La lumière changeante de mars est pour moi cette année la lumière de Matisse. Quel bonheur ! Je suis un cycle de conférences consacrées à ce peintre ce mois-ci, et, je l’avais dit, après un premier cours mal assuré par une conférencière hélas en proie à des problèmes personnels( on lui pardonne de tout coeur ) les cours suivants sont brillamment exposés par une perle de culture, une dame talentueuse qui fait de nos soirées culturelles une joie pure .
Hier soir je suis sortie de la salle
avec des ailes aux talons et des étincelles bleues plein les yeux ! Bleues parce que le bleu est une des couleurs essentielles de Matisse, un bleu lumineux, absorbant tout ce qui l’entoure jusqu’à nous mêmes pour nous envoûter.
Le bleu , cet artiste du Nord de la France est allé le chercher dans le Sud-Ouest et Sud-Est, régions où la lumière sature les couleurs, et il a séjourné plusieurs années à Nice, entre 1918 et 1928, dans l’hà´tel de la Méditerranée . Il vit et travaille dans la chambre de cet hà´tel, petite pièce rococo agrémentée d’une grande porte-fenêtre.
On sait l’importance de la fenêtre dans l’oeuvre de Matisse, il lui a donné différentes fonctions, celle de créer un paysage dans le paysage, celle d’incarner la planéité et de supprimer la troisième dimension pour mener à l’abstraction, ou celle de recréer mentalement une réalité retrouvée … Matisse n’a pas cessé de passer d’un genre à un autre.
Voilà cette porte-fenêtre de l’hà´tel de Nice :

Henri Matisse, Intérieur à Nice, 1921, Art Institute Chicago
Matisse disait qu’à Nice, la lumière est argentée. Elle donne en effet dans son tableau des reflets argentés aux vitres et aux voilages, grise le volet, fume le tapis corail, métallise la mer. Matisse réinvente l’espace, il semble s’être perché au plafond pour donner cette perspective, notre regard est happé par la fenêtre et la dame qui s’y tient, et celle-ci, tournant le dos à la mer, nous regarde à son tour. Les vagues de la mer semblent poser un boa blanc sur ses épaules.
On rêve , on s’évade, on aimerait prendre l’air marin au balcon !
Cette fenêtre, Matisse l’a peinte plusieurs fois, la voici avec ses volets clos :

Henri Matisse, Les persiennes, fin 1919, Fondation Barnes Washington
Cette pièce inondée de lumière donne des envies d’été, de chaleur, de sieste, de flànerie. La rosace de cette fenêtre devait particulièrement séduire Matisse en offrant ses courbes au jeu des transparences, et la persienne entrebàillée laisse s’échapper notre regard sur un autre bleu, le bleu vif de la mer.
C’est merveilleux la peinture, gràce à Matisse, j’ai nettoyé mes carreaux, lavé mes rideaux, et les ai raccrochés à mes fenêtres dans la gaîté et l’entrain aujourd’hui !
Cet article ajoute deux fenêtres à ma catégorie ” fenêtres ” que j’avais créée l’été dernier sur ce blogue, et j’aurai encore l’occasion de la compléter !






La lumière est argentée ….Je viens de comprendre pourquoi je suis si malheureuse à Nice, je croyais que c’etait les voitures…….Nice est triste
Les modèles de Matisse se plient à toutes ses volontés. C’était le grand peintre…
Dans « Les persiennes », il a trouvé le moyen de faire habiller son modèle (probablement une femme de chambre de l’hôtel) d’une tenue marocaine (souvenir d’un voyage au Maroc) avec un pantalon rouge bouffant et une chemise blanche transparente, telle une odalisque.
Comme j’en parle dans un article (Les persiennes du 16/10/07), la scène a un côté théàtral : une française en costume oriental est placée dans un salon rococo devant des persiennes encadrées de lourds rideaux
Superbe toile peinte dans la moiteur niçoise.
N, il faudrait que vous soyez mutée à Bergues ! lol ! Mais sans rire, pour moi, rien ne vaut la lumière des plages du Nord de l’Europe en général, et de l’Atlantique aussi .
Alain, ses modèles se pliaient à tout en effet, quelle souplesse, et quelle ligne !
Je suis du nord entre Le Cateau et Bohain comme Matisse mais moi je ne m’adapte pas ici!
Il semble que si on n’est pas natif du sud, celui-ci produit l’effet inverse du nord, on saute de joie quand on y part, et on saute de joie quand on le quitte !
En tous les cas cette lecture est révélatrice de mon problème ici, je vois tout gris, incolore, rien a voir avec le bleu Klein comme je le pensais avant. Klein a trouvé sa couleur en Inde.
L’IKB est incontestablement un très beau bleu, mais je n’arrive pas à apprécier les oeuvres de Klein, et de loin, je préfère Matisse. Mais chacun ses goûts et ses couleurs !