Du côté de chez Grillon du foyer

Les rêveries du promeneur solitaire

    Claude Monet, Le chemin abrité, 1873, musée de Philadelphie, notice.

Le beau titre du dernier ouvrage de Jean-jacques Rousseau m’avait attirée. Les rêveries du promeneur solitaire. Du promeneur, et non pas d’un. Il s’agit précisément de Rousseau, il ne s’agit que de lui, de son introspection alors qu’il est au soir de sa vie. Cette auto-analyse se développait déjà dans ses Confessions, Les rêveries en sont seulement une suite, un complément.

Le livre est divisé en dix promenades, la dixième est inachevée et ne comporte que deux pages.
Ce livre court ne m’a pas passionnée, les méditations de l’herboriste me semblent tourner en rond, Les Confessions livrent des souvenirs plus précis et plus intéressants.

Rousseau herborise en se penchant sur le chemin de sa propre vie, scrute ses défauts, ses peurs, sa vanité comme il analyserait des plantes. Les plus belles promenades sont celles durant lesquelles il parle justement de botanique. Il raconte qu’un jour il se promenait près d’un saule, il a cueilli ses petits fruits, en a goûté les grains et les a trouvés d’une délicieuse amertume. Il a ensuite passé une excellente nuit, alors que le sommeil l’avait abandonné depuis longtemps. Mais on lui expliqua que les grains de saule empoisonnent. Il conclut que si on déguste avec plaisir et sans excès un fruit de la nature, il ne peut pas être toxique.
N’est-ce pas à partir du saule qu’on fabrique l’aspirine ?

Rousseau herborise dans les vertes prairies de Ménilmontant, et sur les berges de la Bièvre à Gentilly. C’est tout le charme des vieux textes, ils laissent imaginer des paysages qui ont totalement disparu aujourd’hui.
Rousseau apparaît, avec une grande sincérité, comme un être fragile, esseulé, maladif, souffrant mille morts, romantique avant l’heure. Je ne connaissais pas cet aspect du philosophe.

    Frederick Edwin Church, Paysage d’hiver, 1873, The Heckscher museum of art, Huntington – New York, notice

Je dois faire moi aussi une confession. Mon blogue a failli disparaître ce midi, j’avais décidé de le fermer !
J’ai vécu ce matin le cauchemar d’une promeneuse avec son chien !
Je suis allée dans le bourg faire des courses avec monsieur de Charlus. Pour ma dernière emplette à la quincaillerie, je l’ai accroché comme d’habitude à l’anneau se trouvant dehors au mur de la boutique, un anneau d’autrefois qui devait servir à maintenir son cheval. Au moment où je sors du magasin, je constate avec horreur que mon chien n’est plus là. Plus de laisse non plus. Panique. Le commerçant d’en face arrive vers moi et dit qu’une dame de mon âge a détaché le chien et l’a emmené en laisse vers le haut de la rue. Tandis que les larmes noient mes yeux, je cours dans cette rue, mais n’aperçois aucun chien. Je décide d’aller signaler le vol à la gendarmerie municipale, et de retour chez moi, je préviens le vétérinaire.
Une heure plus tard, alors que tout s’effondre autour de moi et que je trempe mouchoir sur mouchoir, on sonne à ma porte. La quincaillère venait me prévenir qu’elle avait aperçu mon chien tout seul sur la place de la mairie. Je m’élance et tout d’un coup déboule vers moi … mon chien, Charlus, sans laisse, mais avec son collier.
J’étais si heureuse qu’un nouveau flot de larmes vint inonder mes joues. Bizarre histoire !
Une dame en mal de chien, comme une jeune fille en mal d’enfant volant un nouveau-né à la maternité ?
Je m’aperçois que je suis encore bien plus fragile que Rousseau, je n’ai aucune résilience. Je dramatise pour un chien, mais comment donc survivent les mamans à qui on a volé un enfant ?
Enfin bref, je retrouve mes esprits en même temps que mon toutou et l’envie de bloguer !

chiens,littérature,poésie,philosophie @ 5:49 , janvier 24, 2013

4 comments

  1. J’aime beaucoup ces deux tableaux…l’hiver nous offre depuis deux jours des paysages superbes, j’ai vu des saules pleureurs plus pleureurs que jamais, leurs larmes sont de givre, les pins sylvestres semblent ornés d’éclats de verre…superbes et éphémères…
    Je comprends vos larmes, Grillon; mon chat a disparu pendant 11 jours il y a quelques années…heureux sommes-nous d’avoir gardé notre coeur d’enfant!

    comment by Paulette — 24/01/2013 @ 21:48
  2. Le givre, c’est magique ! Il ne gèle pas chez nous, nos géraniums sont encore bien vivaces aux fenêtres, mais que de pluie, que de pluie !
    Mon chat avait aussi disparu pendant trois semaines quand il avait un an, et puis un matin il est revenu !
    Si les bêtes pouvaient parler, que de choses elles nous raconteraient !

    comment by Grillon — 25/01/2013 @ 00:12
  3. Bonjour, chère Grillon,

    Moi ça me fait toujours plaisir quand je vois que les gens sont attachés à leurs animaux!

    Je crois que les mamans à qui on a enlevé leur bébé ne s’en remettent JAMAIS. Mon frère a perdu son chien (il s’est échappé lors d’un feu d’artifice), c’était il y a 25 ans, jusqu’il y a 5 ans, je ne pouvais m’empêcher, quand j’étais en voiture, de scruter le paysage autour de moi dans l’espoir de voir surgir le chien… Maintenant je me suis bien mis dans la tête qu’il ne peut plus être vivant, mais je pense encore souvent à ce chien.

    comment by lulu — 25/01/2013 @ 10:31
  4. Les rêveries du sieur Rousseau ont un côté apaisant, bienvenu après pareille mésaventure.

    comment by mrs pepys — 26/01/2013 @ 12:24

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