Du côté de chez Grillon du foyer

Petits livres blancs

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Retour vers le petit livre blanc de Georges-François Rey, préfacé par Michel Pastoureau, Envies de blanc. Sa blancheur Persil me rappelle La disparition de Georges Pérec (revoir ici). Outre son contenu passionnant, c’est un bel objet blanc comme ouaté, talqué, givré, lacté, fariné, sucré, salé, à la douceur fouettée de la crème, au velouté de l’hermine.

Le blanc est pur, propre, hygiénique, vierge, clair, sacré, innocent, associé maintenant au froid alors que du XVIIème au XIXème siècle il est perçu comme une couleur chaude, il est associé au deuil pour certains peuples, associé autrefois au pouvoir monarchique, symbole de paix, enfin signe de vieillesse et de sagesse.

Le blanc est l’aube de tous les possibles, et le petit livre nous les fait découvrir, nous fait apprendre son nom en russe, beluga. Mais j’ai remarqué une absence, un blanc, le blanc des yeux ! La fameuse sclérotique. Il est vrai que le blanc des yeux est plein de reflets colorés (revoir ici).

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Pour Noël j’ai reçu un petit album blanc épatant, « album blanc » est un pléonasme, mais c’est ainsi qu’on peut nommer ce petit livre alliant le texte et la musique.

Les amants parallèles de Vincent Delerm.

C’est un genre nouveau que Vincent Delerm a créé là. J’oserai dire qu’il innove dans la chanson comme par exemple Nathalie Sarraute a innové dans le roman. Cet album n’est pas qu’un recueil de chansons. C’est une histoire, celle d’un couple, chaque chapitre du livre correspond à une chanson. Le livre raconte le petit roman d’un couple et s’illustre de photographies très attachantes prises par le chanteur lui-même.
Cette oeuvre littéraire et musicale est un livre d’images à regarder, à lire, à écouter. Les mots sont pleins de poésie. Ils m’ont émue.

Oui bon, faut aimer Vincent Delerm ! Si on ne l’aime pas, on passe son chemin. Ce livre-CD est typiquement delermien, très personnel, tout en étant tout à fait nouveau. Vincent Delerm pense qu’il continuera dans ce genre, je lui souhaite l’épanouissement, le succès.

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Pour Noël, j’ai eu aussi deux petits livres blancs avec des blancs volontaires, des blancs à combler de créations personnelles.

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Je connaissais les livres d’images en noir&blanc pour adulte, à colorier soi-même, mais je ne connaissais ces petites nouvelles à illustrer soi-même. Une page de texte, une page blanche, un espace blanc, on dessine ce qui va compléter l’histoire. Ce n’est pas si facile ! L’angoisse de la page blanche … Magie blanche du coup de crayon !

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A propos de livre à créer soi-même, j’ose évoquer le mien. Mon mari m’avait demandé pour Noël le premier tome de mes souvenirs. J’ai écrit. Et puis j’ai dû donner à mes phrases un corps matériel, fait de papier. Cela s’appelle un livre, le mot m’effraie en ce qui concerne ma prose, mais l’aventure de l’imprimerie m’a beaucoup amusée !

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Ce petit livre blanc n’aurait pas existé sans l’aide de ma fille qui est graphiste. C’est elle qui a mis mon texte en pages, c’est à dire qu’elle a réalisé ce qui s’appelle l’imposition. C’est la manière de placer le texte sur les pages, afin que, une fois les pages pliées en deux et assemblées par cahiers, le texte puisse se lire dans le bon ordre. C’est un savant calcul dont je ne connais pas le secret, sur une même feuille A4 seront imprimées par exemple les pages 3 et 14 au verso et 4 et 13 au recto.

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Quand toutes les feuilles sont imprimées, il faut les plier en deux, et puis les coudre ensemble par cahiers. C’est là que j’ai pu intervenir, la couture, je connais !

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Le mot cahier vient du mot quatre, un cahier est toujours composé d’un multiple de quatre pages. Mon petit livre comporte quatre cahiers de quatre feuilles chacun. J’ai cousu les quatre cahiers de fil blanc, puis je les ai collés dans la couverture, elle-même une feuille rigide A4, que j’ai pliée au centre pour former un dos plat. Ensuite, il fallut porter le livre chez l’imprimeur afin qu’il donne un coup de massicot sur les pages, elles furent ainsi parfaitement alignées avec la couverture.

