Michael Kenna, rêveries d’un promeneur solitaire

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      Michael Kenna, échoppes de bouquinistes, étude 2, Paris 2011, photographie, musée Carnavalet Paris

Michael Kenna est un photographe anglo-américain (né en 1953 en Grande-Bretagne, il vit à Seattle).
Il a offert, en 2014 et 2015, quarante-trois de ses photos au musée Carnavalet, qui a organisé une exposition présentée ici.

Aucun personnage dans ses photographies.
La nature seule, la ville, le paysage industriel, surpris dans leur poésie dans de nombreux pays du monde, en Asie, aux Etats Unis, en Europe …

L’arbre occupe une grande place.
Ombre et brouillard, neige, lumière de l’aube, les heures de solitude contemplative.

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    Michael Kenna, arbre du lac Kussharo, étude 2, Kotan Hokkaido Japon 2005.

La Bibliothèque nationale de France avait organisé une exposition de ses photographies en 2010, et on peut admirer les albums sur le site de la BnF, visiter l’exposition virtuelle.
(cliquer en haut à gauche sur le nom de Michael Kenna pour avoir le sommaire des rubriques)

Voici notamment l’album des arbres, qui témoigne du grand sens poétique de l’artiste.

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    Michael Kenna, Topiaire non taillée, Vaux le Vicomte, 1988

L’homme est absent mais son empreinte silencieuse est bien présente.
L’architecture prend parfois des formes abstraites et le regard du photographe devient surréaliste.

1540-1 (1) L’artiste a très souvent séjourné en France, un livre de ses photographies françaises est paru il y a un an (ci-dessus, et là),
et la BnF a aussi publié un beau livre : kenna

Ses arbres, ses clochers, admirés avec calme, sérénité, dans un certain lyrisme, me font penser à Proust, à Hudimesnil, à Martinville …

Cet artiste n’utilise pas du tout le procédé numérique, uniquement des pellicules argentiques en noir et blanc (qui ne doivent plus être faciles à trouver), avec un Hasselblad, parfois un Leica, un Nikon ou un Holga.
Est-ce par nostalgie de la photographie d’antan ?

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    Michael Kenna, Char d’Apollon, étude 1, Versailles, 1988

Paysage du Erzgebirge

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Ernst Ferdinand Oehme, Paysage du Erzgebirge avec deux ouvriers de la mine en prière, 1826, Louvre, notice

Ce tableau, étrange et fascinant, est entré dans les collections du Louvre en septembre 2013. Il avait été mis en lumière pour le « tableau du mois » et je regrette que le site internet du Louvre ne mette pas en ligne ces tableaux du mois et leurs commentaires, comme cela se fait pour d’autres sites de musée.

Ma déception ne s’arrête pas là : le tableau de Oehme ne figure toujours pas sur le louvre.fr
Pourquoi ?
La collection du romantisme allemand s’enrichit, c’est magnifique, et j’aime tout particulièrement cette période de l’art germanique.
Ma déception fut grande encore en juin dernier, les salles de la peinture du Nord étaient fermées lors de ma visite, je n’ai pas pu voir cette nouvelle acquisition 🙁 .

On trouve heureusement sa reproduction dans le site de la RMN.

Oehme, c’est le romantisme allemand par excellence !

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Ernst Ferdinand Oehme, Procession dans le brouillard, 1828, Galerie neue Meister Dresde, notice

La nature, mystérieuse, prégnante, encadre un fort sentiment religieux.

Oehme, né en 1797 à Dresde, mort dans cette ville en 1855, a travaillé avec Caspard David Friedrich.
On connaît mieux Friedrich, Oehme mériterait une meilleure attention.

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E.F. Oehme, Cathédrale en hiver, 1821, Galerie Neue Meister Dresde, notice

Le tableau du Louvre fut commenté de façon détaillée par Elizabeth Foucart-Walter dans La Revue du Louvre n°1/2014, et l’on apprend que le château fort situé en haut du mont (l’Erzgebirge est une chaîne de montagnes métallifères entre la Saxe et la Bohême) est une image symbolique de Dieu. Le cantique de Luther, très populaire dans l’Allemagne protestante, rappelle que eine feste Burg ist unser Gott, Dieu est notre citadelle.

