image_pdfimage_print

Au coeur du village

Un petit espace vert dans le village, une cerisaie précisément, avec une table et des bancs pour pique-niquer, se reposer, déguster au temps des cerises, et un feu tricolore, qui reste debout alors qu’un rond-point aurait pu le supprimer ainsi que le verger … j’attendais donc au feu rouge, au volant de Zoé, quand j’aperçus le cerisier fraîchement élagué.

La main du cantonnier et le hasard de la nature ont créé un coeur.
Bonheur !
Je suis revenue avec l’appareil photo. Je ne sais pas si chaque automobiliste l’a remarqué, je le trouve charmant, il égaye notre ciel si bas, si humide.

J’ai la grippe, vais un peu mieux aujourd’hui, ne pouvais plus tenir livre, et quand je n’ai plus envie de lire, c’est que j’ai un pied dans la tombe !

Les cordons de la bourse

Chaque soir avant de m’endormir je m’offre un quart d’heure de gaîté en regardant la chaîne de télé BFMBusiness !
M’imaginer m’intéressant aux phénomènes de bourse me fait déjà rire.
« Afterbusiness » est le titre de l’émission dont j’adore le présentateur, David Jacquot, au physique de surfeur hawaïen, large sourire ultrabrite, yeux riboulants de crooner américain, et au phrasé précipité auquel je ne comprends rien mais souscris délicieusement.
Avec lui ce n’est pas alerte à Malibu mais à Wall street.
Aïe le sell off, même pas un fat finger, le DOW dévisse, le Vix gonfle, son vase va déborder (lol, ça, c’est moi qui le dis!).
Ca fait le buzz du biz, le krach du CAC va-t-il suivre ?
Mais non, rassurent, en face de l’animateur en effervescence, des économistes graves et impassibles.
C’est une correction obligatoire après la flambée, une régulation normale, on reste néanmoins suspendu au taux américain sur dix ans …

C’est du Zola sur mon petit écran, dans le jargon et l’ombre menaçante d’une nouvelle financial crisis.
Et je m’endors en réfléchissant aux choses que je vais confectionner de mes petits doigts pour une oeuvre humanitaire.

Tuer

Comme la jeune fille qui guette le boeuf écorché d’un oeil curieux et inquiet au coin de la fenêtre dans ce tableau, j’ai eu l’envie et la crainte vague de lire un livre qui a été sélectionné pour le prix Cezam 2018 :

Timothée Demeillers
Jusqu’à la bête
éd. Asphalte, août 2017

La vie d’un homme qui travaille dans un grand abattoir, découpe des bêtes, dans le froid et le sang …

L’abattage, la bidoche, ce n’est pas mon sujet de prédilection !
Mais j’ai pris ce livre à la bibliothèque, le seul qui restait disponible parmi les dix ouvrages du prix Cezam, parce que, en 2016, je fus impressionnée par un excellent reportage radiophonique au sujet des abattoirs.

Le voici :

L’homme interrogé dans l’émission témoigne de son métier, comment il a pu s’adapter au principe de tuer des animaux, comment ce tueur en série parvient à trouver son équilibre, à gagner sa vie en donnant la mort. Ce sujet poignant fut traité de manière pondérée, réfléchie, sans dramatiser à outrance, avec sérieux et humanité.

Alors je pensais que ma lecture du livre viendrait compléter mon écoute de l’émission.
Grande déception.
Le livre m’a semblé affreusement négatif, superficiel et bavard, l’histoire se termine dans un drame auquel on ne croit pas du tout. Je suis navrée de critiquer ainsi, c’est que mon attente était trop grande.

Ce livre m’aura au moins tournée vers ce célèbre tableau de Rembrandt, qui a été maintes fois copié, qui a inspiré de nombreux artistes des siècles ultérieurs, par exemple Delacroix, Bonvin, Daumier, Vollon, Soutine, Bacon …

Pourquoi Rembrandt a-t-il peint cet imposant boeuf équarri, oeuvre d’une originalité surprenante ?
Il serait dommage de ne voir là qu’une étude anecdotique, qu’une simple nature morte, que volonté de modernisme, expressionnisme ou anti-conformisme.
Aux Pays-Bas au XVIIème siècle, l’animal de boucherie écorché s’inscrivait dans la tradition iconographique de la vanité. Ce genre de tableau avait un but moralisateur.
La tradition s’est perdue, la dimension spirituelle n’existe plus dans la représentation qu’ont donnée les artistes des XIX et XXème siècles.

Voici par exemple la carcasse de porc du musée de Haarlem :

      Isaack van Ostade, Le porc abattu, vers 1642, musée Frans Hals Haarlem, notice

Des enfants jouent près de la bête écorchée, ils ont gonflé la vessie du porc avec de l’eau pour en faire un ballon. On retrouve cette vessie gonflée, de porc ou de boeuf, dans d’autres tableaux que je n’ai hélas pas trouvés en photos dans les sites de musées, elle a la même signification que la bulle de savon fréquemment représentée dans des vanités.

