La maladroite

    dunloplesliebrighton

    George Dunlop Leslie, Alice au pays des merveilles, vers 1879, Royal Pavilion Brighton, notice

Dois-je en parler ? J’hésite.
Ce livre n’est, à mon avis, pas à mettre entre toutes les mains. Âmes sensibles, s’abstenir !
Le bibliothécaire l’a présenté comme son grand coup de coeur, alors je l’ai lu, malgré le sujet : l’enfant maltraité.

Je l’ai pris un soir, dans mon lit, l’ai lu jusqu’au bout, jusque tard dans la nuit, jusqu’aux larmes plein les yeux.

Le bibliothécaire a dit que l’écriture est simple, sobre, c’est une écriture blanche.
Qu’entend-il par écriture blanche ?
J’ai compris, ce récit est dit d’une voix blanche, étouffée par l’angoisse. Sous des mots cliniques qui ressemblent à ceux d’un rapport de gendarmerie se tendent comme un arc une dramatisation croissante, un combat perdu d’avance, une résignation fatale, qui vous tirent une flèche en plein coeur.

    cassattlacma

    Mary Cassatt, Mère lavant son enfant ensommeillé, 1880, LACMA Los Angeles, notice

La quatrième de couverture du livre dit qu’il est écrit dans une langue dégagée de tout effet de style.
Et pourtant le lecteur découvre un vrai style, très prenant, original, qui fait parler les personnages chacun sous l’énoncé en majuscules de leur nom ou rôle, comme dans le dialogue d’une pièce de théâtre.
Si cette histoire devait être adaptée au cinéma, je verrai bien Clint Eastwood aux commandes.

Ce livre est si fort, si dur, à la fois si nécessaire, qu’on le referme bouleversé, meurtri … je ne pouvais plus trouver le sommeil. Il m’aurait fallu prendre ensuite un livre de poésie.

Voilà, j’en ai dit quelques mots, qui sont bien faibles face à ce premier roman magistral d’Alexandre Seurat, La maladroite, éd. la brune au rouergue, mai 2015.
Il fait partie du prix CEZAM 2016.

Un écrivain prometteur.

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