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Cette forteresse divine se situe au milieu de l’horizon, juste au dessus des têtes des deux mineurs en prière.

Le Christ en croix (des branches d’arbres au pied de la croix peuvent faire allusion à la couronne d’épines) est orienté vers la forteresse, vers la lumière, et non vers les mineurs.

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Cette croix tournée vers l’horizon lumineux rappelle celle de Friedrich dans le retable de Tetschen, et l’on peut penser que Oehme s’inspira de lui, ou rivalisa avec le grand maître.

Le romantisme allemand n’en finit pas de nous livrer son mystère.

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C.D. Friedrich, Croix dans la montagne, retable de Tetschen, 1808, Gemäldegalerie Dresden, notice

Si Médan m’était conté

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Ces deux films, que j’ai tant aimés dans ma jeunesse, ont presque le même âge, Pot-Bouille de Julien Duvivier est sorti en 1955, Sept ans de réflexion de Billy Wilder en 1957.
Je les mets en parallèle, mais c’est plus exactement le roman d’Emile Zola, Pot-Bouille, qu’il faut rapprocher du film américain contenant la scène célébrissime de la robe s’envolant au dessus de la bouche de métro.

Alors voilà :

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L’effet délicieux du souffle chaud sous la robe, qui fait frémir de sensualité Marilyn Monroe et qui tourne la tête des hommes, avait été décrit par Zola dans Pot-Bouille en 1882.

Lorsqu’elles passaient sur les larges bouches du calorifère, les dames recevaient dans leurs jupes une haleine chaude.

Emile Zola, extrait de Pot-Bouille

C’est une nouvelle biographie de Zola qui fait remarquer cette anecdote amusante reliant la littérature au cinéma :

      Valentine del Moral, Chez Zola, si Médan m’était conté, éd. de Fallois, septembre 2015.

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De bouche de calorifère en bouche de métro … Billy Wilder ne s’est pas inspiré de Zola, mais on imagine bien la robe légère et plissée de Marilyn remplaçant la crinoline d’antan trop discrète et certes peu mobile et cinématographique.

La lecture de ce livre me procure en ce moment un plaisir immense, il est écrit avec humour, il est parfaitement documenté, et quand on a visité la fameuse maison de Zola (ma visite est ici ), on se sent initié, on visualise, on imagine d’autant mieux, bref je recommande vivement cet ouvrage aux amateurs de Zola.

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Lire la poésie

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Les livres de poésie vont s’empiler devant ma lampe de chevet … la nouvelle émission de France-culture depuis septembre les prescrit chaque semaine de manière irrésistible.

Jacques Bonnaffé lit la poésie, l’émission dure quatre minutes avant l’heure du goûter, chaque jour de la semaine:

Litterature_Poésie.1400 les podcasts sont sur cette page.

Jacques Bonnaffé présente un poète chaque semaine, un poète de nos jours, peu ou pas connu, pour notre grand plaisir et notre soif de nouveautés poétiques.

Il m’a déjà donné envie de lire Lucien Suel, Paul Fournel, et je me suis procuré le dernier recueil de Jean-Pierre Chambon, Tout venant, 216 pages aux éditions « Héros Limite »(octobre 2014).

A tout venant, à chaque détour du regard, dans chaque parcelle des choses, chaque rai de lumière, le poète trouve les mots pour agrandir et magnifier le minuscule ordinaire, qui alors devient extraordinaire.
Jean-Pierre Chambon emporte, par ses courts poèmes, dans un monde émouvant qui rappelle la poésie japonaise.

Un exemple :

      La dame qui s'habillait
      en rose mauve ou fushia
      qui était drôle libre et impertinente
      a quitté ce monde grisâtre
      je repasse devant sa maison au portail rose
      son ombre est dans le jardin
      qui hante le seringa.

