L’azur, l’azur, l’azur !

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L’Azur est le titre d’un poème de Mallarmé. Poème aussi triste que cette couleur peut éclater de gaieté. C’est pourquoi je ne le recopie pas ici sous ces hydrangées de notre jardin.

Cependant le poème se termine par ce cri enchanté « l’Azur, l’Azur, l’Azur ! », alors que le poète, lui, n’est qu’hanté.
On peut lire ce poème sur cette page

Azur, le mot paraît mallarméen, on le retrouve dans un grand nombre de ses vers. C’est en lisant un recueil de ses poèmes choisis que j’ai constaté la présence obsédante et lumineuse de ce mot.

    De l’éternel azur la sereine ironie
    Accable, belle indolemment comme les fleurs,
    Le poète impuissant qui maudit son génie
    A travers le désert stérile des Douleurs.

    Mallarmé, extrait de L’Azur

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      L’azur rit sur la haie en éveil

      Mallarmé, Renouveau

Les hortensias et les hydrangéas forment toujours des haies particulièrement colorées et joyeuses, et ces fleurs semblent mal venues pour illustrer la poésie de Mallarmé, qui voyait dans le bleu toute la douleur contenue, le spleen, le malêtre de l’artiste. Sa solitude est bleue, tisse un filigrane bleu en son âme, et l’Azur , synonyme de ciel avec un grand A, n’apporte pas que du bonheur.
Malgré tout, Mallarmé a construit de fort belles formules à partir de ce ciel implacable, des tournures qui font aimer l’azur cruel.

      La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
      Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
      Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
      De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.

      Mallarmé, extrait de Apparition

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      azur bleu vorace
      (extrait de Les fenêtres)

Le bleu dur, saturé, primaire, avide d’ombre et gorgé de lumière de ces fleurs me semble bien coller à l’expression « azur bleu vorace » de Mallarmé. Mais ce poème Les fenêtres décrit celles d’un hôpital et il est très triste.

Ah, l’adorable éclair, l’encens bleu de ces fleurs des célestes soirs, extase des regards, scintillement des nimbes, Mallarmé tu me tiens !
Ces hydrangées bleues sont pure poésie et devant elles, je passerais volontiers mes soirs d’été à lire des poètes aux idées bleues.

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    En ce moment juillet de vif azur, pas encore l’automne adouci, mais devant tant de beauté, soupir attendri …

      Soupir

      Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
      Un automne jonché de taches de rousseur,
      Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
      Monte, comme dans un jardin mélancolique,
      Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
      – Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
      Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
      Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
      Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
      Se traîner le soleil jaune d’un long rayon.

      Mallarmé, Soupir

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Une réflexion au sujet de « L’azur, l’azur, l’azur ! »

  • 20/04/2017 à 10:48
    Permalink

    Le poète est hanté par l’Azur, certes, mais comme on serait appelé par les anges. C’est un douloureux supplice pour son âme, traversée par cet Azur « ainsi qu’un glaive sûr », car il n’est qu’entraperçu, encore inaccessible. C’est pourquoi le mot « Ennui » avec une majuscule, qui le personnifie comme un compagnon de route, apparait si souvent lui aussi. Le poète n’appartient ni au « bétail heureux des hommes » (« La chair est triste hélas… ») ni encore à l’Azur. Il est exilé de sa patrie Idéale et impuissant à le nommer autrement qu’en répétant son nom « L’Azur, l’Azur,l’Azur,l’Azur »,

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