Du côté de chez Grillon du foyer

☼ Soleil, soleil ☼

Le voilà ce vieux numéro de Marie-Claire !
☼ 5 août 1938. Je n’étais pas née mais la couverture me renvoie en enfance ; j’avais ce ballon gonflable aux tranches multicolores (en plus petit), ma grand-mère me l’avait offert, à la suite probable de mon caprice, subite colère de petite-fille gâtée par sa mémé chez le marchand de souvenirs, articles de pêche, de plage, de mercerie, de papèterie, de jardinage …
☼ Soleil, taches de son sur le nez, bob de toile sur la tête, bikini en vichy rose avec des volants sur le derrière, sandales en plastique translucide bruni sous les semelles par les boulettes de coltar. Je ne sais pas comment s’écrit ce dernier mot, on appelait ainsi le goudron échoué sur les plages, issu des chalutiers qui vidangeaient au large, on ne parlait pas encore de pollution, on détachait les vêtements avec du beurre frais !

☼ Ce magazine, quoique jauni, désuet, ensoleille la journée encore bien grise de cet hiver mou, liquide, sans caractère ni couleurs. Dans ce numéro il était question du savoir-vivre en vacances, ne pas exhiber ses coups de soleil et sa peau qui pèle, ne pas faire de grimaces dans l’eau froide, ne pas crier sur le sable, ne pas cracher l’eau hideusement en nageant, ne pas se donner en spectacle sur la plage avec des exercices de musculation, ne pas se transformer en épouvantail avec un drap de bain sur le dos, savoir ne pas ! Classe et dignité, mesdemoiselles !!

Ce qui fit en réalité ma joie dans ce numéro, c’est d’y trouver une nouvelle écrite par une femme de lettres, qui publiait là de petits récits qu’on qualifie aujourd’hui d’alimentaires.
Cette nouvelle s’intitule Nous avons été heureux, l’intrigue est mince, mais le style parfait, limpide, de la très bonne littérature pour malgré tout former le goût de la femme en villégiature et en attente de légèreté.
L’auteur est Irène Némirovsky.

Nous avons été heureux … une épouse trompée fait part à sa grande fille de sa douleur, sa nostalgie du bonheur évanoui, elle veut rompre, et puis le téléphone sonne, elle va à nouveau répondre au mari volage, fermer les yeux, se résigner. Même dans les nouvelles les plus anodines pour revues hebdomadaires, Irène Némirovsky se montre lucide et menacée par la vanité du bonheur fugitif, comme si elle pressentait son propre destin. Elle avait elle-même souffert d’avoir une mère infidèle et cruellement indifférente.

Déjà à l’époque les journalistes faisaient des fautes d’orthographe (dans le nom de l’auteur) …
C’était épatant de trouver dans son magazine favori , en toutes saisons, des récits d’écrivains de grande qualité.

☼ Le soleil se cache continuellement mais fleurit malgré tout en corolles joyeuses, voici un bouquet de jonquilles de mon jardin qui vaut bien une cuillerée de l’Abbé Soury :-D !

hiver,littérature,poésie,philosophie @ 1:28 , février 7, 2013

5 comments

  1. Quel bonheur d’avoir retrouvé ces articles d’auteur(s)…les revues ont bien changé, le reste aussi d’ailleurs, pour ma première visite à la mer j’étais affublée d’une barboteuse en coton et d’un « chapeau de soleil » à volants…

    Je bave devant les jonquilles de votre jardin, chère Grillon…ici, même pas l’ombre d’un crocus, rien que du gris, de la flotte et à l’heure où j’écris tout est blanc de neige…

    comment by Paulette — 07/02/2013 @ 15:50
  2. J’échangerais bien quand même votre neige contre mes jonquilles, Paulette !

    comment by Grillon — 07/02/2013 @ 18:15
  3. Chère Grillon, je me permets aujourd’hui de verser ma petite goutte d’eau dans votre océan de connaissance. Dans ma région, la jonquille est appelée « campenotte » (latin « campana », cloche), et en est devenue l’emblème depuis le 19ème siècle. Ma région est bien loin de la vôtre, je la nomme « l’autre Finistère » ; nous y verrons fleurir les « campenottes » au mieux dans un mois…
    Même si je ne vous apprends rien, je serais ravie que ma modeste goutte d’eau se joigne aux milliers de celles qui font tourner le moulin du savoir que vous alimentez si merveilleusement, et auquel je viens avec grand plaisir boire quelques gorgées chaque jour.

    comment by Martine — 07/02/2013 @ 22:52
  4. Campenotte, vous m’apprenez un bien joli mot, Martine, il est adorable et me fait penser à … l’allemand ! En allemand la jonquille se dit  » Osterglocke  » qui veut dire mot-à-mot « cloche de Pâques ». Je ne sais pas où se trouve votre autre Finistère (comme dit la chanson), j’avais pensé à la région de Dunkerque, mais là-haut, ce n’est pas le latin, mais le flamand qui influence le vocabulaire !
    En français, le mot jonquille est moins poétique, mais imagé tout de même, il vient du mot jonc qui désigne une plante à tige longue, et cette fleur se caractérise aussi par sa tige rectiligne et longue.
    Voilà, c’était la petite minute sémantique du jour , et je vous souhaite une très bonne journée, ensoleillée :-) !

    comment by Grillon — 08/02/2013 @ 10:10
  5. Je partage avec vous les odeurs, le bob, le ballon , les sandalettes , le short.. Et aussi les galettes, boules de goudron (? ) été chercher : alors le coltar, « coaltar » = le goudron de charbon
    http://www.expressio.fr/expressions/etre-dans-le-coaltar-coltar.php

    comment by Marie-Magdeleine — 10/02/2013 @ 01:21

RSS feed for comments on this post. TrackBack URL

leave a comment