Du côté de chez Grillon du foyer

Poésie en Bretagne : Eugène Guillevic

La fête du printemps des poètes se termine bientôt, mais la poésie en Bretagne est comme son horizon marin, infinie et changeante, je ne sais pas m’arrêter dans cet élan qui me passionne …
Un peu de fantaisie aujourd’hui ?
Après les sciences naturelles, la géométrie …

Triangles , je choisis ce poème de Guillevic car la mer, aux beaux jours, est constellée de triangles mouvants.
Guillevic est un poète breton (1907-1997) , sa biographie est ici.

      Triangle scalène

      Bon pour danser,
      Virevolter

      Sur ma base, sur mon sommet,
      Sur mes côtés, mes autres angles.

      C’est que je suis toujours
      Agité, tiraillé,

      Par des angles, par des côtés
      Assemblés au hasard
      Et sans égalités.

      Triangle isocèle

      J’ai réussi à mettre
      Un peu d’ordre en moi-même.

      J’ai tendance à me plaire.

      Triangle équilatéral

      J’ai tendance à me plaindre.
      Je suis allé trop loin
      Avec mon souci d’ordre
      Rien ne peut plus venir.

      Triangle rectangle

      J’ai fermé l’angle droit
      Qui souffrait d’être ouvert
      En grand sur l’aventure.
      Je suis une demeure
      Où rêver est de droit.

      Eugène Guillevic, recueil Euclidiennes

Sentiments triangulaires ! Le pauvre triangle scalène est un élève dissipé, boiteux, bancale, comme l’indique son nom (skalenos en grec veut dire boiteux);

Le triangle isocèle a mis de l’ordre dans sa silhouette, grâce à ses deux côtés égaux, il est symétrique et peut se regarder en miroir, ma foi, il se plaît plutôt bien !

Le triangle équilatéral a hélas poussé trop loin le souci de l’égalité, source d’uniformité, donc d’ennui …

Le triangle rectangle réussit à allier la perfection de ses formes à la poésie. Sous le toit qui le protège, il a tout le loisir de rêver, j’ajouterai de voguer comme une voile bien bordée au plus près du vent dans la baie bleue :-) .

    Claude Monet, Régate à Sainte Adresse, 1867, Met New York, notice

littérature,poésie,philosophie @ 1:54 , mars 22, 2013

4 comments

  1. « J’ai ouvert l’angle droit
    Qui souffrait d’être fermé
    En grand sur l’aventure.
    Je suis une barque
    Où rêver est de droit ».

    Bonne journée, Grillon.

    comment by Patricia — 23/03/2013 @ 08:47
  2. Mais non mais non, c’est le triangle isocèle qui est parfait car il additionne deux triangles droits et en cas de risée sa culbute se fait rectangle, de quoi flotter avec rectitude et continuer l’aventure, encore et encore !
    D’autres formes géométriques chez Guillevic ?
    Ah! j’eusse aimé ce prof poétique pour avaler la géométrie et ses soeurs mathématiques. Avec lui le rêve eut été au programme, tirer des bords au dessus de l’onde bleue des côtes bretonnes n’eusse point été vaine rêverie, mais création et recréation ! Un droit au grand espace.
    Mi♭

    comment by Mi♭ — 23/03/2013 @ 10:20
  3. Oui, dans son recueil « Euclidiennes », Guillevic s’adonne à la géométrie, par exemple :

    Carré

    Chacun de tes cotés
    S’admire dans les autres.
    Où va sa préférence?
    Vers celui qui le touche
    Ou vers celui d’en face?
    Mais j’oubliais les angles
    Où le dehors s’irrite
    Au point de t’enlever
    Les doutes qui renaissent.

    Il a aussi composé autour de la courbe, le cercle, les parallèles, la perpendiculaire …

    comment by Grillon — 23/03/2013 @ 11:08
  4. Merci Grillon pour les corrections apportées et pour cette nouvelle ouverture sur le carré : merveilleuse philosophie en vers et en lumière.

    comment by Mi♭ — 23/03/2013 @ 11:39

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