La cuisine de Marguerite

Les hasards du marché, des confitures et de la littérature …
J’ai acheté cette semaine des oranges amères, du sucre pour la confiture, de la queue de boeuf, des légumes pour le pot-au-feu, et puis un petit livre de Marguerite Duras.
J’ouvre le livre et trouve avec surprise une recette de confiture aux oranges amères.
Alors je suis la recette de Marguerite !
La bassine est sur le feu en ce moment, je dirai plus tard si la marmelade est bonne, mais pour moi, elle restera associée sur mes tartines à l’écrivain.
Cette idée me plaît bien, mi-durassienne, mi-proustienne.

      Frantisek Kupka, Le chou, 1906, Centre Pompidou, notice.

Nous avons mangé la queue de boeuf ce midi, avec une sauce gribiche, par ce temps froid, je peux dire que c’est fameux !
Mais ce que je n’ai pas précisé, c’est que Marguerite Duras indique une recette de pot-au-feu à la queue de boeuf, et sur la photo du cahier écrit de sa main, on voit que cette recette précède celle de la confiture aux oranges amères sur la même page.
J’avais pourtant acheté mes victuailles avant le livre !

Ce hasard est facilité par le fait que les oranges amères et le pot-au-feu se cuisinent à la même époque, en hiver, en janvier, quand il fait froid et qu’on fait entrer dans la maison la couleur ensoleillée du fruit et la promesse de chaleur de la viande à longue cuisson.

Le livre que voici est donc le recueil de recettes personnelles de Marguerite Duras, qui a été réédité le mois dernier chez Benoit Jacob.
Avec des photos de sa cuisine à Neauphle-le-Château.
Cette pièce est comme elle, je me doute, simple, sans chichi ni recherche esthétique, mais abondamment garnie d’objets hétéroclites et désuets, sentimentaux probablement, inventifs, surprenants, attachants.
Une vraie pièce à vivre et cuisiner, à papoter, déguster, créer …
Marguerite donne ses recettes en les commentant à sa façon, intime, touchante, spontanée.
A travers ses plats, on a l’impression d’apprendre à la connaître, on découvre une femme généreuse, simple, avec ses petites manies et sa fragilité.
Elle dit :

      Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que j'aime beaucoup ça ... c'est l'endroit le plus antinomique de celui de l'écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité ... on est un auteur ...
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    James Ensor, Le chou, 1880, musées royaux des beaux arts de Belgique, notice

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