La lessiveuse

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      Charles Augustin Lhermitte, Femme à la lessiveuse, 1912, photographie, musée d’Orsay, notice.

Qui n’a vécu un hiver au moins dans la familiarité d’une lessiveuse ignore tout d’un certain ordre de qualités et d’émotions fort touchantes – dont un porte-plume bien manié toutefois doit communiquer quelque chose.

Francis Ponge, extrait de La lessiveuse , recueil Pièces

Ce registre d’émotions ménagères n’est plus perçu de nos jours, la lessiveuse est reléguée depuis longtemps au grenier ou chez les brocanteurs. Mais si on a dû l’utiliser autrefois, elle rappelle bien des souvenirs vaporeux, odorants, savonneux, brûlants et humides à la fois …
L’effort physique, la grande suée dans la grande buée, la ruée de la mousse dans la nuée qui éclabousse, la sensation de propreté, la satisfaction du travail accompli et puis enfin la respiration, l’étendage, au grand air frais.

Dans l’ébullition de la mémoire on pourrait écrire d’un seul jet … ah, il faut se sentir galvanisé pour écrire sur la lessiveuse !

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Francis Ponge en a composé un poème :

      Si douces sont aux paumes tes cloisons …
      Si douces sont tes parois où se sont
      Déposés de la soude et du savon en mousse …
      Si douce à l’oeil ta frimousse estompée,
      De fer battu et toute guillochée …
      Tiède ou brûlante et toute soulevée
      Du geyser intérieur qui bruit par périodes
      Et se soulage au profond de ton être …
      Et se soulage au fond de ton urne bouillante
      Par l’arrosage intense des tissus …

    John Singer Sargent, La biancheria, 1910, aquarelle, MFA Boston, page du musée

Au début de L’assommoir, Zola décrit les laveuses à la blanchisserie :

      On respirait l’étouffement tiède des odeurs savonneuses. Tout d’un coup, le hangar s’emplit d’une buée blanche ; l’énorme couvercle du cuvier où bouillait la lessive, montait mécaniquement le long d’une tige centrale à crémaillère ; et le trou béant du cuivre, au fond de sa maçonnerie de briques, exhalait des tourbillons de vapeur, d’une saveur sucrée de potasse. Cependant, à côté les essoreuses fonctionnaient ; des paquets de linge, dans les cylindres de fonte, rendaient leur eau sous un tour de roue de la machine, haletante, fumante, secouant plus rudement le lavoir de la besogne continue de ses bras d’acier.

      Emile Zola, extrait de L’assommoir.

Dans cette blanchisserie eut lieu la fameuse bagarre entre Gervaise et Virginie.
Elles lavèrent leur linge sale entre elles à grands coups de battoir pendant que les spectateurs se rinçaient l’oeil.
(voir la scène à partir de la 10ème minute dans l’extrait ci-dessous)


Gervaise (L'assomoir) 1 par apocalyptique02

Une réflexion au sujet de « La lessiveuse »

  • 22/10/2016 à 05:11
    Permalink

    Dès que mes livres sont ressortis de leurs cartons, je replonge dans Ponge.

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