Détail de La Laitière, Vermeer, 1660, Rijksmuseum Amsterdam, page du musée
La chaufferette
Vocation, signes sacrés, poésie enfantine, prédestination ? … Je ne trouve rien de tel dans ma mémoire. Au commencement de ma carrière fut une chaufferette … Chaufferette ! Il faudra bientôt, pour me faire comprendre, décrire un accessoire qui n’existe presque plus. Permettez que j’ouvre un dictionnaire :
« Chaufferette : boîte de métal où l’on enfermait des braises allumées mêlées de cendre, et sur laquelle on posait les pieds pour les garder chauds. » Déjà le dictionnaire parle d’elle au passé …

Jan Miense Molenaer, Jeune homme et jeune femme faisant de la musique, vers 1630-32, NG Londres, page du musée
Une chaufferette, donc, règne sur les débuts de ma vie intellectuelle, – disons scolaire. Dans les glaciales et vastes demeures de la campagne, parmi les courants de bise, l’hiver, la chaufferette était un objet de première nécessité. Chez mes parents, il y avait la chaufferette de la cuisinière, celle de la couturière en journées, la chaufferette de ma mère, et, enfin, la mienne, celle que j’emportais à l’école, garnie de braises de peuplier recouvertes de cendres fines … On me donnait la plus belle, parce que c’était la plus solide, un magnifique objet tout en fer forgé, indestructible, qui pesait autant qu’une valise pleine.
Harmen Ter Borch, Dame avec une chaufferette, 1648, dessin, Rijksmuseum Amsterdam, notice
Aux récréations, a-t-on idée de ce que pouvait donner une chaufferette en fer forgé employée comme arme offensive ou défensive ? Je porte le témoignage ineffaçable d’un de ces combats à coups de chaufferette : le cartilage de l’oreille gauche cassé. Chaufferette, bouclier, projectile, calorifère, confort primitif d’un petit pays qui ignora si longtemps toute espèce de confort ! Chaque petite fille avait la sienne, dans la première classe, -six à huit ans- de l’école pauvre et nue. De massives émanations d’oxyde de carbone montaient de tous ces braseros. Des enfants s’endormaient, vaguement asphyxiées …
Colette, La chaufferette, extrait de Journal à rebours, éd. Fayard.

La chaufferette n’a pas totalement disparu, j’en laisse quatre sur ma cuisinière à bois !
Prêtes à l’emploi, chaudes à souhait l’hiver ! Les miennes sont d’un genre particulier, ce sont des briques réfractaires, vernissées, que je glisse dans une housse isolante de ma confection, brodées au point de croix pour ajouter au confort de l’intimité, pour parfaire leur côté tendrement gemütlich. Nous glissons ces briques le soir dans le lit, j’en pose une sous mes pieds pendant les heures de couture, lecture, blogage …
Le savoureux texte de Colette me rappelle ces chaufferettes en cuivre, ajourées comme les bassinoires, qu’on voyait encore chez nos grands-mères, mais qui étaient devenues des objets purement décoratifs.
Ces petits chauffages d’appoint, relevant du domaine des ATP (art et traditions populaires) font aimer l’hiver ♥

Suis plutôt bouillotte mais vive la chaufferette et
Colette
Coucou! Maman avait une chaufferette en bois et elle m’a donné celle en cuivre…Je l’ai devant les yeux et elle a d’autant plus de valeur qu’elle me relie encore un peu plus car ma Maman nous a quittée il y a 2 semaines… Mais elle nous a laissé un dernier cadeau, inestimable: nous réunir enfin, frère et sœurs après plus de 15 ans de silence…Et ton post m’a envahie d’émotion, Merci!
Bonne année à toi et à tous tes visiteurs, qu’elle soit belle et douce!
Bizettes!
J’ai presque cru (un peu étonnée) que tu te battais à la récré à coup de chaufferette. Mais non…
Merci, cher Grillon du FOYER, pour cette jolie page qui réchauffe ma journée !