Homo bulla.

La vessie de porc au XVIIème siècle était un symbole de la mort.

Certes la vessie est moins jolie que la bulle de savon, mais ces bulles éphémères désignent chacune la fragilité de notre vie ici-bas.

Et je reviens vers Rembrandt … On peut lire le commentaire sur le site de la BnF concernant Le cochon, au dessus de la bête morte, un enfant tient une vessie :

De nos jours l’abattage des animaux de boucherie est devenu si intensif qu’on s’interroge à nouveau sur la question de la mort, on en devient parfois végétarien, on nous trompe parfois sur la viande et on nous fait prendre des vessies pour des lanternes !

C’est lundi c’est nostalgie

L’âme pelotonnée dans le bleu d’autres années, ramassée au fond de rêves flous, perdue en un présent très pressant … j’aimerais prendre un virage dans un couloir trop étroit, faire demi-tour sans marcher à reculons …
c’est difficile d’aller de l’avant quand on ne sait plus où aller. Je parle du blogage qui se trouve chez moi au stade de blocage.
Je n’ai plus envie d’allumer mon ordinateur, et je ne possède ni portable, ni tablette,
est-ce grave docteur ?

La newsletter de ce blogue est en panne depuis longtemps, mes fidèles lecteurs ne seront donc pas surpris que j’arrête l’écriture, ou bien que je prenne une nouvelle direction.

A l’automne 2005, quand j’ai fait mes tout premiers pas de blogueuse, je suivais deux modèles, deux mères au foyer qui m’inspiraient beaucoup et me donnèrent de l’élan. Leurs pseudos étaient mplr et damouredo.
Elles évoquaient leur vie de femme au foyer, et venaient de créer un forum de discussion pour leurs consoeurs, dont je faisais partie, ce site interactif sur le net s’intitula le forum des FaF.
(FaF = Femme au foyer)

Le forum existe toujours, repris par d’autres femmes très actives, ce site compte maintenant un nombre si grand de membres et de sujets de discussion que je n’y participe plus.
Et que sont devenues mplr et damouredo ?
J’aimais leurs pages d’anecdotes quotidiennes, on se retrouvait toujours plus ou moins dans leurs aventures.

Nous étions des pionnières en matière de blogage, le blogue du tout et du rien, de l’infime et de l’intime, un au jour le jour qui faisait du bien. Mais rapidement, blogueurs et blogueuses ont cherché à se mettre dans des cases, à s’attirer l’audience, et on a casé les cases dans une échelle de valeur, et chacun s’est enfermé lui-même dans un quadrillage, un système contraignant la femme au foyer à ne parler que chiffons, l’âme cultivée à ne parler que culture, le militant à ne parler que politique, etc …

Et si je redevenais vraiment le petit poisson d’antan qui mélange de petits riens dans un grand tout, blabla, sottises, images et jolis mots ?
Coucou mplr et damouredo, comment allez-vous 😉 ?

PS : La première image de cet article est une illustration de l’artiste néerlandaise Rie Cramer, que j’aime beaucoup. Sa biographie est ici.

Nuages gris, nuages graves

      Nuages gris

      Nuages gris, nuages graves,
      Vous emportez à l’horizon
      Les lourdes et lentes épaves
      Du naufrage de la saison.

      […]

      Comme un spectre dans l’air circule
      O nuages graves et gris,
      Vous déployez au crépuscule
      Vos ailes de chauve-souris.

      […]

      Jeanne Nabert-Neis, Poèmes de Sijenna

Il pleut, il pleut jusqu’à mon livre, a-t-elle aussi écrit …

Voulant sortir de la cage de fer d’une pluie incessante qui emprisonne la tête, j’ai couru, ruisselante, à la librairie.
Et là, la poésie m’a ouvert des soleils infinis. J’aurais bien acheté tout un rayon. J’ai choisi quelques étincelles ;
Parmi elles, Jeanne Nabert-Neis, Poèmes de Sijenna, éd. Galleg, 2016.

La romancière et poétesse est née en 1883 en Bretagne, à Pont-Croix dans le Finistère, elle y mourut en 1969.
Je découvre sa poésie ample, forte, vivante et intime à la fois, imprégnée des embruns, des couleurs et des arômes de son horizon natal.
Elle a séjourné en Angleterre, en Allemagne, a introduit des poèmes avec des vers de Shakespeare, Schiller, Goethe, Heine …

Sa poésie a été rééditée par la maison Galleg à Pont-Croix, un livre magnifique.

Et le soleil revient. Tout doucement.

css.php