Les pages d’enfance

Dans le club de lecture nous avons commencé l’année avec le thème de l’enfance.
L’enfance dans les livres.
Retrouver son enfance à travers celle retracée par les écrivains.
La liste de livres est longue, la voici, incomplète bien sûr, dans un désordre tout enfantin :

      Alham, de Marc Trévidic

      Bakhita de Véronique Olmi

      L’enfant qui mesurait le monde, de Metin Arditi

      Equatoria , de Corto Maltese

      La promesse de l’aube , de Romain Gary

      Sa majesté les mouches, de William Golding

      Les aventures de Tom Sawyer, de Mark Twain

      Le sommeil délivré, de André Chédid

      Les mots , de Jean-Paul Sartre

      L’enfant, de Jules Vallès

      Enfance , de Nathalie Sarraute

      Enfance, de Gorki

      L’inutile beauté, de Guy de Maupassant

      La promesse de l’aube, de Romain Gary

      Le grand Meaulnes, de Alain Fournier

      Du côté de chez Swann, de Marcel Proust

      L’enfant et les sortilèges, de Colette

      Les vrilles de la vigne, de Colette

      Cosette, de Victor Hugo

      Haute Enfance, de Colette Nys-Mazure

      Trésors d’enfance, de Marie Rouanet

      Les malheurs de Sophie, de la comtesse de Ségur

      François le Champi, de George Sand

      Mémoires d’outre-tombe, de Chateaubriand

      Les rédactions de Fritz Kocher, de Robert Walser

      Oliver Twist , de Charles Dickens

      Jacquou le croquant , d’Eugène Le Roy

      Poil de carotte, de Jules Renard

      Vipère au poing, de Hervé Bazin

      Les huit montagnes, de Paolo Cognetti

Le mot enfant vient du latin infans signifiant « qui ne parle pas ». Mais le sujet de l’enfant est très parlant.

Les écrivains se racontent enfant de manière très différente. Tandis que Chateaubriand mettait en avant ses qualités de petit garçon courageux dans son donjon lugubre à Combourg, Rousseau avait osé dévoiler les aspects inavouables de sa jeune nature. Sartre pratiquait l’autodérision, Colette déclinait les sobriquets attribués à l’enfant, gosse, mioche, lardon, bambin, mouflet …
Robert Walser a trouvé les rédactions d’un petit garçon, on aimerait bien retrouver les nôtres, qui nous feraient sourire et nous montreraient sans doute de nous-même un caractère insoupçonné.

Une nouvelle de Maupassant m’a particulièrement étonnée : L’inutile beauté.
Une femme très belle et encore jeune a eu sept enfants en onze ans. Son mari s’assurait de la rendre toujours enceinte afin de la garder tout entière à lui. Mais elle se rebelle !

Tous ces motifs enfantins sont conservés au musée de l’impression sur étoffe de Mulhouse.

Enfance

    Lucio Massari (1569-1633), La Vierge à la lessive, vers 1620, musée des Offices Florence, notice.

Mois de janvier, mois du blanc !
Renouvelons les piles de nos armoires !

Ce tableau me plaît beaucoup, je l’ai découvert dans un gros livre, une belle et riche encyclopédie illustrée, celle de Jésus, publiée par Albin Michel en octobre 2017 et dirigée par Joseph Doré (est-il un descendant de Gustave qui a illustré la Bible ?)

Ce livre est original par la diversité de ses auteurs, des écrivains, des universitaires, des philosophes, des hommes d’Eglise, des croyants d’autres religions et des non-croyants … ils tentent de percer le mystère de Jésus.

Dans le tableau ci-dessus Jésus est un enfant. Il apparaît rarement à cet âge, il passe le plus souvent de l’âge du bébé à l’âge adulte. Ses années d’apprentissage de sa vie terrestre n’ont pas d’importance, l’essentiel est son action future. Il doit même apparaître inconnu parmi ses prochains, personne ne sait d’où vient le messie, l’évangéliste Jean son cousin ne le connaît pas avant sa manifestation.
Néanmoins il est touchant de le voir enfant, de le regarder par exemple là, essorant le linge que Saint Joseph fait sécher sur une branche.

Les apprentissages de Colette

      Gisèle Freund, Colette au lit Paris, photographie, 1939, Centre Pompidou Paris, notice.

Ma bibliothèque de Colette s’est enrichie en novembre dernier d’un nouveau livre autour de la dame à la belle plume (entre autres son célèbre Duofold Parker Mandarin), il s’agit cette fois d’un roman graphique, un très beau livre que voici :

Annie Goetzinger conte et illustre d’un trait calme et sensuel la vie très mouvementée de Colette. (éd. Dargaud, mars 2017)

Ses dessins élégants, gracieux, d’un réalisme classique, tranchent à première vue avec la vie libre, folle, assez provocante, de l’écrivain, mais correspond bien au style littéraire de Colette, coloré, léger et pétillant, envoûtant.
Pour utiliser une expression chère à Colette, je dirai qu’Annie Goetzinger troussait de manière impeccable une scène ou un portrait avec un crayon plein de verve et d’esprit.

