Samuel Palmer, Au chant de l’alouette, vers 1840, NMWa Cardiff, page du musée
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Alouettes
Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Déjà le crêpe de mystère que jetèrent les fantômes du vêpre sur la chair fraîche de la vie, déjà le crêpe de ténèbre est entamé sur la campagne et sur la ville.
Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Ouïs-tu pas la cloche tendre du bon Dieu courtiser de son tisonnier de bruit les yeux, ces belles-de-jour, les yeux blottis dessous les cendres de la nuit?
Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Surgis donc du somme où comme morts nous sommes, ô Mienne, et pavoise ta fenêtre avec les lis, la pêche et les framboises de ton être.
Les coups de ciseaux gravissent l’air.

Viens-t’en sur la colline où les moulins nolisent leurs ailes de lin, viens-t’en sur la colline de laquelle on voit jaillir des houilles éternelles le diamant divin de la vaste alliance du ciel
Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Du faite emparfumé de thym, lavande, romarin, nous assisterons, moi la caresse, toi la fleur, à la claire et sombre fête des heures sur l’horloge où loge le destin, et nous regarderons là-bas passer le sourire du monde avec son ombre longue de douleur.
Les coups de ciseaux gravissent l’air.
Saint Pol Roux, recueil Les reposoirs de la procession
David Cox, L’alouette, 1849, BMAG Birmingham, page du musée
Notice du tableau au milieu du poème :
Winslow Homer, Hark ! The Lark , 1882, Milwauky Art Museum, page du musée
Cette semaine j’ai eu l’occasion de rencontrer un poète breton lors d’un très intéressant débat autour de la poésie en Bretagne. La poésie est partout en crise depuis toujours, chaque siècle le redit, mais n’est-ce pas son essence même ?
Mallarmé parlait de l’exquise crise fondamentale de la poésie de notre temps.
La poésie est une crise de l’être, elle creuse là où il y a douleur, et elle soulage le lecteur, c’est bien là son rôle.
En Bretagne, la poésie fleurit toujours aujourd’hui, les bardes bretons actuels ou bien du XXème siècle, même si on parle très peu d’eux dans les journaux, produisent ou ont écrit des merveilles, et le printemps des poètes, qui revient chaque année, donne l’occasion de les faire connaître.
Jules Breton, Le chant de l’alouette, 1884, Art Institute Chicago, page du musée .
J’aime ce poème en prose de saint Pol Roux qui compare le vol de l’alouette à des coups de ciseaux. Ceux-ci taillent l’obscurité au petit matin, ménagent l’ouverture dans le ciel pour le soleil levant. Le chant de l’alouette montant au ciel annonce l’arrivée des premières lueurs du jour, et ce sujet a donné de beaux tableaux.
Saint Pol Roux , j’ai recopié plusieurs poèmes de cet auteur qui n’était pas né en Bretagne mais qui fut un fier Breton d’adoption.
Voici les poèmes que j’avais illustrés :
Devant du linge étendu par ma mère ici
Menhirs ici
Le rire perdu ici
La Madeleine aux parfums ici
À bientôt pour chaque jour un petit tour des poètes bretons !
Félix Vallotton, Clair de lune, vers 1895, musée d’Orsay, notice

Mon commentaire sera inévitablement lassant
… puisque j’écris toujours à peu près la même chose… Donc, très bel article ! Des reproductions d’oeuvres picturales avec les jolis mots du poète, et surtout la belle mise en forme d’une main de Grillon, comme un trait que l’on trace délicatement sur une toile, de bas en haut avec le pinceau, tout en légèreté.
Merci Grillon. Poursuivez votre bel ouvrage.
Bah oui, lassant, mais vous verriez mon sourire, cela ne peut faire que plaisir
! Je vous souhaite une très bonne semaine, Patricia !
Je tenterai, à l’avenir, de laisser des commentaires moins lassants… Je souris autant que vous, Grillon. Merci de vos souhaits de très bonne semaine. Altrettanto, diraient mes amis italiens.
La poésie, une crise de l’être… c’est pourquoi je l’apprécie surtout en état de solitude. La lire ou me la redire est un plaisir, l’écouter, surtout en public, beaucoup moins.
Oui, poursuivez notre culture, que ce plaisir longtemps nous dure. Cher Grillon, vous êtes mon Lieblingsblog, cela en sera bientôt une drogue…Si ce commentaire vous fait sourire, j’aurai eu tort de m’en abstenir. Pour terminer, je vous dis « tout de bon », comme on l’entend en Helvétie voisine.
Mais vous parlez en rimes, Martine ! Lieblingsblog, oh que ce joli mot me flatte ! Merci beaucoup et belle semaine
!
Comme toi, mangolila, je pense que la lecture de la poésie est intime et solitaire, cependant quand un poète dit ses propres poèmes en public, c’est là une expérience extraordinaire. Il ne lit pas, puisqu’il connaît par coeur ce qu’il a écrit, il y met le ton le plus personnel, originel, c’est très prenant. Demain soir, je vais en écouter un à la maison de la culture près de chez moi, et je me réjouis.