Les vestiges du jour

Le prix Nobel de littérature fait parfois de l’effet sur les modestes lectrices dont je fais partie.
Kazuo Ishiguro, je ne le connaissais que de nom, je savais seulement que son livre avait inspiré un film de James Ivory, magnifique comme tous les Ivory que j’ai vus et revus avec passion.
Cependant ma curiosité n’était pas allée au delà de l’oeuvre cinématographique, des amis m’avaient dit que le livre était moins bon que le film, je les avais crus sans me faire ma propre opinion.

Prix Nobel oblige, je me suis jetée sur le roman d’Ishiguro et j’ai été merveilleusement surprise.
Le livre m’a semblé plus subtil, plus profond que le film. Je l’ai lu avec un crayon et un intérêt grandissant au fil des pages, j’ai fini par biffer, souligner, annoter mon bouquin autant qu’un volume de La Recherche, ce n’est pas peu dire !

C’est une analyse très poussée de la psychologie d’un majordome qui a consacré sa vie, sa personne, son âme, à son métier.
Lors d’un voyage d’agrément, il se livre à une scrupuleuse introspection.
Sa plus haute aspiration, devenir un grand majordome, lui vient de son admiration pour son père qui fut lui-même grand majordome. Son perfectionnisme extrême le poussera à ce paradoxe déconcertant de faire passer la mort de ce père vénéré après l’exercice de sa profession. Cet épisode du livre ne manque pas de sel et d’humour glacé !
Ce majordome amidonné, désincarné par l’absolue perfection de sa mission n’a qu’un mot en tête : la dignité.
Il découvrira chez les personnes qu’il rencontre pendant sa villégiature d’autres conceptions de la dignité, des valeurs qu’il ne partage pas mais qui le font réfléchir.

Après ma lecture j’ai eu envie d’entendre à nouveau ce passionnant philosophe, Eric Fiat, qui rédigea le « Petit traité de la dignité », un ouvrage publié chez Larousse que j’avais beaucoup aimé et commenté ici.
Eric Fiat a autant d’humour et de jovialité que le majordome a de sérieux et de froideur.
On apprend avec lui que la dignité du majordome est toute posturale.

Après ma lecture aussi, pendant mes longues heures de couture, de tricot, de préparatifs de Noël, j’ai revu tous les épisodes de Downton Abbey !
Je me suis bien demandé si le scénariste de cette série grandiose n’avait pas lu The remains of the Days de Kazuo Ishiguro .

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