Hélas, comme je lisais et contemplais ce livre un peu avant Noël, j’appris avec une grande tristesse la mort d’Annie Goetzinger. Je vais sans doute me procurer quelques uns de ses autres romans si joliment graphiques.

Sonnet de la dinde aux marrons

      Eastman Johnson, Nourrir la dinde, pastel, vers 1872-1880, Met New York, notice et commentaire.

    Pour faire une dinde aux marrons,
    Prenez de préférence une oie.
    La dinde est une pauvre proie
    Même pour les estomacs prompts.

    Autant vaut – nous le déclarons –
    Mordre dans du cheval … de Troie.
    Quoi ! Votre mâchoire la broie ?
    Allons donc, tas de fanfarons !

    Et, tenez … encore autre chose,
    Puisque de cette dinde on cause,
    Laquelle est donc une oie – Eh bien

    Sachez donc, bougres de Tartuffes,
    Que cela ne gâterait rien
    Si les marrons étaient des truffes.

    Raoul Ponchon.

      Constant Troyon, Pâturage à la gardeuse d’oies, 1854, musée d’Orsay, notice.

C’est toujours la tradition chez Grillon, l’oie de Noël aux marrons.
Elle est si tendre, fondante, goûteuse, la pauvre oie élevée en plein air qui n’est sans doute plus gardée par une jeune fille en plein pâturage.
Le secret de sa tendreté est une cuisson au four en atmosphère humide. Je place son plat à rôtir dans la lèche-frites remplie d’eau. Elle rôtit parfaitement tout en cuisant au bain marie, sa peau dorée croustille, sa chair fond sous le couteau.
Je ne la truffe pas à prix d’or mais lui prépare une bonne farce avec son foie poêlé aux échalotes puis flambé à l’Armagnac, avec un peu de veau, jambonneau, lardons fumés, pommes, crème fraîche, oeuf, pain rassis, épices, le tout finement haché.

Il semblerait que j’ai déjà la nostalgie de l’heureux temps de Noël !

L’huître est un hasard, un éclair qui passe avec les mois en R

    Henry de Waroquier, Huîtres, coques et verre de vin blanc, 1921, musée des années Trente Boulogne-Billancourt, notice.

      Les Huîtres

      Fêtons ces « truffes de la mer »,
      Qu’en son siècle exaltait Horace,
      Par d’immortels vers pleins de grâce. –
      L’huître, à Rome, est un mets si cher,
      Qu’au dire de Pline et Macrobe,
      Aux seuls pontifes on en sert …
      – Notre bouche aussi les gobe,
      Ces huîtres qu’un moderne en us,
      Nommait « Oreilles de Vénus »,
      Pour leurs qualités excitantes … –
      On sait qu’un des Apicius
      Eut, par ses notions savantes,
      L’art d’en envoyer de vivantes
      À Trajan, vainqueur belliqueux
      Des Parthes … – Aux huîtres, chef queux,
      Me dit-on, offre-nous des fraîches.
      C’est là le secret de leurs pêches :
      L’huître est un hasard, un éclair
      Qui passe avec les mois en R.

      Alexandre Dumas

C’était leur fête en effet à la fin de l’année, quelle queue aux huîtres, affluence chez l’ostréiculteur !

On remarquera dans les deux tableaux ci-dessus la présence du poivre moulu, de la salière ou du poivrier.
C’est ma façon préférée de les déguster, avec du poivre.
Vieille tradition que suivait le mangeuse d’huîtres de Jan Steen. Le poivre moulu était recueilli dans un petit cornet de papier journal. À côté du poivre, on voit du sel, car, selon le rivage, l’huître n’est pas toujours bien salée.

      Jan Steen, La mangeuse d’huîtres, vers 1658-1660, Mauritshuis La Haye, notice et zoom.

L’huître, comme le fait entendre le poème de Dumas, avait un caractère érotique.

La jeune femme regarde le spectateur de son petit air coquin, elle n’a pas l’intention de finir son repas toute seule.

Elle épice son huître avec précision et passion.

On pense à la fable de La Fontaine, Le rat et l’huître
Attention, ne pas se laisser piéger par ce précieux fruit de la mer, car tel est pris qui croyait prendre !

