Du côté de chez Grillon du foyer

La métaphysique des tubes de boutons

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La semaine dernière, j’ai renversé ma boîte de boutons. Trop vieille cette boîte, frappée d’ostéoporose, son plastique s’est fendu sous mes doigts, un morceau m’est resté dans la main tandis que le reste et son contenu valsaient par terre. C’était comme si la nacre était retournée à la plage, et, courbée vers le sol, j’ai d’abord trié les coquillages dans l’éparpillement multicolore, et puis zut à la fin, j’ai ratissé le tout, mêlant la poussière textile de mon atelier de couture à la myriade de boutons.

Je revis alors ce passage d’un livre lu et paru récemment, passage que m’avait signalé une amie en pensant à moi, et elle avait bien pensé, car j’ai acheté ce livre en deux versions, kindle et papier, c’est un tic chez moi, si je charge un ouvrage sur ma liseuse électronique, il me le faut aussi en volume réel.
Toujours ce besoin de palper.

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      …que c’est ce bouton qui ira et pas un autre, qui saura dire où se niche ce plaisir sensuel dénué de passion qui touche à la fois à la gourmandise, au sens de l’harmonie, au goût du secret et du dévoilé (l’enfant à la bobine de Freud), à l’appréhension délicieuse de l’envers du caché des choses et de ce qui pourrait advenir. Que sais-je encore ? une certaine idée de l’infini(celui du sable qui coule entre les doigts), de l’indénombrable, le sentiment contrasté de la gratuité et de la nécessité des choses et par dessus tout : la sensation d’approcher le caché, l’occulté, le secret, le déjà-là, la présence dans l’absence : au fond, dans la boîte, la béatitude de découvrir l’infini.

      Françoise Héritier, Le goût des mots, décembre 2013, éd. Odile Jacob

boutons2 Ce petit livre de Françoise Héritier fera la joie des ateliers d’écriture, il ouvre des portes sur de longs registres de vocabulaire et d’expressions.
Le passage que j’ai recopié traite de l’exploration d’une boîte à couture.

Mon goût pour les boîtes à boutons date de la prime enfance, comme pour la plupart des petites filles, de même que les boîtes de boulons attirent les petits garçons. Et vice versa, boutons et boulons séduisent tous les genres !
C’est le phénomène Amélie Poulain, l’ineffable plaisir de plonger sa main dans un sac de grains, d’avoir la singulière sensation de la multitude caressant la peau.

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Le tri est un jeu enfantin, classer par tailles, par couleur, par forme, par matière … un jeu de grandes personnes aussi.
Etant obligée de ranger mes boutons dans une nouvelle boîte, j’ai eu l’idée de classer les plus petits dans des tubes à essai. J’ai acheté dans une épicerie des épices vendues en tubes, les ai transvasées dans les classiques flacons Ducros et je me suis décarcassée pour trouver un présentoir de laboratoire.
Il me reste à me procurer d’autres tubes, la cuisine va être épicée chez Grillon !

Trouver le bouton qui convient … telle est la question. Si on découvre au fond de la boîte le bouton parfait, le compte n’y est pas, alors on achète de nouveaux boutons.

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La boîte du mot bouton est bien remplie : vient du mot bout et du verbe bouter qui veut dire « pousser ».
L’arc-boutant, par exemple, dans les cathédrales exerce une poussée pour l’équilibre de l’architecture.
Il y a aussi dans cette boîte, entre autres, debout, emboutir, aboutir, débouter, rebouter, boutonner, bouterolle, boutade, boutis, bouture, boute-hors, boute-en-train, botte, bouts-rimés, boutefeu, bousculer …

Aboutonnons les boutons de bottine au bout du pied
Le verbe aboutonner était d’usage populaire, Françoise le disait au petit Marcel quand il enfilait son paletot !

