Du côté de chez Grillon du foyer

La Fleur Bleue

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Quand domine au jardin la note bleue, je pense à Novalis.

Novalis en latin désigne la terre nouvellement défrichée.
Novalis est le nom que s’est donné l’écrivain allemand Friedrich von Hardenberg (1772-1801).
Il a défriché une nouvelle terre de la littérature en participant à l’élaboration du premier romantisme allemand.
Premier romantisme tout court, puisque ce mouvement est apparu à la fin du XVIIIème siècle en Allemagne d’abord et au Royaume Uni.

Nous connaissons tous Novalis, parfois sans le savoir, car il est à l’origine de l’expression être fleur bleue.

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Son oeuvre la plus connue, commencée en 1800 et inachevée car interrompue par la mort de l’auteur en 1801, est intitulée Heinrich von Ofterdingen. Ce roman, qui fut terminé par son ami Ludwig Thieck, raconte l’histoire d’un jeune homme, Heinrich, qui est né pour la poésie, et qui, pour parfaire le poète qui germe en lui, part à la recherche des connaissances des choses et des gens. Il voyage, car la quête de la poésie doit passer par un long parcours initiatique.

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Ce roman de la recherche commence dans un lit (on n’est pas étonné !), dans la tête d’un dormeur agité qui ne trouve pas le sommeil, car il repense à un rêve antérieur.
Le jeune Heinrich, une vraie marmotte selon son père, fit un rêve étrange et pénétrant, et dans son long rêve apparaissaient un paysage traversé d’un fleuve bleu et une grotte au coeur de la forêt enfermant un bassin d’eau bleue. Il plongea dans cette eau avec une volupté profonde et les vagues en le caressant se transformèrent en jeunes filles délicieuses dissoutes dans les ondes. Au dessus des roches bleuâtres s’étirait un ciel bleu noir très doux, et de la source jaillit tout d’un coup une fleur bleue, qui se pencha vers lui. Entre ses pétales se dessinait un tendre visage féminin.

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Voilà un rêve bleu à l’ombre de la jeune fille en fleur qui donne au roman sa couleur, voulue par l’auteur, de nombreux détails sont bleus, même les flammes du feu dans la cheminée.

Fait étrange, le père de Heinrich, habitant de Eisenach en Thuringe, avait rêvé également d’une fleur bleue au moment où il rencontra sa bien-aimée, la future mère de son fils. Cette Fleur Bleue prend des majuscules en devenant le symbole de l’amour.

La mère et son fils décident de partir ensemble en voyage vers le Sud, non pas vers Venise, mais vers Augsbourg, le pays natal de la maman. Elle va présenter à son père, monsieur Schwaning, son petit-fils qu’il ne connaît pas encore.

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Durant cette traversée de l’Allemagne du nord-est au sud ouest, Heinrich rencontre différentes personnes, des marchands, un ermite, un roi ayant perdu sa fille, des chevaliers revenus des guerres saintes, un mineur, une jeune Orientale … tous lui font le récit plus ou moins fantastique et philosophique de leurs expériences et de leurs rêves, et le roman devient un recueil de contes qui peut sembler au lecteur un peu rébarbatif à la fin ! Il est vrai que Novalis n’aurait peut-être pas tout écrit ainsi.

Heinrich comprend peu à peu que la poésie naît des parfums, des sons et des couleurs qui se répondent, en harmonie dans une nature qu’il faut savoir observer et admirer. On découvre avec émerveillement combien Baudelaire a pu puiser dans ces fleurs bleues ses Fleurs du Mal.

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Du côté de chez Schwaning, Heinrich fait la connaissance du meilleur ami de son grand-père, le bon vieux Klingsohr qui va lui apprendre l’art de composer de la musique et donc de la poésie, puisque musique et poésie ne font qu’un.
Klingsohr a une fille, belle comme une fleur, Mathilde, et Heinrich sent son coeur s’emballer et ses mains trembler.
Ah, Mathilde, elle a le visage de la céleste apparition dans la Fleur Bleue de son rêve.
Mathilde est plus qu’un amour fou, elle est toute musique et poésie, elle est l’instant suprême de sa vie et même au delà.
Heinrich fait un rêve, ils s’embarquent tous deux sur un fleuve bleu et font naufrage. Il sent qu’il va perdre son saphir précieux et pur, sa Mathilde qui finalement n’est pas revenue. Peu importe, la vie et la mort sont la même joie à travers la poésie qui adoucit tant les choses et qui permet de partir à la recherche d’un Paradis perdu et d’une enfance passée, de retrouver une seconde enfance.

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Ce court roman en prose est entrecoupé de poèmes qui lui donnent un rythme, une musique. C’est un récit fort exalté, difficile à lire parfois car il part dans des réflexions religieuses et philosophiques, c’est avant tout une apologie de la poésie, et on comprend le retentissement de cette oeuvre sur les générations futures d’écrivains, jusqu’aux surréalistes attachés aux rêves.

De la Fleur Bleue ne fut retenue hélas pour l’expression populaire que l’image d’un bleu délavé de l’amour romantique et mièvre. Il faut lire le roman pour en découvrir un aspect plus profond, un bleu intense.
J’avais déjà blogué en 2006 autour de cette Fleur Bleue, car j’avais montré les illustrations de l’artiste allemand contemporain de Novalis, Philipp Otto Runge.
Cette année, ce sont les fleurs bleues de mon jardin en juillet !

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3 comments

  1. Hello Grillon, par nature, je ne suis pas sensible à ce romantisme dont vous nous parlez si bien.
    En revanche, je suis épatée par la nature bleue de votre joli jardin qui me parle autant.

    comment by Dominique — 19/07/2014 @ 20:02
  2. Une note bleue dans le jardin-parc des Grillon et dans le blog !

    Poèmes, rythmes et musiques se dégagent du roman de Novalis !

    Claude Nougaro y aurait-il trouvé son inspiration ?

    http://www.paroles.net/claude-nougaro/paroles-fleur-bleue

    comment by Mi ♭ — 22/07/2014 @ 22:21
  3. magnifique , ces fleurs bleues …elles sont si rares , en général …
    vous avez un superbe jardin …
    et merci pour Novalis !

    comment by Alwen — 23/07/2014 @ 01:38

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