Une activité respectable

Partout où je suis, quand l’ennui me saisit, je lis, cherche à lire des mots, comme un poisson jeté dans le panier du pêcheur au bord de l’eau cherche à happer l’air pour survivre.
C’est un oxygène, un élixir, les mots pour tuer le temps, rendre celui-ci respirable. Je pense que nous sommes tous ainsi dans ces moments creux, à la recherche de vocables, même illisibles.
Surtout illisibles, ils prennent plus de temps !

N’importe quel mot, tout est bon à lire quand on n’a rien d’autre à faire et qu’on a oublié d’emporter son livre.
Le menu du jour écrit sur l’ardoise ou la mention « inox 10-18 » gravée sur la fourchette, lus jusqu’à plus faim en attendant l’assiette au restaurant …
La liste des ingrédients sur le pot de confiture en attendant le refroidissement du café …
Les noms de chiens commençant par la lettre de l’année chez le vétérinaire ;
Les affiches, particulièrement celles déchirées qui permettent de deviner la suite ;
Les mots translucides en filigrane sur le beau papier à lettre en attendant de trouver nos propres mots à l’encre bleue ;

Curieusement, ce qu’il faudrait avoir lu attentivement quelque part pour se diriger correctement, eh non, on ne l’a pas lu, et on s’égare ! Il manquait alors l’ennui, ingrédient indispensable de la lecture passive du réjouissant n’importe quoi.
Les mots les plus lus passivement furent sans doute ceux-ci :

À propos de la lecture, et de l’écriture, j’ai lu l’été dernier un petit livre très attachant sur lequel il n’est pas du tout dangereux de se pencher :

      Julia Kerninon, Une activité respectable, éd. La Brune au Rouergue, 2017.

Autobiographie de cette jeune femme, semble-t-il.
Quand elle avait cinq ans, sa mère lui avait offert une machine à écrire électrique, pesant un poids faramineux. Ses parents vivaient au milieu des livres. Tout concourait à son destin d’écrivain.
Je reprends l’une de ses formules : composer de la musique avec des phrases.
Elle est musicienne, a le sens du rythme, des phrases longues, courtes, imagées.
Je n’ai pas su aimer son roman intitulé Buvard. Bizarre, je n’ai pas accroché ; mais ce livre-là m’est un vrai plaisir.

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