Saponides et détergents

persil

      Affiche Henkel&Cie, vers 1930, Staatliche Museen zu Berlin, notice.

    Avec cette robe blanche, elle utilise forcément Narta fraîcheur propre !

La publicité actuelle ne nous bassine plus avec les produits détergents. Mais du temps de la mère Denis, le petit écran entonnait avec joie, « Omo est là la saleté s’en va », « Mini-mir mini-prix mais il fait le maximum », « monsieur Propre suractivé c’est si propre que l’on peut se voir dedans », « Super-Croix 73 aux deux agents blanchissants pour un prix avantageux vous devez l’essayer », « Cif ammoniacal liquide surpuissant fraîcheur citron nettoie sans rayer », pour rien au monde on n’aurait échangé un baril d’Ariel contre deux barils de lessive ordinaire et on collectionnait les cadeaux Bonux.
La lessive sponsorisait les feuilletons télévisés qui passionnaient les femmes au foyer, c’est pourquoi on les appelait dans les pays anglophones « soap opera ».

Nostalgie ? Non, pas vraiment, la pub aujourd’hui nous vante surtout des voitures, suréquipées bien sûr, des banques, des assurances et des lunettes, le tout est cohérent, mais manque de gaieté et de fraîcheur. L’euphorie bon enfant des années soixante-dix a fait place à un égocentrisme flirtant parfois avec la malhonnêteté.

barthesmytho

Roland Barthes nous fait remarquer, dans notre mythologie moderne qu’est la publicité, les deux valeurs nouvelles et fondamentales des produits lessiviels :
le profond et le mousseux !

la profondeur du nettoyage
la sensualité de la mousse

La fonction abrasive du détergent ou du savon de toilette est masquée par la substance délicieuse et aérienne de la mousse.

omo

      Dire qu’Omo nettoie en profondeur (voir la saynète du cinéma-publicité), c’est supposer que le linge est profond, ce qu’on n’avait jamais pensé, et ce qui est incontestablement le magnifier, l’établir comme un objet flatteur à ces obscures poussées d’enveloppement et de caresse qui sont dans tout le corps humain. Quant à la mousse, sa signification de luxe est bien connue : d’abord, elle a une apparence d’inutilité ; ensuite sa prolifération abondante, facile, infinie presque, laisse supposer dans la substance dont elle sort, un germe vigoureux, une essence saine et puissante, une grande richesse d’éléments actifs sous un petit volume originel ;

      Roland Barthes, Mythologies, extrait de Saponides et détergents.

Voilà une célèbre saynète pour la lessive Omo, dont Coluche s’est emparé pour sa propre saynète, et j’ai plaisir à m’arrêter sur ce mot, saynète.

C’est Francis Ponge, dans son essai sur le savon, qui attire l’attention sur l’étymologie :
« saynète » vient de l’espagnol sainete qui désigne en vénerie le petit morceau de graisse que l’on donne aux faucons quand ils reviennent.
sainete est le diminutif de sain, graisse, du latin populaire saginem, graisse.
Ce mot est resté dans le français saindoux.
Le savon (qu’on dit parfois « surgras ») est composé de graisse et de soude.
Une saynete à propos du savon revient à la graisse qu’il contient et qu’en même temps il doit éliminer !

lux

Une réflexion au sujet de « Saponides et détergents »

  • 21/10/2016 à 09:41
    Permalink

    Supprimer la graisse avec « de la graisse » c’est supprimer le mal par le mal ! Quel « lux » ! Pas bon pour le commerce de la lingerie fine !
    Votre proposition réveille nos mémoires et les slogans de réclames qui se sont fixées en nos têtes, même si elles ne remontent pas aux années 30.
    « Omo est là, la tâche s’en va » ; « Olà (?) lave plus blanc » …

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