      Jean-Pierre Chambon, recueil Tout venant, éd. Héros-Limite

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    Edouard Vuillard, La chambre rose, 1910-1911, NG Edimbourg, notice.

La lampe et le livre de chevet

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    Henri Le Sidaner, La chambre à coucher, vers 1890, IMA Indianapolis, notice.

« Alors le docteur ne raffole pas, comme vous, des fleurs, demandait Mme Swann à Mme Cottard.
– Oh ! vous savez que mon mari est un sage ; il est modéré en toutes choses. Si, pourtant, il a une passion.»
L’oeil brillant de malveillance, de joie et de curiosité : « Laquelle, madame ? » demandait Mme Bontemps.
Avec simplicité, Mme Cottard répondait : « La lecture.
– Oh ! c’est une passion de tout repos chez un mari ! s’écriait Mme Bontemps en étouffant un rire satanique.
– Quand le docteur est dans un livre, vous savez !
– Hé bien, madame, cela ne doit pas vous effrayer beaucoup…
– Mais si !… pour sa vue. Je vais aller le retrouver, Odette, et je reviendrai au premier jour frapper à votre porte. À propos de vue, vous a-t-on dit que l’hôtel particulier que vient d’acheter Mme Verdurin sera éclairé à l’électricité ? Je ne le tiens pas de ma petite police particulière, mais d’une autre source : c’est l’électricien lui-même, Mildé, qui me l’a dit. Vous voyez que je cite mes auteurs ! Jusqu’aux chambres qui auront leurs lampes électriques avec un abat-jour qui tamisera la lumière. C’est évidemment un luxe charmant.

Marcel Proust, extrait de À l’ombre des jeunes filles en fleurs, première partie : Autour de Mme Swann

    Eugène Delacroix, Homme lisant dans son lit, D.A.G. Louvre, notice

Lire dans son lit fait partie des délices de la vie simple et terrestre, ou du moins de la retraite, à condition d’avoir un bon éclairage !

Imaginons cette vie avant l’arrivée de l’électricité …
La lecture dans le halo vacillant de la bougie
La lecture dans la lumière d’une intensité pas toujours suffisante d’une lampe Pigeon
La lecture venant à bout des yeux …
C’est le souci de madame Cottard pour son mari.

Et puis un jour est arrivée la fée Electricité !

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    Eugène Delacroix, Homme lisant dans son lit, D.A.G. Louvre, notice

Marcel Proust ne manque jamais de s’intéresser à tous les progrès techniques de la vie quotidienne dans son oeuvre : l’automobile, l’avion, la photographie, la radiologie, le téléphone, l’électricité …
Il cite « Mildé » qui était une maison de fournitures électriques, ayant ouvert à Paris en 1900 un magasin rue du Faubourg Saint-Honoré. C’était vraiment un magasin de luxe !
Durant les dernières années du XIXème siècle, l’électricité domestique était encore très rare.

La Compagnie Générale d’Electricité est fondée en 1898 pour entreprendre la construction du matériel nécessaire à la production et la distribution du courant électrique. En 1900 elle ne compte que deux mille abonnés. Mais cette année-là à l’Exposition Universelle, son fameux Palais de l’Electricité fera le triomphe de la nouvelle Fée.
Madame Verdurin est à la pointe de la modernité !

L’électricité s’installe d’abord, pour les maisons individuelles et appartements, dans les pièces communes, pas encore ou pas toujours dans les chambres à coucher. On lit encore longtemps à la bougie, qui parfois éclaire mieux que les faibles ampoules de l’époque.
Eh oui, une lampe électrique dans la chambre est bien un luxe charmant !

Aujourd’hui, la « PAL », la pile de livres à lire, dépasse parfois en hauteur la lampe électrique avec son abat-jour ou son globe. La lecture peut se prolonger tard dans la nuit.
Le livre et la lampe s’unissent dans le plus heureux des mariages au chevet du lit.

