Camus et la pluie

      Gaston-Ernest Marché (1864-1932), Alger vu d’Hussein-Dey, château-musée Nemours, notice.

Dans son Imprécis de la pluie, Yvette Rodalec cite Camus :

    Voici du moins l’âpre leçon des étés d’Algérie. Mais déjà, la saison tremble et l’été bascule. Premières pluies de septembre, après tant de violences et de raidissements, elles sont comme les premières larmes de la terre délivrée, comme si pendant quelques jours ce pays se mêlait de tendresse. À la même époque pourtant, les caroubiers mettent une odeur d’amour sur toute l’Algérie. Le soir où après la pluie, la terre entière, son ventre mouillé d’une semence au parfum d’amande amère, repose pour s’être donnée tout l’été au soleil. Et voici qu’à nouveau cette odeur consacre les noces de l’homme et de la terre, et fait lever en nous le seul amour vraiment viril en ce monde : périssable et généreux.

    Albert Camus, extrait de L’été à Alger, Noces.

En lisant ce très beau passage de la pluie revenue sur la terre chaude d’Algérie, j’ai pensé à la pluie de New York que Camus a décrite dans ses carnets après son séjour aux Etats Unis en 1946.
Les carnets furent publiés en 1965 par Gallimard.
La différence entre les deux textes est frappante, les sensations de l’écrivain sous la pluie sont opposées.
En Algérie l’averse délivre la terre, exalte ses parfums, la féconde. À New York elle emprisonne, fait perdre espoir, fait tout vaciller dans la grisaille. Les seules couleurs persistantes sont le rouge ou le vert des feux de signalisation.

La pluie de New York est une pluie d’exil. Abondante, visqueuse et compacte, elle coule inlassablement entre les hauts cubes de ciment, sur les avenues soudain assombries comme des fonds de puits. Réfugié dans un taxi, arrêté aux feux rouges, relancé aux feux verts, on se sent tout à coup pris au piège, derrière les essuie-glaces monotones et rapides, qui balaient une eau sans cesse renaissante. On s’assure qu’on pourrait ainsi rouler pendant des heures, sans jamais se délivrer de ces prisons carrées, de ces citernes où l’on patauge, sans l’espoir d’une colline ou d’un arbre vrai. Dans la brume grise, les gratte-ciel devenus blanchâtres se dressent comme les gigantesques sépulcres d’une ville de morts, et semblent vaciller un peu sur leurs bases. Ce sont alors les heures de l’abandon.

L’eaurigine

Imprécis de la Pluie de Yvette Rodalec, éd. dialogues, décembre 2016.

« Marines »

Mais pleut-il vraiment en Bretagne ?
La légende le dit, mais quoi
Le crachin c’est une rosée
Qui vient de là-haut, qui s’enroule
Autour de nos fronts fatigués
Cela nous fait du bien à l’âme
C’est à peine si la route s’en trouve humectée
Le crachin ne va pas jusqu’à terre
Il est volatil, émulsion, neige d’été
Son bruit est doux, c’est de la ouate
Dieu se fait Breton à ce bruit
Mobile et frais.

Georges Perros, extrait de « Marines », recueil Poèmes bleus.

      Henri Gabriel Ibels (1867-1936), Bretonne au parapluie, musée des beaux arts Brest, notice.

Long, vertical, épais, en camaïeu de gris comme une averse soudaine, lumineux, riche et dru, abondamment illustré, coloré comme une pluie d’été, aux textes graves ou légers, infiniment variés comme sont les gouttes d’eau tombées du ciel, ce livre s’adresse à tous les amoureux des parapluies, des bottes et de la flotte.

Dès le premier coup d’oeil en librairie je l’ai acheté avec précipitation !
C’est une anthologie de la pluie, un recueil de poèmes, de chansons, d’extraits de romans, de contes, d’autobiographies qui disent la pluie.
Les sensations, les sentiments, les souvenirs, les rêves qui barbotent dans la tête de l’écrivain, du créateur, du poète quand il pleut, il trempe, il mouille, il fait un temps de grenouille.

