Meilleurs voeux !

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      Rembrandt, et peut-être un élève, La Sainte Famille, 1640, Louvre, notice

La galette est déjà mangée, les fêtes passées, le tourbillon s’assagit, l’année commence et voici le temps des souhaits, bonheur, santé, paix, sérénité, lumière …
Je souhaite à tous les amis qui passent du côté de chez Grillon une bonne année 2016, et je remercie chacun pour les mots gentils et autres sourires postés de diverses façons qui m’ont chaque fois tendrement touchée.

Je choisis une Sainte Famille de Rembrandt, parce que c’est Rembrandt, et parce que c’est le Louvre.

Rembrandt mêle toujours de façon subtile le sacré et le profane, et sous l’apparente simplicité de cette modeste maison de menuisier se déroule une magnifique scène religieuse.
C’est la lumière qui transforme le sujet.
La pénombre noie tous les détails anecdotiques, les objets de la vie quotidienne (le lit défait, les oignons suspendus, le chat, les outils, ustensiles, le berceau …), pour ne pas troubler la compréhension du tableau.

Le soleil coule ses rayons de la fenêtre sur la chemise de Saint Joseph, le décolleté de Marie, et sur l’Enfant Jésus.
La lumière laisse une flaque vive sur le parquet puis se dilue dans celle rougeoyante de l’âtre, où la braise couve doucement.
L’Enfant semble émettre sa propre lumière ou renvoyer le soleil pour éclairer le visage de sa grand-mère, Sainte Anne, qui est assise en contre-jour et lit un livre.

Mais un objet luit doucement dans la clarté : remstefdet2l

Un verre de bière sur le rebord de la fenêtre.
Comment doit-on l’interpréter ?

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C’est un joli détail poétique et rafraîchissant. Joseph travaille, il a posé sa bière derrière lui, il fait beau, la fenêtre laisse entrevoir un coin de ciel bleu. C’est déjà le printemps.
La scène paisible se passe en plein jour de façon assez surprenante, et non la nuit comme souvent dans le sujet de la Sainte Famille.

Un autre détail de la vie aux Pays-Bas : remstefamdet3l

Marie est assise au ras du sol dans ce qui doit être un panier en osier conçu à l’époque pour les nourrices. La nourrice pouvait ainsi s’installer devant le feu pour allaiter et changer son bébé. On voit bien ce panier spécial (« bakermat » en néerlandais) dans le tableau de F. Floris du musée de Douai.

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    Frans Floris I, Sainte Famille, 16ème siècle, musée de la Chartreuse Douai, notice

C’est à travers toute cette douceur feutrée et humaine d’une simple maisonnée que le mystère apparaît le plus étonnant et profondément religieux.

Bonne année !

Le ton sourd, mat et puissant de la peinture

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Un beau livre fait le bonheur des yeux. Il est généralement de grand format, richement illustré de belles images, fait de beau papier, la beauté se glisse dans toute son essence, il s’appelle beau livre car ce bel objet fait la fierté de la bibliothèque.
Un bon livre fait le bonheur de l’esprit. Il doit son qualificatif à la valeur de son contenu. Bien souvent, il n’est pas illustré, c’est son texte qui est remarquable pour sa qualité, l’intérêt général, le plaisir qu’il donne.

J’ai reçu pour Noël un beau et bon livre !
Un grand, gros et très beau livre, dont le texte est passionnant à lire : au grand plaisir des yeux s’ajoute celui de la lecture.

Gauguin et l’Ecole de Pont Aven, André Cariou, éd. Hazan, août 2015.

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    Paul Gauguin, Petites Bretonnes devant la mer, 1889, Musée d’art occidental Tokyo, notice et commentaire.

Ce livre d’art retraçant l’histoire de l’Ecole de Pont Aven autour de Gauguin se lit comme un roman, un bon roman qu’on n’a pas envie de lâcher malgré toutes les obligations domestiques en cette période de fêtes ! Je ne l’ai heureusement pas fini, de bons moments de lecture m’attendent encore en ces jours excessivement pluvieux.

On croyait bien connaître ce mouvement de la peinture française de la fin du XIXème siècle, mais on découvre des oeuvres et on apprend beaucoup.
On prend surtout conscience grâce à ce livre très documenté (le travail de recherche paraît colossal) que Gauguin, arrivé pour la première fois à Pont Aven en 1886 (il effectue dans la région cinq séjours entre 1886 et 1894) a entraîné ses amis peintres dans une grande et vibrante aventure humaine.

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    Emile Bernard, La moisson, 1888, musée d’Orsay, notice

Pont Aven fête un anniversaire en cette année 2016 : il y a cent-cinquante ans, en 1866, ce village devint la résidence d’une colonie artistique, d’abord composée d’une majorité de peintres américains. C’était alors un écho à l’Ecole de Barbizon. Vingt ans plus tard arrivait Gauguin, sans le sou, rêvant de contrées lointaines, Pont Aven était un pis aller où la vie, disait-on, n’était vraiment pas chère. Il écrit qu’il s’en va faire de l’art dans un trou.

Gauguin quitte le trou, voyage, revient, repart, voyage encore au gré de ses finances. Il correspond beaucoup avec les frères van Gogh, étudie les estampes japonaises, découvre Panama et la Martinique, et essaie de retrouver en Bretagne la force des couleurs antillaises. Il écrit de Pont Aven ces mots célèbres et décisifs : j’y trouve le sauvage le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture.

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    Maxime Maufra, La pointe de Beg an Hebrellec, 1894, Musée des beaux arts du Canada Ottawa, notice et commentaire.

Le livre nous fait suivre alors cette douloureuse recherche des couleurs et des formes authentiques. Les piquantes anecdotes et les nombreux extraits de lettres échangées entre les artistes, les critiques, les marchands, les écrivains, nous font bien saisir l’incompréhension totale de l’entourage, et l’on est captivé à la fois par les dissensions et chamailleries entre les peintres eux-mêmes, par leurs réflexions artistiques, philosophiques, religieuses, par leur évolution depuis l’impressionnisme vers le synthétisme. On comprend aussi comment Gauguin mélange sur la toile ce qu’il a vu durant ses voyages, les traditions de divers pays, pour atteindre une forme d’art qui est bien lui, rien que lui.
Le petit trou de mille habitants projettera une large influence sur plusieurs générations d’artistes jusqu’à l’abstraction.

En résumé, je trouve un plaisir fou dans le récit par monsieur Cariou de cette folle aventure picturale.

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    Paul Gauguin, Jeune chrétienne, 1894, Sterling and Francine Clark Art Institute Williamstown, notice et commentaire.

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