La pintadine

IMGP6529

Mystère ! Les huîtres creuses et les huîtres plates ne produisent pas de perles. L’huître perlière n’est pas une huître, elle appartient à une autre famille de bivalves, les pintadines.

Le mot pintade vient du verbe latin pinctare qui veut dire peindre, précisément du participe passé féminin, donc il veut dire peinte.
La volaille s’appelle ainsi à cause de son plumage moucheté, comme peint, et le coquillage marin a pris le nom de pintadine car ses tons mouchetés rappellent ceux de la pintade.

Dans ma petite collection de coquillages, qui transforme ces espèces animales en objets de curiosité et de beauté, se trouve une pintadine complète, avec ses deux valves. Mais la perle n’est plus là !
Les pintadines ne produisent pas toutes naturellement des perles, seulement certaines.

IMGP6528

      Vers sept heures, nous arpentions enfin le banc de pintadines, sur lequel les huîtres perlières se reproduisaient par millions. Ces mollusques précieux adhéraient aux rocs et y étaient fortement attachés par ce byssus de couleur brune qui ne leur permet pas de se déplacer. En quoi ces huîtres sont inférieures aux moules elles-mêmes, auxquelles la nature n’a pas refusé toute faculté de locomotion.
      La pintadine meleagrina, la mère perle, dont les valves sont à peu près égales, se présente sous la forme de coquille arrondie, aux épaisses parois, très rugueuses à l’extérieur. Quelques unes de ces coquilles étaient feuilletées et sillonnées de bandes verdâtres qui rayonnaient de leur sommet. Elles appartenaient aux jeunes huîtres. Les autres, à la surface rude et noire, vieilles de dix ans et plus, mesuraient jusqu’à quinze centimètres de largeur.

      Jules Verne, extrait Vingt mille lieues sous les mers, deuxième partie, chapitre III.

IMGP6530

Jules Verne raconte comment les pêcheurs de perles récoltaient les huîtres par milliers en plongeant en apnée, au risque de leur vie. Ils mouraient dévorés par des requins, ou par manque d’oxygène, faisant des crises cardiaques ou devenant fou.
Ce roman est passionnant pour l’incroyable quantité de vocabulaire, de sensations et d’images, que le capitaine Némo et son Nautilus font découvrir au lecteur.

Dans la réalité, la récolte des perles sauvages était en effet dangereuse, et intensive, les bancs de pintadines se sont tant raréfiés que l’on mit au point la perliculture. La technique de l’élevage des perles apparut au Japon en 1904 et a été exportée dans d’autres pays. Elle est devenue la principale ressource de la Polynésie.

IMGP6532

Je résume brièvement l’enseignement de Jules Verne :
Les pintadines sorties de l’eau étaient étendues sur des nattes de sparterie à l’air libre et mouraient, ensuite on les ouvrait, les lavait, on filtrait la chair (le manteau) pour récupérer les perles détachées …
Le prix des perles variait selon leur grosseur et leur forme,
selon leur eau, c’est à dire leur couleur,
selon leur orient, c’est à dire leur éclat chatoyant et diapré.

Les plaques de nacre étaient vendues pour être travaillées, ciselées, transformées en bibelots et objets d’art.

Le capitaine Némo nous réserve une grande surprise, la plus grosse perle du monde … à suivre ici bientôt !

pecheperlebnf

    Ecole de Hokusai, détail des « Pêcheuses de perles », XIXème siècle, lavis de couleur, BnF Paris, oeuvre entière et notice.
css.php