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Je me souviens dans ma jeunesse, on disait souvent que pour tricoter une veste, il avait plus cher de boutons que de laine. Mais le joli bouton est le plaisir final, la touche d’élégance, la récompense du beau travail. J’aime acheter les boutons qui « iront », les choisir avec soin. Les coudre est l’étape ultime, quand on arrive au bout de sa peine !

Ces petits ouvrages que je viens de finir vont aboutir chez mon petit-fils en Allemagne !

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9 comments

  1. …des boutons de fleurs !

    comment by Dominique (bis) — 29/01/2014 @ 16:52
  2. ;-) !

    comment by Grillon — 29/01/2014 @ 17:53
  3. Comme il va etre gate !

    comment by Marianneke — 29/01/2014 @ 18:24
  4. Une cuisine épicée peut donner des boutons : « la guerre des boutons » entre mercerie et anatomie.

    Mais chez Grillon la cuisine épicée est un détour astucieux et pacifique qui permet le tri à mettre en présentoir, grâce aux éprouvettes de laboratoire.

    Entre boutons d’or et boutons d’art il y a nos boîtes à boutons qui ne servent guère mais rassurent et participent à la manie de la collection, au besoin inconscient d’un trésor caché : tous ces boutons ont une histoire, ont été caressés, choisis parfois… ils nous parlent et nous disent des histoires d’amour biensur, des histoires multiformes et polychromes !

    Pour notre plaisir et par curiosité, je vous suggère un voyages au pays des boutons.
    En nacre, en bois, en plastique, en corne ou métal, à pression ou habillés pour les cacher ; en forme d’oursons ou de lettres et autre fantaisie pour divertir les yeux émerveillés de la progéniture , de quoi rêvasser aux prochains choix (pour votre allemand ?)

    http://www.mapetitemercerie.com/7-boutons
    Cordialement.

    comment by Mi♭ — 30/01/2014 @ 11:05
  5. Merci pour le lien, Mi♭ , étonnant de la part d’un gentilhomme :-) ! Je connaissais Ma Petite Mercerie, j’ai mis cette boutique en ligne dans mon blogroll il y a longtemps. Je conseille aussi pour le très grand choix de boutons la boutique « Entrée des Fournisseurs ».

    comment by Grillon — 30/01/2014 @ 11:55
  6. Et le bouton qui manque? Le bouton perdu, qui gâche la lignée de boutons et qui oblige en en racheter 6 ou 8 pour un, et le bouton fondu collé au fer à repasser à l’appariton du plastique? voilà qui donne des boutons…
    Avez-vous, comme moi, appris à compter avec des boutons, les avez-vous enfilés en savants algorythmes à l’école maternelle?
    Ma boiîe est celle de ma mère, elle fut belle cette boîte, avec la reine Astrid et ses enfants…un jour où l’autre elle finira par me lâcher et comme vous, Grillon, le me retrouverai à 4 pattes à rassembler les boutons!

    comment by Paulette — 30/01/2014 @ 14:26
  7. Aboutonner ! je croyais être la seule à l’avoir employé !
    J’ai deux boîtes. Une de précieux avec des séries et une autre avec les dépareillés… et je garde les planches dans le tiroir d’une coiffeuse.
    Charmant livre.

    comment by Syl. — 31/01/2014 @ 17:17
  8. De l’ordre et de la méthode, Syl, bravo !
    C’est une relique précieuse, la boîte à l’effigie de la reine Astrid, Paulette !
    C’est amusant de découvrir comment chacune conserve ses boutons !

    comment by Grillon — 31/01/2014 @ 20:01
  9. Bravo pour les boutons, je les collectionne aussi. C’est la petite touche finale qui fait la différence .moi aussi trouvant trop usée la boîte en métal à gâteaux qui servait de réserve à boutons dans un des tiroirs de ma mère , je les ai triés , rangés dans des vieux pots à café soluble en verre et posé sur une étagére.

    comment by Élise — 07/02/2014 @ 15:09

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