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    Eva Gonzalès, Le réveil, 1876, Kunsthalle Brême

Une nature morte de petit-déjeuner

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    Mario Avati, Le café du petit matin, 1980, MUDO Beauvais, notice

La semaine du goût me donne la bonne occasion d’évoquer un petit livre enthousiasmant, que j’ai lu avec grand plaisir le mois dernier. Il vaut le prix d’une baguette viennoise, on ne doit pas s’en priver, il se savoure le temps d’un petit-déjeuner copieux :

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Thierry Bourcy, Petit éloge du petit-déjeuner, éd. Folio, septembre 2015.

Cet écrivain breton, qui est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision, examine le petit-déjeuner sous tous ses aspects et de diverses manières, en évoquant tout d’abord ses souvenirs personnels, en relatant son enquête auprès d’un large public, en racontant des histoires autour du petit-déjeuner dans de nombreux pays du monde, en citant la version oulipienne de ce petit repas, en retrouvant les scènes de petit-déjeuner du cinéma, en le décrivant à la manière d’un peintre …
Ce livre, petit mais dense, est très bien écrit, et aurait peut-être mérité une belle édition, car, bien que le prix de vente n’ait pas de rapport avec la qualité du texte, la formule Librio / 2€ peut rendre le lecteur négligeant. Or, cet éloge a droit à la plus haute attention.

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    John Frederick Peto, Petit-déjeuner, années 1890, NG Washington, notice

Thierry Bourcy déplore la disparition de la triscotte et du coup nous la remet en mémoire. C’est vrai qu’elle était bonne et solide, cette biscotte épaisse, aux bords renflés, au format oblong, ayant la propriété de ne pas se briser lors de l’étalage d’un beurre encore trop froid.

Mon chapitre préféré dans ce livre s’intitule « Nature morte au petit déjeuner ». L’écrivain se trouve dans une chambre d’hôte dans les Cévennes et il décrit de manière précise toute la table du petit-déjeuner.
Il procède avec des mots comme un peintre fait avec les couleurs devant les ustensiles et les nourritures de ce repas matinal. On pense alors aux maîtres hollandais ou germaniques, à Chardin, à Boucher, aux Américains Peto ou Peale, à bien d’autres encore … La lecture devient picturale.

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    Gottfried von Wenedig ( Cologne 1583 – 1641 ) , Nature morte à la bougie, vers 1630, Hessisches Landesmuseum Darmstadt

Voici un extrait :

      Devant moi, une grande tasse que je remplis de thé de Ceylan de marque Tetley dont l'étiquette bleue, encore attachée au sachet qui infuse à l'intérieur de la théière, pend sous le bec verseur. Celui-ci, oblong et recourbé, donne à la théière l'aspect général d'un volatile un peu prétentieux, aspect que le pied assez haut vient renforcer. Elle est munie d'un dessus à bouton et empanachée d'une anse assez gracieuse. Cette théière, placée sur ma droite, repose sur un dessous-de-plat en liège orné d'un dessin à motifs celtiques entrecroisés peints de couleurs primaires et au milieu desquels apparaissent les visages de quatre rois barbus. Juste en arrière de ma tasse, un pot de yaourt lui aussi fait maison, fermé par un couvercle en plastique blanc, et un verre de jus de pommes des Cévennes.

      Thierry Bourcy, extrait de Petit éloge du Petit-déjeuner, Nature morte au petit-déjeuner.

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    Maurice Boudot-Lamotte, nature morte à la théière, 1902, musée de Beauvais, notice

Personnellement j’ai un souvenir particulier de petit-déjeuner, c’est l’un des premiers mots que j’ai appris en néerlandais dans ma jeunesse. Ontbijt veut dire « petit-déjeuner ».
Je compris d’emblée que mes cordes vocales ne resteraient pas indemnes avec l’apprentissage de cette langue.
Je préférais de loin le mot allemand, Frühstück.
Mais cet ontbijt imprononçable allait me faire découvrir des choses étonnantes et délectables.
Le fromage en tranches fines (en France cela n’existait pas à l’époque)
L’oeuf à la coque chaque matin
La confiture de cynorhodon
Le beurre de cacahuètes (certains détestent, j’adorais cette chose pâteuse et bizarre)