Un très bel ouvrage qui tombe bien, à lire dans la clarté imprécise d’une fenêtre battue par la tempête ou caressée de crachin.

      Photo de René Giton, sur le tournage de « Remorques » de Jean Grémillon, 1939, notice.

La sagesse du maître de thé

Des nouvelles de la confiture de Marguerite ( c’était hier):
Vraiment bonne !
Cette amertume de l’agrume me rappelle la marmelade écossaise.
Pas de doute, il faut prendre de véritables oranges amères pour cette confiture très parfumée.
J’ai suivi la recette de Marguerite Duras, mais à la fin, je n’ai pas gardé toute la pulpe, seulement un peu de zestes, je l’ai passée et pressée pour bien extraire la partie liquide, qui, grâce aux pépins, a bien pris en gelée.

Pour accompagner cette marmelade il faut une tasse de thé, of course !
Cette recette me fait naturellement passer d’un livre à un autre, et me donne l’occasion de présenter un livre adorable, oui, vraiment chérissable, l’un de ces livres qu’on garde précieusement comme une oeuvre d’art.

      La sagesse du maître de thé, Héloïse Combes et Georges Lemoine, éd. Gallimard, novembre 2015.

Je l’ai découvert il y a un an et n’avais pas encore trouvé le bon moment pour en parler.
Un petit livre délicat comme ses illustrations à la plume et à l’encre de Chine.
Une trentaine de pages en beau papier aquarelle à grain moyen, couleur ivoire et jeune biche.
Je dis jeune biche, c’est peut-être jeune taupe, enfin c’est vison clair, reposant et beau.

C’est l’histoire d’un vieux maître de thé, un sage, un ermite mystérieux qui vit dans les montagnes reculées.
Les auteurs de ce livre sont français, Héloïse Combes a été inspirée par une bouilloire en fonte japonaise, magnifiquement décorée, trouvée dans une brocante.
Cet ustensile a des pouvoirs magiques car il a fait naître une prose poétique tout à fait envoûtante. Et les dessins de Georges Lemoine font rêver.

Alors on songe à se procurer une théière en fonte, préparer le thé avec précaution, et relire en le buvant ce livre qui promet un pur moment de calme et de volupté.

La cuisine de Marguerite

Les hasards du marché, des confitures et de la littérature …
J’ai acheté cette semaine des oranges amères, du sucre pour la confiture, de la queue de boeuf, des légumes pour le pot-au-feu, et puis un petit livre de Marguerite Duras.
J’ouvre le livre et trouve avec surprise une recette de confiture aux oranges amères.
Alors je suis la recette de Marguerite !
La bassine est sur le feu en ce moment, je dirai plus tard si la marmelade est bonne, mais pour moi, elle restera associée sur mes tartines à l’écrivain.
Cette idée me plaît bien, mi-durassienne, mi-proustienne.

      Frantisek Kupka, Le chou, 1906, Centre Pompidou, notice.

Nous avons mangé la queue de boeuf ce midi, avec une sauce gribiche, par ce temps froid, je peux dire que c’est fameux !
Mais ce que je n’ai pas précisé, c’est que Marguerite Duras indique une recette de pot-au-feu à la queue de boeuf, et sur la photo du cahier écrit de sa main, on voit que cette recette précède celle de la confiture aux oranges amères sur la même page.
J’avais pourtant acheté mes victuailles avant le livre !

Ce hasard est facilité par le fait que les oranges amères et le pot-au-feu se cuisinent à la même époque, en hiver, en janvier, quand il fait froid et qu’on fait entrer dans la maison la couleur ensoleillée du fruit et la promesse de chaleur de la viande à longue cuisson.

