Du côté de chez Grillon du foyer

L’acédie

Coups de feu sur Broadway, de Woody Allen.
Les dernières secondes de ce court extrait font de l’humour.
Dianne Wiest, discutant dans un bar avec John Cusack, demande au garçon « Deux martinis, s’il vous plait, très secs! », et John s’étonne : « comment savez-vous que c’est ce que je veux ?« , Dianne lui répond « Ah bon, vous en voulez aussi ? Trois ! »

L’alcoolisme fait partie du péché de gourmandise, qui est le deuxième des sept péchés capitaux.
Rappelons le palmarès :
1- l’orgueil, le plus capital des capitaux (-> caput, la tête)
2- la gourmandise
3- la luxure
4- l’avarice
5- la jalousie
6- la colère
7- la paresse

La gourmandise est considérée dans l’Eglise comme un péché capital, car ce péché est à la tête d’un grand ensemble d’autres péchés. Un péché est capital quand il engendre toute une série de maux. La gourmandise est un goût immodéré qui peut entraîner l’absence de volonté, l’égoïsme, la colère, l’envie, la luxure, la violence, etc …

Voici un livre fort instructif et plaisant de Pascal Ide et
Luc Adrian : 41FPATHENJL._

J’y ai appris un mot qui ne figure plus dans le dictionnaire : acédie
L’acédie a été remplacée au XVIIème siècle par la paresse. Sa définition latine était : tristitia de bono divino, tristesse du bien divin. Elle paralysait l’âme dans son élan vers Dieu, c’était un assoupissement spirituel, qui survenait généralement au milieu de la vie. L’acédie était ce qu’on appelait le démon de midi.
Acédie, tentation du milieu du jour. Bonjour tristesse.
Elle fut remplacée par le mot paresse qui est plus général, et pourtant différent. L’acédique chôme en tous points, ne fait rien, tandis que le paresseux ne fait que ce qui lui plaît.

L’acédie ôte le désir, l’amour, la joie, c’est le dégoût de l’action. L’acédie fait néant. Le trou noir, la nuit, l’ennui.

    fourierouen

    Albert Fourié, Mort de madame Bovary, musée Flaubert et d’Histoire de la médecine Rouen, notice

La littérature a illustré magnifiquement l’acédie avec Emma Bovary :

    Sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son coeur.

    Gustave Flaubert, extrait de Madame Bovary.

6 comments

  1. Acédie, une définition terrible. Acédie… ça fait maladie, acide, anémie…
    Je suis quand même contente de le découvrir !

    comment by Syl. — 01/02/2014 @ 19:41
  2. Comme toi, Syl, ce mot me fait penser à une maladie, et au fond, c’est une maladie de l’âme.
    On ne trouve pas le mot dans le dictionnaire français, mais dans le grec, oui, c’est « akèdeia » qui désigne le manque de soin, la négligence, l’indifférence, l’abattement, le découragement.

    comment by Grillon — 01/02/2014 @ 20:16
  3. Une préparation au carême ?
    Voici unne voix patentée « africaine » et ses exemples concrets d’acédie, « 8° péché capital », qui touche tout le monde et qu’il nous est difficile d’éviter car le démon de midi est un malin qui nous séduit à chaque instant, pendant toute notre vie, qui que nous soyons où que nous soyons :

    http://www.diocese-natitingou.net/index.php?option…lacedie

    Bonne lecture.

    comment by Mi♭ — 03/02/2014 @ 02:02
  4. « L’ acédique chôme en tous points »
    Sacrée grillon ! -:)))
    En ce qui concerne l’ acédie, il s’ agit vraisemblablement d’ une expression de la dépression pathologique, quand elle s’ exprime par l’ incapacité d’ agir, l’ aboulie.

    comment by Dominique (bis) — 03/02/2014 @ 10:30
  5. Le lien que vous indiquez ne fonctionne pas, Mi♭ , mais j’ai trouvé la page, pleine de bons conseils !

    http://www.diocese-natitingou.net/index.php?option=com_content&view=article&id=161:lacedie-un-virus-dangereux&catid=40&Itemid=199

    Oui, Dominique(bis), disons que l’acédie est pour l’Eglise ce que l’aboulie est pour la psychiatrie. L’aboulique ne sait jamais choisir, tandis que l’acédique choisit volontairement de ne rien faire ou d’agir mal, non ?

    comment by Grillon — 03/02/2014 @ 13:35
  6. L’ aboulique ne peut choisir d’ agir ou non, il ne peut agir, c’ est une forme de fatigue psychique, un blocage devant l’ action, et de ce fait, il est en retrait de la vie « active », de toute manifestation sociale.
    Ce n’ est pas du domaine de la volonté, il n’ y a plus l’ énergie et cela peut s’ exprimer parfois par une agoraphobie.
    C’ est très invalidant.

    comment by Dominique (bis) — 04/02/2014 @ 09:19

RSS feed for comments on this post. TrackBack URL

leave a comment


5 × = dix