Je partis Tôt – Pris mon Chien

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Je partis Tôt – Pris mon Chien –
Rendis visite à la Mer –
Les Sirènes du Sous-sol
Montèrent pour me voir –

Et les Frégates – à l’Etage
Tendirent des Mains de Chanvre
Me prenant pour une Souris –
Echouée – sur les Sables –

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Mais nul Homme ne Me Héla – et le Flot
Dépassa ma chaussure –
Puis mon tablier – et ma ceinture
Puis mon Corsage – aussi –

Il menaçait de m’avaler toute –
Comme la rosée
Sur le Gilet d’un Pissenlit –
Alors – je courus – aussi –

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Et Lui – Il me serrait – de près –
Je sentis sur ma cheville
Son Talon d’Argent – Mes Souliers allaient
Déborder de Perles –

Enfin ce fut la Cité Ferme –
Nul, semblait-il, qu’Il connût là –
Et m’adressant – un Impérieux salut –
L’Océan se retira.

Emily Dickinson, Car l’adieu, c’est la nuit , traduction de Claire Malroux, éd. Poésie / Gallimard

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Parti tôt, pris mon chien est le titre d’un livre que j’avais offert en cadeau de Noël il y a quelques années. J’avais été simplement attirée par ce titre, je n’ai pas lu le livre et n’ai jamais su s’il avait plu à sa destinataire.

Quand je prends mon chien pour aller à la plage, j’y pense, au vers, au livre. Peut-être devrais-je le lire …

51kjz0GYEfL._SX346_BO1,204,203,200_ Je partis Tôt – Pris mon Chien –, il faut l’inventer, un vers comme ça, pour commencer un poème ! C’est là tout le génie déroutant d’Emily Dickinson.

Elle est née en 1830 dans le Massachusetts. Elle commence vraiment à écrire des poèmes vers l’âge de trente ans, et 1863 est une année d’intense production, près d’un poème par jour. Au même moment elle se retranche de la société, ne sortant plus de la demeure familiale, vit dans la solitude et une grande piété. Elle connaît de nombreux deuils et traverse une dépression en 1884, elle meurt en 1886. Sa poésie est publiée en 1890 et le succès est immédiat.

Pourquoi le tiret omniprésent ? Il ponctue et rythme tous ses poèmes, il traduit la démarche haletante, la discontinuité de la pensée qui procède par bonds.

Poésie étonnement moderne, qui surprend et charme. Emily Dickinson était ennemie du temps, à l’âge de quinze ans elle ne savait, ou ne voulait, toujours pas lire l’heure sur une horloge.
Je ne résisterai pas au plaisir de recopier ici prochainement un poème de la pendule 🙂

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2 réflexions au sujet de « Je partis Tôt – Pris mon Chien »

  • 06/02/2016 à 18:10
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    Bonjour Grillon ! Très beau poème… Tu devrais le lire le livre, il est très sympa, en tout cas moi je l’ai bien aimé 🙂 Bon week-end !

  • 06/02/2016 à 19:30
    Permalink

    C’est gentil de me donner ton avis, Sandrion, alors je vais tâcher de l’acheter à nouveau !
    Bon week end à toi aussi !

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