Les allégories de l’hiver

      Attribué à Artus Wolffordt ou Wolfhardt, ou entourage de Simon De Vos, Allégorie de l’Hiver, musée municipal de Soissons, notice.

C’était il y a huit ans, en février 2009, je rassemblais quelques images d’hiver .

L’hiver, je l’aime, quand, en se mettant au chaud devant le feu, on en vient à souhaiter que se déclarent la pluie, la neige, même quelque catastrophe diluvienne pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l’hivernage, ainsi que l’écrit si bien Proust à propos de la chambre de Tante Léonie.

L’hiver a ses charmes, ses drames et ses images allégoriques très variées que les artistes interprètent chacun à leur façon.

Ce monsieur Hiver ci-dessus, barbu, chenu, bien couvert d’un chapeau, peint par on ne sait qui précisément, mais sans doute par un peintre flamand baroque plein de verve qui a vu Rubens et Jordaens, est éclairé d’une chaude lumière par une lanterne posée à gauche dans le tableau. Il réchauffe sa main et, l’oeil pétillant, il semble assez heureux devant son brasero crépitant, animé, bavard.

      Eugène Delacroix, L’hiver, dessin, D.A.G. Louvre, notice

Aucune source de chaleur, aucun bruit, dans cette allégorie de l’Hiver vue par Delacroix, au contraire, le froid implacable fige la figure centrale dans un certain chagrin.
La réclusion est mentale, la femme, qu’on devine jeune, à l’opposé du vieil homme qui symbolise souvent l’hiver, est claquemurée, silencieuse, tressaillante, en boule de frissons et d’idées noires, la lumière froide éteint tout espoir.
Seul le chien apprécie l’hiver, en pourchassant un lièvre blanc comme neige.
Cette étude préparait le décor d’un dessus de porte. On imagine la porte peinte en tons mats, sourds, gris, blanc cérusé, dans la pièce bien chauffée d’un château.

Les lignes de ce dessin sont modernes, fluides, filent en vent coulis. Magistral Delacroix !

      Kano Tosen Nakanobu, Scène d’hiver et scène d’été, 1835-1868, British Museum Londres, notice

Allégorie 2 en 1, l’hiver face à l’été :
un oiseau ( un mainate, un martin triste ?) au plumage noir et gris, pousse un cri (triste) vers le ciel, perché sur une branche de bambou enneigée. L’oiseau se nourrit d’insectes, or l’hiver tue les insectes.
L’hiver est hexagonal, anguleux, cette géométrie a peut-être une signification …

L’été est rond comme le soleil, il est figuré par des fleurs de courges, et par divers insectes qui courent dans le feuillage, nourriture des oiseaux.
La courge, en raison de ses nombreux pépins, est un symbole d’abondance et de fécondité.

      Georg Hoefnagel, Dolor : Allégorie de l’hiver, 1589, détrempe sur vélin, D.A.G. Louvre, notice

Des oiseaux et des insectes, il y en a beaucoup dans cette allégorie de l’Hiver, qui ressemble à un cabinet de curiosités.
C’est tout un récit érudit de la vanité.
Dans le phylactère en haut est inscrite cette phrase :

      Le malheureux hiver de la vieillesse est raidi par la douleur et la vie chancelante arrive à son terme comme une bulle d’eau

On peut lire un commentaire détaillé de cette oeuvre dans le site du Louvre.
Au centre, la mort aux ailes de chauve-souris surmonte la noix, symbole de Jésus Christ. A la mort succède la résurrection, comme à l’hiver, le printemps renaissant.

Louise Abbéma ci-dessous, son allégorie s’est vidée des symboles, elle se veut avant tout décorative, avec les élégantes fleurs ou branches hivernales, le gui, le houx et l’ellébore.

Et le mimosa ?
À suivre !

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      Louise Abbéma, Allégorie de l’hiver, 1902-06, musée d’Orsay, notice

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