Des parenthèses de dentelle

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En revoyant dernièrement mes photos prises dans la Walker Art Gallery de Liverpool, je pensais à ce peintre des dentelles (ainsi le surnommai-je) qui m’avait étonnée par sa délicatesse.

Dans une grande salle aux murs tendus d’un somptueux damas bleu cendré se trouvait rassemblée l’aristocratie britannique, dont l’ensemble des portraits pouvait sembler ennuyeux mais bien exposé dans son décor grand siècle.
Ces nobles ladies tout amidonnées de leur réserve innée ne passionnent plus, la plupart de ces femmes a le relief et la raideur de planches à repasser, mais l’une d’entre elles, un peu plus naturelle dans sa lecture, m’avait vraiment émerveillée.

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Il s’agit du portrait de Emily, comtesse de Kildare, peint par Allan Ramsay en 1765.

Allan Ramsay (1713-1784) était un peintre écossais, portraitiste de la cour et principal rival de Sir Joshua Reynolds.

Après notre visite de Liverpool, nous allions poursuivre, mon mari et moi, notre voyage vers Edimbourg, où j’eus le plaisir de retrouver des portraits d’Allan Ramsay. Et toujours des dentelles.

J’avais aimé le fond bleu Nattier, et la douceur veloutée de cette peinture qui prenait l’aspect d’un pastel. La lumière tamisée s’accordait bien à l’heure silencieuse de la lecture, au toucher soyeux de la dentelle. Point d’effets de manches dans cette scène, seulement l’intime et discret plaisir des pages dont la tranche délicatement moirée charme les yeux.
Est-ce une reliure à décor à la dentelle ?

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Je fus bien inspirée de photographier le tableau d’Emily, car le site web assez limité de la Walker Art Gallery ne le montre pas.
Ces livres dans leur écrin de dentelle m’avaient enchantée, la lecture ne pouvait qu’être engageante !
Roland Barthes a appelé le détail d’une photographie qui attire particulièrement l’oeil le punctum. Ce détail est le point qui happe le regard. J’avais personnellement photographié mon punctum du tableau.

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    Allan Ramsay, Portrait de Jean Abercromby, 1767, musée de York, notice

A l’époque d’Allan Ramsay, la machine qui fabriquait la dentelle mécanique n’avait pas encore été inventée en Angleterre (revoir sur cette page), et ce textile savamment travaillé était un luxe.
La virtuosité du peintre force l’admiration. La dentelle, qu’elle soit blanche, noire, écrue, prend vie et souplesse sous son pinceau, elle paraît jaillir en flots aussi libres et naturels que la dame qui les porte peut sembler parfois guindée.

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Toutes les étoffes sont remarquables, satinées, moirées, frappées, aiguilletées, plissées, gaufrées, froncées, filetées, mercerisées, brochées, granitées, pékinées … le talent du peintre n’a pas de limite dans ces matières !

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    Allan Ramsay, Elizabeth Lambart, vers 1751, NGV Melbourne, notice.

Dans la National Gallery d’Edimbourg, la photographie n’était hélas pas autorisée. Je n’ai pas pu glisser dans mon appareil des échantillons de dentelle de Ramsay. Même si l’on sait que la photo sera tremblée, que l’on achètera de toutes façons des reproductions et des catalogues, ce qu’on photographie dans un musée est la joie du moment, l’heure exquise de la découverte, le détail qui rend l’oeuvre simplement unique à nos yeux. Et bien plus tard, quand la mémoire s’effiloche en dentelle, il reste du musée le souvenir de quelques tableaux vraiment attachants.

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    Allan Ramsay, Portrait de Mme Mary Martin, musée de Birmingham, notice.
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