Du côté de chez Grillon du foyer

Lettres autour d’un jardin

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      Chère Mademoiselle,

      malgré le soleil généreux de la dernière quinzaine, le printemps du Valais s’attarde cette année. Voici les premières anémones que j’ai cueillies sur nos collines, elles sont charmantes, n’est-ce pas, et expriment si bien les risques de la saison, ayant mis, en dépit de leur confiance, cette petite fourrure
      argentée qui les rend presque méconnaissables dans la grisaille du sol pierreux et tout nu encore.

      [...]

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La lettre ci-dessus, dont j’ai recopié le début, est extraite de ce petit livre très précieux :
Rainer Maria Rilke, Lettres autour d’un jardin, éd. La Délirante, avril 2014.

Ce sera peut-être le plus beau livre que j’aurai lu en cet été 2014.
Il est illustré à l’intérieur d’un tableau de Balthus, une huile sur carton, représentant un paysage de Muzot dans le Valais suisse, et peint en 1923.

Ces lettres autour du jardin de Muzot datent de 1926.

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Rilke s’était retiré dans sa propriété – une tour – de Muzot-sur-Sierre, et il avait l’intention de redessiner le jardin. Il écrit à une amie, Antoinette de Bonstetten, qui a suivi des cours d’horticulture, pour avoir des conseils. Il veut aussi refaire la décoration de la maison qu’il juge triste, et échange avec elle des idées et des échantillons de papiers peints.

Ces lettres sont écrites en français. Rilke était polyglotte, et composait de merveilleux poèmes dans plusieurs langues.

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Ces lettres sont empreintes d’une nostalgie qui rappelle un certain Marcel, et créent de jolies métaphores. Rilke appelle les lettres de sa correspondante des « fleurs », si fraîches, si immédiates dans leur rapide éclosion, si pleines de la sève des événements et des souvenirs qu’elles relatent.

Durant cette année 1926, Rilke doit faire de longs séjours à la clinique de Val-Mont. Il ne le sait pas, mais il est gravement malade, il est atteint d’une leucémie. Il meurt le 30 décembre 1926.

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Ces lettres sont d’autant plus touchantes que nous les savons ultimes. La dernière lettre publiée date du 27 octobre 1926. Elles sont pleines de projets, de la lassitude aussi du malade. Les travaux de Muzot le fatiguent, il voudrait partir au soleil, passer l’hiver en Provence. Il ne verra pas son jardin de Muzot au printemps prochain.

Le tableau reproduit dans ce livre imprimé sur du beau papier Ingres est une vue de Muzot du haut de la tour que Rilke voulait rafraîchir. Cette vue fut peinte par un jeune garçon de quinze ans, qui deviendra Balthus, et qui était le fils de la compagne de Rilke. Celui-ci l’encouragea vivement dans son talent artistique.

Ce livre est un jardin frissonnant de poésie.

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jardin,littérature,poésie,philosophie @ 10:00 , juillet 7, 2014

5 comments

  1. Vos photos donnent aussi des frissons de poésie, de beauté, de rêves infinis…

    comment by Mi♭ — 07/07/2014 @ 16:04
  2. Impression de fraîcheur, de beauté, de calme, j’en profite pour vous souhaiter un joli anniversaire !!

    comment by Marie-Magdeleine Fabre — 14/07/2014 @ 09:34
  3. que ce jardin est beau !…on a envie de s’ y poser ….

    comment by Alwen — 14/07/2014 @ 09:50
  4. Et ce chat gris, caméléon à sa façon car sur le fond gris du tronc, de lichens revêtu, il se fond et grimpe sans peur, a-t-il su redescendre de son observatoire haut perché et feuillu, sans le secours d’un pompier-grillon ?

    comment by Mi♭ — 14/07/2014 @ 10:30
  5. Merci beaucoup pour vos gentils messages ! Je suis si occupée par toute la famille que je n’ai plus le temps de bloguer, mais j’espère pouvoir retrouver bientôt mon clavier favori.
    Le chat est un acrobate, point besoin de pompier !

    comment by Grillon — 14/07/2014 @ 18:44

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