Le livre que voici est donc le recueil de recettes personnelles de Marguerite Duras, qui a été réédité le mois dernier chez Benoit Jacob.
Avec des photos de sa cuisine à Neauphle-le-Château.
Cette pièce est comme elle, je me doute, simple, sans chichi ni recherche esthétique, mais abondamment garnie d’objets hétéroclites et désuets, sentimentaux probablement, inventifs, surprenants, attachants.
Une vraie pièce à vivre et cuisiner, à papoter, déguster, créer …
Marguerite donne ses recettes en les commentant à sa façon, intime, touchante, spontanée.
A travers ses plats, on a l’impression d’apprendre à la connaître, on découvre une femme généreuse, simple, avec ses petites manies et sa fragilité.
Elle dit :

      Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que j'aime beaucoup ça ... c'est l'endroit le plus antinomique de celui de l'écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité ... on est un auteur ...
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    James Ensor, Le chou, 1880, musées royaux des beaux arts de Belgique, notice

Une bête bien affable

Sir Edwin Henry Landseer, On n’est jamais mieux que chez soi, vers 1842, V&A Londres, notice et commentaire.

      On connaissait tellement bien tout le monde, à Combray, bêtes et gens, que si ma tante avait vu par hasard passer un chien « qu’elle ne connaissait point », elle ne cessait d’y penser et de consacrer à ce fait incompréhensible ses talents d’induction et ses heures de liberté.

      – Ce sera le chien de Mme Sazerat, disait Françoise, sans grande conviction, mais dans un but d’apaisement et pour que ma tante ne se « fende pas la tête ».

      – Comme si je ne connaissais pas le chien de Mme Sazerat ! répondait ma tante dont l’esprit critique n’admettait pas si facilement un fait.

      – Ah ! ce sera le nouveau chien que M. Galopin a rapporté de Lisieux.

      – Ah ! à moins de ça.

      – Il paraît que c’est une bête bien affable, ajoutait Françoise qui tenait le renseignement de Théodore, spirituelle comme une personne, toujours de bonne humeur, toujours aimable, toujours quelque chose de gracieux. C’est rare qu’une bête qui n’a que cet âge-là soit déjà si galante. Madame Octave, il va falloir que je vous quitte, je n’ai pas le temps de m’amuser, voilà bientôt dix heures, mon fourneau n’est seulement pas éclairé, et j’ai encore à plumer mes asperges.

      – Comment, Françoise, encore des asperges ! mais c’est une vraie maladie d’asperges que vous avez cette année, vous allez en fatiguer nos Parisiens !

      – Mais non, madame Octave, ils aiment bien ça. Ils rentreront de l’église avec de l’appétit et vous verrez qu’ils ne les mangeront pas avec le dos de la cuiller.

      – Mais à l’église, ils doivent y être déjà ; vous ferez bien de ne pas perdre de temps. Allez surveiller votre déjeuner.

    Marcel Proust, extrait de Du côté de chez Swann, Combray

Tableau au milieu du texte :
Sir Edwin Henry Landseer, Dignité et audace, 1839, Tate Gallery, notice et commentaire.

La tendre et désuète conversation entre la tante Léonie (veuve de son mari Octave donc appelée madame Octave) et Françoise sa cuisinière à Combray nous rappelle qu’il n’y a pas si longtemps encore, les chiens flânaient librement dans les villages. Certains étaient bien connus, appelés par leur nom, considérés comme des êtres à part entière, respectés, c’étaient des figures dans le village, ils faisaient partie du décor, participaient de l’âme du lieu, de son atmosphère.
Ces bonnes bêtes, couchées nonchalamment au milieu de la chaussée, ne se bougeaient qu’au troisième coup de klaxon, ne craignaient pas de se faire écraser. C’était à l’automobiliste d’attendre que l’animal, seul ou avec un compère, se lève pour élire un coin de trottoir. Ils avaient le tort de fouiller les poubelles qui n’avaient pas la hauteur des bennes actuelles, chapardaient, jappaient, animaient la rue.
C’était une autre vie, moins trépidante, encore moins sécuritaire et hygiénique.

