Quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire

      Les livres. Ils sont là sur ma table. Je les ai ouverts au hasard. Je les ai feuilletés. Un apaisement est venu dont je ne savais pas avoir besoin. Un bonheur de lire, antérieur à l’acte même de lire.

      Christian Bobin , extrait de Souveraineté du vide, éd. Fata Morgana, réédité en mars 2017.

Les livres encore.
Achats et lecture compulsifs.
Sur ma table de chevet, pile vertigineuse et faces lumineuses.
Comme Christian Bobin je les ouvre au hasard. Je m’y abîme l’âme et les yeux, sais bien que j’ai besoin d’eux, et mon bonheur avant, pendant et après est intense.
Je n’avais pas encore lu Souveraineté du vide et sa réédition est un bien souverain.
Christian Bobin y parle de la lecture et de l’écriture. Un livre plein, riche, profond, bienfaiteur.

Un passage m’a emportée au paradis des proustiens !

Bobin parle de Proust en termes si beaux, voici quelques extraits :

    Je vais poursuivre cette lecture entamée l’été dernier, ce livre de Proust que j’emmenais dans mes balades : ses pages sont encore trempées de soleil. Lecture sans fond, sans fin. Lecture immobile. L’histoire n’avance pas. Il n’y a pas d’histoire. Juste une avancée lente, très lente, vers l’Amour, vers la cruauté de l’Amour, vers sa lumière aveugle, blanche. Lecture hallucinée, dévorante, infatigable.

    Les mots fleurissent et poussent dans tous les sens, de toutes espèces. Ils se multiplient et se ramifient comme un feuillage, comme une excroissance incontrôlée, incontrôlable, de feuilles, de fruits.

    Tout part de cet homme dans la fin de sa vie, dans la fermeture de sa chambre qui ne fait qu’une avec la chambre immatérielle de l’écriture.

J’aime la métaphore végétale. La lecture est, par étymologie, une cueillette.
Proust et Bobin sont de fabuleux jardiniers.

Je lis comme je cultive le jardin, au hasard, avec joie, fantaisie et besoin, dans un fouillis de feuilles, de fleurs et de branches.
Je plante et ne contrôle plus bien, la nature écrit seule, en artiste véritable.
Et, comme la madeleine de Marcel, les plantes me remettent parfois en mémoire le jour, l’heure, l’humeur qui ont accompagné mon désir de tels pétales roses ou mauves en ce dédale vert.

(le titre de mon article reprend les derniers mots du livre de Christian Bobin)

Après la lecture très poétique de Bobin, j’ai lu le livre très amusant de Raphaël Enthoven, Little Brother, paru chez Gallimard en février 2017.
Satire philosophique de notre société actuelle, de ses travers bizarres.
Le chapitre consacré au Vintage, qui allie la matière à la mémoire, est excellent.
Et Raphaël Enthoven connaît bien Proust, qu’il cite assez souvent.
Cela ajoute au charme de cette étude !
Proust était bien lui aussi un philosophe pratiquant la satire de son temps.

4 réflexions au sujet de « Quelques herbes, fraîchement coupées dans le vert de la mémoire »

  • 16/05/2017 à 20:02
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    Mais que j’aime tes fleurs ! Je savoure encore plus ces photos que j’en ai moi-même dans le jardin… Je partage maintenant vraiment cet extrême plaisir de la contemplation de ces merveilles végétales…

  • 16/05/2017 à 21:28
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    Des fleurs, des livres, la bonne vie, n’est-ce pas ? Merci Sandrion !

  • 22/05/2017 à 08:32
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    Bonjour ; j’entretiens un jardin de famille où je me rends environ tous les quinze jours, du printemps à l’automne. J’ai beau prévoir des listes de choses à faire, je ne les respecte jamais, et j’enchaîne les tâches plutôt au hasard, au gré de mes envies et de mon regard du moment. Comme vous, « avec joie, fantaisie et besoin » …Ouf, me voici déculpabilisée de mon absence d’organisation ….

  • 22/05/2017 à 11:11
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    Je ne sais pas si on déculpabilise, mais du moins on ne se sent pas trop seule dans le caractère désorganisé ! On manque toujours de temps, il faudrait être là plus souvent, plus régulièrement, la nature va plus vite que nous !

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