Dans l’épaisseur du poème

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Félix Vallotton, Femme lisant dans un intérieur, 1910, musée Léon Dierx Saint Denis de la Réunion, notice.

Je disais à une amie que je préférais lire de la poésie plutôt que des romans. Elle me demanda alors ce que je préférais dans la poésie, et je lui répondis « son intense concision ».

La poésie dit en quelques mots bien choisis ce qu’un roman écrirait en vingt pages. Quelques vers poétiques suffisent à créer une image, un monde, un état d’âme, et pour le même résultat, le roman délaie les mots, s’étire et développe …
Le roman a besoin d’un grand espace pour approfondir son sujet, le lecteur s’immerge dans un océan de mots, et quand la plongée est fructueuse, l’oeuvre me ravit aussi ; parfois la longueur des phrases prend elle-même un accent poétique et là, on touche au merveilleux.
Hélas, de plus en plus nombreux sont les romans qui, de nos jours, bavardent en sonnant creux.
En revanche, la poésie composée aujourd’hui me semble riche, dense et féconde.

Pour comprendre une idée et trouver les mots qui la fondent, il faut parfois se tourner vers les langues étrangères.
Miracle, je viens de prendre conscience que le mot « poésie » en allemand vient précisément renforcer la qualité première que j’apprécie dans la poésie !

La poésie se dit Dichtung en allemand.
Poème est Gedicht
Poète est Dichter.
Même si on ne connaît pas l’allemand, on remarque la racine commune à tous ces mots : dicht.
Or « dicht » est un adjectif qui veut dire épais, dense, touffu, compact, serré …

31SPQO6XP-L._SX302_BO1,204,203,200_ Un nouveau recueil de poésie de Gilles Baudry est un concentré de joie, la promesse tenue d’une lecture pleine d’images, de sentiments, touffue de couleurs, de sens profond.

Sous l’aile du Jour, éd. Rougerie, mars 2016.

Tandis que le coupe-papier fend la chair crémeuse des pages (particularité des éditions Rougerie, les pages ne sont pas coupées), les poèmes nous font descendre au coeur des mots à la fois simples, gracieux et beaux comme des fleurs des champs. Sous l’aile du jour, on prend silencieusement la mesure de la nuit opaque ou diamantine, on ressent la plénitude des heures creuses, on s’approche des nuances délicates du gris, du sépia, de l’indicible, des lisières tremblées … On entre vraiment en poésie et le coeur bat à tire-d’aile.

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