Ancolies, soucis, pensées …

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    Albert Edelfelt, Fleurs dans un vase, 1873, Finnish National Gallery Helsinki, notice.

Je pourrais composer le même bouquet avec les fleurs de mon jardin. Je préserve les fleurs sauvages, ce qui ajoute au désordre des parterres brouillons, improvisés et multicolores, et les ancolies dressent leurs hautes et délicates tiges un peu partout.

Le mot ancolie est issu du bas latin aquileia, qui serait dérivé, on le devine, de aquila, aigle.
Pourquoi associerait-on cette fleur à l’oiseau ?
Peut-être parce qu’elle présente une courbe comme le bec aquilin.

En français, le mot s’est nasalisé de acolie en ancolie, peut-être pour se rapprocher du mot mélancolie.
Cette fleur est en effet un symbole du sentiment de mélancolie.

Signac a-t-il posé cette fleur auprès de la femme à l’ombrelle pour indiquer son caractère mélancolique ? Le commentaire dans le site du musée d’Orsay ne le dit pas, mais cette femme, qui devint l’épouse du peintre un peu plus tard, était peut-être encline au sentiment de tristesse intermittente.

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Fleurs et sentiments entremêlent leurs noms …

Le mot de la fleur, souci, est issu du bas latin solsequia, qui suit le soleil.
Ce n’est pas la même étymologie que le souci issu du verbe soucier, mais les deux mots s’écrivent de la même façon.
Dans le langage des fleurs, le souci porte aussi le symbole de la mélancolie.

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    Eugène Delacroix, Etudes de fleurs : soucis, hortensias, reines-marguerites, D.A.G. Louvre, notice.

Alors, bien sûr, dans le registre des sentiments fleurs, on pense à la pensée.

Aujourd’hui mes pensées sont sauvages, légères, buissonnières !

      Ecole buissonnière

      Ma pensée est une églantine
      Eclose trop tôt en avril,
      Moqueuse au moucheron subtil
      Ma pensée est une églantine ;
      Si parfois tremble son pistil
      Sa corolle s’ouvre mutine.
      Ma pensée est une églantine
      Eclose trop tôt en avril.

      Ma pensée est comme un chardon
      Piquant sous les fleurs violettes,
      Un peu rude au doux abandon
      Ma pensée est comme un chardon ;
      Tu viens le visiter, bourdon ?
      Ma fleur plaît à beaucoup de bêtes.
      Ma pensée est comme un chardon
      Piquant sous les fleurs violettes.

      […]

      Ma pensée est un perce-neige
      Qui pousse et rit malgré le froid
      Sans souci d’heure ni d’endroit
      Ma pensée est un perce-neige.
      Si son terrain est bien étroit
      La feuille morte le protège,
      Ma pensée est un perce-neige
      Qui pousse et rit malgré le froid.

      Charles Cros, recueil Le collier de griffes.

Seonpensee

      Alexandre Séon, La Pensée, vers 1899, collection Lucile Audouy.

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