Etain

Le hasard m’a fait rencontrer un jour ce tableau dans les pages de la National Gallery de Londres, et j’ai eu le coup de foudre !
Voilà  la petite merveille …

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    Jan Jansz. Treck Nature morte avec un pot d’étain, 1649, National Gallery Londres
    Notice du musée ici.

Rien ne vaut une visite au musée bien sûr. La reproduction ne peut pas restituer parfaitement ce très subtil camaïeu de gris.
Cette harmonie de tons froids et pourtant si doux est un enchantement.
Quelle virtuosité dans le rendu des matières et des reflets ! Cela me stupéfie, me ravit et m’interroge .

Les Anglais ont un mot pour désigner à  la fois l’interrogation et l’émerveillement : wonder . Wonder est un miracle en même temps qu’un questionnement.
Les Allemands ont le mot  » Wunder  » qui désigne la merveille, et ils ont le mot sans doute de même famille  » Wunde  » qui veut dire  » blessure  » .
Dans les deux langues anglosaxonnes, l’émerveillement est contrebalancé par un autre sentiment. Pas en français. D’accord, je m’égare du sujet, des lecteurs vétilleux voudront me le reprocher, c’est encore la faute de mes lectures, je lis en ce moment l’ouvrage de Michael Edwards,  » De l’émerveillement  » .

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L’éclat satiné de ce pot d’étain est merveilleux, n’est-ce pas ? Les vrilles de la vigne, tout comme celles de la cuiller et du couteau en argent ( ou étain ? ) , semblent apporter un certain charme rococo à  la nature morte, dont le style s’éloigne ainsi de la sobriété des toiles de Pieter Claesz ou de Willem Claesz. Heda par exemple. Ces couverts m’étonnent pour ce milieu du XVIIème siècle, leur forme annonce ceux du XVIIIème.

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Aux reflets métalliques s’oppose la porcelaine tendre et précieuse. Pièces ramenées par la Compagnie des Indes.
Le peintre a posé une fraise des bois au bord de l’assiette, comme Corot coiffait le petit personnage dans ses paysages d’un bonnet rouge : l’étincelle rouge réchauffe les couleurs, attire l’oeil au premier plan, pour le laisser s’évader ensuite et créer de la profondeur.

Le vert olive à  l’arrière-plan est un délice, miracle du coloriste qu’était ce Jan Jansz. Treck ( Amsterdam, 1605-06 – 1652 ) que je ne connaissais pas.

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Autre matière : le textile. On sent dans cette grande serviette de lin blanc, probablement lavée à  Haarlem, toute la souplesse noble et nerveuse du beau linge, dont le blanchiment aux Pays-Bas, à  Haarlem surtout, jouissait d’une renommée européenne.
Le verre à  bière, ou à  vin car la vigne y fait penser, se fait oublier, s’estompe derrière la riche vaisselle. L’ensemble forme une composition calme, d’un luxe discret qui caresse nos yeux.

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