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Ce fut très intéressant de s’essayer à la reliure, l’objet est réussi, on dirait un vrai livre sorti d’une vraie maison d’édition, mais je comprends qu’un livre demande à l’éditeur du temps et du savoir-faire.
Mes souvenirs, eux, ne sont pas cousus de fil blanc, j’ai été aussi sincère que possible, et mon mari fut heureux de son cadeau, un exemplaire unique, pour un lecteur unique. On ne relie bien qu’avec le coeur !

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couleurs,musique,noël @ 6:35 , janvier 6, 2014

14 comments

  1. Le résultat est magnifique ! C’est très touchant que tu aies pu faire ce beau livre, avec l’aide de ta fille et pour ton mari. Une belle histoire de famille ;)

    comment by sandrion — 06/01/2014 @ 21:18
  2. Parfois quand les cheveux ont blanchi, on est prêt à noircir les pages.

    comment by Dominique (bis) — 06/01/2014 @ 21:21
  3. lol, Dominique(bis), c’est vrai !

    comment by Grillon — 06/01/2014 @ 22:39
  4. Le livre de Grillon est le plus beau cadeau de Noël que j’ai eu ! Les lecteurs et lectrices de Grillon peuvent imaginer toute la sensibilité qu’elle y a mise… Mais, désolé pour eux, c’est vie privée !

    comment by Mr Grillon — 06/01/2014 @ 23:26
  5. Bonjour monsieur Grillon !

    comment by Dominique (bis) — 07/01/2014 @ 10:09
  6. Il nous est très agréable de savoir que votre épouse vous réserve quelques pages exclusives de sa vie.

    Vous en êtes le lecteur unique, c’est bien normal !

    Toutefois je me permets de vous donner ci après un autre type de lecture que je peux faire à partir des indications fournies par Grillon, d’ailleurs.

    Toute lecture rapide commence par prendre en compte titre et sous titres, illustrations, couleur et force du papier utilisé, épaisseur de l’ouvrage, aspect agréable ou non à le tenir en main et éventuellement lecture des jaquettes…

    Ici, la couleurs de la couverture est blanche : elle offre le maximum de contraste avec la titraille et les illustrations. On entre dans le sujet avec détermination, il y aura quelques surprises ou contrastes, c’est certain, c’est du blanc et noir ces souvenirs d’enfance.

    L’illustration concerne le portrait d’une « jeune fille ». Cette donnée semble être corroborée par les deux dates qui s’affichent, semble t-il, à coté du portrait et par le texte que je ne puis lire. J’aime l’oie blanche qui s’échappe par le bas de la couverture,et qui semble évoquer une ambiance de ferme familiale, ou une allégorie de la future liberté de la jeune fille ?

    Lisons le frontispice : nous ne saurons jamais comment continuera cette histoire de « poisson-art moitié rouge moitié jaune » mais la mise en suspens est là, dans ces quelques mots entre manteau rouge et bottes jaunes, de la protagoniste ?

    Par ailleurs votre épouse nous dit que les pages 3 et 14, 4 et 13 se retrouvent recto verso sur un même folio.
    Ces données confirment que les cahiers sont composés de 4 folio et donc de 16 pages.

    Grillon a donc choisi un format de folio initial type A4 ; elle l’a plié une seule fois en deux, pour obtenir 4 pages type A5, format (14,8x21cm) pratique qui se lira très vite.

    Le folio central (celui de la couture de Mme Grillon) pour le premier cahier, concerne les pages 8-9. Pour le 2° cahier on est aux pages 24-25 ; troisième cahier 40-41; quatrième cahier pp 56-57. (une incrémentation de 16 pages d’un cahier à l’autre.)

    Le livre comprend donc 4 cahiers de 16 pages, il atteint les 64 pages au total, en dehors des pages blanches qui viendraient s’y greffer en début et à la fin du livre
    Reste un petit problème avec la couverture, car si les cahiers sont eux-mêmes en A4, pour être couverts correctement, le format initial de la couverture doit être supérieur et dégager ainsi une surface disponible de un à deux centimètres de large, pour la tranche de reliure.

    Je note que ces petit cahiers évitent au texte des pages centrales de se trouver sous le coup du massicot, ce qui serait facheux ! Ce risque a peut-être été calculé et pris en comte dans les justifications.