Le dimanche matin, le monsieur hollandais, chez qui je logeais, se lançait dans la préparation du jus frais vitaminé. Quel délice, et quelle étrangeté ! Il mélangeait les fruits et les légumes dans la centrifugeuse, une idée qu’on n’avait pas en France en ce temps-là.
J’allais le regarder faire en cuisine, car son appareil était aussi pour moi une nouveauté, je n’avais jamais vu de centrifugeuse, seulement appris en cours de physique ce qu’étaient les forces centripètes et centrifuges.
Un matin, le monsieur eut une idée, à son goût lumineuse, pour enrichir le jus dominical : il ajouta aux fruits et légumes les grandes tranches de salami qui restaient dans le frigo. Malgré la teinte framboise que prit le mélange avec cette charcuterie, mon enthousiasme ne fut plus le même, et je buvais désormais le cocktail vitaminé et protéiné du bout des lèvres.

    John Singer Sargent, La table du petit-déjeuner, 1884, Fogg Art Museum Harvard University, notice

La carte des soupes

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    Andy Warhol, Campbell’s soup cans, sérigraphie, 1962, MOMA New York, page du musée

La semaine du goût s’accompagne, cette année, de la brusque arrivée d’un froid bien hivernal, alors il est temps de faire de la soupe, où de s’approvisionner en conserves.
C’est osé de se tourner vers les Etats Unis en matière de goût et de gastronomie, mais hier j’ai revu, lors d’une conférence au sujet d’Andy Warhol, les fameuses boîtes de soupes américaines.

Si Andy Warhol avait connu la soupe conditionnée en brique de carton, sa série n’aurait guère changé, ses boîtes cylindriques paraissent presque parallélépipédiques.
Ce qui m’étonne dans toutes ces boîtes de soupe, c’est le peu de différence visuelle entre elles. Cette similitude a séduit l’artiste mais n’aidait pas le consommateur. Elles ont toutes la même présentation, seuls leurs noms varient, et si l’on ne sait pas bien lire, on ne sait pas exactement ce qu’on achète.
Aujourd’hui, la photo des ingrédients sur l’emballage attire l’oeil avant tout.

warholsoupmoma La série d’Andy Warhol représente les trente-deux variétés des soupes Campbell.
C’est amusant de les énumérer, et j’ai longtemps cru que la même soupe était répétée par Warhol. Il fallait bien lire ce qui est écrit !

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      Soupe aux palourdes
      Poulet au vermicelle
      Crème de légumes
      Oignon
      Petits pois
      Bouillon écossais
      Légumes au bouillon de boeuf
      Pois cassés
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      Pot au feu
      Haricots
      Fromage de cheddar
      Riz tomate
      Boeuf aux légumes et à l’orge
      Crème d’asperges
      Crème de céleri
      Haricots noirs
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      Dinde et pâtes
      Bouillon de boeuf
      Gombo au poulet
      Dinde légumes
      Chili au boeuf
      Légumes et haricots
      Crème de poulet
      Crème de champignons
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      Crème de poivrons
      Poulet et riz
      Consommé de boeuf
      Tomate
      Minestrone
      Légumes et poulet
      Boeuf et pâtes
      Légumes végétariens

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La géométrie de cette sérigraphie ne permettait pas d’ajouter une ou deux sortes … je m’étonne que Campbell n’ait pas fait de soupe de poisson, de bisque de homard, de potage d’Halloween au potiron ??

Ces trente-deux soupes renseignent en tous cas sur l’art culinaire américain des années soixante.

Depuis un demi-siècle, de nouvelles recettes de soupe sont arrivées sur le marché, aux courgettes, aux châtaignes, aux artichauts, aux épinards …
Bonne soupe ce soir !

