
Samuel van Hoogstraten, Vue d’intérieur ou Les Pantoufles, musée du Louvre, commentaire du musée
Quand on se trouve sur le seuil d’une porte, l’intérieur est plus en dedans de la pièce que là où on est. Ah bon … vraiment ?
Intérieur vient de l’adjectif comparatif latin interior qui veut dire » plus en dedans que » . L’intérieur se trouve donc en comparaison avec un autre espace. C’est un espace compris entre des limites avec d’autres choses.
Après le comparatif vient le superlatif. Le plus en dedans, le plus intérieur, c’est en latin l’adjectif superlatif intimus qui a donné en français intime.
L’intime est plus intérieur que l’intérieur, c’est la partie la plus profonde.
Pour illustrer ces étymologies que je trouve intéressantes, je propose ce tableau de Samuel van Hoogstraten.
Je l’ai souvent évoqué ici, c’est l’un de mes tableaux préférés du Louvre.
Le site du musée du Louvre a restructuré son intérieur et donne maintenant une image bien meilleure de cette oeuvre ainsi qu’un commentaire très instructif.

Le tableau nous fait entrer dans l’intérieur d’une maison et, par son interprétation qui progresse au coeur de l’oeuvre, nous découvrons – du moins nous supposons – la vie intime de la maîtresse de cette maison.
Cette femme mène apparemment une vie légère, on le dit mais cela ne nous regarde pas !
Ce qui est intime peut se voir mais ne nous concerne pas. On peut lire dans Le Robert que le mot intime à partir du XVIIIème siècle désigne ce qui est étroitement lié à une chose ou à une personne par ce qu’il y a de plus profond.
L’intime crée un lien, établit un ensemble de liens avec des choses ou des êtres.
Ami intime, relation intime, repas intime, journal intime … on a une connexion particulière, approfondie, avec une ou des personnes, des choses, et ce lien dépend de l’autre, de son regard si c’est quelqu’un, en créant un monde dans un autre monde. Et c’est paradoxal, ce lien intime nous projette donc hors de nous-même vers l’autre alors que l’intime réside dans ce qu’on a au fond de soi.
La série » Philosophie » animée par Raphaël Enthoven sur la chaîne ARTE a développé ce thème de l’intime, je ne fais que livrer les quelques bribes que j’en ai retenues, le sujet me semble passionnant. A écouter dans son canapé avec ses pantoufles !
S’il y a très souvent des portes ouvertes dans les scènes d’intérieur en peinture, c’est que l’intime ouvre sur un autre monde !

Ce tableau de Samuel van Hoogstraten fut attribué dans le passé à Vermeer ou à Pieter de Hooch.
Pieter de Hooch a développé le thème de la vie domestique, la vie intérieure.
Vermeer est allé plus loin, a illustré la vie intime de ses personnages, nous faisant pénétrer dans les rêveries de telle servante endormie, dans les secrets de telle dame rédigeant une lettre, dans les pensées de telle laitière, dentellière, toutes agissant dans une sphère plus profonde que le monde alentour.
Vermeer superlatif de Hooch ? !
Après la vie légère suggérée dans le tableau ci-dessus, voici, dans son intérieur, une maîtresse de maison irréprochable dans celui-ci, l’action de peler des pommes étant le symbole de la parfaite épouse :
Pieter De Hooch, Femme pelant des pommes, vers 1663, Wallace Collection Londres, commentaire du musée

Tiens, vous parlez de Vermeer, c’est à lui que j’ai pensé en regardant le dernier tableau de votre article (je regarde les images avant de lire le texte).
Les couleurs, l’ambiance, la lumière… L’âge d’or hollandais, quelle époque!
Bravo pour cette leçon de latin.
A la fin de la semaine je serai dans (à l’intérieur du) le Louvre. J’aurai une pensée ou des pensées pour vous avec les mille descriptions que vous nous en avez données : vous serez mon « intime » et « virtuelle », accompagnatrice dans ces galeries royales.
Il est intéressant de noter qu’intime est le superlatif d’intérieur, pourtant lorsqu’autrefois je dévoilais mon intérieur à mon confesseur c’était plus que de l’intime que je mettais à nu, pudiquement ! Où est le superlatif ? Dans le spirituel biensûr, qui prime sur le charnel ou le physique ! C’est alors un autre tableau qu’il faut regarder, comme l’Enfant prodigue de Rembrandt !
Bonne visite au Louvre, Mi♭ !
Ah oui, il faudrait regarder ce retour de l’enfant prodigue avec le père Baudiquey bien sûr !