Sir Edwin Henry Landseer, Miettes douteuses, 1858-1859, Wallace Collection Londres, notice.

La vague d’argent bleu

      Le Neckar

      Dans tes vallons mon coeur s’éveilla
      À la vie, tes ondes ont joué autour de moi,
      Et de toutes tes douces collines qui, toi,
      Voyageur, te connaissent, aucune ne m’est inconnue.

      Sur leurs cimes souvent le souffle du ciel
      Desserra mes souffrances d’esclave ; et du fond de ce val,
      Comme la vie de la coupe de joie,
      Brillait la vague d’argent bleu.

      Les sources des montagnes vers toi dévalaient,
      Et mon coeur avec elles, et tu nous emportais
      Vers le Rhin majestueux et paisible, vers ses
      Villes en bas et ses îles enjouées.

      Le monde encore me semble beau, et mon regard s’enfuit,
      Désireux des charmes de la terre,
      Vers le Pactole d’or, vers les rives de Smyrne,
      Vers la forêt d’Ilion. Et je voudrais aussi

      Souvent accoster au Sounion, questionner le sentier silencieux
      Sur tes colonnes, Olympéion !
      Avant que la rafale et l’âge
      Ne t’ensevelissent dans les ruines d’Athènes,

      Dans les décombres aussi des statues de leurs dieux ;
      Car depuis longtemps solitaire tu te dresses,
      Ô fierté d’un monde qui n’est plus.
      Et vous, ô belles îles d’Ionie ! où le brise marine

      Rafraîchit les rives brûlantes et murmure
      Dans les bois de lauriers, quand le soleil chauffe la vigne,
      Ah ! où l’automne doré, pour un peuple indigent,
      Muent les plaintes en chants,

      Quand son grenadier mûrit, quand dans la nuit verte
      Scintille l’orange, et le lentisque sue
      Sa résine, tambourin et cymbale
      Sonnent pour la danse labyrinthique.

      Vers vous, îles ! me portera peut-être un jour, vers vous,
      Mon Dieu tutélaire ; pourtant même là-bas
      Ma pensée fidèle n’oubliera mon Neckar,
      Ses prairies adorables et les saules de ses rives.

      Friedrich Hölderlin, poèmes fluviaux, traduction Nicolas Waquet, éd. Laurence Teper

La maison ci-dessus en jaune, sur la rive du Neckar à Tübingen, est celle du poète, Hölderlin.

J’en avais parlé l’été dernier dans cet article.

J’ai visité la très jolie ville de Tübingen il y a un mois.
Comme on le constate sur les photos, il faisait très beau.
J’avais le projet, après le déjeuner, de visiter la tour du poète.
Ma famille n’aurait pas été étonnée ni vexée que je préférasse une visite solitaire du musée au shopping en leur compagnie.
Eh non, oh surprise, j’ai choisi de flâner dans les rues de la ville avec mes filles et petits-enfants !

J’espère revenir un jour et découvrir enfin la maison du poète.
J’ai photographié son cher Neckar, qui, sous le sillage des canards, m’a fait pensé, plutôt qu’à la Grèce antique, à l’artiste autrichien Hundertwasser !

Hölderlin a composé une série de poèmes au sujet de fleuves, le Rhin, le Danube, le Main, l’Ister, la Garonne …

Le fleuve se prête bien à la poésie. Ne dit-on pas qu’elle est fluide, que son chant coule, qu’elle forme des méandres … ?
Hölderlin était obsédé par la Grèce classique et sa culture. Le Neckar, composé probablement en 1800, est un envol, une rêverie vers le beau pays coloré de la Grèce où il n’est jamais allé.

Sacrebleu

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Le troisième lundi de janvier serait officiellement le jour le plus déprimant de l’année, le blue monday. Un lundi plein d’idées bleues, ou noires …

parce que c’est lundi, parce que c’est janvier, gris, froid, parce que les fêtes enfuies nous laissent ratissés, fatigués, grippés, déprimés.

