Les vents m’ont dit

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C’est l’hiver qu’il faut visiter la Bretagne. C’est à l’époque des vents fous et meurtriers qu’il faut battre ses chemins, visiter ses ports, se glisser dans ses chapelles humides. Armez-vous de manteaux et de bottes et arpentez ses grèves et collines.

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[…]L’hiver breton, entre deux marées, entre deux averses, présente parfois l’azur impeccable d’un ciel rageusement lessivé par le vent de galerne. Du haut des collines dépeuplées de leurs frondaisons, on voit plusieurs clochers pareils à des épées plantées dans le firmament. Le pays, débarrassé de ses compromissions touristiques, respire son air, étale toutes les nuances de ses couleurs, accueille les oiseaux étranges et migrateurs dans ses labours frais.

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Il me tarde de le revoir ainsi, dans l’oeil de ses ogives, tout chargé de mémoire, à l’extrêmité de ses môles, à l’abri des allées et des chemins qui conduisent tantôt à des ruines, tantôt à des rias secrètes, parfois à des grèves bondissantes où n’errent plus que des chiens fauves.

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Intimiste ou métaphysique, repliée dans ses talus ou livrée au mystère du monde, c’est toujours aux âmes que la Bretagne s’adresse au temps d’hiver. Et c’est au temps d’hiver, hélas, que les visteurs la désertent.
Dommage !

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Ce texte s’intitule Hiver.
Ecrit par Xavier Grall et publié dans la revue La Vie le 5 novembre 1981.
Le poète breton rédigeait une chronique chaque semaine dans cette revue.
Ses billets ont été rassemblés dans un livre qui s’appelle Le vents m’ont dit, paru en 1982.

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C’est un recueil de toute beauté qui fait aimer la tempête, la mer ingrate, le ton sourd, mat et puissant des hivers déchaînés, comme l’aurait dit Gauguin.
Les vents m’ont dit, ces mots sont de Grall, il avait écrit en 1977 dans La Vie :

Les vents, je vous prie de me croire, y soufflent avec une incroyable superbe. Longtemps je les ai craints. Il me prend aujourd'hui de les aimer. Ils sont les grands marcheurs de l'espace et, dans ma retraite immobile, ils empoignent mes idées et mes rêves pour d'hauturières bourlingues. Au vrai, ils portent dans leur gorge la grande voix de la mer. Je vous dirai des rages et des naufrages. Je vous dirai des marées. Je vous dirai des souffles ... Les vents me disent que le monde est beau, que rien n'est fixé pour toujours, que la vie est un mouvement musical et perpétuel.

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Les vents m’ont dit, c’était aussi le nom d’une librairie de Quimper, largement tournée vers la poésie, qui fut hélas emportée par les vents impitoyables de l’économie.

L’âpre vent sait faire des miracles, ménager des trouées bleues, étirer des neiges d’écume, faire moutonner les flots virides et nous embarquer à tire d’aile dans sa poésie.

Ces photos datent d’hier, entre deux grains, entre ciel et sable et sous les embruns au goût de sel.

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5 réflexions au sujet de « Les vents m’ont dit »

  • 12/01/2016 à 14:02
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    Cet air pur fait du bien, surtout en ce moment , merci pour ces paysages sublimes.

  • 12/01/2016 à 16:32
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    Bonne année, bonne santé , Fa# !

  • 13/01/2016 à 10:30
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    Merci Grillon, à vous de même !

  • 13/01/2016 à 23:13
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    Ces photos sont splendides ! Pour moi qui suis loin de la mer c’est un bonheur, on sent le vent, on ressent le goût des embruns sur les lèvres et on entend les vagues !!

  • 14/01/2016 à 12:51
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    Quels enchantements, pour les yeux et les oreilles, pour la peau et le nez pour le corps tout entier …
    nous nageons dans le bonheur !
    L’imagination nous fait surfer sur les crêts neigeux des vagues bretonnes et nous nous voyons sur la plage granuleuse, chasser quelque étrange relique provenant du large, chargée d’une mystérieuse vie ou d’un drame…
    Si le vent nous fouette et nous met dans l’inconfort, c’est encore vers le large qu’il nous emmène là où des hommes courageux essuyent les tempêtes, supportent les grains, tanguent, glissent et pestent contre les dures conditions du marin, qui risque sa vie pour gagner son pain et nous offrir des poissons ou des coquilles arrachées aux flots …

    Oui, les photos sont splendides. Elles traduisent bien la riche palette de bleus d’une mer en colère.

    Sur la rive, et heureux, sous un beau pelage d’écureuil, Monsieur Charlus, baron de naissance, royal

    de posture, « avec son collier » bleu sans « laisse », « glousse » ou jappe de joie, en jouant avec la

    fortune de mer tandis qu’un pêcheur passionné tire des bords en espérant sortir un bar de l’eau

    tumultueuse, en écoutant le piaillement des mouettes qui se jouent des vagues et de l’écume

    blanche pour trouver elles aussi, leur pitance, dans un ballet aérien, magnifique et incessant,

    virtuose, ô combien !

    La photographe contemple. Nous contemplons avec elle et avec les embruns non salés de nos

    contrées de l’Est, nous lui renvoyons nos vœux pour la nouvelle année.

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