Lignes de vie en poésie

muchapoesie

      Alphons Mucha, Les Arts : La Poésie, estampe, 1898, BnF Paris, notice

Jacques Bonnaffé, qui lit chaque jour la poésie sur France-culture, a dit : La poésie, c’est l’insurrection des consciences contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite ou décourage.

Une chose en ce moment pousserait peut-être la conscience à l’insurrection : la pluie !
En Bretagne, elle tombe, trempe, s’obstine, enjoint, limite, complique plutôt, et décourage.
Cette précipitation incessante alentit l’esprit qui dégouline à un tel point que le seul remède, c’est vrai, est la poésie.

Grâce à l’indication d’une amie (je lui dis merci !), je suis plongée dans un livre indispensable à tout quêteur de poésie.

Lignes de vie, éd. L’Atelier imaginaire / Le Castor Astral, octobre 2015

411izB9ahML._SX346_BO1,204,203,200_ Dix-huit écrivains et poètes racontent comment la poésie est entrée dans leur vie, comment elle fait partie de leur quotidien et façonne leur vision du monde, comment elle a orienté leur écriture, inspiré et nourri leur oeuvre propre.
Ils livrent chacun leur petit livret poétique idéal, contenant exactement dix extraits de poèmes, et ils expliquent en quelques lignes chacun de leurs choix.
C’est difficile, à mon sens, de sélectionner dix poèmes, l’exercice est passionnant à découvrir.

De ces dix-huit poètes et/ou écrivains, je n’en connaissais que deux, j’ai donc seize auteurs à découvrir !
Et eux-mêmes font connaître leurs poètes favoris qui ne sont pas toujours connus.
C’est alors le très grand intérêt de ce livre, c’est un véritable guide permettant au lecteur de partir à l’aventure en poésie.

La poésie reste assez confidentielle dans les librairies et dans les bibliothèques, il faut la dénicher, les rayons sont parfois maigres, et la presse en général ne lui réserve pas l’espace qu’elle mérite. Bref, le lecteur friand de poésie doit se débrouiller tout seul pour satisfaire sa gourmandise.

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      Clodion, Poésie et musique, 1774-1778, marbre, NG Washington, notice

      La page de la National Gallery de Washington indique que le musée est fermé à cause du mauvais temps !
      Je suppose que, là-bas, la pluie s’est transformée en neige …

Jacques Bonnaffé l’avait fait connaître en décembre dernier, et j’ai retrouvé ce poème étrange et extrêmement pénétrant dans le livre « Lignes de Vie » (cité par le poète canadien Claude Beausoleil), il s’agit de Speak White de la Canadienne Michèle Lalonde :

Speak white

il est si beau de vous entendre
parler de Paradise Lost
ou du profil gracieux et anonyme qui tremble dans les sonnets de Shakespeare

nous sommes un peuple inculte et bègue
mais ne sommes pas sourds au génie d’une langue
parlez avec l’accent de Milton et Byron et Shelley et Keats
speak white
et pardonnez-nous de n’avoir pour réponse
que les chants rauques de nos ancêtres
et le chagrin de Nelligan

On trouve tout le texte sur cette page.

« Speak white » était une injure raciste lancée par les Canadiens anglophones aux Canadiens qui parlaient français en public. Quelques vers de ce poème sont chantés dans le générique de l’émission Jacques Bonaffé lit la poésie, et, par leur force, me sont entrés dans la tête de manière prégnante. C’est le but d’un générique !

L’effet secondaire de la lecture d’un tel livre n’est pas vraiment secondaire pour le budget : on note dans sa liste, on classe par priorité, on rêve, et au moins, on ne pense plus à la pluie qui tombe encore !

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