rhododendrons et sardines

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Voici quelques photos de mon jardin, que j’ai hélas prises dans l’éteignement pluvieux de ces jours derniers.
Mais les fleurs sous la pluie semblent produire leur propre luminosité.

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Cette fleur de rhododendron, dont les corolles de soie mauve présentent des bordures joyeusement guillochées, me fait proustifier …

Dans le texte, au début du Temps retrouvé, que je recopie ci-dessous, le narrateur lit le journal des Goncourt, et il transcrit directement un passage (comme moi pour bloguer !), donc Proust pastiche lui-même les Goncourt qui racontent un dîner chez les Verdurin.
Il y a là un mélange de la fiction et de la réalité, qui peut perturber tout lecteur !

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    À la fin du jour, dans un éteignement sommeilleux de toutes les couleurs où la lumière ne serait plus donnée que par une mer presque caillée ayant le bleuâtre du petit lait – mais non, rien de la mer que vous connaissez, proteste ma voisine frénétiquement, en réponse à mon dire que Flaubert nous avait menés, mon frère et moi, à Trouville, rien, absolument rien, il faudra venir avec moi, sans cela vous ne saurez jamais – ils rentraient, à travers les vraies forêts en fleurs de tulle rose que faisaient les rhododendrons, tout à fait grisés par l’odeur des sardineries qui donnaient au mari d’abominables crises d’asthme – oui, insista-t-elle, c’est cela, de vraies crises d’asthme. »

    Marcel Proust, Le Temps retrouvé I, Tansonville

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J’avais déjà évoqué ces pages pastichées à la Goncourt à propos de la délicieuse barbue qui fut servie lors de ce repas chez Verdurin, revoir ici.

C’est après la description du repas qu’arrive celle de la côte normande toute fleurie, où M. et Mme Verdurin séjournaient au printemps et en été.
Proust fait rarement allusion à Flaubert, sans doute parce qu’il s’inspire tant de cet écrivain qu’il ne souhaite pas révéler ses sources …
On trouve ainsi mentionnés ensemble de façon baroque les Verdurin, Flaubert, et les frères Goncourt.

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La chute prosaïque de ce passage me fait rire.
Aux tutus roses en tulle délicat que forment les fleurs de rhododendrons se mêle l’odeur allergène du petit poisson grillé dans les sardineries locales.
Il est vrai que, si madame Verdurin était une esthète, son mari était au contraire très terre-à-terre et … allergique.

Les sardineries se sont bien raréfiées de nos jours, les massifs d’azalées et de rhododendrons ne s’imprègnent plus du parfum des conserveries !

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L’odeur des sardines apparaît comme un vestige du projet de Proust de situer Balbec à Beg-Meil comme il l’avait fait pour Jean Santeuil. En effet, les sardineries étaient très très nombreuses dans le Sud Finistère, et on peut douter de l’odeur allergisante de celles-ci en Normandie.

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