L’arbre foudroyé

      Odilon Redon, Médoc, l’arbre, vers 1868, musée d’Orsay, notice.

Après avoir admiré cet été au musée de Quimper les nombreux arbres peints et dessinés par Odilon Redon, je suis retournée vers le livre d’Alain Corbin, La douceur de l’ombre, l’arbre, source d’émotions, de l’Antiquité à nos jours.
J’en avais parlé sur cette page et j’avoue que je n’ai toujours pas lu Siloé de Paul Gadenne. Mais j’y viendrai un jour !

Les arbres d’Odilon Redon (qu’Alain Corbin ne mentionne pas, mais il ne pouvait pas tout citer dans son vaste ouvrage dendrologique) m’ont émue et interrogée. Le peintre les a étudiés d’une manière si scrupuleuse, d’un angle si original avec ce cadrage sur les troncs, s’intéressant à des spécimens souvent souffrants, foudroyés, cassés, demi-morts …
on constate avec cet artiste que l’arbre peut être source d’émotion, de dialogue, d’empathie, de joie ou de crainte, il peut avoir lui-même une âme sensible.

Alain Corbin attire notre attention sur l’arbre au centre de cette oeuvre de Mantegna, un arbre imposant que Redon aurait ou a peut-être apprécié :

      Andrea Mantegna, La prière au jardin des oliviers, vers 1459, musée des beaux arts Tours, notice, commentaire .

Dans le site du musée de Tours on peut lire une analyse très instructive du tableau.

Une vigne grimpe le long de l’arbre mort.

La vigne, les grappes de raisin, symbolisent le sang du Christ.
« L’arbre sec » annonce la crucifixion.

Le tronc vertical sert de cadre à la scène de la prière de Jésus, et plus tard, après Mantegna, au début du XVIIème siècle, Ignace de Loyola, dans ses Exercices spirituels, précise que le chrétien doit imaginer un paysage qui encadre sa prière et sa méditation. L’exercice spirituel constitue un cadre vide que la prière remplit.

Les oliviers sont absents de l’oeuvre de Mantegna.
Il a peint des arbres portant des fleurs ou des fruits.
Contraste de l’arbre fécond avec l’arbre mort, promesse de paradis après la mort ?
Symbole de rédemption ?

      Odilon Redon, La fuite en Egypte, musée d’Orsay, notice.

Un petit tableau étrange et merveilleux;
Là aussi un arbre blessé. Il absorbe la lumière colorée qui émane de la Sainte Famille. Il se découpe sur un ciel profond, bleu-nuit de pierre précieuse.
Un jeune arbre frêle, cassé, s’est abattu sur le grand arbre comme s’il était en fuite lui aussi, leur croisement forme une arche au dessus de la famille. Ces arbres symbolisent, à mon sens, la douleur de la persécution, la résistance silencieuse au mal.
Mystère et religiosité.

Les arbres parlent doucement aux oreilles des artistes.

      Odilon Redon, Bouleaux à Bièvres, musée d’Orsay, notice.

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