Ecrire dans la nuit au musée

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C’est une expérience exaltante qui nous fut donnée à vivre hier soir au musée !

Il fallait, pour la nuit européenne des musées, attirer, occuper, captiver et mettre à l’aise quelque mille cinq cents ou deux mille visiteurs, qui n’entrent pas tous de manière naturelle et spontanée dans ce lieu dédié à l’art. L’audace devait jaillir des deux côtés, le visiteur oserait franchir la porte et le personnel du musée oserait lui proposer une visite originale et marquante.

Le pari fut peut-être gagné, j’étais moi-même conquise par l’animation muséale et la joie du public !

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Comme je l’annonçais ici, il y eut ce samedi 21 mai au musée des beaux arts de Quimper un atelier d’écriture.

Les consignes, il y en a toujours dans l’exercice d’écriture en groupe, étaient celles-ci :
– écrire en slam, donc en vers de huit à seize pieds environ, rimant forcément.
– dresser son autoportrait à partir de ce titre : « Moi, ma ville, et la Bretagne »
– s’inspirer d’un tableau du musée à choisir parmi quatre sélectionnés par l’animateur.

Voici ci-dessous les quatre tableaux :

villeglembaq Jacques Villeglé,
Rue Chaptal,
18 août 2006, affiches collées et lacérées,
mba Quimper,
page du musée.

Bien sûr, si la contrainte semblait trop forte, il était possible de ne pas suivre exactement ces trois consignes, mais il fallait autant que possible respecter le rythme du slam.

Au choix étaient proposées deux oeuvres récentes, et deux oeuvres anciennes.
Décision difficile, il faut prendre celle qui conduira le mieux vers l’autoportrait !

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    Robert Nüssle, Ils ont rasé mon cimetière, 1989, technique mixte et collage sur carton,
    mba Quimper, page du musée

L’artiste est allemand mais le paysage est bien d’inspiration bretonne, il s’agit de la destruction du cimetière de Kerlouan, entourant l’église du village, pour l’emplacement d’un parking.

Une vingtaine (peut-être plus !) de personnes ont écrit, surtout des jeunes, et, dans l’ivresse de la nuit au musée, nous fûmes enchantés par ces créations.

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Jules Noël, L’arrivée de la diligence à Quimper-Corentin, 1873, mba Quimper, page du musée.

Nous disposions d’une heure environ pour écrire. Certains avaient la plume rapide, la mienne était fort lente. Au moment de la lecture, nous nous placions devant un micro, sous les projecteurs et l’enregistrement de l’ordinateur … intimidant !

Je parle également lentement, ce qui ne colle pas avec l’art du slam, qui veut qu’on déclame sur un tempo soutenu. Les jeunes le faisaient très bien, quant à moi, on m’a demandé plus tard si j’étais hollandaise, car je ne parle pas à la vitesse d’une Française !

Bref, comme on m’a demandé aussi mon texte, j’ose mettre mes vers en ligne, n’oublions pas, ce n’est qu’un jeu, et mon tableau choisi parmi les quatre est :

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    Paul Huet, La Laïta à marée haute, vers 1865-1868, mba Quimper, page du musée.

      Une nuit dans notre musée
      Pour nous tous organisée
      Déclenchera l’écriture
      Autour de la peinture.
      Moi, ma ville et la Bretagne ?
      Moi, mon bourg et la campagne !
      L’autoportrait est le jeu,
      Des mots, des rimes, et ce je,
      Qui est moi dans le miroir
      Et qui tire de ma mémoire
      Le vocabulaire en bouts rimés,
      Me dépeint en instantané.

      Je ne sens pas à mon aise
      Pour élire dans les cimaises
      Le tableau qui un peu me ressemble
      L’oeuvre qui à mon âme tremble.
      La Laïta à marée haute,
      Chaptal, la diligence ou le cimetière,
      Je crois que je choisis sans faute,
      Le paysage à la rivière,
      Car j’habite au bord d’une anse,
      Où la mer est l’intermittence.
      Ma rivière est une vasière
      Luisante, sereine, silencieuse,
      Comme une longue prière,
      Retirée aux heures calmes et creuses.

      J’y retrouve mon caractère,
      Fuyant, sauvage et solitaire,
      Préférant le bleu, le froid, le vert,
      Les pastels discrets de l’estuaire.
      Quand la mer monte et inonde
      Le sable gris de mes tourments,
      Le fleuve m’emporte et féconde
      Tous mes émerveillements.
      Ce petit paysage de Paul Huet
      Par ses douces nuances reflète
      Mon état d’âme le plus fréquent,
      Indolent, flottant, inconséquent.

      Mon anse s’appelle Penfoulic,
      Par marée basse ou haute si poétique,
      Aux mêmes effets atmosphériques
      De la ria changeante d’Armorique.
      Je me sens tantôt mélancolique,
      Comme cette toile romantique,
      Tantôt timide, tantôt comique,
      Et surtout pataphysique !

      Voilà, c’était chouette
      D’écrire dans le musée
      Autour de Paul Huet
      Je me suis bien amusée !

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