le vrai livre naît de l’obscurité et du silence

ingresdet11l

Dans Le Temps retrouvé le narrateur, dans son analyse de l’art en général et du métier d’écrivain en particulier, explique que l’artiste doit chercher la vérité en profondeur, en dessous des apparences, des passions, des paroles, des habitudes, et de toute l’agitation qui l’entoure et la masque. Son art véritable doit traverser ce qu’il perçoit, et restituer les choses après les avoir mûrement intellectualisées.
La littérature de notation, celle qui se contente de prendre note de ce qui se voit, se dit, bouge et existe, n’a donc selon lui aucune valeur.

Ainsi dit-il :
chodowieckingwash […] les vrais livres doivent être les enfants non du grand jour et de la causerie mais de l’obscurité et du silence. Et comme l’art recompose exactement la vie, autour des vérités qu’on a atteintes en soi-même, flottera toujours une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que le vestige de la pénombre que nous avons dû traverser, l’indication marquée exactement comme par un altimètre, de la profondeur d’une oeuvre.

Marcel Proust, Le Temps retrouvé, Matinée chez la princesse de Guermantes.

ci-contre, gravure de Daniel Nikolaus Chodowiecki, Jeune homme écrivant sous la lampe, 1784, NG Washington, notice.

Ces jolies phrases de Proust, et c’est là tout son art, semblent faire jaillir un paradoxe, la vérité profonde n’apparaît pas dans la pleine lumière, mais dans l’obscurité.

L’écrivain dévoile, grâce à sa littérature, la vraie vie, en s’éloignant d’elle pour la retrouver authentique en écrivant, solitaire et silencieux, dans le secret de son bureau, de la chambre (à soi disait Virginia Woolf), du grenier, ou autre cabinet qu’il éclaire d’une lampe ou d’une bougie.

Le peintre aussi, à mon avis, ou le sculpteur, a besoin de détourner son regard du modèle pour puiser une part plus importante de vérité, et de poésie, de tendre mystère, qui n’apparaissent pas sans ce travail d’artiste.

Par ces grandes intempéries estivales, nous sommes obligés de fermer les volets et de lire, nous aussi, sous la lampe dans la pénombre un peu rafraîchie de la pièce !

anonymemagnin

      anonyme, jeune femme lisant dans son lit, dessin, musée Magnin Dijon, notice.

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