Un air d’automne

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      La corbeille

      Choisis-moi, dans les joncs tressés de ta corbeille,
      Une poire d'automne ayant un goût d'abeille,
      Et dont le flanc doré, creusé jusqu'à moitié,
      Offre une voûte blanche et d'un grain régulier.
      Choisis-moi le raisin qu'une poussière voile
      Et qui semble un insecte enroulé dans sa toile.
      Garde-toi d'oublier le cassis desséché,
      La pêche qui balance un velours ébréché
      Et cette prune bleue allongeant sous l'ombrage
      Son oeil d'âne troublé par la brume de l'âge.
      Jette, si tu m'en crois, ces ramures de buis
      Et ces feuilles de chou, mais laisse sur tes fruits
      S'entre-croiser la mauve et les pieds d'alouette
      Qu'un liseron retient dans son fil de clochettes.


      Cécile Sauvage, recueil Tandis que la terre tourne

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De la compote de quetsches, un clafoutis aux reines-claudes, des poires au vin et au cassis, des poires au sirop, des tartes aux pommes, les fruits du jardin abondent et m’occupent bien en cuisine.
Des poires au vinaigre, une recette d’antan savoureuse, sur une glace à la vanille, ô merveille !
Et les confitures, la gelée de coing … octobre généreux, coloré, parfumé, gastronomique, calorique !

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et la musique ! la musique de l’automne, les chansons, les ballades, les Lieder, Vivaldi, Purcell, Prokofiev, Tchaïkovski, Massenet, Fauré, Haydn, Schubert, Britten par exemple . Les musiciens sont aussi nombreux que les poètes à composer le bel automne.
Les mélodies automnales sont souvent mélancoliques, d’un rythme lent, d’un air recueilli, où le violoncelle au son grave tient une grande place, et se réfèrent à l’endormissement de la nature.

Mais le concerto de Vivaldi doit peut-être son immense célébrité à sa gaieté.
Dans le troisième concerto des Quatre Saisons, qui représente l’automne, le premier mouvement est un allegro.
Les notes vives et joyeuses du violon s’adressent aux paysans qui vont récolter les fruits du verger et de la vigne.
Je vois, ou entends, même dans ces notes de violon les guêpes se régalant dans le fruit mûr !
L’heureuse récolte se fait en dansant et en chantant. Bacchus enivre les têtes et les endort peu à peu dans la félicité.

Et puis le deuxième mouvement se fait adagio molto car l’air léger et caressant de la saison invite à un doux sommeil, à se reposer après le travail et à profiter du beau jour.

Mais bien vite l’allegro revient, car, hop, le chasseur se lève à l’aube et part à la chasse, son pas est grave et décidé, hélas meurtrier !

Ces très beaux fruits d’automne ont été peints par l’Américain Joseph Decker et sont conservés à la National Gallery de Washington.

Par ce temps d’arrière-saison

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    Camille Pissarro, Place du Théâtre Français, Paris : pluie, 1898, MIA Minneapolis, notice.
      Il pleut

      Il pleut – c’est merveilleux. Je t’aime.
      Nous resterons à la maison :
      Rien ne nous plaît plus que nous-mêmes
      Par ce temps d’arrière-saison.

      Il pleut. Les taxis vont et viennent.
      On voit rouler les autobus
      Et les remorqueurs sur la Seine
      Font un bruit … qu’on ne s’entend plus.

      C’est merveilleux : il pleut. J’écoute
      La pluie dont le crépitement
      Heurte la vitre goutte à goutte …
      Et tu me souris tendrement.

      Je t’aime. Oh ! ce bruit d’eau qui pleure,
      Qui sanglote comme un adieu.
      Tu vas me quitter tout à l’heure :
      On dirait qu’il pleut dans tes yeux.

