lampes en rampe dans les rames

Les lampes disposées en rampe centrale au plafond de la rame de TGV ressemblaient au pas d’un animal géométrique – un animal créé pour éclairer l’homme. Les pattes de l’animal étaient des rectangles aux coins légèrement arrondis ; elles s’espaçaient avec régularité, comme des traces. De temps à autre, une forme ronde s’intercalait entre les traces de pas – comme si l’animal, telle une mouche géante, avait irrégulièrement apposé sa trompe sur le plafond.

De tout cela émanait, il faut bien le dire, une vie assez inquiétante.

Michel Houellebecq, extrait de Poésie, Renaissance

Le TGV atlantique glissait dans la nuit avec une efficacité terrifiante. L’éclairage était discret. Sous les parois de plastique d’un gris moyen, des êtres humains gisaient dans leurs sièges ergonomiques. Leurs visages ne laissaient transparaître aucune émotion. Se tourner vers la fenêtre n’aurait servi à rien : l’opacité des ténèbres était absolue. Certains rideaux, d’ailleurs, étaient tirés ; leur vert acide composait une harmonie un peu triste avec le gris sombre de la moquette. Le silence, presque absolu, n’était troublé que par le nasillement léger des walkmans. Mon voisin immédiat, les yeux clos, se retirait dans une absence concentrée. Seul le jeu lumineux des pictogrammes indiquant les toilettes, la cabine téléphonique et le bar Cerbère trahissait une présence vivante dans la voiture. Soixante êtres humains y étaient rassemblés.

Michel Houellebecq, extrait de Poésie, Le sens du combat

Station Boucicaut. Une lumière liquide coulait sur les voûtes de carrelage blanc ; et cette lumière semblait – paradoxe atroce – couler vers le haut.

À peine installé dans la rame, je me sentis obligé d’examiner le tapis de sol – un tapis de caoutchouc gris, parsemé de nombreuses rondelles. Ces rondelles étaient légèrement en relief ; tout à coup, j’eus l’impression qu’elles respiraient. Je fis un nouvel effort pour me raisonner.

Michel Houellebecq, extrait de Poésie, Renaissance.

Comme chez Bachelard, la lumière coule vers le haut …

Et l’on se demande si dans le TGV la vitesse de la lumière s’ajoute à celle du train !

Les poètes, écrivains, et artistes changent notre regard des choses, ils font de l’ordinaire une chose extraordinaire.

J’aime beaucoup les descriptions par Michel Houellebecq des trains, qui semblent alors dégager une atmosphère inquiétante à la Edward Hopper : personnages déshumanisés, éclairage étrange.
Hopper a d’ailleurs peint des trains, et aussi des personnages assis en ligne comme dans les rames d’un véhicule de transport public.

Dans le tableau de Hopper ci-dessous, les lampes au plafond, qui se réfléchissent dans la baie vitrée, ressemblent aux empreintes animales et régulières que Houellebecq remarque dans le train.

Les trains ont ainsi des correspondances, entre littérature et peinture !

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