, notice.

Pérec évoque la lecture dans les moyens de transport, la lecture en vacances, la lecture en convalescence ou pendant une maladie, la lecture dans les squares, au café …

    Augustus Leopold Egg, Compagnons de voyage, 1862, musée de Birmingham, notice

On peut lire en regardant la télé, mon mari parvient à suivre un film tout en avalant un roman policier, il peut même lire en écoutant des chansons, alors que ce genre d’interférence entre mots lus et mots entendus me mettent la tête en bouillie.
Je ne supporterais pas d’entrer au petit coin ou dans la salle de bain avec un livre, mais la lecture au lit est mon péché mignon.
Classer ses livres, telle est la question, surtout quand la récolte est constante, la cueillette compulsive.
J’aurai beaucoup à dire sur tout ce que j’ai à lire, le tout dans un désordre instable sur ma table de nuit.

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    Félix Vallotton, La bibliothèque, 1921, musée du Prieuré Saint Germain en Laye, notice.

2 réflexions au sujet de « La posturologie de la lecture »

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