Du côté de chez Grillon du foyer

Vivat flamand et gourmandise

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Pas finie l’Epiphanie ! En janvier la fête des rois s’étire tout le long du mois, il y a une reine, il y a un roi, et tout le monde boit. Hier encore j’étais invitée à une galette.

J’ai eu l’heureuse occasion, il y a quinze jours, de visiter l’exposition Jordaens au musée du Petit Palais à Paris. (Présentation ici)
On pouvait y découvrir l’oeuvre très varié, peint et dessiné, de cet artiste flamand.

Trois vastes toiles traitant du même sujet étaient rassemblées, produisant un effet joyeux, coloré, enivrant … il s’agit du thème de la fête des rois, précisément Driekoningenfeest = fête des trois rois, thème que Jordaens a traité dans presque une dizaine de grandes toiles.
Les trois toiles exposées venaient du musée des beaux arts de Bruxelles, du musée d’Israël de Jérusalem, et du musée des beaux arts de Valenciennes. Elles étaient donc d’actualité en ce mois de janvier et j’y reviens aujourd’hui pour le plaisir.

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    Jacob Jordaens, Le roi boit !, vers 1638-1640, musées royaux des beaux arts Bruxelles, notice

Dans le cartouche, en haut du tableau, est écrit: In een vry gelach / Ist goet gast syn, ce qui veut dire : où la boisson est gratuite, il fait bon être invité.

Alors invitons-nous à entrer dans la scène. Les couleurs sont vives et chatoyantes, bien plus belles que sur le site du musée de Bruxelles qui offre néanmoins à voir des agrandissements.
C’est dans ces toiles que jaillit tout le talent de Jordaens pour la nature morte. Les victuailles, la vaisselle, sont rendus avec verve, au premier plan le plateau renversé fait presque sortir les gobelets du tableau.

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Les cinq sens sont sollicités : scène assourdissante, regard comblé de couleurs et de mouvements, goût des gaufres et galettes, toucher des tissus soyeux, du pelage animal, de la chair tendre, et odeurs plutôt désagréables du bébé qu’il faut changer et du buveur qui vomit.
Ce dernier, buveur qui a trop bu, au premier plan à gauche, serait l’autoportrait du peintre.

On retrouve l’autoportrait de Jordaens dans le tableau du mba de Valenciennes :

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Jordaens est le joueur de cornemuse.

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    Jacob Jordaens, Les jeunes piaillent comme chantent les vieux, vers 1640-1645, mba Valenciennes

Dans le cartouche en haut du tableau, il est écrit cette fois en latin : Ut genus est genius / concors consentus ab ortu. C’est la traduction d’un célèbre proverbe flamand qui dit « les jeunes piaillent comme chantent les vieux ».

La grand-mère chante une chanson dont le texte est écrit sur la feuille en commençant par ce titre « een nieu liedeken » = un petit chant nouveau. Au dessus d’elle veille la chouette : est-elle le symbole de la sagesse, ou un présage funeste, ou les deux ?
La vie populaire flamande est rendue dans toute sa truculence.

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L’ancêtre, le roi, fait aussi de la musique, il donne le rythme en agitant le couvercle de la cruche d’étain.
Un autre symbole semble intervenir dans cette scène joviale : le zeste de citron, vanité du temps qui se déroule et s’écoule.
Toujours de magnifiques morceaux de nature morte.

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Dans le tableau de Jérusalem, le bébé est encore fesses nues, et là, on a la surprise de le voir faire pipi.
IMGP0344 Le spectateur reçoit presque le jet sur les pieds ! et de l’autre côté du tableau, un convive vomit aussi. Une fête chrétienne teintée de vulgarité.

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    Jacob Jordaens, Le roi boit !, vers 1645, musée d’Israël Jérusalem

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Le peintre s’est encore représenté lui-même, grimaçant, et tenant son béret d’une main. Derrière le roi se tient le fou. On admire encore les très beaux objets, comme le rafraîchissoir au premier plan.

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Ce très bel ensemble dans l’exposition du Petit Palais prouvait bien que le plat pays belge est depuis longtemps une terre d’artistes de bandes dessinées.

Ces trois tableaux pourraient illustrer le péché de gourmandise.
Un péché, la gourmandise ?
Petit travers, vilain défaut, péché véniel, ou capital ?
Il faut écouter cet excellent débat à propos de la gourmandise, que j’ai suivi sur la chaîne KTO-tv il y a juste un an, et qui expose toutes les facettes de ce qui représente un dérèglement dans l’alimentation.

chiens,hiver,musées,Peinture @ 7:25 , janvier 25, 2014

3 comments

  1. Ripaillons !!! et non, la gourmandise n’est pas un péché. La gourmandise n’est pas une goinfrerie qui serait alors morbide.
    Je vais écouter l’émission… merci !
    A bientôt

    comment by Syl. — 26/01/2014 @ 11:25
  2. Magnifique et quel à propos sur video !

    comment by Dominique (bis) — 27/01/2014 @ 10:44
  3. Je ne suis décidément pas fan de ces tableaux surchargés de faces rubicondes. Mais en fait je préfère les détails à l’ensemble, j’aime les sélections de nature morte, ou d’un ou deux personnages, je suis un peu oppressée par l’ensemble.
    Effectivement il y a dans Astérix chez les Belges une scène de banquet dessinée dans une inspiration de peinture 17e il me semble.

    comment by nathalie — 29/01/2014 @ 09:50

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