Une prairie tissue avec des pétales de poiriers en fleurs

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      David McCosh, Femme repassant, SAAM Washington, notice

Je me souviens, de Georges Pérec, on s’en souvient bien, le souvenir personnel et à la fois collectif, le souvenir intime qui parle à chaque lecteur parce qu’il a les mêmes …
Je me souviens, ce livre, par la force mimétique, donne envie de l’écrire à son tour et à sa façon, et, de ce fait, devient utile dans les clubs d’écriture.

Un nouveau livre rend hommage à Pérec en énumérant des Je me souviens liés à un thème précis : le vêtement, l’accessoire, et tout ce qui tourne autour de la mode, de ses images, symboles, mots, expressions …

flem Lydia Flem
Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans.
éd. Seuil, mars 2016

Comme Georges Pérec, Lydia Flem est une lectrice de Proust, elle le cite souvent, lui qui avait bâti son oeuvre comme une robe. Son propre livre est d’ailleurs ce que Proust appelle une littérature de notations, qui rassemble, sous de petites choses vécues, la réalité, la vraie vie révélée par les mots.
Mais ce n’est pas seulement grâce à Proust que j’ai aimé ce livre, les 479 souvenirs vestimentaires sont agréables à lire, variés, entre l’étymologie d’un mot, l’émotion personnelle, l’anecdote historique, le détail cinématographique, pictural, littéraire, etc …

On pense à cet autre livre, d’un genre différent, qui ouvre l’armoire des fringues et de la mémoire, Dressing, de Jane Sautière (revoir ici).

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      Vincent van Gogh, Le petit poirier en fleurs, musée van Gogh Amsterdam, notice et commentaire

      Un extrait :
      244 – Je me souviens que pour le Dictionnaire de l’Académie française, le tissu (participe passé de l’ancien verbe, maintenant inusité, tistre) s’emploie au figuré : Une vie tissue de chagrins et d’infortunes. Proust décrit une prairie qui semble « tissue seulement avec des pétales de poiriers en fleurs ».

      Lydia Flem, Je me souviens de l’imperméable rouge que je portais l’été de mes vingt ans.

Cette citation provient du Temps retrouvé, dans la description de Paris pendant la guerre. La capitale n’est plus éclairée par les lampadaires et devient semblable à la campagne, seul subsiste le clair de lune, qui filtre au travers des arbres sur le boulevard Haussmann et sème ses taches claires de lumière comme des pétales de fleurs.

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    T. A. Steinlen, Femme assise dans un canapé, La Piscine Roubaix, notice.

Les descriptions vestimentaires dont je me souviens dans la Recherche sont multiples bien sûr, parce que Proust a mis en scène les vêtements comme de vrais personnages, avec lui l’habit fait la personne et vice-versa, et l’une d’elles en particulier m’a amusée. Il s’agit d’une robe de chambre.
Le narrateur demande l’avis de la duchesse de Guermantes pour offrir des toilettes à son amie Albertine, car il veut être sûr que les tenues choisies par lui soient bien à la mode et adaptées à son jeune âge.
Il demande ainsi à la duchesse (au tout début de « La Prisonnière »):

      Et cette robe de chambre qui sent si mauvais, que vous aviez l’autre soir, et qui est sombre, duveteuse, tachetée, striée d’or comme une aile de papillon ?

La duchesse lui répond : « Ah ! ça, c’est une robe de Fortuny. Votre jeune fille peut très bien mettre cela chez elle. »

J’aime bien la franchise naïve du narrateur qui ose dire à la duchesse que sa robe de chambre sent mauvais.
On oublie qu’autrefois on ne passait pas les vêtements à la machine à laver comme aujourd’hui. Certains, trop luxueux, fragiles, n’étaient jamais lavés et devaient s’entourer d’un nuage olfactif aussi lourd que leur étoffe …

voinquel

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