    Étrange approche, celle d’un « maquettiste » en herbe ou d’un curieux, qui a longtemps travaillé avec le monde merveilleux de l’impression et de ses métiers graphiques, connexes.
    Votre fille a un beau métier, la qualité du message passe par la qualité d’une mise en page.
    Bonne et heureuse année pour toute la famille.

    comment by Mi♭ — 07/01/2014 @ 21:54
  7. Ha, épatant, Mi♭ ! Vous êtes connaisseur ! En effet le même format de la couverture et des feuilles pouvait poser un problème, mais comme le livre était mince, avec un dos d’une épaisseur de 7mm, le coup de massicot s’est fait sans dommage.
    L’illustration de la couverture est une photo de moi à l’âge de trois ans avec une colombe dans les mains. Ce premier tome de mes souvenirs va de ma naissance à l’âge de raison, c’est à dire sept ans. C’est amusant de creuser sa mémoire pour remonter aux premiers souvenirs de la petite enfance, qui apparaissent fragmentés, par touches impressionnistes.

    comment by Grillon — 07/01/2014 @ 22:54
  8. Interessant ces commentaires ! Nous avons choisi l’A4 et la couverture blanche par simplicité, nous ne pouvions pas imprimer sur de l’A3 et nous ne voulions pas faire trop de découpage faute de temps…

    comment by Ta fille graphiste — 08/01/2014 @ 13:25
  9. Bonjour Ta fille graphiste !

    comment by Dominique (bis) — 09/01/2014 @ 09:58
  10. Grillon et monsieur Grillon sont en Souabe, il fait tres beau !

    comment by Grillon — 10/01/2014 @ 11:26
  11. Comme quoi les analyses ou critiques sont toujours plus sophistiquées que les vraies raisons des choix : « Qu’ai-je à ma disposition ? Quelle voie d’impression suivre ? Dans quels délais ? Avec quelles illustrations, quelle typographie, quelles couleurs… »
    La fille graphiste nous dit que le A3 n’était pas à votre portée et que le papier blanc était la couleur la plus simple et la plus disponible de l’instant…
    Il n’empêche que ce papier de couverture laisse apparaître une trame horizontale, ce qui est une autre façon de « dire » quelque chose, fût-elle inconsciente. Ce n’est pas tout à fait blanc,ou vide !

    Vous n’aviez que votre ordinateur et votre imprimante.
    Aujourd’hui ces deux instruments nous permettent des prouesses même s’ils ne nous donnent pas forcément accès aux prouesses des matériels professionnels qui, depuis 30 ans, ont bouleversé les métiers de l’impression.
    Nous n’avons plus besoin de « caractères au plomb » et de leurs imposantes armoires/casses, de conservation mais dans nos ordinateurs avec un simple clic nous jonglons entre « Antiques » « Elzévirs » et autre « Didot »…très facilement. Si ce blog est rédigé avec des caractères du type antique (caractères droits ) votre ouvrage a justement choisi la belle famille des Elzévirs, type Garamond ou Times (caractères avec empattement qui facilitent lé lecture car les lettres semblent élégamment et en douceur, se relier les unes aux autres.

    Alors si le côté pragmatique a imposé les choix de la fille graphiste et de sa mère écrivaine, je reste persuadé que les connaissances accumulées dans les méandres occipitales, ont agi et guidé ces choix de la meilleur façon pour traduire cette période d’histoire en ce livre de souvenirs avec tout l’attrait de la technique graphique.

    Cordialement

    comment by Mi♭ — 10/01/2014 @ 11:27
  12. Un premier tome donc ! Noël prochain donnera peut-être naissance à une suite ;o)
    Je comprends que M. Grillon soit touché du cadeau, tu te mets toute entière dans une telle oeuvre. Bravo pour la technique, ce n’est pas si simple.

    comment by celle qui rêve — 12/01/2014 @ 07:14
  13. Ce livre, en tant qu’objet, est un très beau cadeau à M. Grillon. Son contenu l’est encore plus, il est précieux et doit rester secret. M. Grillon a eu une très belle idée. Bonne année 2014 à toutes et à tous.

    comment by Patricia — 13/01/2014 @ 08:04
  14. Magnifique travail ! Et puis c’est beau. Merci pour çe partage. Bonne année !

    comment by Marie-Magdeleine Fabre — 14/01/2014 @ 08:33

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