  • Petite précision concernant les mois en R :
    Le 16 août 1766, un règlement de pêche fut édité :
    Consommer les coquillages durant les mois en R, pas de vente de mai à août.
    Le 25 septembre 1771, une ordonnance de police interdit à Paris le commerce, entre le 3à avril et le 1er septembre, des huîtres vivantes enfermées dans leur coquille, des huîtres huîtrées ou huîtres de la chasse (huîtres sans coquille).
    source : Conversations gourmandes avec Madame de Pompadour, Michèle Villemur, éd. Cherche Midi

    • Pieter Claesz, Nature morte au jambon, 1640-1649, Petit Palais Paris, notice et zoom.

    Les vestiges du jour

    Le prix Nobel de littérature fait parfois de l’effet sur les modestes lectrices dont je fais partie.
    Kazuo Ishiguro, je ne le connaissais que de nom, je savais seulement que son livre avait inspiré un film de James Ivory, magnifique comme tous les Ivory que j’ai vus et revus avec passion.
    Cependant ma curiosité n’était pas allée au delà de l’oeuvre cinématographique, des amis m’avaient dit que le livre était moins bon que le film, je les avais crus sans me faire ma propre opinion.

    Prix Nobel oblige, je me suis jetée sur le roman d’Ishiguro et j’ai été merveilleusement surprise.
    Le livre m’a semblé plus subtil, plus profond que le film. Je l’ai lu avec un crayon et un intérêt grandissant au fil des pages, j’ai fini par biffer, souligner, annoter mon bouquin autant qu’un volume de La Recherche, ce n’est pas peu dire !

    C’est une analyse très poussée de la psychologie d’un majordome qui a consacré sa vie, sa personne, son âme, à son métier.
    Lors d’un voyage d’agrément, il se livre à une scrupuleuse introspection.
    Sa plus haute aspiration, devenir un grand majordome, lui vient de son admiration pour son père qui fut lui-même grand majordome. Son perfectionnisme extrême le poussera à ce paradoxe déconcertant de faire passer la mort de ce père vénéré après l’exercice de sa profession. Cet épisode du livre ne manque pas de sel et d’humour glacé !
    Ce majordome amidonné, désincarné par l’absolue perfection de sa mission n’a qu’un mot en tête : la dignité.
    Il découvrira chez les personnes qu’il rencontre pendant sa villégiature d’autres conceptions de la dignité, des valeurs qu’il ne partage pas mais qui le font réfléchir.

    Après ma lecture j’ai eu envie d’entendre à nouveau ce passionnant philosophe, Eric Fiat, qui rédigea le « Petit traité de la dignité », un ouvrage publié chez Larousse que j’avais beaucoup aimé et commenté ici.
    Eric Fiat a autant d’humour et de jovialité que le majordome a de sérieux et de froideur.
    On apprend avec lui que la dignité du majordome est toute posturale.

    Après ma lecture aussi, pendant mes longues heures de couture, de tricot, de préparatifs de Noël, j’ai revu tous les épisodes de Downton Abbey !
    Je me suis bien demandé si le scénariste de cette série grandiose n’avait pas lu The remains of the Days de Kazuo Ishiguro .

    Bonne année !

    C’est avec un livre adorable que je souhaite à tous les amis passant du côté de chez Grillon du Foyer une bonne année 2018 !

        Le chat, l’ankou et le maori

        conte de Michel Rio

        dessins de Marie Belorgey

        éditions Sabine Wespieser, novembre 2017.

    Un petit livre délicieux à s’offrir pour bien commencer l’année !

    Le grand chat aux quatorze rayures quitte sa crêperie natale dans l’Est du Finistère pour chasser l’ennui ronronnant de sa vie de matou bien nourri, et s’en va tout seul de son plein gré découvrir la mer, devenant haret, chat retourné à la vie sauvage.
    Vaillant, malicieux, ombrageux, courageux comme Ulysse, il frôle la mort (l’ankou), rencontre des korrigans facétieux, se fait un ami (un géant maori), enfin revient au pays et retrouve la douceur bretonne pour l’émotion la plus profonde et la plus grande joie de ses maîtres, ses chers crêpier et crêpière.

    Les dessins pleins de vie, de poésie, ajoutent beaucoup de charme à cette histoire amusante.

        Edouard Manet, chat de dos marchant, dessin, D.A.G. Louvre, notice

    Ce conte (il faut lire de jolis contes, ça fait du bien !) fait penser au poème de Joachim du Bellay :

        Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
        Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
        Et puis est retourné, plein d’usage et raison,
        Vivre entre ses parents le reste de son âge !

        Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
        Fumer la cheminée, et en quelle saison
        Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
        Qui m’est une province, et beaucoup davantage ?

        Plus me plaît le séjour qu’ont bâti mes aïeux,
        Que des palais Romains le front audacieux,
        Plus que le marbre dur me plaît l’ardoise fine :

        Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
        Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
        Et plus que l’air marin la doulceur angevine.

    Bonne année, bonne santé, et le paradis à la fin de votre vie, comme on dit en Bretagne !

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