      Francis Carco (1886-1958), recueil La Bohème et mon coeur, 1912

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    Camille Pissarro, Rue Saint Honoré l’après-midi, effet de pluie, 1897, musée Thyssen Bornemisza Madrid, notice et commentaire

Cette poésie devint une chanson. Francis Carco chanta lui-même ses poèmes, on peut entendre (ci-dessous) sa voix au Lapin Agile en 1952. À Montmartre il fut l’ami de Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Guillaume Apollinaire, Max Jacob entre autres poètes et écrivains, et puis des peintres … Et il était l’ami de Colette qu’il admirait beaucoup, il passa des vacances dans sa maison de Rozven en Bretagne.

Mais ses poèmes contiennent leur propre musique et sont beaux à lire en silence.
J’ai trouvé Il pleut dans ce magnifique livre illustré :

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      Jean Orizet, Les plus beaux poèmes, anthologie du moyen âge à nos jours, éd. Gründ, 2015

Les multiples anthologies publiées par Jean Orizet permettent toutes de découvrir des beautés méconnues de la poésie francophone.
Cet ouvrage est sa vingtième anthologie et rassemble la fine fleur du lyrisme français.

La pluie frappe au carreau et donne un ciel Pissarro.

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    Camille Pissaro, Le pont Boieldieu à Rouen sous la pluie, 1896, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Joachim Wtewael

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    Joachim Wtewael, Scène de cuisine avec la parabole du grand dîner, 1605, SMB Berlin, notice

Plaisir et piété, ces deux mots résument l’art de ce peintre néerlandais méconnu, Joachim Wtewael.

Il est né à Utrecht en 1566, il est mort dans cette ville en 1638, et on peut voir son autoportrait sur cette page.

Une exposition lui fut consacrée dans sa ville natale au printemps, puis a eu lieu cet été à Washington, et maintenant elle part à Boston.
La page de la National Gallery de Washington, sur laquelle on peut regarder une série de tableaux de l’artiste et aussi entendre la prononciation de son nom : est ici.

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C’est audacieux de monter une telle exposition autour de cet artiste au nom à coucher dehors, de faire traverser l’Atlantique à ses toiles inconnues qui risquent de ne pas mobiliser le public ! C’est en même temps merveilleux de dépenser autant d’énergie pour le faire connaître, à une époque où ce genre de peinture, un maniérisme tardif, léger, un peu farfelu (c’est moi qui le dis !), ne passionne pas particulièrement.
C’est bien de forcer la curiosité, de montrer ce qu’a priori on n’a pas envie de découvrir, c’est le rôle des musées !

Le catalogue de l’exposition est disponible sur amazon.fr, ça aussi c’est chouette, je suis tentée …

J’avais montré de lui le tableau du Louvre, Andromède.

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Wtewael a peint des sujets mythologiques, des sujets religieux, des parties de plaisir et même de gaudriole, des paraboles, et son oeuvre est énorme, considérable, à côté de ses nombreuses autres responsabilités. On dirait aujourd’hui que c’était un hyperactif.

Dans ce tableau de Berlin, il est question de la parabole du grand dîner, relatée dans l’Evangile selon Saint Luc. Un homme avait organisé un grand festin, mais tous ses nombreux invités s’étaient dérobés. Il dit alors à son serviteur d’aller chercher dans la ville tous les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux, et puis encore bien d’autres gens qui voudront bien le suivre pour venir à sa table.

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Ce qui est très intéressant à voir sur le plan pictural, c’est que la nature morte prend une place de plus en plus importante dans le tableau religieux. On le voit chez les contemporains de Wtewael, Pieter Aertsen par exemple. Elle occupe le devant de la scène, et les végétaux, les poissons, les ustensiles sont magnifiques, se laissent admirer pour le pur plaisir.
Le sujet religieux glisse vers l’arrière-plan, il devient secondaire, alors qu’avant la fin du XVIème siècle, il était prépondérant, et que le genre de la nature morte n’existait pas.
C’est ainsi que peu à peu au cours du XVIIème siècle, la nature morte prend son essor, pour laisser au religieux une forme allégorique. Et Wtewael ajoute des détails piquants, comme la tentation de la chair … La parabole le signifie, on préfère les nourritures terrestres aux spirituelles, quand on a les moyens on refuse d’aller à la table de Jésus !

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