Le mimosa du cinéma

Le petit cinéma est fermé depuis huit ans déjà.
Peut-être neuf ans, ma tristesse ne compte pas.
Abandonné, sans repreneur, l’écran se meurt.
Mais chaque année son arbre lui redonne vie, mouvement, couleur …
Sur l’écran bleu du ciel, le mimosa déroule ses images étourdissantes.

Bonheur des fleurs, mêlé de nostalgie, regrets, souvenirs.
Images renaissantes.
La couleur des fleurs me fait revoir ce film, Les citronniers, l’un des derniers chefs-d’oeuvre que nous offrit la petite salle.

Des films beaux, sensibles, vibrants, odorants, comme le mimosa.
Confidentiels, éphémères, étranges comme cette fleur.
Nous offrant toujours du bonheur, comme cette mousse de soleil.
Authentiques, en version originale, comme cet arbre libre et grandiose.

Ce petit cinéma diffusait tant de parfums, subtils, frais, hélas volatils car si peu humés, trop peu aimés par les critiques grégaires.
Il fallait se garer devant le mimosa.
Un maigre public osa.
Je fus seule parfois, pour qui les bobines se déroulèrent.

Maintenant l’arbre continue seul son cinéma.
Silence, les saisons tournent.
Le festival annuel se tient en février, déroule son tapis doré.
La serrure de la porte a fait retentir son clap de fin.
Mais les prises de vue continuent en décor naturel.
Contre-plongée vers le ciel et ses panaches acidulés.
Le plateau se constelle de pompons jaunes.
Travelling dans les hautes branches.
Couper, on a envie de couper, pour le bouquet final !
Les rushes sentent si bon, on veut tout garder.
Le fondu enchaîné dans les fleurs ne remplacera jamais les intimes séances,
les conversations avec la propriétaire de ce petit cinéma d’art et d’essai, surtout d’art, celui d’instruire et de plaire.

La vie continue alentour. Je fais une prière après ce petit story-board végétal, que le grand écran retrouve ses couleurs, comme l’hiver le fait tous les ans avec le mimosa !

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