Sacrebleu, comme s’il fallait nous rappeler de ne pas oublier de broyer du noir ce jour-là !

Heureusement, le Mauritshuis de La Haye propose une version réconfortante et florale du lundi bleu !

bleu comme les iris, les centaurées, les jacinthes, les delphiniums, les nigelles de Damas, les ipomées, les volubilis, les myosotis, les ancolies …

Un autre musée nous plonge dans le bleu ce mois-ci : Sacrebleu au musée des beaux arts d’Arras, avec une belle exposition qui décline le bleu dans les arts du moyen-âge à nos jours.
Présentation ici.

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      Marius Chambon, Attente sur la plage de Berck, 1909, musée d’Opale Sud Berck sur Mer, notice et commentaire.

L’attente en tablier bleu se fait à l’heure bleue, nom de l’heure suspendue entre chien et loup, entre le jour et la nuit, quand le bleu du ciel se fait plus sombre, ce n’est plus le bleu céleste et pas encore le bleu nuit. Un bleu confus, mélancolique, qui traduit l’anxiété. Le bleu vague, le bleu à l’âme.
Angoisse de l’attente, les marins reviendront-ils sains et saufs ?
Magnifique tableau.

A la maison au crépuscule, ou au dilucule, la modeste barrière est bleue, d’un bleu plus serein.

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      Henri Duhem, Maison avec barrière bleue, 1906, musée de la Chartreuse Douai, notice.

L’école forestière

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      La rue de l’école

tout en haut de la colline, au coeur de la forêt.

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      Voilà l’école !

Pas de portail
Pas de passage piéton …

mon petit-fils de trois ans court présenter son école maternelle à sa cousine.

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      Waldkindergarten

c’est à dire  » Ecole maternelle forestière ».

Cette école s’appelle « La grotte des voleurs » !

Aucune clôture.
C’est une école forestière, pas buissonnière.

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      Le bâtiment administratif

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      La cour de récréation

avec les bancs, qui sont des troncs d’arbre.

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      La cantine

Tous les repas sont pris dehors, même sous la pluie ou la neige.
Chaque élève apporte son repas chaud et sa boisson en thermos.

Les horaires : 7H30 – 13H30

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      Salle d’étude

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      Les toilettes

Le grand arbre s’appelle le Pipibaum, c’est l’arbre contre lequel s’appuient les garçons pour faire pipi. Les filles ont un coin abrité de branchages sur la droite, et la chaise percée sert à la grosse commission.

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      Salle de sport

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      Petite salle de repos ou de documentation, je ne sais plus …

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      Le tronc commun des travaux pratiques

Les élèves peuvent travailler avec leurs outils sur cette souche comme ils en ont envie, ils ne doivent pas s’attaquer à des arbres vivants.

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      Le terrain d’entraînement

Les élèves jouent sur cette butte avec d’autres outils, ils creusent, binent, rabotent, ratissent, ils ne doivent pas creuser ailleurs afin de ne pas rendre le sol dangereux sous les pas.

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      Projet pédagogique : Le chemin calendrier de l’Avent

Chaque jour de décembre, les élèves ont fabriqué et décoré une case avec des éléments naturels, car tout le matériel employé provient de la nature environnante.
Chaque case est une étape vers la crèche, vers Noël.
Cette école n’est pas catholique ou privée, mais communale.

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      La crèche

L’étoile étant céleste et exceptionnelle, elle peut être en papier doré !

Les enfants sont bien couverts par temps froid et protégés de la pluie par une combinaison imperméable.
Mais à la sortie de l’école ils sont tous de la même couleur, boueux comme des sangliers !

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      La mascotte de l’école

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      Le bureau de la directrice

Si un enfant est patraque, il peut s’abriter dans la « Hütte », la cabane de la maîtresse, mais sinon, les élèves restent dehors pendant tout le temps scolaire, et par tous les climats.
Le nombre d’inscrits est au maximum vingt, enfants âgés de trois à six ans.
Cette année la majorité des élèves a trois ou quatre ans.

