La pintadine

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Mystère ! Les huîtres creuses et les huîtres plates ne produisent pas de perles. L’huître perlière n’est pas une huître, elle appartient à une autre famille de bivalves, les pintadines.

Le mot pintade vient du verbe latin pinctare qui veut dire peindre, précisément du participe passé féminin, donc il veut dire peinte.
La volaille s’appelle ainsi à cause de son plumage moucheté, comme peint, et le coquillage marin a pris le nom de pintadine car ses tons mouchetés rappellent ceux de la pintade.

Dans ma petite collection de coquillages, qui transforme ces espèces animales en objets de curiosité et de beauté, se trouve une pintadine complète, avec ses deux valves. Mais la perle n’est plus là !
Les pintadines ne produisent pas toutes naturellement des perles, seulement certaines.

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      Vers sept heures, nous arpentions enfin le banc de pintadines, sur lequel les huîtres perlières se reproduisaient par millions. Ces mollusques précieux adhéraient aux rocs et y étaient fortement attachés par ce byssus de couleur brune qui ne leur permet pas de se déplacer. En quoi ces huîtres sont inférieures aux moules elles-mêmes, auxquelles la nature n’a pas refusé toute faculté de locomotion.
      La pintadine meleagrina, la mère perle, dont les valves sont à peu près égales, se présente sous la forme de coquille arrondie, aux épaisses parois, très rugueuses à l’extérieur. Quelques unes de ces coquilles étaient feuilletées et sillonnées de bandes verdâtres qui rayonnaient de leur sommet. Elles appartenaient aux jeunes huîtres. Les autres, à la surface rude et noire, vieilles de dix ans et plus, mesuraient jusqu’à quinze centimètres de largeur.

      Jules Verne, extrait Vingt mille lieues sous les mers, deuxième partie, chapitre III.

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Jules Verne raconte comment les pêcheurs de perles récoltaient les huîtres par milliers en plongeant en apnée, au risque de leur vie. Ils mouraient dévorés par des requins, ou par manque d’oxygène, faisant des crises cardiaques ou devenant fou.
Ce roman est passionnant pour l’incroyable quantité de vocabulaire, de sensations et d’images, que le capitaine Némo et son Nautilus font découvrir au lecteur.

Dans la réalité, la récolte des perles sauvages était en effet dangereuse, et intensive, les bancs de pintadines se sont tant raréfiés que l’on mit au point la perliculture. La technique de l’élevage des perles apparut au Japon en 1904 et a été exportée dans d’autres pays. Elle est devenue la principale ressource de la Polynésie.

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Je résume brièvement l’enseignement de Jules Verne :
Les pintadines sorties de l’eau étaient étendues sur des nattes de sparterie à l’air libre et mouraient, ensuite on les ouvrait, les lavait, on filtrait la chair (le manteau) pour récupérer les perles détachées …
Le prix des perles variait selon leur grosseur et leur forme,
selon leur eau, c’est à dire leur couleur,
selon leur orient, c’est à dire leur éclat chatoyant et diapré.

Les plaques de nacre étaient vendues pour être travaillées, ciselées, transformées en bibelots et objets d’art.

Le capitaine Némo nous réserve une grande surprise, la plus grosse perle du monde … à suivre ici bientôt !

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    Ecole de Hokusai, détail des « Pêcheuses de perles », XIXème siècle, lavis de couleur, BnF Paris, oeuvre entière et notice.

6 réflexions au sujet de « La pintadine »

  • 03/07/2016 à 11:04
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    Encore une perle !

  • 03/07/2016 à 14:29
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    Grâce à vous je vais arrêter de dire une bêtise que je croyais drôle du temps où je vivais aux US: aux Américains qui se plaignaient de la froideur des Français, peu aimables, je disais « les Français sont comme des huîtres, il faut savoir les ouvrir. Et j’ajoutai, par modestie, et pour les mettre à l’aise: « mais c’est rare qu’on y trouve une perle! »

  • 03/07/2016 à 18:40
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    Bêtise ou pas, c’était drôle et charmant !

  • 04/07/2016 à 08:42
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    J’aime beaucoup la nacre. Avant, on trouvait dans les petites boutiques de Calvi, des objets travaillés, comme des salières, des petites cuillères, des boîtes, des bijoux… Mais depuis quelques années, on n’en trouve plus. Ce n’est peut-être plus la mode.
    Bonne semaine !

  • 04/07/2016 à 09:20
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    Mode dépassée, ou main d’oeuvre trop chère, ou raréfaction de la matière …

    Une de mes amies a recouvert les allées de son jardin de nacre il y a deux ans ! Elle avait demandé au poissonnier où partaient toutes les coquilles Saint Jacques qu’il vide à tour de bras chaque hiver , et elle a ainsi fait livrer chez elle un plein camion de coquilles. Rouleau compresseur, bruit effroyable de vaisselle cassée et puanteur épouvantable de marée pas fraîche pendant dix jours … ensuite les allées brillaient d’un sable blanc nacré charmant. Mais l’effet magique n’a pas duré, le gravillon est plus stable, cependant, les coquilles pilées sont plus silencieuses que le gravier.

    Très bonne semaine à toi, Syl !

  • 30/10/2016 à 16:09
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    Quel plaisir de lire un billet si bien documenté et si bien écrit ! Cela change 😉 Les huitres étant ma petite faiblesse, cela me fait toujours plaisir d’en savoir plus sur ce coquillage, même si, je l’avoue, ma façon préférée de leur rendre hommage est bien évidemment de les déguster ! J’habite malheureusement trop loin des bassins ostréicoles pour pouvoir aller me fournir directement chez le producteur mais j’ai (enfin !) trouvé une solution, c’est de les commander sur internet (ici : https://goo.gl/ZvidXE ) et ouf, plus de frustration et à déplorer par ici 😉
    Merci encore pour ce beau billet et à très bientôt !

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