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Cette école sans aucune barrière, ni porte, ni eau courante, ni électricité, est étonnante, n’est-ce pas ? Inimaginable en France !

Les rues et les tableaux racontent Noël

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Comme je l’annonçais ici, j’ai eu le bonheur d’être à Strasbourg en période de Noël.
La ville s’est mise sur son 31, on devrait dire sur son 25 !

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Noël resplendit dans toutes les petites rues richement décorées, la foule aussi est abondante, animée.
Chaque magasin rivalise de beauté et d’imagination avec les devantures voisines pour le bonheur des yeux. Strasbourg est une fête, la fête de Noël !

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Je n’avais jamais vu dans une autre ville un décor aussi ample, raffiné, spectaculaire, emballant tout le centre ville de sa magie, et transformant le badaud en enfant émerveillé.

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De nuit, la promenade citadine se fait conte de fées (mais les photos sont moins probantes, et de toutes façons j’avais oublié de prendre mon appareil pour la visite du soir !).
La cathédrale était très joliment illuminée, avec grâce et délicatesse comme sous la lueur de l’étoile d’Orient, la rosace apparaissait dans toute sa finesse et sa beauté.

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Nous avons visité le musée des beaux arts abrité dans le palais des Rohan.
Des fenêtres du musée, on pouvait regarder la cathédrale.
Après la foule nombreuse dans les rues scintillantes, le calme serein sous un éclairage bien dosé.
Dans toute ville après le lèche-vitrine, on peut rechercher le calme dans un salon de thé ou bien le silence des images dans le musée.

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Dès la première salle avec les primitifs italiens, je fus étonnée de voir affiché sur les cartels de certains tableaux religieux un petit sapin de Noël !
Agréable surprise, ces sapins indiquaient le thème à suivre en décembre dans le musée : Noël, avec les sujets de Nativité, Madone à l’Enfant, Adoration des mages ou des bergers.
A côté de ces tableaux, un passage de la Bible, un évangile était recopié, joignant bien le texte religieux à l’image qui en fut engendrée.

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      Zanobi Strozzi, Le cortège des Rois Mages, vers 1445, musée des beaux arts Strasbourg

Ce tableau m’a beaucoup plu, je ne connaissais pas ce peintre, Zanobi Strozzi, les couleurs sont somptueuses, montagne bleue, vêtements rouge vif et lapis-lazuli, dorures, et l’ensemble assez graphique des personnages m’a fait penser à Paolo Ucello.

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      Atelier de Gérard David, La Vierge à la soupe au lait, entre 1510 et 1520, mba Strasbourg, notice

Cette Vierge qui donne la bouillie à l’Enfant Jésus est vraiment adorable. C’est une scène de la vie quotidienne, mais il faut y voir un message, l’acte de nourrir est le symbole de l’amour de Dieu, et celui de l’Eucharistie.
L’Enfant lève tendrement les yeux vers sa mère.

J’ai trouvé sur facebook la présentation de ce parcours proposé par le musée de Strasbourg pour Noël :

Bien d’autres oeuvres m’ont enchantée dans ce musée, tout particulièrement des natures mortes hollandaises, j’y reviendrai plus tard.

En sortant du musée, nous avons retrouvé tout ce qui fait Noël dans sa version profane.

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Le rêve est passé.
Désir de revenir.
Bloguer consolide le souvenir !

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Un cygne d’autrefois se souvient

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      Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
      Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre
      Ce lac dur oublié que hante sous le givre
      Le transparent glacier des vols qui n'ont pas fui !

      Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui
      Magnifique mais qui sans espoir se délivre
      Pour n'avoir pas chanté la région où vivre
      Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.

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      Tout son col secouera cette blanche agonie
      Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie,
      Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris.

      Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne,
      Il s'immobilise au songe froid de mépris
      Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne.

      Stéphane Mallarmé

Ce n’est pas un lac d’eau douce et glacée sur la photo, c’est un bras de mer que je contemplais dans la grisaille de décembre, un peu avant Noël. Le vent avait soufflé les dernières feuilles des arbres sur l’eau sombre, la constellant de points roux égayant un peu le cygne songeur.
Mes photos m’ont paru si banales que je voulais les supprimer, mais Noël est arrivé …

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Mon cher mari m’a offert un livre somptueux dont j’ose à peine parler tant il est précieux, extraordinaire, presque inaccessible.
Il mesure quarante centimètres de hauteur et pèse quatre kilos !

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imgp8651 Il s’agit d’un fac-similé et de la transcription en clair des premières épreuves corrigées de Un amour de Swann de Marcel Proust, livre publié en 1913.

En ouvrant cet immense ouvrage, que nos genoux seuls ne suffisent pas à soutenir, nous découvrons les belles gardes colorées, décorées d’un motif de tissu qui m’a aussitôt fait penser à la robe de madame Moitessier, que j’avais admirée à l’exposition du musée d’Orsay le 20 décembre.

Ce livre me replonge dans la belle exposition, par un effet de temps muséal retrouvé à travers l’image et le texte.

Motif du Second Empire bien inspiré, car Swann a vécu son amour avec Odette sous le règne de Napoléon III. On suppose que le narrateur de À la recherche du temps perdu est né en 1871 comme Proust, et Un amour de Swann rappelle le moment où Charles rencontre Odette, donc avant la naissance du narrateur. Mais dans la Recherche la chronologie est toujours floue.

Chaque page du livre est double, repliée, d’un coté se trouve le placard d’origine avec ses ratures, ses corrections, ses paperoles écrites de la main de Proust, et en face se trouve transcrit de façon lisible tout ce texte surajouté, annoté, biffé…

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Du temps, il va m’en falloir beaucoup pour tout relire d’un Amour de Swann.
Pour l’instant j’ai lu l’introduction de ce bel ouvrage, préface écrite par Charles Méla.
À elle seule elle vaut la peine d’ouvrir ce livre, car elle est merveilleusement élogieuse, poétique et instructive.
Elle rappelle que le nom de Charles Swann veut dire cygne bien sûr, la métaphore est ample et profonde.

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Amoureux, Swann se hâte souvent de quitter le dîner des Verdurin pour retrouver Odette dans l’île des Cygnes, sur le grand lac du Bois de Boulogne. Cette île des cygnes est l’un des signes de leur amour.

Le cygne est évoqué chaque fois qu’un être mortel, homme ou femme, a rêvé d’une union féérique.
Le narrateur aime par dessus tout Wagner, Lohengrin, Tannhaüser, et Lohengrin est tiré des vieilles légendes germaniques du Chevalier au Cygne.
Lohengrin, apparaissant dans une nacelle tirée sur le lac par un cygne, doit, à la fin de l’opéra, se séparer de son amour, Elsa.

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Le cygne symbolise l’illusion de l’amour, l’amour malheureux.
Dans la Recherche il n’y a pas d’amour heureux, et le cygne revient plusieurs fois, sous forme de nom, de poème, d’image érotique.
Le narrateur avait offert un yacht à son amie Albertine, et celle-ci voulait l’appeler Le cygne. Elle n’aura pas l’occasion de naviguer sur lui, elle meurt accidentellement.
Le narrateur lui avait écrit qu’il allait faire graver sur le bateau les vers du poème de Mallarmé qu’elle aimait tant : un cygne d’autrefois se souvient
Dans Albertine disparue, toute la strophe est reportée.

Ce sonnet de Mallarmé entre en résonance avec tout le roman de Proust.
Souvenirs, regrets d’une vie, travaux inachevés, rêves inaboutis, envols interrompus, tel le cygne pris dans le lac gelé de son ennui.

Ce cher Swann, que j’ai pu voir à l’expo du musée d’Orsay dans le grand tableau de James Tissot
(revoir ici), n’a pas fini d’occuper mes pensées avec ce livre majestueux.

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